RAPPORT DE MONSIEUR DE LA CORNE A MONSIEUR DESHERBIERS
Memeramkoué.........1750,
Le premier may les feux des signaux ont paru à trois heures (?) du soir ; deux heures après on a vu dans la baie 7 batimens anglois qui ont été mouillez à Oneshac (?) havre nommé le Grand Maringouin, où ils ont passé la nuit. Il y avoit une garde vis-à-vis les batimens de 20 hommes pour les observer, et une autre de six hommes à une lieue en deça. Jé rassemblai mon monde des deux rivières à Memerankoué où j'avois mon camp. Monsieur de Bayeuil que j'avois mis commandant à Oueshac m'envoya un exprès m'avertir que les sept batimens étaient mouillés audit Maringouin, sans avoir fait des mouvemens dans la nuit. Je fis partir 50 Sauvages qui furent à Oneshac avec le père la Corne, et j'y arrivai à la pointe du jour avec les François et les Sauvages qui me restoient.
À 8 heures un bateau portant flamme se détacha des autres pour aller à Beaubassin où est l'Eglise, il y mouilla et sa chaloupe avec une petite pirogue où il mit un Acadien des Mines pour porter une lettre en forme d'ordre aux députés de Beaubassin pour se rendre à bord du batiment du Roy nommé l’Albanie.
L'homme arrivé à terre trouva les Micmacs qui brüloient les maisons, l'Eglise et la chapelle Ste Anne. Ils se saisirent dudit envoyé et de la lettre et le gardèrent la nuit avec eux ; le lendemain matin, l'ont euvoyé par un Sauvages à Monsieur le Loutre et à huit heures 6 batimens furent mouillés un peu plus bas que Beaubassin où tout étoit en feu, mis par les Sauvages de Monsieur le Loutre, ce qui engagea les Anglois à mettre à
terre leur troupe à la pointe à Beauséjour sur ce côté cy de la rivière qui va au partage de la Baie Verte, aussitôt le capitaine de la côte de ladite pointe à Beauséjour fut leur parler avec un pavillon blanc, et leur dit qu'il avoit ordre de ne les pas laisser mettre à terre, par le commandant François
qui avoit pris possession de cette endroit au nom de Sa Majesté Très Chrétienne.
L'Anglois demanda à parler au commandant; Monsieur de Bayeuil qui arrivoit alors fut leur parler ; ils continuèrent à demander le commandant ; j'arrivay dans l'instant et m'y transportai avec monsieur de Ligneris (?) où étant à demi chemin, Monsieur Scott capitaine vint parler à Monsieur de Ligneris qui demanda son commandant,
Ce monsieur lui répondit qu'il ne sçavoit pas s’il viendroit parce qu'il étoit colonel. Monsieur de Ligneris lui répliqua que s'il ne venoit pas j'allois m'en retourner et suivre mes ordres. Ce Monsieur fut parler à son commandant qui vint avec un capitaine et un ingénieur françois. Il me dit qu'il étoit bien surpris de voir une pareille incendie et de nous voir sur les terres du Roy son maitre, qu'il avoit ordre de Son Excellence Monsieur de Cornwallis de me dire de me retirer ; que c’étoit aller coatre le droit des gens et contre la bonne foy de venir sur leurs terres et d'engager les Sauvages à leur faire la guerre, et faire révolter les Acadiens contre le Roy.
Je leur repondis que j'étois sur les terres du Roy mon mestre et que: j'avois ordre de mon général, Monsieur le Marquis de Lajonquière de m'y maintenir à la force des armes s'ils vouloient y faire des descentes, et que j'allois exécuter mes ordres s'ils ne se retiroient sur le champ, qu'au surplus Monsieur de Cornwallis étoit informé du sujet de mon voyage par une lettre que Monsieur le Général lui avoit adressée l'automne passée, à laquelle il avoit répondu, que si les Sauvages ont mis le feu à Beaubassin ce n'étoit pas par mon ordre et qu'il avoit tort d'avoir cette pensée, ainsy que celle de croire que j'avois fait révolter les Acadiens.
Nous nous laissâmes et à l'instant ce commandant fit le signal à sa troupe de se rembarquer, ce qui fut excéuté à l'instant.
Pendant notre pourparler les batimens s'échouèrent vis-à-vis les troupes qui étoient à terre, et lorsque la mer fut haute la nuit, les batimens furent mouiller au Grand Maringouin où étoit resté le Sens. Ce batiment étoit de 200 tonneaux de 18 pièces de canons ; et les autres en avoient aussi, ils partirent tous pour les Mines où ils sont a:tuellement. J'ai appris par un exprès que j'ay envoyé aux Mines porter votre lettre, Monsieur, à Monsieur Cornwallis, que le même détachement qui étoit venu à Beaubassin étoit à Pegiquite où ils faisoient un fort, et qu’il y avoit actuellement dans la baie des batimens qui croisoient et qui envayaient leurs chaloupes à terre pour
prendre du monde ; qu'a Copequitte ils avoient pris trois hommes, et deux autres à l'entrée des Mines, qui y faisoient la garde par ordre de Monsieur le Loutre, et qu'ils avoient arrêté plusieurs habitans qui se sauvoient des Mines avec leurs effets ; que même ils avaient fait feu sur les derniers. Ils tiennent ces habitans dans leur fort.
Monsieur Cornwallis attendoit quatre mille hommes de Baston au petit printemps qu'il avoit demandé l'année dernière avec plusieurs batimens; mais ils ont refusé et même fait révolte à ce sujet.
Les troupes qu'ils ont. amenées à Beaubassin ont refusé d'embarquer aux Mines ; disant qu'ils ne vouloient pas se faire lever la chevelure par les Sauvages. [L'on pense que les officiers n'en pensoient pas moins ; cela a paru être par leur échaflourée.
Le Chev. DE LA CORNE.