RAPPORT DE M. M. DE VAUDREUIL ET BEGON
Québec, le 26 octobre, 1719.
Ils ont appris avec joie que Sa Majesté donne ordre à Son Ambassadeur en Angleterre de proposer et de nommer des commissaires de part et d'autres pour règler les limites de la Nouvelle France ; ce qui paroit fort nécessaire par ce que les Anglois profitant des ménagements que les Francois et les Sauvages ont pour eux en temps de paix, s’établissent au bas de la Rivière de Marantsouak où ils sont au nombre de 500 hommes, ce qui fait assez connoître le dessein qu'ils ont de se mettre en état de s’y maintenir.
Le Père Raslé a envoyé au Sieur de Vaudreuil les principaux chefs de ce village qui sont arrivés ici depuis 8 jours pour lui donner avis que les
Sauvages ont déclaré au Gouverneur de Baston qu'ils n’étoient pas dans le
dessein de souffrir qu'ils avançassent autant qu'ils faisoient dans leur rivière, \ Li et que même ils ont abattu une maison qu'un Anglois avoit nouvellement élevée ; sur quoi ils ont fait savoir au Gouverneur de Baston que les Anglois eussent à se retirer et qu'ils se contentassent de rester au bas de la rivière.
Ces deux chefs rapportent aussi que le Gouverneur de Baston a dit qu'il y envoyeroit 500 hommes le printemps prochain. Le Sieur de Vaudreuil croit que cette menace n’est faite que pour les intimider. Ils paroissent déterminés à tenir tête aux Anglois et à cet effet ils ont invité tous les Sauvages domiciliés de se joindre à eux.
Le Gouverneur de Baston leur dit dans toutes les occasions qui se présentent que le Roy a cédé leurs terres aux Anglois ; et ils lui ont toujours répondu que les terres Abénakis leur appartenoient et que personne n’en pouroit dispenser,
Ù 14 Le Sieur de Vaudreuil qui les a toujours entretenus dans cette disposi-
tion ne les laissera pas manquer de munitions en cas de rupture entr'eux. g
Sur ce que les Sauvages de la Rivière St Jean ont déclaré aux Anglois qu'ils ne souffriroient pas qu'ils fissent d'établissements, aucun n’a encore tenté d'y en faire.
Ils tiendrout exactement la main à ce que les François ne fassent point entrer dans la colonie des marchandises étrangères et qu'il n’en soit point débité. Le détachement que le Sieur de Vaudreuil continuera d'envoyer dans Je lac Champlain est le meilleur moyen pour abolir ce comraerce.
Nous avons informé les missionnaires des villages de Medocteq et de Narantsouak du nouveau fonds de 1200 fr. que Sa Majesté a bien voulu accorder pour achever la bâtisse des deux églises de ces missions, et nous les avons avertis de faire en sorte avec ce secours et celui qu’ils pourront tirer des Sauvages de les finir.
Les Sieurs de Vaudreuil et Bégon se conformeront aux intentions de Sa Majesté sur la distribution de 2000 1. qu’Elle veut bien accorder tous les ans aux Sauvages Abénakis des trois missions de l’Acadie.
Nous croyons la continuation de ces présents fort utile pour les entretenir dans la bonne volonté où ils sont d'empêcher les Anglois de s'établir sur leurs terres.
ORDRE DONNÉ PAR LE GENERAL PHILIPPS A MONSIEUR BLIN, MARCHAND À BASTON.
Annapolis Royale, le 20 avril.
Monsieur,
Je vous donne pouvoir et direction afin de prendre toutes les mesures propres pour signifier aux Pères Félix et Vincent de sommer selon que vous le jugerez à propos les habitants des mines de Chiguicton (?) et places adjacentes, et si les dits habitants étant assemblés vous délivrerez les paquets dont vous êtes chargez, afin que les papiers qui sont contenus dans ces
ss 4 à
14 paquets soient lus publiquement, et vous vous servirez de tous les moyens
À que vous jugerez les plus propres pour donner une parfaite connaissance É . ul .
Le. des choses nécessaires, afin que personne n’en prétende cause d'ignorance.
3 R. Paurpps.