‹ Collection de mémoires et de relations sur l'histoire ancienne du Canada, d'après des manuscrits récemment obtenus des archives et bureaux publics en FranceChapitre 1 sur 45 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

T OICI un deuxième volume, contenant huit différents Mémoires ou Relations, que la Société Littéraire et Historique de Québec est en état de présenter au Public au moyen du généreux secours qui lui fut accordé par la Législature Provinciale, en l'année 1832, afin de donner à la Société les facilités de se procurer et de publier des Documents qui auroient rapport à l'Histoire des premiers temps du Canada.

Les trois premiers Mémoires sont publiés d'après des Manuscrits que le Comte Durham avoit obtenus des Archives du Bureau de la Marine à Paris, au moment où Sa Seigneurie étoit sur le point de laisser l'Europe, en 1838, pour venir se charger de l'Administration du Gouvernement des Canadas. Le Comte Durham, peu de jours après son arrivée à Québec, voulut bien communiquer ces Manuscrits, avec deux autres, à a Société, laissant à sa discrétion de publier ceux de ces Mémoires qu'elle jugeroit dignes d'être rendus publics.

Les sources d'où ces Manuscrits ont été tirés ne laissent aucun doute sur leur caractère de documents authentiques et de pièces officielles ; il est même évident que deux d'entre'eux sont des "Mémoires Raisonnes," ou des Rapports sur l'Etat de la Colonie du Canada, que les Intendants de l'époque étoient dans l'usage de transmettre annuellement au Ministre d'alors, ainsi que nous l'apprenons du R.P. de Charlevoix qui,dans son Histoire de la Nouvelle- France, cite souvent des fragments de semblables documents. Sous ce rapport donc,ces Mémoires doivent fournir des renseignements précieux,ainsi que des détails qui pourront servir à remplir les lacunes qui se trouvent dans l'Histoire Ancienne du Pays, et comme tels la Société les a jugés dignes d'être rendus publics.

Les cinq autres Mémoires sont publiés d'après des Manuscrits que le Révérend M. Jean Holmes, Professeur de Physique au Séminaire de Québec, a eu l'obligeance de procurer à la Société, dont il est un des Membres. Lors d'un voyage que M. Holmes fit en Europe il y a trois ans, il entreprit de nombreuses recherches dans la Bibliothèque du Roi à Paris, et dans d'autres Institutions Publiques, et après beaucoup de soins il rénssit à obtenir une

ii INTRODUCTION.

série de Documents en manuscrit sur l'Histoire Ancienne du Pays, d'entre lesquels la Société a pour le moment fait choix des cinq pièces qui terminent ce volume.

Ces derniers documents n'ont pas à la vérité l'avantage de posséder tout le caractère d'authenticité de ceux qui les précèdent ; cependant, les divers sujets qui y sont traités sont, nous pensons, de nature à leur donner beaucoup d'intérêt auprès de l'Historien du Pays, et il est à présumer qu'il pourra y puiser des informations et apprendre des particularités qu'en vain il auroit cherchées ailleurs ; et c'est principalement par cette considération que la Société n'a pas hésité à en faire part au public.

Comme la mission du Comité préposé à la publication des documents de cette espèce, est limitée à faire un choix des écrits qui lui sont soumis, et à en diriger et surveiller l'impression dans un ordre convenable, le Comité a dià se renfermer dans ces bornes, s'abstenant soigneusement de tout commentaire, ou d'énoncer aucune opinion sur le mérite d'aucune de ces pièces.

Le Comité présente donc ces Mémoires au public, accompagnés uniquement de quelques observations en tête de la plupart,pour indiquer (dans les cas où il a été possible de le faire) soit les personnes auxquelles on peut les attribuer, ou les époques oii ils ont dû être rédigés.

SUR

L'ETAT PRESENT DU CANADA

d'après un manuscrit Aux Archives du Bureau de la Marine a Paris.

D'après une note qui se trouve en marge de ce Mémoire, il est évident qu'il a été rédigé par M. Talon qui étoit en 1667 Intendant de Justice, Police et Finances en Canada. A cette époque, M. Courcelles étoit Gouverneur de la Colonie. Ce Mémoire a dû être adressé à M. Colbert, alors premier Ministre de Louis XIV.

L'ÉTAT PRÉSENT DU CANADA

Le Canada est un vaste Pays de différentes hauteurs, capable dans ses différents climats et expositions au soleil de toutes les productions de l'Ancienne France, sans en excepter aucune : ayant ainsi qu'elle, du chaud vers le Midy, du froid au Nord, et du tempéré dans le milieu de ses extrêmes.

Il y a, en beaucoup d'endroits, des prairies naturelles qui produisent de l'herbe abondamiiient, et de si bonne qualité que toutes sortes de bestiaux peuvent s'en nourrir grassement.

Il est fécond en hommes, François naturels, les femmes y portant presque tous les ans ; et en animaux des espèces que le pays produit. Il n'en est pas de même des Sauvages, dont les femmes sauvages sont assez stériles, soit que le grand travail auquel elles sont obligées retarde leur portée, soit qu'elles nourrissent trop longtemps leurs enfants de leur laict ; mais cet obstacle à la prompte formation de la Colonie peut estre surmontée par quelque règlement de police, aisé à introduire et faire valoir si on n'empesche pas les Sauvages de s'y soumettre.

La Colonie du Canada peut ayder par ses productions à la subsistance de celle des Antilles et lui devenir un secours assur si celuy de France luy manquoit. Ce secours peut estre de farine, de légimies, de poisson, de bois et .d'huile, et d'autres choses qu'on n'a pas encore découvertes.

M. Talon.

Canada.

z mémoire; sur l état du canada

A mesure qu'elle recevra des accroissemens, elle pourra, par ses peuples naturellement guerriers et disposés à toute sorte de fatigues, soustenir la partie de l'Amérique Méridionale si l'Ancienne France ne pouvoit lui porter ses secours, d'autant plus aysément qu'elle aura de soy des vaisseaux.

Si elle s'amplifie, ou d'elle-même, ou par ses productions, elle donnera la subsistance nécessaire à ses colons, et dans ce cas elle ne sera pas à charge à l'Ancienne France, ou elle empruntera de la dite France ce quy pourra luy manquer ; et par la douane et ses sorties du Royaume elle contribuera à l'augmentation des fermes et revenus du Roy, et accommodera ses sujets de l'ancien Etat en les deschargeant de leur surabondant.

Et pour ce qu'elle ne paye pas en argent monnoyé ce qu'elle emprunte, elle donne des denrées pour retour, qui payent au Roy les entrées dans son Royaume.

D'ailleurs ces denrées consistantes en pelleteries tournent au bénéfice des sujets de Sa Majesté, lesquelles, si la Colonie de la Nouvelle-France n'étoit soustenue, tomberoient entre les mains des Anglois, des HoUandois ou des Suédois ; et cet avantage n'est pas si peu considérable que la compagnie ne doive convenir que cette année il passe de la Nouvelle en l'Ancienne France pour près de cinq cent cinquante mille francs de pelleteries.

Par tous ces endroits, comme par ceux qui sont connus dont on ne parle pas, ou qui sont cachez et que le temps est seul capable de découvrir, on doit connoistre que le Canada est d'une utilité sensible.

On peut adjouster à ces avantages celuy de pouvoir en cas de rupture porter la guerre par le Canada aux Colonies angloises, hollandoises et suédoises ; et la Colonie f rançoise continuant de recevoir les accroissemens qu'elle reçoit tous les ans, pourroit un jour soubsmettre à l'obéissance du Roy un grand pays, fertile et assez peuplé. .

MEMOIRE SUR h ETAT DU CANADA 3

Le Canada se distribue en trois Etats : l'Ecclésiastique, la Noblesse et le Populaire.

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