CONSIDERATIONS SUR L KTAT DU CANADA. O
d'être très sobre sur l'employ des hommes ; d'éviter surtout les mouvements inutiles, et pour ainsi dire les faux frais de fatigues ; de régler les commandemens des miliciens avec égalité, justice et intelligence; de ne point faire marcher les enfans comme je l'ay vu pratiquer ; enfin, de disposer, autant que les circonstances et l'ennemi le permettront, les expéditions de guerre pour l'e temps où la terre n'exige point la présence des habitans.
Quand à la dépopulation il s'y joint un mauvaise police sur la xe^^."eV^'''V'oiice culture des terres et sur les grains, la disette doit bientôt se faire '"'^ ''^^ grams. sentir ; et si le pays est alors dans un état pire que celui dans lequel se trouve un vaisseau en pleine mer, qui manque de vivres, mais qui du moins a la ressource d'un autre vaisseau qu'il peut rencontrer, pu d'un bon vent qui le peut conduire à quelque terre habitée, ce pays sera réduit à la dernière extrémité.
C'est le tableau que nous a présenté cet hyver Québec, mourant disette acde faim: l'habitant qui ne vit que du travail de chaque journée, tueiie. forcé de perdre des jours entiers pour attendre à la porte d'un boulanger un pain qu'il n'avoit pas toujours ; les grains manquant pour les semences ; le passage fermé par presque tous les élémens aux secours de l'Europe; l'ennemi instruit de cette position critique et en état d'en profiter s'il l'eût osé ou voulu ; les opérations retardées et par conséquent mises au hasard d'être manquées ; la main-d'oeuvre augmentée, et par une suite nécessaire les dépenses du Roy, c'està-dire, les moyens de concussion de monopole et de rapine, devenus un abysme sans fond. Il est vrai que les vivres ont été donnés à l'entreprise à un munitionnaire général ; mais ce munitionnaire ne fait que prêter son nom aux mêmes gens dont l'ignorance et l'avidité ont occassionné le mal, et cette administration nouvelle qui, dans d'autres mains, d'autres temps et d'autres lieux, eût pu devenir un remède, n'est qu'une forme ' nouvelle de piller et de s'enrichir qu'ont prise les concussionnaires.
Mais, dira-t-on, non seulement le Canada fournissoit autrefois à la subsistance de ses habitans, il en sortoit encore, en 1749, des partis considérables de farines pour Louisbourg, et pour les Isles
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(le l'Amérique (a). Le lard ne valoit alors que quatre à cinq sols la livre; il en coûte aujourd'hui quatorze et quinze, et ainsi de toutes les denrées à proportion. Sans doute les amas de vivres auxquels la guerre oblige ; le dégât inévitable partout, mais icy sans bornes, dans les transports ; l'interruption de la culture des terres dont les habitans, tous soldats, ont été envoyés à l'Acadie, à la Belle-Rivière, et dans les postes menacés ; la nécessité de nourrir des milliers de sauvages qui ne connaissent ny mesure, ny ménagement ; toutes ces causes ont précipité la disette dans laquelle on se trouve aujourd'hui : mais un vice intérieur dans l'administration, qui agit sans cesse, la préparoit depuis longtemps. Causes de 1°- L'ou 3. laissé Ics villcs sc pcuplcr proportionnellement plus
cette disette. i i i i- r
que les campagnes.
2°- Les gens revêtus de l'autorité, en ont abusé pour faire des Ordonnances frauduleuses sur les grains, pour dicter ensuite les prix des marchés et faire des profits immenses, au détriment du pays et à la ruine du peuple.
3°- L'on a pas eu d'attention à ce qu'il ne sortît pas trop de grains pour le commerce, et à ce que la situation du pays rendît, pour ainsi dire, inutiles les défenses à cet égard. Il ne s'agissoit pas tant de faire des défenses, que des règlements qui retiennent les hommes par ce qui les touche le plus : leur intérêt personnel. La plus grande partie des vaisseaux qui viennent à Québec, n'y trouvant pas leur charge pour le retour, les armateurs les font passer aux Isles pour y chercher du fret. Lorsque pour ce voyage ils peuvent avoir des farines, ils en prennent, malgré les défenses, à un prix qui tente l'habitant à vendre jusqu'au blé nécessaire pour la semence. Moyens d'y Lc rcmèdc au premier de ces trois inconvénients est facile : les reme ler. règlements à ce sujet se présentent d'eux-mêmes, et je proposerois
(a) La Colonie fournit, année commune, 80,000 minots de blé,* dont 60,000 minots nécessaires à la nourriture des habitans.
ivait 800,000 dans le manuscrit; mais c'est évidemment une
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de plus de mettre les différentes paroisses en villages, avec un moulin dans chaque village ,au lieu de laisser les habitations éparses former une longue lisière sur les côtes.
Le remède au second abus n'est pas du ressort de !a politique ; elle ne peut que faire des voeux pour que la vérité parvienne aux oreilles du ministre, et par lui au pied du thrône.
Pour remédier au troisième inconvénient, ie crois (lu'il faudroit , Projet pour
. " , l établissement
établir un Bureau et Magazm d Abondance, tels qu on en voit dans d'un Bureau et
^ , . . , . . ,. Magazin d'A-
les villes de France les mieux polices, ou la navigation est libre bondance. toute l'année ; à Marseille par exemple. Entrons à ce sujet dans quelque détail. On sème le blé en Canada dans le mois de May ; on le coupe dans le mois d'Aoust ; on le serre dans les granges en gerbes, et on le bat à la fin de Décembre. Ce n'est qu'alors qu'on peut juger parfaitement de la récolte, et la navigation étant alors interdite par les glaces, il faut attendre au mois de Juin suivant pour demander en France des secours qui n'arriveront que deux années après celle de la mauvaise récolte. Si donc il ne se trouve dans le pays aucun magazin public, et que l'habitant séduit par un gain excessif ait, comme nous l'avons dit, vendu jusqu'au blé nécessaire pour la semence, deux mauvaises récoltes consécutives mettront le pays dans la disette qui l'afflige aujourd'hui.
Par l'établissement d'un Bureau d'Abondance, on sauroit la quantité de blé de chaque récolte ; le prix des grains seroit régie suivant cette récolte, de façon que le laboureur pût subsister ; toute yoie de concussion à cet égard seroit ôtée ; le magazin une fois fourni pour nourrir le pays pendant deux ans, l'habitant auroit îa liberté de vendre, et vendroit bien plus cher au Commerce l'excédant de cette fourniture et de ce qu'il lui faudroit pour les semences ; sûr du débit de son blé, qui seroit payé aussitôt que battu, il seroit encouragé à la culture des terres ; le pain seroit à bon marché, et les farines chères dans le commerce ; cette branche deviendroit bientôt une source abondante pour l'exportation ; la Colonie payeroit avec ses propres denrées celles qui viennent des Isles, et