‹ Collection de mémoires et de relations sur l'histoire ancienne du Canada, d'après des manuscrits récemment obtenus des archives et bureaux publics en FranceChapitre 15 sur 45 · CONSIDÉRATIONS SUR 1,'ÉTAT DU CANADA · texte numérisé non relu

CONSIDÉRATIONS SUR 1,'ÉTAT DU CANADA

l'année suivante. D'ailleurs, les domiciliés qui seuls font valoir le pays, qui consomment les denrées, qui payent l'entretien des cazernes, sont aux mêmes taux que les particuliers qui viennent vendre leurs pacotilles à Québec, et qui retournent en France la même année, sans avoir fait d'autre bien à la Colonie que d'y avoir vendu leurs marchandises le plus cher qu'ils ont pu.

Le payement des droits comptant a donc porté plus de préjudice au commerce, qu'il n'a porté d'avantage au Roy.

Outre les droits d'entrée et de sortie, il y a encore quelques postes de la traite qui s'exploitent au compte du Roy ; mais cet article est presque rien : ainsy, il s'en faut bien que les revenus du Roy en Canada soient proportionnés aux dépenses qu'il y fait.

J'ai dit que ces dépenses sont nécessaires au Commerce du pays Quelques moytel qu'il est établi aujourd'hui; cependant, il est très-possible de ■"! dépènses"du les diminuer sans que le commerce en souffre ; les moyens que j'end^.^ puis indiquer ici seroient :

1°- De donner au papier le même crédit qu'aux espèces. 2°- D'admettre une nouvelle forme dans l'administration de ses dépenses.

Dès le mois d'Aoust le payement d'une partie de ces dépenses est renvoyé au mois de Décembre. Après le départ des navires, les entrepreneurs et les fournisseurs, pour faire face à leurs engagemens, sont obligés d'emprunter à un change usuraire ; ils payent au moins 6 pour % des sommes qu'ils empruntent en Octobre jusques au mois de Décembre : le Roy doit nécessairement supporter cette forte demeure.

Outre les dépenses qui sont fixes, comme le payement, l'entretien des troupes, des ouvriers employés à la construction et à d'autres travaux, le Roy consomme en Canada une quantité considérable de marchandises en tout genre, pour les présens aux Sauvages, l'équipement de certains postes qu'il fait exploiter, et des miliciens qu'il faut envoyer en campagne.

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Le Roy fait venir une partie de ces marchandises, et il achète le surplus à Québec ou à Montréal; mais les achats ne s'en font presque jamais en droiture che les négocians ; le Roy achète ordinairement de la seconde main ; ceux qui sont à la portée de savoir mieux que les gens qui sont à la tête de l'administration, ont attention de s'en munir à propos, et avant que le public soit informé du besoin que le Roy en a. Comme ces achats forment toujours des sommes considérables, les négocians, pour faire une grosse vente, donnent les marchandises souvent à 15 ou 20 pour % audessous du cours ; ensuite ces marchandises qu'on a eu le secret de faire augmenter en les rendant rares dans les magasins du Roy 20 pour % audssous du cours ; cette' sorte de spéculation a donné des profits immenses dont tout le monde n'a pas profité. *

Si l'Intendant, au lieu de demander annuellement en France les marchandises qu'il croit nécessaires aux magasins du Roy pour Tannée suivante, proposoit aux négocians de les faire venir au rabais, chacun d'eux se chargeroit des articles les plus à portée du genre de son commerce, que par conséquent ils pourroient tirer à meilleur marché; il suffiroit de les obliger à prouver qu'ils ont fait charger ces articles, sans les forcer à les remplacer au cas que leurs navires eussent péri, ou qu'ils eussent été pris; par cet arrangement les négocians, assurés de la vente, se contenteroient d'un léger profit sur une partie que ne diminueroit point leur commerce ordinaire, et le Roy gagneroit beaucoup à cette nouvelle forme, et les petits profits répandus sur tous les négocians produiroient un effet avantageux au commerce. Dans le cas où le Roy auroit besoin de quelques marchandises avant l'arrivée des navires, l'Intendant les achèteroit, de même, de la première main au rabais.

Il y auroit, sans doute, d'autres moyens de diminuer les dépenses énormes que le Roy fait en Canada ; mais comme ils tiennent à un changement à faire dans l'administration même, ce n'est ici ni le temps, ni le lieu d'en parler.

is de ce passage est incomplet.

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Concluons de tout ce qui a été dit dans ce mémoire, que cette conclusion. Colonie dans son état actuel, dépourvue de loix et presque de reglemens de police, livrée à des vers rongeurs qui en dévorent la substance, nuit à elle-même et à l'Etat ; mais qu'elle seroit susceptible d'une réforme dans lï^s établissemens déjà faits, et d'établissemens nouveaux qui la rendroient florissante et utile à sa métropole; qu'il faudroit y encourager la population; chercher des moyens pour faire revenir les hommes qui y sont ; laisser les habitans sur leurs terres, et les engager par toutes sortes de motifs à les cultiver ; favoriser le commerce dans toutes les branches connues, et dans celles qu'on pourroit découvrir ; établir une Maison de Ville, et une Chambre de Commerce à Québec et à Montréal, y faire observer autant que possible les lois de police qu'on suit en France, surtout celles qui ont rapport aux besoins indispensables de la vie, pour diminuer le prix de la main-d'oeuvre ; subvenir aux dépenses nécessaires à la sûreté publique ; prévenir et arrêter les incendies ; y faire au moins quelques établissemens capables de donner aux citoyens l'espoir de se rendre recommandables, de leur inspirer l'amour d'une patrie où ils trouveroient les douceurs de la vie, et les agrémens de la société ; y procurer pour cela quelque lieu d'assemblée, quelque amusement public qui dédommage de la rigueur du climat dans un tems où toutes les affaires restent suspendues ; enfin, suivre l'exemple de nos voisins, dont les Colonies, fondées par des gens habiles, élevées et pour ainsy dire nourries par de bonnes loix, ont acquis un tel degré de constitution heureuse qu'on l'enviroit dans les royaimies do rRuro|,c les plus florissans.

IflN.

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