ARTICLE NEUVIEME
Compte et détails de l'Baii-de-Vic qui se débite aux Sauvages en Canada.
L'eau-de-Vie qui se porte à Missilimimaqui
et aux austres païs d'en haut, peut aller, peut-estre, à quarante barriques.
Plus, au Montréal, on peut en débiter aux étrangers, savoir : aux Algonquins, Hurons et Outaouois, en trois traites qui durent environ une semaine, chacune environ douze barriques. Plus, aux Sauvages de la Montagne, environ huit barriques. Plus, aux Sauvages du Sault, le double, ou environ. Plus, aux Trois-Rivières, environ douze barriques. A Québec, autant.
HISTOIRE DE l'eau-de-vie EN CANADA. 21
Somme, cent barriques, sur lesquelles la Compagnie prend vingt francs d'entrée, qui font deux mille livres. Le Roy perd, en hommes tués, en femmes qui avortent, en Sauvages qui ne pouvant payer, s'en vont ; en Sauvages qui, à cause de l'Yvrognerie, ne viennent pas des Iroquois, plus de vingt chasseurs par an, qui apporteroient, au moins, deux mille écus de pelleteries par an.
Il est clair que le Roy perd beaucoup davantage par l'Yvrognerie qui lui oste par an pour deux mille écus de pelleteries par an, que par l'Eau-de-Vie, qui ne lui rend que deux mille francs par an.
Secondement. — Le Roy n'a pas besoin de profaner ses coffres par un si sale gain, et si injurieux à Dieu.
Troisièmement. Le service que le Roy tire des Sauvages, quand ils sont ses sujets, et les dommages qu'il en reçoit quand ils sont ses ennemis, n'est pas comparable à ce gain injuste.
Quatrièmement. — Je ne parle point de la malédiction et de la vengeance de Dieu sur la Colonie, des désordres, des incommodités que les Sauvages y causent aux François ; entr'autres, du danger continuel d'Incendie où est Ville- Marie.