SUR LE CANADA
d'après un manuscrit AUX ARCHIVES DU BUREAU DE h\ MARINE A PARIS.
Ce Mémoire ne porte aucune date ; mais plusieurs passages indiquent avec assez de certitude qu'il a ûù. être rédigé en 1736. A cette époque M. le Marquis de Beauharniis étoit Gouverneur Général de la Colonie, et M. Hocquart en étoit Intendant. Il est probable que ce Mémoire est de la rédaction de cet Intendant, et qu'il aura été adressé au Cardinal Fleury, alors Ministre de Louis XV.
MÉMOIRE. fa
Canada.
Détail de toute
Colonie.
La Colonie de la Nouvelle-France peut contenir environ qua- Recensement rante mille personnes,* de tout âge et de tout sexe, sur lesquelles il '^^ '^ oiome. se trouve dix milles hommes en estât de porter les armes.
Les Canadiens sont naturellement grands, bien faits, d'un tempérament vigoureux. Comme les arts n'y sont point gênés par des maîtrises, et (que) dans les commencemens de l'établissement de la Colonie les (ouvriers) étoient rares, la nécessité les a rendus industrieux de génération en génération : les habitans des campagnes manient tous adroitement la hache ; ils font eux-mêmes la pluspart des outils et ustenciles de labourage ; bâtissent leurs maisons, leurs grangent ; plusieurs sont tisserands, font de grosses toiles, et des étoffes qu'ils appellent droguet, dont ils se servent pour se vêtir eux et leur famille.
Ils aiment les distinctions et les caresses, se piquent de bravoure, sont extrêmement sensibles au mépris et aux moindres punitions. Ils sont intéressés, vindicatifs, sont sujets à l'ivrognerie, font un grand usage de l'eau-de-vie, passent pour n'être point véridiques-. Ce portrait convient au grand nombre, particulièrement aux gens de la campagne : ceux des villes sont moins vicieux. Tous sont attachés à la Religion ; on voit peu de scélérats ; ils sont volages ; ont trop bonne opinion d'eux-mêmes : ce qui les empesche de réussir, comme ils pourroient le faire, dans les Arts, l'Agriculture et le Commerce. Joignons à cela l'oisiveté à laquelle la longueur et la rigueur de l'Hyver donne occasion. Ils aiment la chasse, la navigation, les voyages, et n'ont point l'air grossier et rustique de
* En 1736.
Noblesse.
nos paysans de France. Ils sont communément assez souples lorsqu'on les pique d'honneur, et qu'on les gouverne avec justice, mais ils sont naturellement indociles. Il est nécessaire de fortifier de plus en plus l'exacte subordination qui doit être dans tous les ordres, dans les gens de la campagne. Cette partie du service a esté de tout tems la plus importante et la plus difficile à remplir. Un des moyens pour y parvenir est de choisir pour Officiers dans les Costes les Habitans les plus sages, et les plus capables de commander, et d'apporter de la part du Gouvernement toute l'attention convenable pour les maintenir dans leur authorité. On ose dire que le manque de fermeté, dans les Gouvernemens passés, a beaucoup nui à la subordination. Depuis plusieurs années les crimes ont esté punis ; les désordres ont esté réprimez par des châtimens proportionnez ; la Police par rapport aux chemins publics, aux cabarets. Sec, a esté mieux observée, et en général les habitants ont esté plus contenus qu'ils ne l'étoient autrefois.
Il y a quelques Familles Nol^les en Canada ; mais elles sont si nombreuses qu'il y a beaucoup de Gentilshommes.
Voicy les noms des principales de ces familles.