SCÈNE XX. 2o
MARCÉ
Je ne souffrirai point que vous soyez trompé par cette femme.
SAINT- ANGE
N'ayez là -dessus aucune inquiétude.
M ARCÉ
Mais,. quand je vous dirai que je l'ai trouvée ici...
SAINT- ANGE
Erreur !
MARCÉ
Je l'ai vue de mes propres yeux.
SAINT- ANGE
Prévention !
MARC É
Il faut absolument que vous sachiez...
SAINT-ANGE
Je sais tout.
MARCÉ
Ah! quel homme entêté! je vous dis que vous
serez
SAINT - A NGE
Ça m'est égal, je prends tout sur moi.
MARCÉ, à part.
Puisque cela lui fait plaisir, il ne faut pas disputer des goûts. (Haut.) Eh bien! soit, épousez donc l'amie de ma nièce... Dans le fait, c'est le vrai moyen d'arranger tout sans bruit... J'ai un notaire dans ma maison; allez le trouver de ma part, faites dresser un contrat , mariez- vous , mais surtout ne rentrez pas chez moi ; partez à l'instant avec votre femme.
qo4 UNE HEURE DE MARIAGE.
SAINT-ANGE
Que nous partions ?
M ARCÉ
Oui, je suis bien fâché de le dire, mais la tranquillité de ma maison... la vôtre... la décence, l'honneur exigent que vous n'y restiez pas... Enfin, je ne veux pas en dire davantage, mais vous devez m'entendre.
SAINT-ANGE
Eh bien! soit, monsieur, nous partirons. 31 a r c É.
Je viens de faire atteler des chevaux de poste à ma chaise, elle est prête à vous recevoir; allons, encore une fois, hâtez- vous.
SAINT-ANGE
Ah! monsieur, que de reconnaissance!...
Vous me remercierez une autre fois... partez...
Monsieur de Marcé , vous êtes un homme charmant, adorable!... Avant de partir, souffrez que je vous embrasse... que je vous presse contre mon sein... Jamais on ne fut plus agréablement congédié.
MARCÉ
Un instant... prenez donc garde, vous m'étouffez... Allons, dépêchez-vous, et que le diable vous emporte avec vos embrassades et vos complimens.
( Saiut-Ange s'en va. )