SCENE IV
Hier soir, dans un petit mouvement de vivacité, j'ai renvoyé Justine; eh bien! le croirais-tu? elle a eu l'impertinence de s'en aller!
EMILE
Pouvait-elle mieux faire que t'obéir?
ROSE
Non, mon ami, j'en ai été fâchée ce matin ; je viens de la renvoyer chercher... elle était déjà partie!
VOL M A R
Oh! c'est abominable!
ROSE
Au reste, je m'en consolerai bientôt; elle était d'une apathie, d'une lenteur insupportable!
Il me semble que tu en avais déjà renvoyé une , la veille de notre départ de Paris.
ROSE
Ah! mon ami, ne m'en parle pas. Celle-là était d'une vivacité, d'une pétulance!... Jamais je n'ai vu un pareil brouillon !
A ce que je vois, tu en trouveras difficilement une bonne.
VOLMAR
Oh ! oh! c'est que pour parvenir à une charge aussi essentielle, il faut avoir fait de profondes études.
ROSE
Eh bien! mon frère, allez-vous recommencer vos
23a LA JEUNE FEMME COLERE.
satires contre les femmes? Vous ne pouvez pus vivre sans elles, et vous êtes toujours à en médire : voilà de ces contradictions que je ne souffre pas...
1 ~'.l 1 ! I , lui baisant la maiu.
Adieu, ma bonne amie.
ROSE
Eh bien!... vous me laissez déjà?
EMILE
Nous allons faire quelques visites , mon frère et moi.
ROSE
Et quelles visites, mon Dieu? Vous voilà tous les deux en uniforme, comme si vous alliez passer une revue !
EMILE
Nous allons voir les principaux habitans de l'endroit. Je compte les engager à dîner pour aujourd'hui.
ROSE
Mon Dieu! comment vais -je faire pour ma toilette?
EMILE
Tranquillise -toi, Rose; nous avons ici l'ancienne femme de chambre de ma mère : elle a été fort habile dans son temps. Prévoyant bien l'embarras où tu allais te trouver, je lui ai dit de tout disposer pour ta toilette.... En sortant, je vais te l'envoyer.... Adieu, ma bonne amie.