‹ Collection de pièces de théâtreChapitre 179 sur 290 · SCENE II. 3o · texte numérisé non relu

SCENE II. 3o

Nous faisons connaissance avec le verre en main, Et nous sommes amis du soir au lendemain.

LE DUC

Enfin, pour terminer cette aimable aventure, Le lendemain monsieur monte dans ma voiture. A son air un peu fou je vois qu'il est auteur; J'apprends que le soir même il donne le Grondeur. Un poète, un soldat font bientôt connaissance; Il est entre eux, d'ailleurs, certaine ressemblance; Tous deux cherchent la gloire, et le même laurier Ceint le front du poète et le front du guerrier. Il faut enfin quitter si bonne compagnie; Je reconduis monsieur jusqu'à la comédie; Nous nous disons adieu. Pourtant je lui promets Que je viendrai le soir au Théâtre-Français. J'ai tenu ma parole; et, messieurs, je m'empresse De vous féliciter du succès de la pièce.

PALAPRAT

Diable! si vous prenez cela pour un succès, Vous êtes indulgent.

LE duc.

Bah ! deux ou trois sifflets.

PALAPRAT

Prenez garde, monsieur, vous rouvrez mes blessures.

LE DUC

Quoi ! vous vous affectez pour de légers murmures ! C'est ici bas le sort de tout homme d'esprit ; L'ignorance le siffle, et le goût l'applaudit. Vous avez avec art peint votre personnage.

Aut. contemp. Et. i. '-lu

3o6 BRUIS ET PALAPRAT.

Oui, messieurs, le Grondeur est un fort bon ouvrage- Et, malgré les sifflets, moi j'y mets plus de prix Qu'à tel autre où l'on voit accourir tout Paris.

PALAPRAT, à Bruis.

Cet homme a l'esprit juste; avec force il raisonne.

BRUIS, à Palaprat.

Certain air de grandeur brille dans sa personne.

LE DTJC.

Peut-être vous allez me trouver curieux;

Mais comment faites-vous pour travailler à deux ?

BRUIS

En cela nous trouvons l'agréable et l'utile,

Le travail est plus doux, et semble plus facile.

On discute, on s'excite, et cette noble ardeur

Donne seule aux tableaux la vie et la couleur.

Que nous sommes heureux ! quel plaisir est le notre !

Souvent une saillie en fait éclore une autre;

Un trait, un joli mot sont des trésors pour nous;

Qui nous verrait alors nous prendrait pour deux fous.

Vous n'imaginez pas où va notre délire :

Nous nous applaudissons, nous éclatons de rire;

Ainsi nous arrivons jusques au dénoûment.

L'ouvrage est toujours gai , quand il est fait gaîmenl.

Avons-nous un succès, tous deux il nous transporte:

Avons-nous une chute, elle semble moins forte.

Telle est de l'amitié le pouvoir enchanteur:

Elle adoucit la peine et double le bonheur.

LE DUC

Oh! que celle union est aimable et touchante!

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