SCENE III
JEROME
Non, madame; quand je dis que je n'ai que ça à vous dire, c'est que j'ai autre chose.
MADAME D O R S A N
Expliquez-vous.
JÉRÔME
D'abord, madame, voilà les costumes pour cette tragédie turque de votre composition , que vos élèves doivent représenter le jour de votre fête.
MADAME DO R SAN
C'est bon, Jérôme, portez-les au magasin.
JÉRÔME
Oui, madame, je vais les porter au magasin. Ensuite, vous m'avez défendu de laisser entrer des romans.
Oui , vous exécutez fort bien mes ordres. Hier encore on en a trouvé de cachés sous l'oreiller d'une pensionnaire. Ces demoiselles lisent la nuit, et vous m'exposez à faire mettre le feu dans la maison.
JÉRÔME
Voilà ce que c'est que le fruit défendu. Tenez, madame, voulez-vous que je vous dise une chose? c'est que, si vous les occupiez à coudre, les romans ne leur viendraient pas dans la tête.
MADAME DORSAN
Coudre! fi donc!
JÉRÔME
Croyez-moi , madame , on a beau être riche , on ne
4o LE PACHA DE SURENE.
sait pas dans quelle passe on peut se trouver un jour. Au reste, en parlant de romans, voilà un catologue qu'on m'a donné à un cabinet littéraire de lecture; voulez -vous voir s'il n'y a pas là -dedans quelque chose de suspect ?
MADAME DORSAN, Usant.
« Trois années de la vie du chevalier de Faublas. » Ah ! mon Dieu ! quelle horreur !
JEROME
Est-ce que ça n'est pas bon?
MADAME DORSAN
C'est un livre d'autant plus dangereux , que le vice y est caché sous des fleurs.
JÉRÔME
Je vous entends ; il y a de la petite drôlerie.
MADAME DORSAN
Un livre immoral.
JÉRÔME
Vous l'avez donc lu, madame?
MADAME DORSAN, lisant.
« Annales de la vertu. » A la bonne heure.
JÉRÔME
Ah! pour celui-là, il est de notre district. A propos, j'oubliais; il y a bien pis qu'un roman qui demande à entrer.
MADAME DORSAN
Qu'est-ce que c'est ?
JÉRÔME
C'est un homme , madame.