GR A PIIS
Mon Dieu! que je vous plains!
PALAPRAT
Moi , je me trouve heureux.
GRAPIN
Vous plaisantez.
PALAPRAT
D'abord, je suis très paresseux.
Je vais à travailler passer ma vie entière; Je n'aurai désormais rien autre chose à faire : Mais j'attends des plaisirs qu'on n'a guère à Paris; Ceux qui viendront me voir seront mes vrais amis. Pour éviter des sots l'ennuyeuse cohorte, Je n'aurai pas besoin de défendre ma porte. Je n'ai point à rougir d'un semblable revers, Et je conserverai ma gaîté dans les fers.
GRAPIN
Allons , sovez heureux.
PALAPRAT
Emmenez-moi donc vite.
GRAPIN
J'ai laissé sur la porte un homme de ma suite. Vous en serez content; c'est un charmant garçon, Emprisonnant son monde avec le meilleur ton. Moi j'ai des procédés, je suis sensible, honnête; Aussi je suis aimé de tous ceux que j'arrête.
Très enchanté, monsieur, d'être de vos amis.
GRAPIN
Vous ne l'ignorez pas, vos meubles sont saisis, Et je vais sans retard en dresser l'inventaire.
PALAPRAT
Il ne sera ni long, ni difficile à faire.
GRAPIN
Comment c'est là, monsieur, tout votre mobilier!
( Il appelle. )
La Douceur!
PALAPRAT
Est-ce là l'aimable cavalier Que vous avez chargé du soin de me conduire?
GRAPIN
Lui-même. A vos amis n'avez-vous rien à dire? Disposez de mon zèle. Il ne faut qu'ordonner.
PALAPRAT
Pardonnez-moi , j'attends des amis à dîner; Veuillez bien m'excuser auprès d'eux, je vous prie.
GRAPIN
Mais ne pourrais-je pas leur tenir compagnie?