ACTE II, SCENE XIII
PAULINE
Hélas! oui.
SAINT-ROMAIN
Cela vous causerait-il de la peine?
PAULINE
Ah! sans doute. C'est un genre de vie si peu conforme à ses goûts, à son caractère... Il est des plaisirs pour tous les âges... Cette folie brillante qui convient à la jeunesse n'est pas faite pour l'âge mûr. Ne craignez-vous pas de voir votre excellent père en butte aux traits du ridicule, de l'exposer aux railleries d'un monde frivole?
SAINT-ROMAIN, à part.
Que déraison! Et j'aurais pu la soupçonner...
PAULINE
Il était si heureux, si respecté, quand nous vivions à la campagne!
SAINT-ROM A IN
Eh quoi ! mademoiselle , vous n'avez pas été élevée à Paris?
PAULINE
J'y arrive pour la première fois.
SAINT-ROMAIN-
C'est singulier... Il me semble que je vous ai vue... depuis bien long-temps.
pau Lr NE.
Vous êtes dans l'erreur.
4a6 UN JOUR A PARIS.
SAUT-ROMAIN
Ah! c'est une erreur sans doute; mais de grâce, ne la détruisez pas : elle me rend si heureux !
PAULINE
Comment ?
SAINT-ROMAIN
Oui, mademoiselle, apprenez que dès long-temps j'adorais un être idéal, que je me figurais un modèle de grâce, de douceur, de bonté. Eh bien! cette femme imaginaire, ce regard plein de douceur... je les vois... ils sont là... devant mes yeux... Ah! pardon, mademoiselle, je m'égare...
PAULINE
En effet, il me semble, monsieur, que tout cela est bien romanesque, et que vous vous êtes un peu écarté de la conversation.
SAINT-ROMAIN
Ah ! mademoiselle , daignez me pardonner la témérité...
PAULINE
Quoi! je vous connais à peine; je vous parle pour la première fois.... Ah! monsieur, j'avais le droit de m 'attendre à plus d'égards.... D'ailleurs, vous le savez, je dépends de monsieur votre père.
SAINT-ROMAIN, à part
O ciel! je frémis. (Haut.) Vous dépendez de mon père, dites- vous?
PAULINE
Sans doute Je lui dois tout; je n'ai que lui dans le monde...