SCÈNE IX
madame DORSAN, FL1CFLAC.
MADAME DORS AN
Ah! vous voilà, mon cher Flicflac? où sont donc les trois inséparables? êtes- vous content de leurs progrès ?
FLICFLAC.
Enchan-anté. Je viens de leur do-onner leçon , voilà les cachets. A propos, madame, vous m'avez défendu de me charger d'aucune lettre suspecte. En voici une qui me paraît avoir ce caractère.
MADAME DORSAN
Voyons. « A monsieur , monsieur le Pacha de « Constantinople, à Surêne. » Qu'est-ce que c'est que cette plaisanterie-là?
FLICFLAC.
Li-isez.
MADAME DORSAN décacheté la lettre, et lit.
« Monsieur le Pacha , nous venons de lire dans « la Géographie que vous pouvez épouser plusieurs « femmes. Nous sommes précisément trois dans votre « voisinage , jeunes , aimables et très jolies. Nous avons « juré de ne jamais nous séparer. La plus âgée de « nous n'a pas quinze ans. On dit que vous quittez « Surêne pour retourner dans votre pays. Si nous «vous convenons, tâchez de venir nous voir, ou du
« moins faites-nous le dire par M. Flicflac. Dans tous « les cas , nous partirons pour Constantinople après « que nous aurons fait notre première communion.
« Salut et fraternité1.
« Monsieur le Pacha,
« Vos très humbles servantes , « Aglaé, Laure, Nathalie.»
Grand Dieu! quelle folie! je ne peux m'empêcher d'en rire.
FLICFLAC.
C'est singulier, madame; vou-oulez-vous que je vous-ous apprenne une chose?
MADAME DORS AN
Voyons, voyons.
FLICFLAC.
C'est que ces trois demoiselles ont écrit au Pa-paacha...
MADAME DORSAN
Oh! la belle découverte! voilà qui est bien sorcier.
FLICFLAC.
Vous-ous ne m'entendez pas. Je vous dis qu'elles ont dé-éjà écrit avant cette lettre-là.
MADAME DORSAN
Et comment le savez-vous?
FLICFL A C.
C'est que le Pa-pacha m'a pré-écisément dit hier qu'il voulait venir voir votre pen-pensionnat.
i. C'était la forme du salut adoptée alors; la France était en république.