SCENE IV. t
GERME II IL, courant dans ses bras.
Mon cher oncle.
Bon jour, Germeuil ; eh bien! où donc est ta femme ?
GERMEUIL
Mon oncle , elle est à réparer le désordre de sa toilette. Nous ne faisons que descendre de voiture, et elle ne veut pas se présenter...
Comment! comment! des cérémonies?... Oh! je vois bien qu'on ne me connaît pas. Est-ce qu'elle se croit encore à la ville?... Je déteste les façons, je veux qu'on soit sans gêne, qu'on marche rondement.
GERMEUIL
Elise, l'amie dont je vous ai parlé dans ma lettre, est aussi venue.
M ARCÉ
Tant mieux, tant mieux; vos amis sont les miens, et ils seront toujours bien reçus : d'ailleurs , je connais les parens de cette jeune personne; ce sont de braves gens que j'estime. Moi, de mon coté, je vous amène le nouveau propriétaire du château voisin; nous nous sommes rencontrés à la chasse , tu seras bien aise de faire sa connaissance. Il n'a que vingtcinq ans ; mais c'est un sage , un philosophe : oh ! c'est un garçon charmant ! Il est d'une colère affreuse contre les hommes, et surtout contre les femmes... Les belles choses qu'il m'a dites ! Tout en chassant,
i58 UNE HEURE DE MARIAGE.
tout en moralisant , nous avons fait plus de dix lieues.
GERMEUI L.
Ainsi, mon oncle, vous vous portez...
MARCÉ
Ah! mal, mal, mal... Je sens que je m'en vais.... tout doucement , mon cher neveu : je suis d'une faiblesse, j'ai le corps si fatigué...
GERMEUIL
Après avoir fait dix lieues , cela n'est pas étonnant. M a r c É.
Oh! non, non, ces dix lieues-là n'y font rien, je peux les faire aisément; c'est une suite de ma mauvaise santé.
GERMEUIL
Je le vois , vous n'avez plus d'appétit.
MARCÉ
Pardonnez-moi. Ce n'est pas l'appétit qui me manque: je mange bien, je bois bien, je dors bien; mais du reste je me porte fort mal... Au surplus, je rends grâce à ma dernière maladie, car sans elle tu ne serais peut-être pas encore marié.
Mais... mon oncle...
MARCÉ
Ah! libertin, la vie de garçon est si agréable!
GERMEUIL
Eh bien ! je vous jure que depuis long - temps je ne la fais plus.