‹ Collection de plombs historiés trouvés dans la Seine (volume 2)Chapitre 14 sur 18 · TYPES MÉLANGÉS · texte numérisé non relu

TYPES MÉLANGÉS

Ce groupe n'est vraiment qu'un reliquat où je rassemble ce qui paraissait réfractaire à la classification satisfmsante dont j'aurais tûmé à faire usage jusqu'au bout. Le fil conducteur se brisait là entre mes mains. Que ce soit la faute de mon esprit, ou qu'il faille en rejeter l'accusation sur l'état incomplet des monuments qui me sont parrenus, c'est ce qu'on verra si l'on poursuit cette tâcbe avec la patience que j '7 ai mise durant quinze années. Diflu veuille que l'Etat parvienne à s'emparer beurcuscmcnt des trouvailles quotidiennes et à n'en laisser rien distraire, comme quelques gens habiles paraissent le rêver en vertu de la propriété du domaine sur les cours d'eau ! Reste à savoir si des agents qualifiés ou rétribués dans ces vues apporteront toujours & leur besogne un zèle assez dévoué pour que la drague ne puisse jamais rien soustraire aux collections publiques. Encore faudrait-il que les déblais négligés par l'ingénieur devinssent chose sacrée, en sorte que les sables ou les vases vidés sur la rive ne pussent «1 aucun cas être visites, triés et criblés pai- aucun clierchcur laborieux qui compte y trouver de quoi vivre pour sa peine.

Sous les types ammanco et métiers j'avais absolument de quoi ranger plusieurs pièces classées provisoirement ici, mais ça et 1& l'homme accompagnait l'animal, cela devenût un embarras pour la méthode; j'ai fait de mon mieux, et ne dissimule pas que \e groupe actuel ne pourra subsister longtemps si les découvertes viennent à se multiplier. Toutefois, dans le système que paraissent inaugurer certaines mesures récentes, je crains fort que les troutailles fécondes ne soient ajournées indéfiniment.

Personnage d«l)out, vêtu d'une longue robe, le visage tourné en arrière et le bras gauche étendu comme s'il voulait frapper. Un animal à grandes oreilles, qui se trouve derrière lui, se dresse sur les pieds de derrière et appuie sur lui un pied de devant, au-dessus duquel on aperçoit le pommeau de l'épée. Cela ressemble beaucoup au type de la lâcheté (pusillanimité), tel que le donoent dos cathédrales du XIll* siècle , et parait indiquer une intention satirique.

5t : Croix fleurdelisée, cantonnée aux trois premiers cantons de deux annclets, et au quatrième d'un soleil rayonnant et d'un annelet.

Trouvé au Pont-au-Change, en 1857.

XIV' siècle.

Même type. L'homme jette les mains en avant comme s'il était effrayé, et regarde le quadnipède qui s'est emparé de son épée, qu'il tient entre ses pattes de devant.

Grènetis cordé.

^ : Croix florencée, cantonnée de douze annelets , trois dans chaque canton.

Grènetis cordé.

Trouvé au pont Saint-Michel, en 1862.

XIT" siècle.

Cette plaisanterie a hien la mine d'être inspirée par l'esprit satirique qui florissait au temps de nos ancêtres. Ces joyeusetés étiùent la liberté de la presse, comme elle pouvait exister alors (caries honnes gens n'y lisaient pas grand-chose]. On donoait son avis sur les affaires publiques à l'aide de chansons, de plaisanteries parlées ou coulées en plomb, etc. Moyennant cette soupape de sûreté, le populaire se soumettait après avoir ri tout son soûl ; et comme disait plus tard Mazarin, qui ne nous connaissait pas mal :

lis canlerU, Us payeront!

Je ne serais pas surpris si nous avions là quelque malice contre les barons de Philippe le Bel et de ses successeurs, durant les guerres contre les Flamands et les Anglais. La fortune nous y avait souvent trahis, et le peuple aurait ici battu le roi sur le dos de la noblesse.

Même type; seulement, l'homme qui, dans les deux pièces précédentes, marchait h. droite, marche à gauche; il semble s'enfuir devant le quadrupède. Au milieu des plis de sa robe, on distingue

confusément le fourreau vide de son ëpée. L'animal ne paraît guère savoir comment il maniera ce glmre.

Grènetis.

^ : Agneau pascal.

Grènetis.

L'agneau du revers semble ridiculiser la mausuétude de cet homme, qui se laisse désarmer par un animal.

Trouvé au Petit-Pont, en 1863.

XIV siècle.

Ce méreau prête encore à l'observation que je faisais tout à l'heure. Les Valois ne devaient pas être trop fâchés de voir que la noblesse baissait dans l'estime du peuple, lis travaillaient à la réduire et se disaient étourdiment :

Je ne sais pas prévoir les malheurs de si loin.

Ceux qui vinrent plus tard sur le trône continuèrent bien autrement le travail de décomposition, et 89 en fut le résultat. Je n'ai pas à chercher qui eut tort ou fut attrape au bout de ce long travail préparé par la monarchie ancienne ; je reproduis de vieux documents qui peuvent éclairer la marche progressive de ce long et terrible procès. La génération qui nous a précédé l'a vu se résoudre , et nous en commençons un autre que la postérité se chargera d'cclaircir quand nous ne serons plus. Ainsi va le monde»

L'agneau pascal indique peut-être une camp^ne de printemps, dont l'issue n'aura pas fait honneur à la vieille gendar» merie luttant contre les bourgeois trop méprisés des communes du Nord. II est probable que notre bourgeoisie en était peu affligée, y pressentant ses propres ressources, et ne prévoyant pas la conscription moderne qui en a tiré plus de parti que les gens d'autrefois ne l'eussent voulu.

Comme au précédent : ici l'on Toit parfùtemeot le fourreau de l'épce pendant vide sur le flanc de l'homme. La forme de l'animal n'est plus la même; il a les oreilles plus courtes, et il est couvert de poils épais.

Double filet renfermant nne ligne de perles.

Ç! ; Singe assis, portant un fruit à sa gueule ; il porte au cou un collier auquel est attachée une chaîne garnie d'une poignée.

Double filet renfermant une ligne de perles.

Ce rapprochement aux deux côtés de cette pièce peut faire supposer que, sur la face, on fait allusion à quelque événement plus ou moins comiqae, où le populaire se permettait d'avoir son petit avis. Il 7 a ici évidemment satire on caricature.

Trouvé au pont Saint-Michel, en 1860.

XIV siècle. ^

Au sujet de cet animal nourri dispendieuseinent à la chaîne (de la royauté ou de l'aristocratie] , mais qui ne menait à rien en Bomme,jem'en vais exposer prochainement ce que l'on me paraît avoir voulu dire sur la fin du moyenne, avec les précautions exigées alors par une législation impérieuse. Nous avons, cette fois, le singe associé au type poltronnerie, et plus tard au type monarchique {fleur de lis) ; il n'est guère douteux que ces diverses figures ne se rencontrent dans quelque moyeu d'unité qui les réunisse plus clairement pour l'interprète chargé de traduire leur

langage à l'aide d'éclaircissements cherchés dans l'histoire. Or, c'est ce que je veux tenter à propos du type qui suit , pour proposer une solution qui ait la chance d'être admise comme acceptable.

Singe à moitié dressé sur ses pieds de derrière ; dans sa patte droite de devant, il tient un fruit; de l'autre, il se gratte; à son cou est attachée une ch^ne garnie d'une poignée.

Filets.

^ : Grande fleur de lis, dans un champ haché de doubles traits en losanges.

Filets.

On peut supposer que cette pièce se rapporte au serrice de la ménagerie royale.

Trouvé au pont Saint-Michel, en 1865.

XIV' siècle.

Dès que les côtes d'Afrique furent visitées par les vaisseaux européens, ou quand le commerce étranger nous mit en relation avec les Canaries (ce qui date au moins de 1345) , les singes devinrent un luxe que les grands seigneurs s'accordaient volontiers,

pour montrer lenra richesses en faisant preuve de fantaisies coûteuses '. Ce pouvait donc bien être un signe de méchanceté contre la noblesse, nounie à son aise par les droits seigneuriaux, tributs exigibles en mille circonstances plus ou moins légales, et manquant àson office milîtiûre dans telle conjoncture oùla couronne était en péril. Tranchons le mot : on voulait dire qu'elle avait tourné le derrière, payant (selon le vieux langage) en ntonnateijtf ti'n^e. Que cela fût bien juste, après les pertes éprouvées par la vieille gendarmerie dans nos désastres, ce n 'est pas la question : il s'agit du parti qu'en tirait l'esprit démocratique; et je n'ai pas antre chose à dire surîmes plombs hittoriéiy qui attestent le flux de la marée montante longtemps avant le dernier orage qui submei^ tout.

Singe assis, la tête couverte d'un chaperon et tenant un annelet dans ses pattes de devant. Mais pourquoi aussi ne serait-ce pas un écureuil avec sa queue retroussée en panache et mangeant une noix?

Grènetis.

' Il eatai taitmentioD dtkUS let Beidairtt frantaû, même avaal nos premières explorations d'Afrique {Stélanget d'arehMagie, t. III, p. 230-333). A plu> Torte raiion, cet animal fit-il parler de lui au XIV* siècle et au ZY',

]^ : Bâtiment entouré d'une palissade ou hiûe formée pour la chasse.

. Grènetis.

C'est encore à la ménagerie royale que cette pièce peut être attribuée.

Trouvé au Pont-au-Change, en 1865.

.. XIV siècle.

M. Peigné-Delacourt, qui étudie le moyen âge en amateur, mais en amateur sérieux, a publié (1858, grand in-4*) une notice sur la chasse à la haie. Je n'adopte pas toutes ses conclusions, où il voudrait englober l'art héraldique en plusieurs origines de ce langage mal éclaircies jusqu'à présent. H pourrait cependant avoir ouvert la route à des interprétations qui flottent tuijourd'hui dans un vague où l'on renonce trop à voir clwr; car n' est-il pas telles familles devenues illustres qui se sont d'abord frayé un chemin auprès du roi par la venerïe avant d'acquérir une notoriété nationale ? N'écartons pas leurs titres postérieurs; m^s qu'on nous en laisse constater la première origine. Cela peut avoir été plus fréquent que l'on n'a coutume de le dire. Mettant donc à part, s'il est besoin, le type réthelois (page 94) qui pourrait être allégué ici (or Kethcl et Mézières étaient justement pays de chasses),pourquoi n'aurions-uouspas l'imitation de quelque chose comme une féie de Saint Hubert? L'écureuil figurerait comme signe de la guerre aux hôtes des bois. Je sais que cela n'est pas sans objection; aussi modifierai-je ma conjecture, si d'autres monuments viennent ouvrir un avis plus admissible.

Assurément, Técureuil n'est pas ce qu'on appelle île nos jotirs un bon coup de fusil ; mais il est mangeable (moyennant sauce) et pouvait indiquer un gibier quelconque, car il habite la plus graude partie de noi boia françaisi

Personnage debout, tenant un arc dans la main gauche ; le champ est orné de feuillages.

1^ : Croix bourdonnde, dont chaque extrémité est côtoyée de deux bandes; le tout renfermé dans un entourage formé de quatre arcs de cercle aboutés.

Grènetis.

Trouvé au pont SaintrMichel, en 1857.

XIV siècle.

Je serais disposé à attribuer cette pièce à une association de bourgeois qui se réunissaient pour s'exercer à tirer de l'arc. 11 existait encore à Paris, dans le siècle dernier, une association analogue, celle des chevaliers de l'arquebuse : l'une est la suite naturelle de l'autre, les armes de jet ayant été remplacées par les armes à feu.

Nous avons ailleurs des archers ou arbalétriers qui furent peu à peu mal vus du pouvoir, quand leur emploi ne parut plus utile au service de Sa Majesté. On ne s'explique pas très bien pourquoi les rois de France redoutèrent cette vieille institution lorsque le mousquet remplaça l'arc et l'arquebuse. La Belgique, protégée par les traditions communales, maintient encore ses

compi^ies d'archers, qui s'exercent à leur use sans grand péril pour l'établissement moderne; et je suppose que plusd'un tirailleur habile peut s'y être formé le coup d'œil dans les exercices populaires de son Tillage. Chez nous on l'a tenu comme dangereux. Pourquoi? Parce que les gentilshommes dédaignaient d'y prendre part, et que le paysan s'accoutnmiiit au tir. G-rand malheur! Les ttimps modernes n'ont pas fait voir que ce fût une éducation Gkcheuse, depuis que l'homme du peuple est emmené du village ou de son atelier à la vie des camps sur un billet de loterie. Quelques préliminaires joyeux, dès l'enfance, ne gâteraient rien à cette dure destination, qui s'empare de la jeunesse dans sa fleur, sans nul prcparatif où l'on ménage un peu de transition tolérable.

Œil, peut-être ; mais je ne voudrais pas en répondre.

Grènetis.

Çt : Croix bourdonnée, cantonnée de quatre perles.

Grènetis.

Trouvé au pont Notre-Diirae, en 1863.

Doit-on voir ici une sorte de marron de surveillance?

XV' siècle.

Vaisseau dont le mât, sommé d'une croix, est soutenu par quatre haubans ; ce vaisseau, qui est mouvant d'ondes, est flanqué de deux grandes fleurs de lis.

^: Tourelle ou borne cha^ée d'une croix pattée et flanquée de deux fleura de Us, surmontées l'une de quatre perles, l'autre de la lettre I ou du chiffre 1.

Trouvé au pont Saint-Michel, en 1865.

XIV siècle.

Le droit a du rapport avec le sceau de la ville de Paris, en 1410. Le type de l'avers ressemble un peu aux tourelles surmontant fréquemment les escaliers qui conduisaient à la plate-forme des donjons. Ne pourrait-ou pas voir ici ua méreau employé dans les travaux de fortifications de Paris?

Cependant la borne serait peut-âtre l'indication du lieu légal d'abordage où les droits fiscaux se devaient acquitter. Alors barque et borne d'amarrage deviendront assez clairement le signe du lonlieu ou tout autre péage soldé à qui de droit. Moyennant une telle pièce, on pouvait occuper sa place de débarquement et de vente sans nul débat ultérieur avec les agents du fisc, de la commune oudelabaronnie.

La fuculté de décret, sous les traits d'une femme couronnée, assise sur un banc à bras; elle tient de la main droite un sceptre et de la main gauche un livre ouvert. Le champ de la pièce est orné de losanges renfei-mant chacun une quarte-ft-uille.

Filet.

Ç:: Facultas Decbetorum.

Cette inscription, dont chaque ligne est renfermée entre deux filets, est surmontée d'une couronne ouverte.

Filet.

Trouvé au pont Notre-Dame, en 1865.

XV' siècle.

A l'époque à laquelle appartient notre pièce, 1 Université de Paris était composée des quatre fuctiltés : de théologie, de décret, de médecine et des arts.

La faculté de décret, autrement dite de droit-canonique (comme on parle communément aujourd'hui), ne portait pas ce nom jadis. On disait docteurs en décrcls, parce que le corpus juris canonici se forma peu à peu par la collection des décrctales émanées du saint-siége ou des canons des conciles. Le décret compilé par Gratien vers le XII* siècle en fut d'abord la base, et d'autres

livres s'y adjoignirent à la longue. Paris ayant une grande école théologique, an temps passé, droit séculier ou médecine n'y figurèrent qu'assez tard.

Ce méreau peut ftvoir servi à constater le ministère officiel des massiers, appariteurs et suppôu quelconques de la faculté en question ; ou comme jeton de présence pour les membres du docte corps aux réunions légales des confrères en canonicité.

La : CONFRIRI S. CllARLEMA.

Charlemagne debout, revêtu d'une armure sur laquelle il porte un manteau traînant ; il a la tête couverte de la couronne fermée ; îl porte dans la main droite l'épée haute, et dans la main gauche le globe impérial.

Double grènetis.

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