MNT MICHEL (DU MONT
Swnt Michel, debout, revêtu d'une armure complète, foule eux pieds le démon. Ce deniicr, rei)résent6 sous la forme d'un monstre fantastique, mais h figure sensiblement humaine, avec une peau vemiqueuse, a la mâchoire inférieure transpercée par la croix ou
la lance que l'archange tient de la main droite. Près des pieds du démon est debout la sainte Vierge, tenant FEnfant Jésus sur son bras gauche; ces deux personnages sont de petite proportion, comme n'étant là qu'en accessoire. Devant eux, on aperçoit un coq posé sur la jambe gauche du démon ; la présence de ce symbole ne me paraît pas explicable jusqu'à présent. Le saint Michel a été brisé au-dessus de la ceinture d'armes, qui est enrichie de losanges et bordée de perles. Au-dessous de la ceinture, on aperçoit la cotte de mailles. L'armure dont est garnie la partie inférieure du corps semble indiquer la fin du XIV' siècle.
Ce plomb a été trouvé au Pont-au-Change, en 1854.
Le Mont-Saint-Michel, situé dans la baie de Cancale, à huit kilomètres sud-ouest d'Avranches, portait primitivement, dit-on, le nom de Belen ou Belenus^ en raison d'ime grotte sombre consacrée au dieu celtique BelenWs et située à l'extrémité du rocher où s'élève aujourd'hui la forteresse.
C'est en 708 que l'évêque d'Avranches, Aubert, y établit jin pèlerinage et fonda une abbaye à la suite d'une apparition de saint Michel ; la dédicace de l'église eut lieu en novembre 709.
La célébrité de ce pèlerinage est attestée par les anciens bréviaires normands et même anglais.
La grotte païenne se transforma alors en une chapeUe marine, dédiée à l'ÉTOHiE des mers, à Marie, protectrice des matelots. C'est ce qui expliquerait sur notre enseigne la présence de la Vierge en compagnie de l'archange saint Michel. Mais, à défaut de ce renseignement, ou s'il n'était pas trouvé très-authentique, il suffirait de rappeler ce que nous avons dit (page 47) sur le pèlerinage voisin de Tombelaine, associé à celui du rocher de Saint-Michel.
L'endroit où cette pièce fut trouvée (Pont-au-Change), et le
grand nombre d'autres plombs, fragments, moules en pierre * qui raccompagnaient, prouve suffisamment que la fabrication de ces objets était l'œuvre des orfèvres établis, dès le moyen âge, sur le Pont-au-Change, ou d'ouvriers biblotiers fondeurs d'étwn^ qui habitaient au même lieu.
Aussi, lisons-nous dans les statuts d'Etienne Boileau ou Boyleve, et dans Sauvai, à propos de ces mots :
« SÇAVOIE CE QUE C'EST QU'DN BiBLOTIER :
c C'est un faiseur et mouleur de petites images de plomb qui se vendent aux pèlerins et autres. »> (Sauval,)
a Des ouvriers de toutes menues œuvres que on fait d'estain ou de plom à Paris. »
€ Quiconques veut estre ouvriers d'estain, c'est à savoir ferieres de miroirs d'estain, de fremœus d^estain, de souneites, de anèles d'estain, de mailles de pion (petites médailles), de mereaus de toutes manières et de toutes autres menues choseites appartenans à pion et à estain, il le puet estre franchement, et ouvrer de nuîz et de jours, se il li plaïst et il en a mestier, et avoir tant de vallès come il li plaira. » (Etienne Boileau.)
Il y avait donc à Paris une industrie de plombs qui devait alimenter nos grands pèlerinages en France, et fournir à de pauvres marchands des moyens d'existence.
A l'appui de notre opinion, nous donnons ci-après coiAe d'une lettre du roi Charles VI, laquelle porte que les médailleB de saint Michel, les coquilles et les autres marchandises de quincaillerie qui
i Je publierai dans une autre série un grand nombre de oea moules en pierre, ayant servi à couler différents objets de plomb en rapport avec le sujet de notre travail actuel.
se vendaient en pèlerinage au Mont-Saint-Michel seraient exemptes des droits d'aides :
a CHARLES, etc., etc.,
« Savoir faisons à tous présens et avenir,
« Nous avons oye la supplication despovres gens demourans au Mont Saint Michiel, faisans et vendans enseignes de Monseigneur saint Michiel, coquilles et cornez qui sont nommez et appeliez quiencaillerie, avecques autre euvre de pion et estaing, getté en moule, pour cause des pèlerins qui illec viennent et affluent ; contenant que comme pour gaigner et avoir leur povre vie et sustentacion, ilz aient acoustumé de vendre lesdictes enseignes et autres choses dessus déclairées, aux dix pèlerins venans en pèlerinage audit lieu du Mont Saint Michiel, lesquelx ne se sauroient vivre, chevir ne gouverner d'austre mestier ; lequel mestier est si petit, qu'il convient qu'il se vende par Mailles et par Deniers, aux pèlerins qui viennent audit pèlerinage, et par si petites parties, que les dix supplians pevent à peine avoir de quoy vivre audit lieu du Mont Saint Michiel ; mesmement qu'ils n'y croist blé ne austres choses de quoy ilz puissent soustenir ne avoir leur povre vie et estât, et convient qu'ilz achètent chierement Teaue de quoy ilz se gouvernent, et toutes autres choses qu'il leur convient avoir pour leur substentation ; lesquelx supplians sont contrains de jour en jour àpaier imposicion desdictes enseignes, et autres choses dessus déclairées, pour laquelle chose ilz sont si grevez, qu'ilz n'ont bonnement de quoy vivre; et sontyceulx supplians ou aucun d'eulx, en voye de laissier ladicte ville, et aller ailleurs quérir leur vie, ja soit ce que plusieurs d'eulx ne sachent autre mestier dont ilz se
puissent vivre ; par quoy le saint pèlerinage dudit lieu du Mont Saint Michiel pourroit estre diminué, et la devocion des pèlerins apetissie; lesquelx pèlerins, pourTonneur et révérence dudit Mons saint Michiel, ont très grand plaisir de avoir desdictes enseignes et autres choses dessus declairées ; pour emporter en leur pays en l'onneur et remembrance (ressouvenir) dudit Mons saint Michiel, si comme yceulx supplians dient ; implorans humblement que en nostre joyeux advenement audit lieu du Mont Sainct Michiel; Nous plaise leur eslargir nostre grâce sur ce que dit est; pourquoy nous eue consideracion aux choses dessus dictes, pour la singulière et especial dévocîon que nous avons audict Mons saint Michiel et aussi pour cause de nostre dit joyeux advenement audit lieu du Mont Saint Michiel, à yceulx supplians de nostre certaine science, grâce especial, pleine puissance et auctorité Eoyal, avons octroyé et octroyons par ces présentes que eulx et leurs successeurs marchans faisans et vendans lesdictes enseignes, ou autres choses dessus declairées, soient frans, quittes et exemps à toujours-maiz de paier ladicte imposicion de douze deniers pour livre, pour cause de la vente desdictes enseignes^ et autres choses dessus declairées si donnons en mandement à noz amez et féaux les Generaulx Conseillers à Paris, sur le fait des aides, ordenez pour la guerre, aux Ësleuz et receveurs sur ledit fait, es cité et Diocèse d'Avranches, et à tous noz autres Justiciers et officiers, presens et avenir, ou à leurs lieuxtenans, et à chascun d'eulx, si comme à lui appartiendra, que de nostre dicte grâce et octroy, facent, souffrent et laissent les diz supplians et chascun d'eulx, et les autres Marchans ou vendeurs desdictes enseignes, et autres choses dessus declairées, qui pour le temps advenir seront, joïr et user plainement et paisiblement et à toujours maiz, sanz leur y mettre ne souffrir estre mis contredit, empeschement ou difficulté quelconques. Et que ce soit chose
ferme et estaUe à touzjours. Nous avons fait mettre nostre scel . à ces présentes. Sauf en austres choses nostres droit, et Tautruy en tontes.
€ Donné audit lieu du Mont Saint Michiel, le xv* jour de Février, Tan de grâce mil trois cens quatrevins et treze, et de nostre B^gne le XTITTv
€ PAR LE ROY; Presens : Mess, les Ducs de Berry et d'OKLiENS, le CONNESTABLE, rÀMiRAULT, les Seigneurs de Chastillon et d'OnONT, et plusieurs autres du Conseil.
« J. Bebtaut. »
Ordomnances des rot^ de France, tome VII, p. 590.