SAINT JE«N-B«PTI$TE
VABIÉTÉ.
Eeprésentatâon encore plus barbare qu'aucune de celles qui précèdent, et dépourvue de légende.
On y reconnaît un prêtre soutenant le chef de saint Jean-Baptiste, et deux personnages, à droite et à gauche, portant des torches.
Ce plomb a été trouvé, en l'année 1862, aupontd'Arcole.
StINT JEkN-BlPTISTE.
Face de saint Jean avec le reste d'une légende c couvre plus que les lettres ci-après :
l'on ne dé-
lEHAN : DAMES.
Revers. — Dans le champ, une balance dont il n'est pas facile de rendre raison, à moins toutefois qu'elle ne fasse allusion à la foire d'Amiens (marchands merciers, etc.). Les merciers, vendant alors toutes sortes de marchandises, avaient parfois la balance pour symbole.
Trouvé au Pont-au-Change, en 1862.
SMNT JE»N-B«PTtSTE.
Saint Jeaa-Baptilste, la tête nîmbée, sapporte de la mûn droite l'agneau pascal avec sou petit étendard, qu'il montre de la gauche.
Le saint, dontla robe semble formée d'une peau de quadrupède, est accosté à sa droite d'une haute plante Beurie, qui assurait la solidité de l'ensemble. Le tout repose sur un petit socle gothique découpé assez habilement.
Nous pensons que ce plomb a bien pu être vendu, comme les enseignes précédentes, le jour de la foire de SaintJean-Baptiste, à Amiens ; bleu que sa composition ne rappelle pas spécialement la face du Précurseur.
Trouvé an pont Notre-Dame, en 1886.
SlINT THOMkS DE MNTORBÉRf.
Sachet en plomb. Snr la face droite est placée la figure, à micorps, de saint Thomas Beclet, à visage lai^e et plein, à la façon de ce8 faces bien nourries que présentent plusieurs tombes des anciens chevaliers anglais. Le buste d'un personnage si bien portant ne donne point tout d'abord l'idée d'un martyr; mais il faut
tenir compte de la provenance, car ce plomb a bien l'air d'appartenir à l'Angleterre. Le saint, vu de face, a la tête couverte d'une mitre fort basse et nimbée. Des deux mains il tient une crosse dont la courbure atteint à peine sa poitrine, forme que nous ne retrouvons plus guère dans les monuments postérieurs au XII' siècle. Son buste est recouvert d'un ornement à épaulières très-marquées, et qui se termine par des espèces de médaillons retombant vers les côtés sur des manches larges. Cette partie assez rare du costume épiscopal nous aurait causé quelque embarras, si lé Révérend père Cahier ne nous avait dit qu'il avait constaté l'existence de cet insigne pour trois ou quatre sièges de la chrétienté, où ils sont tombés en désuétude. Mais, pour en faire comprendre l'emploi, il faudrait des planches et des détails qu'il se propose de publier dans une continuation des Mélanges d* archéologie.
Sur la tête du saint, près de l'ouverture du sachet, on aperçoit comme le couronnement d'une châsse, composé d'une corbeille dont les deux extrémités sont surmontées de la croix. Au milieu, est une petite construction à arcades dont le toit est fort élevé. Le tout ressemble passablement à un ancien coche d'eau.
Le sachet est entouré, en bas et siir les flancs, d'une plaque plane dont les angles sont garnis d'un pseudo-lis (l'un de ces ornements est brisé) ; la plaque est bordée de deux filets dont les intervalles sont hachés à angle droit ; en dedans est placée une seconde bordure composée d'arcatures mal fermées et retombantes, dont la pointe est arrondie ; enfin, deux anses s'attachant d'un côté au sachet, et de l'autre à la plaque qui l'enveloppe en partie, servent à suspendre ce petit monument.
Comment cet objet, que nous croyons d'origine anglaise, s'est-îl rencontré à Paris parmi les restes de notre moyen âge? C'est une question que nous pourrions bien laisser indécise, mais à laquelle
il n'est pas mal aisé de proposer des solutions non dépourvues de probabilité. La Nonnandie et T Anjou étaient en relations quotidiennes, jadis, avec T Angleterre, et la renommée de saint Thomas Becket avait eu surtout un grand retentissement dans la France, qui lui avait prêté refuge durant son exil. On peut bien croire que des pèlerins français, ecclésiastiques ou laïques, rapportaient volontiers dans leur patrie un souvenir du despotisme des Plantagenets, qid avaient préludé de loin aux excès de pouvoir des Tudors. D'ailleurs, les souvenirs du duc Bedfort, de Talbot et de Jeanne d'Arc ne nous permettent pas d'oublier quç les armées anglaises ont traversé TIle-de-France. Serait-ce un reste des garnisons anglaises contemporaines de la pucclle d'Orléans? A vrai dire, le style de cette enseigne rappelle plutôt le commencement du XIIP siècle, que la guerre de Cent ans.
D'ailleurs, nous savons que quatre ans après la mort de saint Thomas •Becket, la cathédrale de Cantorbéry (Christ-Church) ayant été ruinée par un incendie, toutes les nations catholiques voulurent contribuer à sa reconstruction. Ce fut l'occasion, pour le roi de France Louis VII, de faire un voyage en Angleterre au mois d'août H79. Il prit le costume de pèlerin et, suivi de toute sa cour, du roi et de la reine d'Angleterre, il alla visiter le tombeau de saint Thomas. Il laissa au Trésor une coupe d'or, une pierre précieuse d'une valeur inestimable, qui s'appelait la Régale de France^ et, de plus, dota le monastère d'une rente annuelle de cent muids de vin. La Franco fournit encore l'architecte, Guillaume de Sens, qui commença la reconstruction de la cathédrale, et dont Tinfluence explique fort bien certaines traces de l'ornementation de Sens dans la grande basilique anglaise.
Le révérend Thomas Hqgo^ dans le 38* volume de V Archœologia^
a publié quelques pages intéressantes sur des enseignes de pèlerinages {pilgrims^ signs) trouvées en Angleterre, particulièrement dans la Tamise. Ily signale, d'après plusieurs écrivains d'autrefois, la coutume de rapporter des signacula^ signa, etc., et même de sachets en plomb [pilgrim's pouches^ comme qui dirait : sachets de pèlerins), au retour d'un voyage de piété*. Mais tous les monuments gravés dans sa notice ont un caractère tellement vague, que dénués d'inscription comme ils le sont générafcment, leur destination pouvtdt être attribuée à divers buts. Plusieurs bustes ou figurines d'évêques auront peut-être servi pour Cantorbéry; mais, amour-propre d'auteur à part, je n'y vois rien d'aussi net et de provenance aussi incontestable que la plupart de mes trouvailles. Celle-ci, en particulier, que je tiens pour anglaise, ne prête à aucun vague, si on la prend dans son ensemble, et surtout en tenant compte du revers que nous allons expliquer.
Notre sachet a été retiré de la Seine au pont de la Toumelle, en 1862.
1 Nous lui empruntons, à raison de l'opportunité toute particulière que nous offre Tarticle actuel, ce passage de Giraldus Cambrensis, précisément au sujet de pèlerins qui revenaient de Cantorbéry, et dont on devine le voyage d'après les enseignes qu'ils portent suspendues à leur cou : « Episcopus... videns ipsum intrantem... et socios suos cum signaculis beati Thomoe a collo suspensis. . . » Ne dirait-on pas qu'il s'agit de notre sachet, avec le buste et le martyre de saint Thomas Becket représentés sur les deux faces ?
Revers. — Sur la face postérieure du sachet, on a représenté le meurtre de saint Thomas Bccket. On sait que ce prélat, après avoir été chancelier d'Angleterre sous Henri II, qui le considérait comme sa créature, devint archevêque de Cantorbéry. Dès lors, renonçant au luxe qu'il avait déployé précédemment et à la fréquentation de la cour, sauf pour l'exercice de son ministère, il s'opposa résolument à la prépotence du roi sur l'Eglise. Chassé d'Angleterre, il fut reçu en grâce après quelques années, mais sans qu'il y eût de concession de part ni d'autre. Bientôt, Henri II, voyant que l'ar-
chevêque s'opposait à toutes ses entreprises sur les Ubertés ecclésiastiques, se laissa emporter à dire devant sa cour, qu'il était insupportable de voir un prêtre tenir seul contre sa puissance. Quelle que fût Tintention du roi, qui prétendit, plus tard, n'avoir pas voulu donner d'ordres, quatre chevaliers s'imaginèrent plaire au roi, en interprétant ces paroles comme un appel à leur loyauté. En conséquence, iLs allèrent assassiner l'archevêque, qui, pressentant l'attentat dont il était menacé, se rendit près de l'autel où il reçut le coup de la mort.
Sur notre monument, le saint, debout et revêtu des ornements pontificaux, est abordé par quatre hommes armés, la tête couverte du casque conique à nasal et couverts de la longue cotte de mailles tombant jusqu'à mi-jambe. Ces guerriers, qui marchent à la suite l'un de l'autre, ont tous Tépée à la main. Le premier dirige la pointe de son arme vers le cou de l'archevêque ; les autres appuient leur glaive contre leur épaule droite. Au-dessus, un ange (ce semble), recevant, peut-être, l'âme du saint, étend les bras vers la scène du martyre. La partie supérieure du sachet, où se trouve cet ange, est semée de nuages; elle est séparée delà partie inférieure par un trait courbe représentant probablement le ciel. La plaque qui enveloppe ce sachet n'est garnie, de ce côté, que d'une bordure extérieure décrite plus haut.
Ce sachet, comme plusieurs autres décrits dans ce volume, peut avoir servi à renfermer quelque relique rapportée du pèlerinage. Ces pochettes métalliques étaient sans doute fermées à leur sommet par une forte pression, après qu'on y avait introduit soit de l'eau d'une source voisine, soit quelque peu de terre extraite près du lieu saint, soit des parcelles d'étoffe (brandea) qui avaient touché aux reliques, soit de l'huile d'une lampe allumée devant l'autel du martyr.
StINT MÂTHURIN DE LItRCHtNT.
J'avais communiqué, il y a deux aufi, à M. Eugène G-résy, membre de la Société des antiqudres de France, les dessins des plombs de sûnt Mathurin de Larchant, mr lesquels il a publié une notice fort intéressante; aussi, en reproduisant le type, je ne crois pas pouvoir faire mieux que d'emprunter au travml d'un antiqufûre g
consciencieux la description des plombs relatifs à ce pèlerinage : a Cette enseigne, dans ses faces antérieures et postérieures, a la forme d'un double écu héraldique, Fencadrement est orné d'un double rang de perles ; à la partie supérieure de la face principale, on lit cette légende en minuscules gothiques :
SAINT MATELIN DE LAKCHENT.
« C'est le nom populaire du saint confesseur, représenté debout au centre de la composition, vêtu de la chasuble et la tête nimbée. H élève une main vers le ciel et foule aux pieds une tête monstrueuse et cornue, pour symboliser la victoire qu'il a remportée sur l'Esprit des ténèbres, en guérissant miraculeusement Théodora, qui figuré à genoux à sa droite, mais dont la tête n'existe plus. Au-dessus, l'on voyait probablement s'envoler un petit démon ; malheureusement ce détail s'est perdu à cause de son extrême délicatesse. Du côté opposé, on voit agenouillé le père delà malade.L'empereur romain, père delà jeune fille, est fort peu reconnaissable à son costume, car la naïveté de l'imagier l'a affublé d'un pourpoint serré à la taille et de chausses collantes, lui mettant sur là tête, pour insigne de son rang suprême, une couronne ouverte fleurdelisée comme à un prince royal de la maison de France. Au-dessus, passe processionnellement la châsse sur laquelle est exposé le corps entier du saint paré de ses habits sacerdotaux ; elle est portée sur un brancard par deux pèlerins ou varlets vêtus de court, suivant la mode du temps. L'un des porteurs, qui n'était retenu au cadre de la composition que par de minces linéaments, a disparu ; mais l'extrémité du brancard qui passait sur son épaule, adhère encore à l'encadrement et témoigne de la place qu'il occupait. Près du corps saint sont suspendues, comme eœ-votOy deux paires de
ceps ou entraves, dont remploi était nécessaire pour contenir les fous furieux avant l'invention de la camisole de force. Les ceps, comme on le voit, se composaient d'une tringle en bois ou en fer rivée aux deux extrémités, et dans laquelle glissaient deux anneaux qu'on rapprochait à volonté pour serrer les pieds ou les mains du patient. En certains cas, ils servaient de pilori portatif, ainsi que le prouve une ordonnance de Charles VI, qui faisait « défense aux arbalestriers de Paris de jouer de l'argent sous peine du cept. » La procession de la châsse a lieu ici devant la porte d'une petite chapelle flanquée de deux tourelles, pour indiquer que là était ordinairement renfermé le corps du saint, et pour rappeler en même temps, peut-être, aux pèlerins qu'on ne montrait les reliques solennellement que quatre fois par an : le dimanche des Rameaux, à l'Ascension, le mardi après la Saint-Barnabe et le dimanche après la Saint-Denis. A l'entrée de cette chapelle sont disposés, en manière de trophées, deux faisceaux de lances dont la présence, ici, paraîtrait fort bizarre, si un poëte légendaire du XV* siècle * ne s'était chargé de nous en donner l'explication. Saint Mathurin, dit-il, n'avait consenti à se rendre à Rome qu'après avoir fait promettre aux ambassadeurs de l'empereur Maximien que, mort ou vif, il serait ramené à son pays natal; or, après trois ans de séjour et quantité de miracles opérés, le saint prêtre mourut dans la capitale du monde, et c'est pour satisfaire à la parole donnée que l'empereur
Le fist à Larchant conduire Par des plus grands de son empire, Comme par chevaliers barons, Nobles gens de grands renoms,
* La Vie et Légende de saint Mathurin de Larchant, par Jean Le Bestre, prestre audit Larchant (l*an 1489).
Qm lui firent de grans courage.
Et en signe de leur voyage, Quand furent à Larchant venus, Les plus grands non pas les menus Misdrent pour en avoir mémoire Leurs armes qui y sont encores Jusque au nombre de quatre vingts, Que pevent veoir plusieurs pèlerins En son église en ung coffret ; Afin que, si le cas souffret Que Tempereur vousit scauoir Si au neuer ont fait debvoir, Leurs armes fussent tesmoignaige Qu'avaient accompli le voyaige. »
Nous ne pensons pas, comme M, Grésy, qu'il faille voir dans Fangle de droite une tête abritée sous des ailes, et dans celui dé gauche un bras sortant d'un nuage et un nimbe au-dessous. Nous soupçonnerions plutôt que, comme dans plusieurs autres monu» ments du moyen âge, on a voulu y représenter le soleil et la lune. Un grand nombre de types sigillographiques sont ainsi ornés. .
Saint-Mathurin-de-Larchant est un village du Gâtinais, près de Nemours, et qui dépendait autrefois du chapitre de Notre-Dame de Paris.
Cette enseigne, qui me paraît être du XIV* siècle, a été trouvée au Font-au-Change, en 1858.
SAINT HtTHURIN DE LtRCHkNT.
VARIÉTÉ
Saint Mathuriu, debout, tenant un livre de la main gauche, et de la droite une espèce de trident, si ce n'est tout simplement sa mwn grossièrement représentée. Sous ses pieds, la tète grimaçante de Lucifer. De chaque côté du saint, deux personnages agenouillés, dont l'un nous semble être la princesse Théodora. Au-dessus de sa tête, le diable qui s'envole ; il ne reste de la légende que ces mots :