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Collection de sceaux

Chargé d'examiner, connue Chef de la Section liislornjue, le travail de l Inventaire des Sceaux, je nie suis assuré gue M. Douël d Arc<j, en y apportant tout le soin et l'exactitude désirables , s'est conformé au plan gue vous avez arrêté pour la rédaction des Inventaires. Je vous prie de vouloir bien autoriser l impression du premier volume, gue / ai l Imnneur de vous présenter .

Le Chef de la Section historigue, A. DE Beauchesn'e.

Approuvé , Le Directeur général.

L'étude des sceaux créera une science lorsque tous ses éléments auront été réunis, classés, décrits et mis libéralement à la disposition des hommes studieux. Jusqu'à présent, c'est à peine si elle a un nom \

Cette science, pour une époque limitée entre le vh'^ et le xvi*^ siècle, est certainement aussi importante, aussi instructive et plus variée que la numismatique, qui en est la copie attardée, effacée et presque muette. Recueillir des monnaies, des mereaux, des jetons, c'est sans doute apporter des secours à l'érudition; mais peut-on comparer cet auxiliaire de l'histoire à la sigillographie?

Sous le rapport de l'art, la numismatique est inférieure. aux productions les plus ordinaires de la sculpture. Dans ce beau xni'^ siècle, qui semble avoir inspiré l'art tout entier jusque dans ses ramifications les plus humbles, les tailleurs de monnaies i-estent sourds à son appel; c'est plus tard qu'ils empruntent timidement, gauchement, quelques types à leurs confrères les graveurs de sceaux. Ceux-ci s'étaient efforcés, dès le xi'^ siècle, de transporter les progrès de la sculpture dans leurs petits cadres; et à partir du x^^ sans discontinuer, jusqu'au xvi^, ils traduisent, dans le style de leur temps , toutes les beautés de l'art.

Pourquoi cette infériorité de la monnaie comparée aux sceaux? Ne l'attribuons pas à la supériorité d'un corps de métier sur l'autre, car si, dans quelques grandes villes, des artistes, appliqués exclusivement à l'exécution des sceaux, ont pris le titre de graveurs de sceaux, partout ailleurs les orfèvres ont suffi à la tâche des deux spéciahtés; et de leurs ateliers, qui étaient à la vérité l'école presque unique des architectes, des peintres et des sculpteurs, sont sortis, à la fois, les tailleurs des monnaies et les graveurs de sceaux; seulement, tandis que, pour produire un sceau, l'artiste était

' A vrai dire, elle a deux noms : sphraglstiquc et sigillu- dans ses célèbres dictionnaires, ne connaît que la sphragistique. graphie. J'ai adopté le moins barbare. Le Dictionnaire de l'Aca- Le numismate M. Hucher, pour tout concilier, intitule un rédémie n'admet ni l'un ni l'autre. En Allemagne, on se sert cent mémoire : Sigillographie du Maine , préccdé d'un ajjerçn suide préférence du mot de sphragistique; en France, on tient la Sphragislique , et MM. A. Chassant et P. J. Delbarre annonpour sigillograpliie; cependant, il y a peu d'années, des ama- cent que leur dictionnaire de Sigillographie réunira toutes les noleurs ont formé une Société de Sphragistique , et M. Douillet . tions de la Sphragistique.

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stimulé par la liberté laissée à son imagination et par un salaire d'autant plus généreux qu'il était plus facilement concédé par la vanité satisfaite; pour graver une monnaie, au contraire, tout était obstacle à l'inspiration, rien ne favorisait l'expansion du talent. Aux conditions désavantageuses d'un relief à peine sensible, qui devait se produire sur un flan très-mince et se prêter à l'empilage des pièces, s'ajoutait la nécessité de suivre, au moins dans sa donnée principale ou dans son aspect général , un type ancien qui facilitait la circulation d'une monnaie, trop souvent altérée, qu'on aurait été tenté de contrôler si elle avait accusé sa nouveauté. Et je ne veux pas omettre, parmi les raisons qui ont contribué à rendre la monnaie inférieure aux sceaux, l'espèce de somnolence officielle de graveurs en titre d'office, jouissant de traitements fixes et travaillant obscurément à une besogne monotone. Cette même infériorité se retrouve, avec les mêmes causes, dans la gravure des mati'ices de sceaux destinés à sceller en plomb les bulles pontificales; rien de plus barbare, dans son arcliaïsine hébété, que ces deux têtes de saint Pierre et de saint Paul qui traversent plusieurs siècles et tout le brillant ciiiquecento, sans varier d'un trait.

Mais à quelle fin me donnerais-je l'apparence de vouloir déprécier la numismatique pour relever la sigillographie, quand j'ai la conviction que, loin d'être deux rivales qui se jalousent, ces sciences sont deux sœurs qui doivent s'entr'aider ? Déjà depuis longtemps l'étude des sceaux a rencontré ses premiers protecteurs parmi les numismates, qui, pour en enrichir leurs cabinets, disputaient aux fondeurs les matrices de sceaux, aux fabricants de bougies les sceaux originaux en cire; qui acquéraient, pour leurs bibliothèques, tous les ouvrages ornés de planches représentant des sceaux, et qui s'appliquaient à démontrer que la numismatique puise dans la sigdlographie les vrais types monétaires, les armoiries entièrement développées, et, dans le contenu des documents datés auxquels les sceaux sont apphqués ou appendus, la précision historique, qui manque presque toujours aux monnaies.

Examinons brièvement quels sont aujourd'hui les titres de la sigillographie à l'attention des érudits.

Par l'importance du rôle qu'ils ont joué pendant une longue suite de siècles et par l'intérêt des représentations qu'ils nous transmettent, les sceaux ont deux significations distinctes: ils sont ui! l'Iément essentiel de la diplomatique et en même temps une ressource précieuse de l'archéologie.

La diplomatique trouve dans les sceaux des notions aussi utiles que dans les chartes : elle a donc étudié leur origine, les variations dans le mode de leur emploi, leurs modifications de composition et de forme, de telle sorte qu'elle leur a rendu, en partie, cette fonction officielle qui a consisté et qui consiste encore à authentiquer les actes vrais et à faire i-econnaître les actes faux. D'un autre côté, les légendes des sceaux constituent une épigraphie spéciale qu'on peut rattacher à la paléographie générale, si l'on fait la part des caprices du graveur et des exigences de la forme du sceau: les (liplomatistes ne leur ont pas accordé toute l'attention qu'elles méritent, et il sera facile de démontrer que ces légendes ajoutent, même après la lecture de l'acte auquel le sceau est attaché, des renseignements sur le nom, les titres et les droits du personnage ou de l'autorité dont il émane.

Pour compléter, à ce point de vue particulier, l'étude de la sigillographie, et lui donner sa véritable portée, il a manqué aux diplomatistes une exposition synoptique qui leur permît, au moyen de rapprochements et de comparaisons, de suivre chronologiquement les modifications et les variantes de caractères employés dans la légende; les Archives de l'Empire la leur olîriront.

L'archéologie trouve dans les sceaux une classe de monuments qui lui apporte un genre d'assistance qu'aucune autre ne saurait lui procurer au même degré, et cela à quelque point de vue qu'on se place; que ce soit l'histoire de la glyptique, de l'architecture, du costume sacerdotal et civil, des armures, des ustensiles de la vie privée et des instruments de métiers; que ce soit la topographie des villes, des châteaux et des établissements religieux; l'iconographie des personnages et l'iconologie saci'ée; la symbolique et les légendes; que ce soit enfin le blason : en tous ces intéressants sujets d'étude, les sceaux fournissent des notions qui ont une date authentique, une origine certaine, une localité précise ^ Est-il besoin défaire ressortir cet avantage inappréciable? La tâche serait trop facile.

La gravure des sceaux a été la continuation de la glyptique des anciens, comme la gravure de nos monnaies a été primitivement la singerie des médailles grecques et romaines que le commerce faisait circuler dans les Gaules. Tant qu'on se sentit inhabile à graver des sceaux, on se servit d'intailles antiques entourées de légendes appropriées à l'usage qu'on en faisait, et l'on a continué à sceller avec ces belles têtes de Jupiter ou de Bacchus, avec ces gracieuses fables de Léda ou de Ganymède, alors qu'on gravait déjà à leur imitation des sceaux qui, dès la fin du xn^ siècle, devinrent eux-mêmes des chefs-d'œuvre. J'ai dit imitation, mais je m'empresse de rétracter ce terme, s'il doit signifier que la gravure des sceaux a été la copie de la glyptique antique; il n'en est rien: c'est un mode différent et des principes tout autres, ou plutôt c'est une même pratique modifiée par l'absence de tout principe et par l'introduction de caprices de tous genres. Le moyen âge a pris, comme lui appartenant, l'héritage de ses devanciers; architecture, sculpture, peinture, gravure, il n'a rien répudié, il a tout accepté, mais il s'est assimilé ses emprunts dans une forme entièrement nouvelle; ainsi de la gravure des sceaux, qui est à la glyptique des anciens ce que l'architecture gothi(|ue est à l'architecture antique.

De même que les arts ont eu leurs écoles distinctes en tous pays et dans les différentes provinces d'un même pays, de même la gravure des sceaux ofl're un caractère particulier suivant les contrées et les époques où on l'a pratiquée. Elle n'a pas été astreinte, comme la gravure de monnaie, à perpétuer servilement les types; mais elle a eu sa mode d'archaïsme, son respect pour certaines attitudes traditionnelles et ses conventions héraldiques, qui, toutefois, n'ont pas été assez absolus

' Je me tiens à l'usage général du sceau , qui est tout jjerson- graver plusieui-s sceaux ; des villes , des établissements religieux , iiel , et au sceau lui-même , qui est presque toujours contempo- des juridictions , ont conservé lusage du même sceau à travers rain de l'acte qu'il authentique. Il y a des nuances et des excep- plusieurs générations, ou l'ont fait graver de nouveau en imitions. Un roi a pu successivement . pendant son règne , faire tation archaïque.

/j PRÉFACE.

pour elTacoi-, dans un relief aussi accentué que la sculpture, ce qui est pour ainsi dire plus fort que l'homme lui-même : le style propre au temps, le faire particulier aux graveurs, les modes de costume et les fantaisies de celui qui pose pour son portrait, autant de caractères distinctifs, qui permettent de classer les sceaux suivant leurs mérites de composition et d'exécution. On peut affirmer que nous n'avons été surpassés dans la gravure des sceaux par personne ; mais , tandis que la France brillait de ses plus grandes qualités à Paris et dans les provinces du Nord, dans le Midi elle était aussi lourde et empruntée que l'Espagne et le Portugal. L'Angleterre, depuis l'antiquité jusqu'à la fin du dernier siècle, a eu des orfèvres de talent; l'orfèvrerie a été son art de prédilection, et la gravure des sceaux a participé à cette faveur. Ils sont cependant plus remarquables par les finesses de l'outil que par la hauteur du style, par l'exécution des détails que par le caractère monumental de l'ensemble. La Flandre lui est supérieure par l'élégance et le sentiment artiste; rien de plus distingué que les sceaux des ducs de Bourgogne, dans lesquels les Arnoul Clotin, Thieri van Staveren, Jean de Helle, graveurs admirables que j'ai eu le bonheur de sauver de l'oubli', ont si bien exprimé la physionomie de cette race élégante, fastueuse et remuante. L'Allemagne, par l'introduction d'infinis détails, dont le charme ne dissimule pas l'abus, altère le caractère monumental que nous avons su conserver à la gravure des sceaux. L'Italie n'entre pas en lice.

Ce n'est pas seulement l'histoire de la glyptique, depuis le \if siècle, c'est-à-dire, depuis le moment où les traditions antiques s'effacent complètement, que présente la série générale des sceaux, c'est l'enseignement le plus fécond pour l'historien de cet art et pour le graveur qui s'y applique. L'un et l'autre constateront que la gravure des sceaux-, dès les xui'^ et xiv'^ siècles, approche de la grande facture des intailles et des médailles antiques, et réunit même des qualités de vie, de mouvement, de variété et surtout de vérité, que l'antiquité n'a pas dépassées. Je pourrais citer des chefsd'œuvre^, je laisserai à chacun le plaisir de les découvrir; je me contenterai, pour montrer l'élévation de cet art, de signaler la beauté et le charme qu'offrent des fragments de sceaux mutilés; il est telle figure coupée à mi-corps, tel sceau équestre qui n'a conservé que le poitrail d'un cheval et les jambes de son cavalier, telle femme dont on ne retrouve que les vêtements flottants, qui charment les yeux et parce qu'ils montrent et par ce qu'ils laissent deviner; on rêve, comme en admirant un

' Voyez les tables méthodiques à la fin des trois volumes de rouvrage intitulé : LesDucs de Bourgogne, Paris, iSig. — Depuis cette époque, M. Pincharl a publié un excellent ouvrage sur les graveurs de médailles , de sceaux et de monnaies des Pays-Bas. C'est un livre, comme il sait les faire, rempli de documents inédits et d'observations intéressantes.

' La gravure en creux sur métal, destinée à servir de matrice, est un travail spécial d'orfèvrerie qui n'avait pas de nom pour le moine Théophile , le grand artiste universel du xii' siècle. H se sert de l'expression m similkudine sigillorum. Il faudrait donc croire que la glyptique antique fut imitée d'abord à l'usage des sceaux et passa ensuite à la gravure en creux de tous les

genres de matrices employées par l'industrie. ( Voir les débuts du chapitre lxxiv : De opère quoi sigillis imprimitttr. )

' Je ne voudrais pas que mes paroles allassent au delà de mon sentiment. Tout est relatif; le beau du moyen âge n'est pas le beau de l'antiquité. Quant à mon opinion , ce n'est pas l'effet d'un engouement récent, je lai toujours professée, et, il y a une dizaine d'années, j'écrivais : tr L'histoire de la sculpture doit appeler à son aide la gravure des sceaux , qui comble bien des lacunes. Ces monuments sont tous d une date certaine , et quelques-uns d'mie beauté de composition , d'une perfection de travail qui font l'admiration de l'homme de goùt.i {Glossaire, au mot ScEL.)

IVayment de camée ou de métope, à celte œuvre dans sa nouveauté, au siècle qui l'a vue naître, aux grands artistes qui ont le pouvoir, avec une parcelle de leurs créations, de faire écho dans nos âmes à travers les siècles. Là est la marque d'un art supérieur.

Pourquoi donc, parvenue à celte élévation, la gravure en médailles s'est-elle abaissée à mesure que les procédés de fabrication gagnaient en perfection? Monnaies, médailles, pierres gravées, cachets qui remplaçaient les sceaux, toutes ces œuvres semblent avoir passé sous un même niveau qui amoindrit, dessèche, ôte le charme et la vie. Je ne vois d'explication possible à cette décadence que dans un amoindrissement général du goût, qui fit que public et artistes s'éprirent à la fois d'une exécution mesquine, sèche et proprette, favorisée par la précision des nouveaux balanciers. Si la gravure en médailles, presque annulée de nos jours, a quelque chance de reprendre à la vie, au style, à l'ampleur monumentale, c'est en puisant aux deux sources fécondes de l'antiquité et du moyen âge. Imiter les médailles d'Alexandre, des Ptolémées, des villes de la Grande Grèce, copier les sceaux de Philippe le Hardi, de Philippe le Bel, de Jeanne de Valois, de Charles V, c'est manquer à la mission de l'art, qui est de créer; mais avoir sous les yeux ces beaux modèles, s'inspire)de leurs qualités pour les unir dans une heureuse combinaison qui réponde aux tendances de notre époque, à nos goûts, et qui s'accommode aux nouveaux procédés de fabrication, c'est comprendre ce qu'il y a de fécond dans ces études rétrospectives.

.Te ne ferai mention qu'en passant de l'usage de sceller avec des pierres antiques, qui fut général aux débuts de la monarchie, et qui s'est continué exceptionnellement, par fantaisie particulière, jusqu'à l'époque de la Renaissance, où il reprit une faveur unanime. Enchâssées dans leurs bagues primitives, sur lesquelles on avait gravé la légende, ou encastrées dans des matrices de sceaux dont elles formaient, soit le centre, soit une place particulière, ces pierres antiques sont assez variées pour que leurs empreintes apportent à la glyptique antique un secours notable. Les Archives de l'Empire en possèdent plus de deux cents.

L'architecture du moyen âge a ses grands édifices pour faire son histoire, et cependant, celui qui se chargera de l'écrire ne devra pas négliger les sceaux. Dans leurs cadres restreints, ils offrent mille détails qu'on rencontre dans les monuments, mais qu'on n'avait su classer, faute de pouvoir leur assigner une époque certaine. Plus d'une question d'origine trouve sa solution dans la forme d'une arcade, dans la première apparition d'un détail et peut-être même dans les représentations de villes, de châteaux, d'églises, ainsi que dans les parties qui les symbolisent: une porte, un donjon, un clocher. Quoique en petit, quoique l'ouvrage d'orfèvres dont on ne peut attendre une rigide précision architecturale, ces représentations prêteront à des conjectures fécondes sur les transformations de l'architecture depuis le style roman jusqu'à l'époque de la Renaissance. Les déductions n'ont plus à se méfier de la subtilité, qui est leur faiblesse, quand elles s'appuient sur des productions contemporaines à date authentique; toutefois, je le répète, car il faudrait se méfier de l'engouement propre aux études spéciales, l'orfèvre qui gravait les sceaux, quoiqu'il représentât au moyen âge l'homme

universel et l'artiste par excellence, n'était pas architecte, et, de l'architecture, il ne pouvait rendre que l'aspect général, la physionomie et les détads. Les sculptures en ivoire et en bois ont, comme art sérieux, la même autorité restreinte que les sceaux; c'est plutôt de l'ornementation que de l'architecture proprement dite, et les sceaux leur sont supérieurs parce qu'ils portent avec eux une date, une localité et une certitude d'origine. Les monnaies ont bien les mêmes indications précises, mais elles n'offrent ces détails d'ornementation qu'à partir du xiv^ siècle et dans des proportions microscopiques.

Le costume du moyen âge nous est connu par la statuaire, par l'ornementation sculptée des édifices, par les vitraux des églises, par la peinture et la broderie. Pour tous ces monuments de l'art, il manque la connaissance du moment où ils ont été exécutés et, dans une question de mode, il n'est pas indifférent de fixer, je ne dirai pas à un siècle près, mais à un an, mais à un mois, telle modification dans la forme et dans la manière de porter le costume sacerdotal et civil, les armures de combat et de parade, les harnachements de guerre et de tournoi. Je n'ignore pas que les dalles et les plaques funéraires ont fourni quelques renseignements du même genre appuyés sur des dates précises, mais ces monuments sont peu nombreux (tandis que les sceaux sont innombrables) et ils représentent le mort couché, les mains jointes, dans une attitude uniforme consacrée par une étiquette invariable. Ces représentations n'ont donc pas la vie et la variété qui caractérisent les sceaux, et, dans leur exactitude même, il y a toute la différence du soin de prédilection qu'on met à son propre portrait, à l'insouciance qu'on ressent quand il s'agit de faire représenter une personne étrangère et un mort. C'est évidemment à cette circonstance qu'il faut attribuer ces sceaux, pour ainsi dire intimes, qui tranchent sur la donnée générale héraldique , comme étant les produits d'une volonté directe et d'un caprice personnel : ce sont à la fois des œuvres d'art et des portraits ressemblants. L'artiste y admirera l'élégance des formes, la souplesse des étoffes, l'aisance des costumes et des armures, l'exactitude des détails, tout un ensemble de réalisme minutieux qui fait l'illusion de la réalité même et donne à ces petites figures l'apparence de grandes statues.

Cette exactitude s'étend à tous les détails de la vie privée et nous offre l'image des modiiications subies par la société. De même que le siège se fait fauteud sous nos yeux et devient trône; que le cheval, paré d'abord de ses beautés naturelles et harnaché d'une simple bride, accepte une selle, se couvre d'armures défensives et finit par disparaître sous les cuirasses et les housses traînantes, de même aussi le sceau se meuble de tous les ustensiles du ménage, de tous les instruments des arts et métiers. Mais, dira-t-on, nous avons dans nos musées ces armures, ces harnachements , ces instruments et ustensiles; oui, vous en avez quelques-uns, mais où trouverez-vous leur collection complète, classée par ordre de date, de contrée, de localité même, et mise en action par des portraits qui vous enseignent la manière de porter les uns, de se servir des autres? Poses, attitudes, mouvements pris sur le fait, autant de lumières pour l'archéologue, autant de modèles pour l'artiste.

•Cette étude rebuterait l'un et l'autre si elle «îtait longue et difficile, mais elle devient un passetemps, du moment qu'on la suit méthodiquement, qu'on peut rapprochei- et par conséquent comparer entre eux les sceaux de rois ou de dignitaires, ou de guerriers, ou de chasseurs. S'agit-il de la forme de la chasuble et de ses échancrures, de la mitre et de son développement, des crosses d'évèques, d'abbés, de chantres, des pièces d'armures et des détails du costume civil des hommes et des femmes? A toutes ces questions la réponse sera facile après avoir passé en revue, dans une suite non interrompue, les séries consacrées à toute la hiérarchie ecclésiastique et civile.

La fidélité de la ressemblance dans les monuments d'architecture, dans les costumes, les armures et dans tous les détails qu'offrent les sceaux, une fois admise, on la reconnaîtra, à plus forte raison, dans la reproduction du personnage qui commandait lui-même un sceau et devait attacher à so)i portrait cette importance un peu puérile qu'on y met généralement. Traits du visage, proportions du corps, attitudes, costume, tout ce qui constitue la ressemblance dut être le programme imposé à l'artiste, et auquel il n'a pu se soustraire que faute de talent. Ainsi le garde des joyaux de Jean, dur de Berry, ne s'y méprenait pas, lorsque, décrivant, en i4i3, les sceaux laissés par son maître, il mettait dans son inventaire, fr Item un signet d'or oii est le visaige de mon seigneur, contrefait au vif, n c'est-à-dire, fait d'après nature. Aussi Du Tillet aurait-il pu tirer mejlleur parti des sceaux royaux et les prendre pour modèles, de préférence à toute autre indication, lorsqu'il a donné la suite des portraits des rois de France.

Les portraits des villes, des églises, des abbayes, des châteaux auraient les mêmes mérites d'exactitude que les portraits des personnes, si la tâche n'avait pas été plus difficile, soit que l'artiste fût éloigné du lieu représenté, soit qu'il ait été gêné par l'espace et par les exigences de la perspective, soit enfin que le talent lui ait fait défaut; mais dans tous les cas ces obstacles ne l'empêchaient pas d'être fidèle à l'aspect général et au style des monuments. Or, si nous avions des photographies du XII* siècle représentant les villes d'Avignon, de Bruges, de Lyon, de Vienne avec leurs constructions, de Nîmes avec ses arènes, de Toulouse avec Saint-Sernin, de Cahors avec son pont, d'une foule de localités avec les particularités qui les distinguaient, nous n'irions certes pas demander à des sceaux l'aspect que ces villes pouvaient offrir à cette époque: c'est l'absence de tout renseignement qui donne de la valeur et de l'autorité à ces représentations et à ces détails dédaignés par l'ignorant, d'une importance sérieuse pour l'archéologue intelligent qui comprend à demi-mot.

L'iconologie sacrée peut demander aux sceaux de précieuses notions, même après avoir épuisé les ressources offertes par les vitraux et les sculptures des monuments religieux. Presque tous les saints, portant leurs attributs, figurent sur les sceaux à titre de patrons d'églises, d'abbayes, de villes, de corporations et de personnes. Ils s'y présentent avec l'exactitude minutieuse exigée par celui qui . place sous leur protection, connaissait le mieux leur légende. La critique historique réclame, de])uis longtemps, un fil conducteur qui lui permette de distinguer entre elles les légendes, leurs branches et leurs variétés, de déterminer à quelle date et dans quel pays tel attribut est particulier à tel saint.

Les sceaux ont seuls cette autorité, cette universalité, et leur rapprochement, facilité par une collection d'empreintes, permettra enfin de sortir du dédale oii l'archéologue s'égare.

Après avoir associé le sceau au grand ensemble de l'archéologie, il sera naturel de le ramener à la science pour l'utilité de laquelle il semblait créé, à la science héraldique, autrement dit au blason. 11 y a deux sortes de blasons, l'un historique, l'autre de fantaisie. Le blason, amusement de vanité, n'a rien à voir ici; mais le blason monumental, cet auxiliaire de l'histoire, qui permet d'assigner leur date d'origine à toutes les pièces héraldiques, et de fixer, par les brisures et les partitions, le moment précis où le tronc de nos grandes familles se divise en branches, les branches en rameaux: ce blason est tout entier dans la sigillographie. Je dis tout entier, parce que la numismatique ne nous éclaire que sur quelques rares personnages qui avaient le droit de battre monnaie, tandis que le sceau parcourt toute la hiérarchie ecclésiastique, politique et civile.

Ces renseignements, si précieux en eux-mêmes, ont l'avantage de combler les lacunes laissées dans la science par les monuments de la sculpture et de la peinture sur mur ou sur verre, aux époques désolées de l'art, et leur énumération, quelque longue qu'elle ait été, serait incomplète si je n'insistais sur le caractère de personnalité du sceau qui en fait plus qu'un instrument solennel d'authenticité, plus qu'un objet^ d'art, produit de l'imagination, qui fait de ces représentations de chaque personnage un portrait ressemblant et fidèle jusque dans son air, dans son port à pied, dans sa pose à cheval , avec le- costume dont il comptait se parer en cérémonie , ou qu'il portait à la chasse, avec l'armure telle qu'il l'avait combinée pour se défendre contre l'ennemi, ou pour briller au tournoi, particularités trahissant des goûts élégants comme dans les sceaux de Champagne et de Bourgogne , des prétentions hautaines comme dans les sceaux des comtes de Toulouse , ou bien attestant la dignité d'un évêque, l'humilité d'un clerc, la bonhomie d'un bourgeois; et quand on réfléchit que chacun de ces monuments iconographiques, faits par ordre de celui qu'il représente et pour ainsi dire sous ses yeux, de manière à traduire sa personne au gré de ses caprices, a été attaché de ses mains à un document dicté par lui, qui nous instruit, à la date indiquée, de ses noms et qualités, du lieu de sa résidence et de ses intérêts les plus chers, il faut convenir que la sigillographie n'est ni une science vaine, ni une occupation stérile, qu'elle est au contraire la plus autorisée des branches de l'archéologie.

Les sceaux ofl"rant à l'étude des ressources aussi précieuses, se rencontrant en tous lieux et se comptant par centaines de milliers, on pourrait croire que la sigillographie se fit accepter de bonne heure comme une science distincte de la diplomatique et du blason, et que l'idée de former une collection de sceaux, soit par des dessins, soit par le procédé du moulage, dut se présenter tout d'abord à chacun; il n'en est rien pourtant, et comme nos pères étaient, on ces matières, aussi éclairés que nous pouvons l'être , il faut rechercher dans des obstacles matériels une des causes de l'avantage qu'ils nous ont laissé sur eux. Ces obstacles, en effet, eussent été déjà grands, s'il ne se fût agi que de suivre les investigations commandées par une étude spéciale; ils auraient été insur-

montables, si le projet d'une semblable collection s'était produit. Les Archives de l'Etat, des établissements religieux, des juridictions, des familles, toutes les archives, en un mot, ont été jusqu'à la fin du dernier siècle des arcanes, lieux mystérieux dans lesquels ne pénétraient ni la passion des recherches historiques, ni même la simple curiosité. L'intérêt du souverain, des corporations, des personnes, gardait l'entrée de ces dépôts de titres scellés qui représentaient des secrets d'Etat, des droits politiques, des titres de propriété, des papiers intimes de famille.

Dans cet état de choses, personne ne pouvait songer à détacher un sceau du document auquel il donnait sa plus grande valeur, ou à le surmouler au risque d'altérer son caractère authentique, ou à le contrefaire au risque d'être pendu ^ Aussi l'étude des sceaux, réservée aux diplomatistes, restât-elle une spécialité des gardes d'archives et des généalogistes^. Lorsqu'on 1681 Mabillon, en 1709 .1. M. Heineccius, en lySg Thomas Ruddimann, à l'aide des matériaux recueillis par J. Anderson, en 1769 les Bénédictins, exposèrent, avec une admirable clarté, toutes les circonstances qui se rattachent au scellement des actes, on ne voit pas percer dans les longs développements auxquels ils se livrent, soit l'idée que les sceaux puissent former une science à part de la diplomatique, soit le regret qu'on n'ait pas fait, ou qu'on n ait pas le moyen de faire une collection d'empreintes, prises sur les sceaux par le procédé de moulage ^

Cependant, depuis longtemps déjà, un grand changement s'opérait dans les esprits; il imposait aux érudits un progranune nouveau. On était fatigué de fables et de verbiages, on avait soif des témoignages véridiques du passé, on les demanda aux archives. Des goûts de collectionneurs, des ardeurs d'érudits furent les promoteurs de ces tendances, qui remontaient au xvi^ siècle, et il suffit de citer les noms de Pithou, de Thou, du Puy, Baluze, Béthune, Brienne, pour faire comprendre quelle puissance l'autointé dont ces hommes jouissaient dans la science ou dans l'Etat leur donnait pour atteindre le but désigné par l'opinion publique. Ils en abusèrent. La copie des actes et le respect des fonds d'archives auraient dû être leur principe et leur règle, tandis que tous les procédés parurent bons pour se procurer les actes originaux eux-mêmes. On les empruntait sans les rendre; on en obtenait l'abandon sans s'inquiéter du droit de cession, et, les archivistes aidant par leur négligence à cette passion de l'amateur, de précieuses collections se formèrent au détriment des archives. Heureusement qu'une grande idée domina ces tentatives particulières trop intéressées et bien dé-

' L'Estoile rapporte, dans ses Mémoires, un des derniers 161 5, 1GG6, iG83, 1696, 17G0, pour ne citer que lesprinci-

exemples de pendaison pour contrefaçon d'un sceau : (fLe mer- paux, qui prescrivaient ia formation d'un dépôt public d'armes

credi 2 de septembre iSgS, un nommé du Bouchot fust pendu et blason pour toute la noblesse, n'ont pas donné lieu au mou-

à la croix du Tirouer pour avoir falsifié le seing de monsei- lag-e des sceaux, moyen si commode pour faire des preuves au-

g-neur de Gièvre, secrétaire d'Fstat.i Après 1789, cette con- thentiquement.

trefaçon rentra dans la catégorie des délits ordinaires; un décret ^ Je pourrais citer encore G. von Bessel, 1782; Miu'atori,

du 18 juin 1791 punit de quinze années de chaîne, et l'ar- 1788; A. F. Glaffey, 17^9; G. H. Eckhard, 1758; J. Garampi,

ticle 189 du code pénal, des travaux forcés à perpétuité, la 1769 ; J. G. Gatterer, 1760; P. G. Gercken, 1781, et les autres

contrefaçon du sceau de l'État. diplomatistes mentionnés plus loin , cpii ont suivi les Bénédic-

^ Au point de vue spécial des généalogistes, on peut se de- tins sans pénétrer plus avant dans cette question de l'utilité

mander comment les ordonnances et arrêts du conseil de 1 Û87, des sceaux.

cousues. On avait conçu le vaste projet de réunir les preuves authentiques de l'histoire de France et

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droit ])ublic. Cette noble entreprise commença par être dans les mains de Jean du Tiilet et de e Pithou un travail personnel; elle devint une œuvre nationale quand Richelieu chargea André Duchesne de dépouiller toutes les archives de la France pour continuer cet immense recueil, quand, sous Colberl , le président Doat y ajouta deux cent cinquante-huit volumes de copies de chartes recueillies dans le Midi; Godelroy, cent quatre-vingt-trois volumes de transcriptions obtenues dans les archives du Nord; Baluze, près de cinq cents volumes de copies prises dans le Trésor des chartes, dans les archives du Parlement, de la Chambre des comptes et de la Cour des aides. Le mot do déi)Ouillement dont je me suis servi convient, dans son double sens, à cette grande opération, qui ne devait être qu'un travail de transcriptions, et qui se poursuivit comme un pillage.

En voyant des sceaux attachés aux actes qu'on trouvait assez importants pour en faire péniblement la transcription, ou qu'on enlevait pour s'épargner la peine de les copier, il ne vint à la pensée d'aucun de ces illustres savants que les sceaux, dessinés ou moulés, pussent, tout autant que les actes, concourir à cette œuvre nationale et qu'ils méritassent une attention égalée On n'aperçut dans le

' Rien nYgalerait ma confusion , si l'on pouvait me supposer {intention de déprécier les représentants de l'érudition à cette grande époque , qui fut son apogée. Je constate une lacune dans leur esprit d'investigation; rien de plus. Ainsi il me paraît évident, par la lecture de sa correspondance , que d'Achery (Bibl. imp. Dép. des mss.) n'a porté aucune attention aux sceaux , cl que , dans ses instructions pour la recherche des documents , il n'en fait nulle mention spéciale. Il est également certain que du (3ange dissuadait Le Blanc de publier un recueil de sceaux et donnait aux Bénédictins . au moment où ils allaient entreprendre leur histoire de Bretagne , des instructions qui , à l'égard des sceaux, ne se ressentent nullement de cette grande ardeur dont il était animé pour tout autre sujet d'érudition : crPour l'histoire générale de la promce de Bretagne, écrit-il, il faut ramasser généralement toutes les tombes et épitaphes avec les armes, mesme les armes qui se trouvent aux viti-es, clefs des voûtes, vitres des chasteaux et devises. i Après celte recommanilation , il ne pouvait ometti-e les sceaux ; mais il n'y attache ])as plus d'importance qu'aux viti-es : jrDans les exti-aits que l'on fait des titres, il faut marquer et dessiner les sceairx.n Une autre main a écrit en marge : rr Envoyé le 5 décembre 1689.1 (Bibl. imp. Fonds Gaignières, igo.)

Cléremhault aussi donne ses instructions, ou plutôt il écrit cette note on tête d'une anciemie instruction , rédigée probablement pai- les Bénédictins : r Mémoire pom- servir d'instruction à ceux qui voyagent dans l'intention de rassembler des titres et monuments qui peuvent servir à 1 histoire tant particulière (pie générale et aux généalogies , qui est ma principale étude. 1 Un seul article , perdu dans huit pages, est consacré aux ■sceaux; le voici : n-ll faut copier les sceaux ou, du moins, en faire mention, et les décrire, surtout des seignem's, de ceux

où il y a des armes, t (Bibl. mip. Mélanges de Clérembault.

De tous ces témoignages . je conclus que ces savants étaient

alors trop occupés de leurs vastes recherches de documents, étaient aussi trop peu artistes, trop peu archéologues, pour accorder aux sceaiLX toute l'attention qu'ils auraient dû leur donner. Mais en même lemjis qu'ils les négligeaient comme étude spéciale , qu'ils en méconnaissaient les ressources à tant de points de vue , tous intéressants , ils les utilisaient pom- éclaircir les généalogies et pour fixer les pièces héraldiques. Leurs histoires des provinces et des Maisons de France le témoignent surabondanrment. Il poi'aîtrait même que dans la première moitié du xvii° siècle , quoique n'ayant pas l'idée de mouler des sceaux sur mie grande échelle en vue de foi-mer une collection d'empreintes , ils appliquèrent le moulage exceptionnellement à quelcpies sceaux qu'on voulait faire figurer dans mi ouvrage d'érudition et pour s'é]3argner la peine de les dessiner. Ceci ressort d'une note dépom-vue de date et de signatme , mais qui doit émaner de quelque Bénédictin de la première moitié du wii' siècle. Elle se trouvait dans une liasse de ])a]iiers mtitulée Originaux inconnu:/, achetée chez Le Fèvre, bouquiniste de l'arcade Colbert, par M. Miller, et qu'il a communiquée à notre savant confrère M. Léopold Delisle , si compétent en ces matières. Celui-ci a recoimu l'intérêt qu'elle oll'rait et l'a publiée dans la Bibliothèque de l'École des Chartes (t. I , p. lx8o de la 5' série). Je la reproduis d'après l'original . qui me fournit de légères variantes :

vPour tirer des empreintes des vieux seaux qui se trouvent apposez aux plus anciennes chartes des abbayes sans rien endanmager les originaux :

m" Il faull oindre fort superficiellement avec un petit pinceau trempé dans de l'huyle d'oUve toutte la superficie du

sceau que ce que le moyen âge y avait vu, un instrument d'authenticité, et l'on se contenta de tracer à l'encre un rond au bas de la copie pour marquer la présence et la place d'un sceau, ou bien,

seau, qui est de cire ou nultrc matière, quelle que ce soit, ce qui ne le sçaiu-oit endanmager aucidnement.

r'i° Il faidt avoù- préparé de l'Argille de la plus délicate qui se trouve, lacpielie soit modérément molle . c est-à-dire, ne trop dm'e ne trop molle.

r3° De ceste ArgiUe, on en faict une petite balotte. qu'on rend un peu aiguë dim costé , conmie une petitte pyramide.

rh" On mect par après de la salive sur la superficie de la dicte pyramide, et l'estend on avec le doigt fort légèrement, pour reudi'e toutte la dicte superficie Ijien imie.

rr5° On pose puis la pointe de ceste pyramide sur le mitan du seau fort légèrement, sans laisser varier le mouvement tant que faire se ])eidt , et presse-t-on l'Argille sur le seau jusques à ce que toutte la circonférence du dict seau soit couverte de la dicte Argille.

rô" Et aussy tost on sépare doulcement avec la pointe d'im canivet ou aultre chose la dicte Argdle d'avec le dict seau, et nettoye-on avec du coton ou aidtrement la superficie du dict seau , afEn que l'huyle n'y demeure.

'•7° A la dicte Ai-gille, il fault puis faire im petit bord d'iuig aultre morceau d' Argille, qui se met à l'enlour comme le bord d'un pasté, affîn que cela retienne la matière de l'Empreinte.

1^8° Et finalement sur ceste .4rgille toulle moitte,onjettedu .soulfi-e commun fondu dans un pot de tei-re . et le fault jelter le moins chault que faù'e se pcult; il sufiit qu'il puisse coidler.

r-g' Qui les vouldroit faire noirs, quand le soulfre est bien fondu et bien chaut, on y mect du liège bruslé en proportion de la huictiesme partie du soulfi-e, ensemble im peu de noiià noircir en proportion d'im quart du dict charbon de iiége , qui est le suher réduict en charbon.

r-io° Qui les veult rouges, au lieu de noir, y mect du sinabrion bien broyé et bien sec.

"11° Et quant on y a mis la coulleur, il fault laisser à demy reffroidir le soulfre, et le jecler sm- l'Argille le moings chault que faire se peidt; il suffit qu'il puisse coullcr.

tM 2° Et si lost qu'd est gellé, il le faut séparer légèrement d'avec la dicte Argille.

r- 1 3° Et envoyer la dicte Empreinte de soulfre bien ageancée dans une petitte boitte avec du cotfon . allin que sur ycelie le graveur puisse représenter en taille doulce la vraye manière du siècle (jue le seau a esté faict. sans rien altérer, ne en la forme du caractère, ne en la semblance du portraict du prince qui y est représenté, ne en ses habillemens.

f li" Gela ne sçauroit nuire au seau, bien fpi'il ne soit que de cire. 11 s'en est faict un momie de preuves. Et c'est de ceste façon là qu'a esté faicle l'Empreinte cy-joinc(e. sur un seau de l'une des anciennes chartes de S'-Denys en France.'^

On voit clairement, jjar la rédaction même de cette note. 1° qu'on recommande d'appliquer aux sceaux le procédé d'estampage en terre glaise dont on se servait pour prendre le moule des intailles et des médailles . procédé qui opère par pression et dont je condamne l'emploi; 2° qu'on enseigne la manière de tirer une empreinte en soufre telle qu'elle était pratiquée pour les collections d'empreintes de pierres gravées; 3° que cet estampage en terre glaise, ne pouvant donner qu'une empreinte, n'était pas destiné à la formation d'une collection comme nous l'entendons ; li° que le but de la note était de se procurer ime empreinte qui évitât l'obligation d'envoyer au loin un artiste pour dessiner un sceau cpi'on pouvait, avec ce secours, graver à Paris sans recourir à l'original ; 5° cpie cette opération était nouvelle, ou du nioms son apphcation bien exceptionnelle, puisqu'on se croyait obligé de rassm-er sur les dangers qu'elle peut faire courir aux sceaux.

J'ai dit que cette recette était d'une écriture de la première moitié du xvn' siècle; il m'a passé sous les yeiu une foule d actes de cette éporpie qui s'en rapprochent sous le rapport calligraphique; seulement, en la confrontant avec les écritures des grands Bénédictins , je n'ai pu l'identifier avec aucune. L'envoi de celle recelte répond au besoin qu'on avait dès lois de s'appuyer sur les monuments pour reproduire les personnages historiques . comme on se fondait sur des documents pour établir les faits. Il ne faut pas oublier que Jean du Tillet. qui tenait dans sa mam tout le trésor des chartes, avait pris dans les sceaux, dans les statues funéraires, dans les tahleaax du temps, les portraits de rois qui accompagnent son récit, et qu'il eut le premier le courage d'omettre un fait qui ne lui paraissail pas prouvé, en même tenq)s qu'il laissait \m cadre vide quand il n'avait pas trouvé un portrait contemporain, plutôt que de le remplir d'imagination. Les miniatures de son manuscrit de présentation, exécutées vers lôyo. prouvent, mieux encore que les petites gravures de son livre m-h\ combien il exigea d'exactitude de son peintre, qin n'était, à vrai dire, qu'un enlumineur dans le sens que nous donnons aujourd'hui à ce mot : couleurs brillantes, pinceau déhcat, faire précieux, tout y est, excepté le sentiment qui reproduit la physionomie , l'aspect , l'air du monument; excepté aussi le talent, qui n'aurait pas accepté des bras disloqués et des pieds estropiés; mais l'attitude, la pose, la coiffure, le costume avec le mouvemeni des plis, les mains au geste forcé, tout est tiré fidèlement du sceau. Cet appel sérieiu à l'exactitude ne fut pas entendu , ou plutôt il fut bien vile méconnu. Je n'ai pas pu trouver, parmi les ouvrages d'Auguste Galand qui se conservent en manuscrit à la Bibliothèque impériale, son Traité des chancelliers de France, écrit vers 1 Gi a. Il m'intéressait à cause du soin cpi'il met à annoncer que son travail est accompagné des figures et empreintes de sceaux-

quand on prenait l'original, le sceau suivait le sort de la pièce et son classement. Cette indifférence ne fut pas o-énérale. L'un des collectionneurs d'actes scellés, qui, vers le commencement du dernier siècle, exploitait encore avec passion les archives pour son propre compte, Gaignières, sans être le plus sérieux des amateurs, était le mieux disposé de tous, par la nature de son esprit et par ses goiits, à prêter une attention curieuse à l'utilité que présentaient les sceaux en dehors de leur caractère diplomatique. 11 les faisait dessiner au trait, non pas avec talent, pas même avec soin, mais avec une naïve brutalité, par cet artiste inconnu qui a promené sa plume tremblottante, rapide et infatigable sur tant de pages de ses recueils, aujourd'hui d'une valeur inappréciable. Ces dessins étaient collés au bas de la copie de l'acte; mais d'autres dessins de sceaux, considérés par Gaignières comme monuments de l'histoire, furent réunis par ses soins avec les reproductions de tombeaux, de dalles funéraires, de peintures, de vitraux, de tapisseries et de broderies, dans des recueils consacrés méthodiquement aux princes, aux évêques, aux familles'. C'était, comme on voit, une heureuse extension donnée au rôle du sceau , quoique en le maintenant encore dans le domaine généalogique et héraldique; et ce n'était, dans un cadre plus vaste, que ce qu'avaient fait, dans les limites restreintes de leur sujet, les auteurs de nos grandes histoires de provinces et l'historiographe des ordres du roi Chérin, mais cette fois par la main d'un artiste de grand talent, pour compléter les généalogies renfermées dans les layettes de l'ordre du Saint-Esprit 2.

Au commencement du xvin" siècle, on reprit avec ardeur le recueil des chartes et diplômes. Le ministre Bertin devint, dès son entrée au contrôle général, en lySg, l'âme et le ressort de cette entreprise. En 176-2, il constitua, sous le titre de Dépôt des Chartes de l'histoire et de droit public, de véritables archives centrales, contenant, en copies réservées à une publication prochaine, tout ce que la France avait conservé de documents historiques. Animés par ses encouragements, les Brequigny. Secousse, Sainte-Palaye, Foncemagne, assistés des plus savants Bénédictins, Labat, Poirier, Clément, Brial, dirigeaient cette vaste opération, placée sous la responsabilité plus que sous la direction deMoreau, historiographe du roi.

En 1781, près de deux siècles déjà avaient assisté à la formation de ces collections sans qu'on eût songé à profiter de cette immense exploration de toutes les archives de la France pour recueillir, sur les sceaux, des renseignements méthodiques, pour en prendre des dessins, pour en tenter le moulage. Il fallut qu'un amateur, poussé par une fantaisie particulière, éveillât l'attention sur cette lacune laissée si malencontreusement dans ce grand recueil national. Desmarets, ancien élève du corps du génie, n'était ni artiste, ni diplomatiste; mais les sceaux avaient frappé son imagination, et ces petits monuments étant, par leur dimension, à la portée de ce qu'il appelait son talent, il se mit

qu'il II tirées de plusieurs abbayes de Paiis et environs, de mo- eiiti'e le Cabinet des estampes de la Bibliothèque itupériale, le

iiastcres et des provinces les plus éloignées. Mais c'est aussi à partir Département des manuscrits du même dtabiissement, la Biblio-

de cette é])0({ue que les artistes cessent de comprendre ce quelque thètpie universitaire d'Oxford , et quelques amateurs , parmi les-

cliose qui est l'exactitude et la lidélité. quels je citerai M. Albert Lenoir.

' Les recueils de Gaignières sont aujourd'hui disséminés ^ BiblioLlièque impériale, Cabinet généalogique.

dès 1771 à les dessiner, d'abord sans suite, puis avec une certaine méthode, et, après dix années d'un labeur acharné, il était parvenu à réunir une collection de trois à quatre nnlle dessins. C'est alors qu'il ofTrit de les vendre au roi tr pour la moitié du prix qu'il en coûterait pour les faire graver, n et de continuer à dessiner pour le Dépôt des chartes, et sous la direction des membres du comité d'histoire, crj'ai employé, disait-d dans sa demande, les quatorze plus belles années de ma vie à recueillir une collection innombrable de sceaux dont l'histoire et la noblesse de France doivent conserver l'image, lorsque le temps aura achevé de les détruire, n Sa pétition, recommandée par d'dlustres patrons, fut renvoyée par le garde des sceaux à l'historiographe Moreau, avec ordre de faire un rapport sur la question.

Dans ce rapport, Moreau s'exprimait ainsi : crEn 1780, M. Desmarets, président de l'élection de Senlis, qui, par goût, se livroit à son talent de dessiner, fit connoissance avec Dom Grenier, chargé de la collection des chartes en Picardie. Il montra à ce religieux plusieurs sceaux qu'il avoit dessinés, et Dom Grenier, frappé de la beauté de l'ouvrage, le pria de lui en confier quelques-uns pour les faire voir, à son retour à Paris, aux membres du comité d'histoire et de droit public. A son retour, nous en parlâmes à monseigneur le Garde des sceaux; et Dom Grenier le pria de vouloir l)ien permettre qu'on lui présentât M. Desmarets. L'un des objets de nos travaux étant de donner au public une collection entière et imprimée de tous les diplômes et de toutes les chartes qui intéressent notre histoire, il nous sembloit que, s'il étoit possible de faire graver au bas des chartes des sceaux anciens que l'on pourroit y trouver, cette attention ajouteroit infiniment à l'utilité et au prix de ce grand ouvrage, -n

En effet, le comité s'était extasié sur la beauté des dessins de Desmarets, sur l'utilité de les faire graver au bas des chartes, et il avait émis l'avis qu'on achetât les trois ou quatre mille dessins de sceaux déjà faits, en doimant à leur auteur le moyen de continuer son œuvre. Moreau ne partage pas cette opinion, sans avoir cependant rien à reprocher à des dessins qu'il admire, mais par les raisons que voici : a Si nous nous contentons de payer à M. Desmarets les trois ou quatre mille sceaux qu'il a déjà, qu'en ferons-nous? cela ne sera qu'une parcelle très-isolée d'une collection immense que nous n'aurons jamais. Si ces trois ou quatre mille sceaux, nous les faisons ensuite graver à grands frais pour en orner environ trois à quatre mille chartes de Picardie , cette recherche ne fera qu'accuser l'imperfection du reste de la collection et notre impuissance. Avouons, d'ailleurs, que les armoiries n'intéressent que les généalogies , et que notre objet n'est que l'histoire et le droit public. V

Le comité eut raison de son président. Le ik janvier 1786, le garde des sceaux achetait à Desmarets sa collection de dessins de sceaux, moyennant 5oo livres de rente viagère, payables sur le crédit alloué pour la recherche des chartes; en outre il le nommait dessinateur du Cabinet d'histoire et du droit public, et lui faisait ouvrir les archives de Saint-Germain-des-Prés, pour la continuation de son travail.

l/i PRÉFACE.

Il est impossible, après avoir vu les dessins de Desmarets, de lire sans tristesse sa correspondance avec le ministre, les lettres des Bénédictins, le rapport de l'historiographe du roi et la décision définitive ^ Ces dessins sont pitoyables et l'on cherche vainement, dans cette réunion d'hommes distingués, les jugements éclairés et les propositions pratiques qu'on serait en droit d'attendre de leurs lumières. Desmarets n'avait ni l'instinct naturel, ni l'habitude acquise du dessin; il s'était exercé soit dans l'ateher d'un graveur, soit en copiant des estampes, à une pratique timide de dessin au pointillé, qui, avec des peines infinies et un labeur de galérien, lui permettait de donner un certain relief à des figures dont le corps ne tient pas sur les jambes, dont la tète grimace avec des yeux louches ou hagards. Dessin faux, caractère nul, ensemble baroque, telles sont les qualités des images enfantines que tout ce comité se flatte de reproduire dans sa grande publication, sans entrevoir que, de ces dessins, et surtout de reproductions plus exactes, on peut former une collection méthodique d'un puissant secours pour les études auxquelles il s'intéresse et pour divers genres d'investigations. Il ne voit encore, dans le sceau, qu'un instrument d'authenticité, comme son président le réduit à un auxihaire des généalogistes.

La publication du Recueil des historiens des Gaules et de la France se poursuivait depuis 1788, parallèlement à la formation du Recueil des chartes, sans se montrer plus favorable à la sigillographie. En i8io, MM. Naudet et Daunou, chargés par l'Académie des inscriptions et belles-lettres de lui faire un rapport sur la méthode à suivre dans la composition du Recueil, à partir du dix-neuvième volume, proposèrent d'excellentes modifications; mais, arrivés aux planches qui doivent accompagner la suite de cet important ouvrage, ils passent en revue tout ce qui peut être reproduit, statues, tombeaux, édifices, puis les inscriptions, et en dernier lieu les monnaies et médailles, tf qui aideraient les progrès de la science historique ; ^ quant aux sceaux, ils ne les mentionnent même pas, quoiqu'il s'agisse de l'histoire de France au xui'^ siècle-^.

Et cependant il se produisait, en 1779, de la part d'un amateur, une tentative qui ferait croire que, dès lors, on envisageait les sceaux comme pouvant donner lieu à une étude spéciale et former, ainsi que la numismatique^ une science historique. M. de Migieux, de Dijon, eut l'idée de pubher un recueil de gravures de sceaux, copiés sur les planches de IMabillon et des Bénédictins, ou dessinés d'après des matrices des sceaux et des originaux attachés à des documents qu'il possédait. Ce

Bibliothèque impériale , Département des manuscrits. ' Tome XX, préface, page ao.

En 1G90, près d'un siècle avant l'essai de M. de MigieiLx, Le Blanc avait songé à publier un recueil de sigillographie . ou plutôt, comme il le dit lui-même, rà piAlier im ouvrage qui comprendroit les sceaux, les gettons et les médailles de nos rois, que j'avois ramassés avec assez de succès pendant divers voyages. Feu .M. du Gange me conseilla de réserver les sceaux de nos rois pour une autre occasion, de laisser les gettons et

les médailles comme des choses qui ne nous apprenoient rien de nouveau, et de m'attaeher imiquement au traité des monnoyes de France. Ces raisons me déterminèrent entièrement, a Si nous devons regretter, sous le rapport héraldique et généalogique, d'avoir été privés d"im recueil de sceaux qui aurait pu avoir Tmlérêt qu'offi-e encore de nos jours l'excellent Traité historique des monnoyes de la France, avec leurs figures , ces figures , dépourxTies de tout caractère , peuvent , à un autre point de vue, nous consoler.

^.. c PRÉFACE. 15

recueil', sans lien avec la diplomatique, avec l'histoire d'une province, avec la généalogie d'une famille, offrait des séries de sceaux royaux, de sceaux des ducs et comtes de Bourgogne, et des sceaux de villes bourguignonnes classés méthodiquement par époque. L'auteur les oflVait au public comme spécimen de la gravure des sceaux, et il les rangeait chronologiquement, tfd'oi'i on voit, dit-il, que j'ai eu dessein d'accoutumer les yeux à la manière de chaque siècle, ce qui peut être utile à ceux qui ont des titres à vérifier ou à qui d tombe dans les mains des morceaux de cette espèce. T) Malheureusement ces trente planches sont mal dessinées et gravées sans talent; elles ne reproduisent, en aucune manière, le style des époques et des contrées; en outre, l'auteur y a mêlé des dessins de monnaies et même de boîtes à miroir, dans la persuasion que ces boîtes servaient à contenir des sceaux ^.

Cette publication n'eut pas d'imitateurs, ou du moins je n'en connais pas. J'ai bien sous les yeux une note de la main de l'abbé de Béthancourt, qui tendrait à faire croire qu'il avait conçu le projet d'un recued de ce genre, et comme le savant auteur du livre sur les noms féodaux^ demeurait aux Archives de l'Empire, où il poursuivait ses patientes et utiles recherches, si son projet avait été exécuté, une part de l'honneur serait revenue à l'établissement public qui lui en avait donné l'idée et devait lui en fournir tous les éléments. Cette note, écrite sur une enveloppe, est ainsi conçue : fc Débris de sceaux. — Nota. Ces débris, remis sous les yeux de l'Académie des inscriptions et belles lettres, à la séance du 3 août 182 i , avec des explications que demandoit le sujet; il a été universellement reconnu qu'il seroit extrêmement profitable au progrès des connoissances littéraires, de

' Cet ouvrage est anonyme ; voici sou titre : Recueil de sceaux du moyen âge, dits sceaux gothiques ; a Paris, A. Boudet, in-4°, 177g. L'exemplaire de la Bibliothèque impériale porte cette annotation écrite à la main au-dessus du titre : trDonné à la Bibliothèque du Boy par le baron de Servières , le 1 6 juin 1781;" et au-dessous du titre : trPar M. le marquis de Migieu.îi L'exemplaire de la bibliothètjue de l'Institut modifie le nom, sans doute d'après Quérard (France littéraire , article Migien) : crPar le marquis de Migien. r, Il sera bon do faire des recherches à Dijon sur l'auteur de cet ouvrage. Beuchot laisse entendre que A. Boudet, l'imprimeur du livre, en était l'auteur {Biographie universelle, article Boudet, édition de 1813, erreur répétée dans l'édition de i856); mais Barbier, qui prit en 1820 des informations près de M. Vallot , le secrétaire de l'Académie de Dijon , apprit de lui que le président de Migieux avait fait les frais de l'impression du recueil, et que l'abbé Boulemier était l'auteur du texte {Dict. des Anonymes, n° iSGig). C'est une supposition toute gratuite. Ce texte a peu d'importance, M. de Migieux ])ouvait l'écrire, et cette phrase, nEn fait de recherches, celle des sceaax gothitpies n'est pas la plus brillante ni la plus amusante, cependant elle n'est pas à mépriser,') me paraît bien mieux du fait d'im amateur que de la plume du savant abbé, bibliothécaire do la ville de Dijon et le plus zélé collaboratem-, en Bourgogne , de Ferret de Fontette. Leber, dans le Catalogue

de sa bibliothèque, n° 8706, etBrunet, dans son Manuel, se rangent à l'opinion de Vallot. Hoefer revient au dire de Beuchot , cpi'il copie dans la Biographie imiverselle , et il place louvrage sous le nom de l'imprimeur Boudet. (Biogr. de Didot.)

Il y aura lieu aussi de s'assurer du nom et du titre de l'auteur. L'abbé Papillon inscrit dans sa Bibliothèque (II, p. 69), parmi les auteurs de Bourgogne, Antide do Migieux, seigneur de Savigny, président à mortier au parlement de Dijon, qui mourut en ijij, et qui était probablement le père de notre collectionneur de sceaux. En outre, ce que je me garderai d'omettre, puisque je suis devenu le dépositaire des matrices de sceaux que possédait Bévoil , Millin affirme (pie la collection de M. de Migieux fut acquise, après sa mort, par ce peintre, grand collectionneur. J'ajouterai que , à la vente de la bibliothèque de Bévoil , l'exemplaire du Recueil des sceaux , cpii en faisait partie, fut vendu Zi5 francs.

" Une trace de cire rouge a fait croire à M. de Migieux que tel était l'usage de ces boîtes en ivoire, sculptées sur les deux plats extérieurs. Il n'y a pas d'exemple qu'on ait trouvé , dans les archives , un document dont le sceau fut enfermé dans une boîte de ce genre , et les sujets sculptés n'ont pas le caractère sérieux qui conviendrait à ce rôle.

' Noms féodaux ou noms de ceux qui ont tenu fiefs en France. Paris, 182G, in-8°, 2 volumes.

faire graver, non pas ces débris, qui ne portent aucune date, mais les sceaux attachés à des originaux et qui conservent encore assez de vestiges pour être utiles. Il s'agiroit de remonter du XV* siècle seulement jusqu'au tems les plus reculés et, autant qu'on peut le pressentir, la totalité ne s'élèveroit guère au delà de cinq cents, d'après les déchets, plus ou moins considérables, que la plus part ont éprouvés. Cet avis n'est que pour mémoire en attendant que l'Académie ait mis un ordre définitif dans l'arrangement de ses travaux futurs. ■» Je ne connais pas le plan de cette publication projetée. J'ai vainement consulté les procès-verbaux de notre Académie. Béthancourt en faisait partie et il signe la liste de présence du 21 août, mais le secrétaire n'a pas jugé à propos de mentionner sa proposition. Il est certain qu'il n'y fut pas donné suite.

Une autre circonstance qui contribua davantage à favoriser l'étude des sceaux et à suggérer l'idée d'en faire collection mérite d'être signalée. Les numismates avaient compris de bonne heure les affinités des sceaux et des monnaies; mais à défaut àe sceaux, difficiles à trouver détachés des documents, ils s'étaient mis à la recherche des matrices de sceaux. On sait que dans tout le moyen âge il fut d'usage de renouveler son sceau de son vivant, soit qu'une nouvelle charge introduisît de nouveaux titres dans la légende , soit qu'une alliance , une succession , ou des acquisitions territoriales vinssent ajouter quelques pièces héraldiques dans les armoiries; soit qu'une fantaisie d'homme de goût s'adressât à un orfèvre en renom pour avoir un nouveau sceau; soit enfin qu'un faussaire ayant contrefait un sceau il fallût dérouter la contrefaçon. Dans tous les cas, les matrices de sceaux étaient brisées ou fondues, quelquefois cancellées, c'est-à-dire, barrées avec une lime et rendues impropres à de nouveaux services; mais, dans cet état, on les conservait pour constater la validité des anciens sceaux. La mort imposait des précautions du même genre; et cependant, par le fait de négligences ou d'oublis, par l'habitude des villes, des établissements religieux, et des corporations d'user continuellement du même sceau , bon nombre de matrices de sceaux se sont retrouvées et sont devenues le partage des archives , des bibliothèques publiques et des collections particulières. L'antiquaire J. Fr. Séguier, vers le milieu du dernier siècle \ avait réuni dans son cabinet trois cent six matrices de sceaux; la Bibliothèque impériale en compte trois cent soixante et seize dans son Cabinet de médailles et antiques; le musée d'Arras, cent cinquante; M. Preux, à Douai, trois cents; le marquis de La Grange, soixante et dix; le baron J. Pichon, soixante; madame Fèbvre, de Mâcon, cinquante.

Les Archives de l'Empire n'en avaient pas plus de treize, il y a quelques mois, lorsque je fis appel à l'esprit éclairé de M. le comte de Nieuwerkerke. Ce ne fut pas en vain. Le directeur général des musées impériaux, se plaçant au-dessus d'une mesquine ardeur de possession qui aurait pu l'aveugler, reconnut que les collections publiques n'étaient plus un amusement de curieux qui réclament des échantillons de toutes choses, mais le puissant auxiliaire des études sérieuses, et d'autant

' On lit rians une de ses lettres acli'essée le 6 janvier 1768 au Cette collection, le'guée par lui à l'Académie de Nîmes, fait docteurCalvet: trJ'ai acquis un grand nombre de sceaux de cuivre partie aujourd'hui, à quelcpies lacunes près produites par des (matrices de sceaux) et de plomb (bulles) du moyen âge." vols, du mëdailler de la bibliothèque de Nimes.

plus utiles, qu'elles seront plus complètes dans leur spécialité. En conséquence il donna l'ordre de me remettre, à titre de dépôt, trois cent trente-cinq matrices de sceaux en argent et en cuivre qui ont un rapport moins direct avec les objets d'art exposés au Musée du Louvre qu'avec la collection sigillographique des Archives de l'Empire. Exemple salutaire, que l'esprit de notre temps fécondera pour le plus grand avantage des collections publiques, des travailleurs et des études.

En résumant ce qui précède, nous constatons l'utilité des sceaux dans toutes les études archéologiques et le peu d'importance qu'on y a attaché en dehors de leur rôle diplomatique.

Le décret du 19 juin 1790 vint atteindre les archives dans leur pleine quiétude, et celte instititution, quoique restée aussi respectable qu'inofTensive, fut plus i^adicalement éprouvée qu'aucune autre. Cependant, il faut le reconnaître, si les plus beaux diplômes, parce qu'ds étaient écrits sur de grands parchemins, ont été envoyés aux arsenaux par ordre de l'Assemblée; si les chartes armoriées ont été brûlées en place publique par l'autorité; si, sous la surveillance de la municipalité, des charretées de documents ont été vendues aux relieurs, aux épiciers, à chacun, au plus offrant, ce n'était qu'une partie des richesses de nos archives; la plus considérable fut soustraite par des mains avides, qui cachaient leur sordide cupidité sous le prétexte de détruire les emblèmes de la féodalité. La plupart de ces parchemins étaient scellés; on vendit les sceaux aux ciriers, et j'ai connu, dans ma jeunesse, des amateurs qui, ayant recueilli les plus beaux au risque de manquer de civisme ', avouaient avoir brûlé des bougies rouges, vertes et jaunes, produit net de ce saccage. Ne nous lamentons pas inutilement; on peut prendre le bon côté des plus mauvaises choses. La Révolution fut pour les archives ce qu'elle a été pour la société elle-même, un épouvantable bouleversement et une régénération. A la hache et à la torche qui détruisent, succéda la liberté qui féconde; à des dépôts, riches de tous les documents accumulés respectueusement par les siècles, mais fermés aux études et à la publicité, succédèrent des archives publiques offrant libéralement à tous ce qui restait de ces trésors historiques, ce qui s'était conservé de ces sceaux si fragiles.

Les Archives nouvelles, composées, à Paris, des papiers d'Etat retirés des archives de toute la France; dans les départements, des fonds d'archives ecclésiastiques, judiciaires et parlementaires de leur circonscription, eurent partout une première phase de stagnation, conséquence naturelle de l'immensité du désordre, des premiers travaux d'installation et peut-être plus encore de l'indifférence du public. Bientôt se manifesta un commencement d'activité. De communications plus frécjuentes faites aux érudits naquit le désir d'initier le public intelligent à des richesses littéraires d'un genre nouveau. On proposa d'ouvrir une salle d'exposition où seraient disposés des documents curieux et une suite de sceaux dont le rapprochement aiderait à des études comparatives.

Cette idée se fit jour simultanément à Paris et dans tous les grands centres intellectuels; seule-

' Louis Millin, dont la curiosité universelle et un peu banale bontiî de me communiquer plusieurs antiquite's relatives à celte s'étendait à tout, écrivait en 1790 : trPendant le séjour que je ville. Ces monuments sont pour la plupart d'anciens sceaux." lis à Meulan, je visitai le cabinet du citoyen Lévrier. Il eut la (Ant. mit. t. IV, S àt). p. 17.)

ment si une création aussi utile est due à l'initiative delà France entière, l'honneur de l'avoir mise à exécution sur une vaste échelle et dans des conditions salutaires et pratiques revient au dépôt central des papiers d'État, aux Archives de l'Empire. Voyons d'abord ce qui se fit dans les départements.

On s'y prit de plusieurs manières pour présenter au public une collection de sceaux. La plus respectueuse et la plus générale consista dans la réunion d'un certain nombre de documents scellés, rangés méthodiquement dans des vitrines, et que les visiteurs trouvaient en entrant dans les Archives, au milieu d'une salle spécialement réservée à cette exposition. Plusieurs archivistes crurent avoir ainsi donné satisfaction à la curiosité; d'autres, plus zélés, ayant à leur disposition dix, vingt et trente mille sceaux, regrettèrent, en produisant les sceaux avec le document auquel ils étaient appendus, de n'en pouvoir exposer qu'un petit nombre. Le regret se comprend; ce qui est moins explicable, c'est le procédé auquel on eut recours; on coupa les attaches, et l'on rangea des sceaux dans les vitrines comme des médailles dans leui' médailler. Mais un sceau n'est pas une médaille, et rien ne ressemble plus à une exécution capitale que cette opération qui, en le séparant du document, ôte la vie à l'un et à l'autre, et les prive chacun de signification et de valeur. Cette malencontreuse façon de former un musée de sceaux a eu ses adhérents partout en pays étranger; à Venise, dans le nouveau musée Gorrer, on montre au public des séries entières de bulles des papes et des doges ainsi séparées des documents.

Une nouvelle et forte organisation des archives départementales arrêta le mal ^ ; mais en même temps le zèle se refroidit, et je n'ai pas appris qu'on ait ouvert des salles d'exposition ailleurs qu'à Troyes et à Caen; qu'on ait, nulle part en France, tenté de former une collection d'empreintes de sceaux.

Des procédés aussi contraires au bon ordre et au respect des documents ne pouvaient être adoptés par M. Daunou. Le digne garde général des Archives résistait au désir d'offrir à l'étude la ressource féconde d'une collection de sceaux par l'impossibihté de concilier cette exposition avec une bonne administration. Ce qui se faisait ailleurs ne l'émouvait pas; il savait qu'il est possible de prendre partiellement, à un point de vue local, dans chacune de nos archives départementales, des dispositions qui devenaient impraticables dans le vaste dépôt où sont concentrés tous les actes de la souveraineté, de la justice suprême, de l'administration centrale. Il aurait fallu, pour le décider, lui montrer un moyen de reproduire les sceaux sans les altérer, de manière à ne plus communiquer que les copies, en préservant les originaux d'une destruction que leur fragilité, des déplacements

' La négligence ou l'insouciance avaient produit autérieu- titres dans les paquets, liasses ou boites, selon l'ordre qui leur

rement des désastres du même genre. On Ht dans le Journal convenoit. Les plus anciens sceaux étoient ceux qui lui déplai-

historiqm de décembre 1753, cité par les Bénédictins : trUnc soient le plus, soit parce que leur relief faisoit davantage gon-

personne qui rangeoit, il y a déjà plusieurs années, les titres fler les liasses, soit parce qu'ils étoient les plus défigurés par in

de certaines archives bien connues, ôta tous les sceaux des vétusté, en sorte qu'il fit un sacrifice général du tout, comme

anciens qui empêchoient qu'on ne pût placer, à leur aise, ces de choses inutiles.?;

incessants et des maniements souvent sans égards, ne rendent (juc trop certaine. Au milieu des occupations de tout genre que lui donnèrent, de 180^ à i8i/), le classement des archives françaises et le réunion dans la même dépôt des archives étrangères, M. Daunou ne paraît pas avoir songé à chercher ce moyen de reproduction. Et cependant le moulage des sceaux, appliqué dès lors aux archives du Vatican, de l'Italie, de l'Espagne, de la Belgique et de l'Allemagne, eût conservé une trace vivante, un souvenir utile de ces grandes richesses qui ont traversé les Archives de l'Empire et dont nous n'avons gardé que ce que laisse un rêve.

Comme dans toutes les aflaires humaines, l'invention répond à l'appel du besoin, et l'idée de surmouler les sceaux pour en obtenir des empreintes vint au secours de l'érudition, qui demandait pour ces monuments la mobilité des monnaies afin de les classer comme elles et suivant les études pai' séries de pays, de dignités, de familles, d'époques, pour les rapprocher et les comparer.

Mais, à partir de ce moment, j'emploie de nouvelles expressions et il est nécessaire de s'expliquei' sur leur signification. Notre langue, dans bien des circonstances, impose des difficultés aux discussions techniques. On les trancherait en créant de nouveaux mots; rien n'est plus facile. Le difficile est de les faire adopter. Ne vaut-il pas mieux tourner la difficulté à la faveur d'une convention? Ainsi, quoique dans le langage ordinaire de la vie nous disions que le garde des sceaux a scellé un acte avec le sceau de l'Etat, que cet acte porte le sceau de l'Etat, et, si Ion surmoule ce sceau, qu'on fait plusieurs sceaux à son imitation; il est évident que ces trois acceptions différentes du mot de ^remi, ainsi confondues, rendraient inintelligible tout ce que j'ai à dire. Pour éviter la confusion, voici les termes que j'emploie et la signification que je leur donne. Le graveur de sceaux grave en creux dans le métal la figure et la légende, qui seront reproduites en relief. Que ce morceau de métal ait la forme d'une bague ou d'une clochette, peu importe; toute gravure en creux destinée à produire une figure de sceau en relief est une matrice de sceau, et ne doit pas être appelée un sceau. Cette matrice, pressée sur un corps moins dur qu'elle, forme dans son creux un relief, et, qu'il snil en métal ou en cire, ce relief, qui est une empreinte originale de la matrice de sceau, se nommera le sceau; si ensuite ce sceau est surmoulé, le moule qu'on en prend sert à multiplier des copies eu cire, en plâtre, en soufre, et chacune de ces copies n'est pas un sceau, c'est une empreinle de sceau; de là, trois expressions:

Matrice de sceau : le morceau de métal, gravé en creux, qui sert à imprimer le sceau au bas de l'acte;

Sceau : l'empreinte originale en cire ou en métal de la matrice de sceau;

Empreinte de sceau : un surmoulage et une copie du sceau original.

11 est essentiel de ne pas dévier de cette convention, dont je ne me dissimule pas l'arbitraire, car autrement la confusion s'introduirait dans nos disser,tations, et M. Douët-d'Arcq, dans la notice qui va suivre, s'y est conformé.

Cherchons maintenant pourcjuoi cette application du moulage aux sceaux ne fut pas faite plus tôt et pourquoi elle se fit alors. J'ai dit les raisons qui rendaient autrefois l'accès des archives si diffi-

cile et qui écartaient des esprits i'idée de s'attaquer à des sceaux dont le rôle important pouvait être compromis par les altérations qu'un moulage inhabile aui-ait apportées à leur intégrité ; mais lorsque les archives furent devenues des collections historiques, ouvertes à l'étude avec presque autant de libéralité que des bil:)liothèques, ces préoccupations furent moins vives, et le garde général des Archives aurait autorisé le moulage des sceaux confiés à sa responsabilité, s'il eût été assuré que l'opération fût sans danger. Ceci me conduit à examiner le procédé du moulage qui, dans des mains inexpérimentées détruit l'original et donne de mauvaises copies, tandis qu'habilement exécuté il assure, non-seulement la reproduction indéfinie d'un sceau que huit siècles ont rendu friable et prêt à se dissoudre , mais permet d'offrir une excellente copie à l'étude et de préserver l'original en ne le déplaçant plus.

Le moulage a suivi dans ses différentes applications une voie continue de progrès. Ce n'est pas une invention moderne, loin de là. De tous les procédés industriels connus de l'antiquité c'est certainement le plus ancien, puisqu'il est le berceau de la poterie et de la fonte. 11 a été dès lors, pour les arts plastiques, ce que l'impression et l'imprimerie sont devenues, quarante siècles plus tard, pour les arts graphiques, un reproducteur, un moyen rapide de multiplier en matières diverses et à bon marché les créations du génie. L'architecture fut la première à en profiter par l'emploi de frises, acrotères, antefixes et autres détails d'ornementation moulés en terre et rendus inaltérables par la cuisson. La statuaire lui dut de pouvoir reproduire, par la fonte de métal, par la terre, le plâtre et la cire, toutes ses créations, depuis les plus grandes jusqu'aux plus petites, depuis les images sacrées jusqu'aux bouffonneries et aux poupées des enfants; la glyptique s'en servit avec succès pour multiplier ses intailles les plus fines, ses camées les plus précieux en verre coloré.

Je ne vois pas un procédé d'estampage et de moulage que les anciens n'aient mis en pratique, et le plâtre', la matière la mieux appropriée à cet usage, était employé dès la plus haute antiquité. Les Égyptiens s'en servaient pour l'immense fabrication de leurs caisses de momies-, les Grecs pour tous les moulages^, y compris celui de la nature vivante*, les Romains pour la statuaire de parade et de solennités publiques ^.

L'autorité des écrivains de l'antiquité ne laisse aucun doute sur tous ces faits, et il nous est parvenu, pour les attester, d'innombrables caisses de momies égyptiennes, quelques sculptures grecques moulées en plâtre, et les productions si variées de la céramique; mais il nous manque un témoignage qui permette d'affirmer que la statue moulée en plâtre ait figuré dans la classe d'étude où la

' Le plâtre employé au moulage , •jOvf'os -sTpôj àTTOftâyfjiaTa , le premier moulé sur la nature : trHominis autem iniagineni

gypsus, gesso, a dû, dans la pratique, suivre la terre glaise "gypso e facio ipsa primus omnium expressit, ceraque in eaiii

et les mastics, qui ne demandent pas de préparation. 11 y a à tfforraam gypsi infusa emendare instituit Lysistratus. " (Pline,

résoudre une série de diQlcultés avant d'obtenir le plâtre par la Hist. mit. XXIV, i4.)

cuisson . se détrempant dans l'eau et prêt à reprendre sa solidité. ' Ce n'est point ici le lieu d'approfondir ce sujet et encore

' Hérodote,!, 3; XXIV, 7. moins de faire parade d'érudition. Lessing, Quatremère de

' Pausanias, I, io. — Theophrast. De Lapid. .§ 67. Quincy, Welcker, Clarac, 0. Miiller, Hirt, W. A. Becker, ont

' Lysistrale, frère de Lysippe, acquit la réputation d'avoir réuni et commenté tous les textes.

jeunesse apprenait à dessiner, qu'elle ait servi dans l'atelier de l'artiste comme modèle et qu"on en ait fait des collections pour tenir lieu d'originaux; tout semble indiquer qu'on étudiait d'après les chefs-d'œuvre répandus partout sous le beau ciel de la Grèce, que les artistes travaillaient uniquement d'après nature, et que le marbre n'était pas assez cher, les artistes reproducteurs assez exigeants pour qu'on ne préférât des répétitions en marbre à un moulage en plâtre.

La blancheur de cette matière et sa porosité, qui empêchaient de l'animer par la couleur, firent chercher une substance qui se prêtât mieux à l'imitation de la nature. Aux grandes époques de l'art, l'ambition de l'artiste a été de rivaliser avec la création divine , et le moulage pris sur la face humaine, reproduit par la cire, dont la transparence acquiert toutes les nuances du teint, séduisit l'antiquité; or comment contester à ces œuvres une exquise perfection quand nous savons qu'elles ont fait l'admiration d'hommes doués d'un goût parfait et entourés des cheis-d'œuvre de la statuaire? Les Romains, moins délicats que les Grecs, donnèrent à leurs procédés des applications nouvelles. Ils employèrent le moulage à la cire pour rendre plus saisissant à l'imagination l'un de leurs plus touchants usages. Dans la salle d'entrée de leurs maisons, dans Y atrium \ se tenaient, presque vivantes, les statues de leui's ancêtres, imagines majorum'^, moulées en cire sur le mort, coloriées d'après nature et habillées des propres vêtements du défunt. Les nobles sentiments qu'excita cet usage, réservé aux familles patriciennes qui avaient exercé les grandes charges, sont un garant certain du caractère élevé et sérieux dont l'art avait empreint ces productions. Mais, à la longue, des images de ce genre vieillissent et enlaidissent; de générations en générations, elles s'étaient multipliées et elles avaient fini par encombrer la maison; le droit d'en avoir s'étendit à des plébéiens qui ne comptaient pas d'ancêtres, et il se trouva que, des familles venant à s'éteindre, leurs maisons furent vendues avec les images de cire, à la charge, par les nouveaux propriétaires, de les garder. Or Dieu sait le soin qu'on eut de cette vieille défroque! aussi périrent-elles, et moins encore dans l'abandon et la poussière que sous le coup du ridicule ^.

Le grand bouleversement du monde antique pouvait faire perdre quelques procédés applicables au 'luxe; mais le moulage, qui est la base de la poterie, faisait cortège aux premiers besoins de l'homme, et il traversa la barbarie. Dans tout le moyen âge, nous le voyons se développant comme procédé industriel, comme auxiliaire de la fonte et même dans une application qui ne manque pas d'analogie avec le culte des ancêtres : dans ces représentations fidèles du mort, qui paraissait sur son lit de parade et à ses funérailles, le visage et les mains moulés sur nature en cire colorée, revêtu de ses costumes et armures. Cet usage se maintint pendant plusieurs siècles, et U ne fut pas sans influence sur les progrès de la sculpture iconographique. A partir du \if siècle, nous voyons sur les tombeaux s'étendre des statues d'une telle réalité d'expression, de modelé, de vérité, qu'on ne peut

Vitnive, VI, 5. De imaginibus Romanorum, de 1806. Ce consciencieux travail a

Polybe, VI, 5.3; Pline, XXXV, 2, 2; Senèque, III, 28; épuisé la matière au point de vue de lérudition. Ovide, Fasti, 1, Sgi ; et surtout la dissertation d'Eicbstaedl, ' Juvénalet Martial ont rempli leurs satires de traits dirigés

les considérer comme des œuvres d'imagination, et qu'il faut supposer que la représentation du mort, moulée sur nature, et conservée religieusement après la cérémonie funèbre, est devenue un programme imposé d'autorité, et fidèlement suivi '.

La grande époque de la Renaissance trouva le moulage ainsi pratiqué, ainsi utilisé; mais ce qui jusqualors avait eu son application industrielle ou spéciale passa dans le domaine de l'art, d'abord à l'usage exclusif des artistes, plus tard à l'usage et pour l'agrément de tout le monde. Dans cette marche progressive, l'Italie devança les autres pays, et l'espèce de monopole que les Italiens ont encore aujourd'hui dans cette industrie peut s'expliquer par cette succession traditionnelle^. Les maçons du pays de Côme émigraient à une époque reculée^, dès le commencement du xiv^ siècle; la famille délia Robbia livrait ses belles créations au moulage en terre; l'orfèvre graveur Masso Finiguerra, en iû52 , prenait des empreintes en soufre de ses délicates nielles pour suivre les progrès de son travail et en garder le souvenir; c'est à titre de mouleur de stuc pour la décoration intérieure, que le Primatice fonda sa réputation à Mantoue; c'est pour appliquer ce mode décoratif en France qu'il fut appelé à Fontainebleau, et, lorsqu'en i bko François I" le renvoya en Italie, ce fut pour exécuter ces beaux moulages sur l'antique qui eurent une influence si heureuse en notre pays sur les progrès de la fonte. Vasari, vivant au milieu de la pratique du moulage, arrivée à cette perfection, fait honneur à Andréa Verrocchio d'avoir eu le premier, vers 1^70, l'idée de mouler la nature vivante. Oubliait-il ce qui avait été fait en ce genre avant l'artiste auquel il tend à en reporter la gloire, ou bien voulait-il vanter seulement une nouvelle préjjaration du plâtre, quelque tour de main, et, par-dessus tout, son habileté*? Quoi qu'il en soit, le moulage avait pris dès lors son entier développement par ses applications variées^, et il ne resterait plus qu'à discerner quelle part il eut en Italie, au xvi^ siècle, dans l'étude de l'art. En France, c'est au milieu du xvn% dans la

contre cet usage. Ils l'assiégèrent avec d'autant plus de succès qu'il était déjà démantelé par le temps.

' J'ai parlé ailleurs de ce moulage et de ces représentations , exécutés toujours par les plus grands artistes , peintres ou sculpteurs , le plus souvent peintres et sculpteurs à la fois. A la cour, le peintre en titre d'ofEce était chargé de ce soin.

■ L'article 1 4 des statuts de l'Académie de Saint-Luc de Paris , en 1723, porte : trDéfenses sont faites, sous les mêmes peines, à tous Savoyards et autres sans qualité, de vendre aucun ouvrage de peinture et sculpture, t) Cela se rattachait aussi aux moulages en plâtre.

' VoirDuCange, au nwl Comacinus.

" ffSi dilettô assai Andréa di formare di gesso da far presa. rfcioè di quelio che si fa d'uiia pietra dolce la quale si cava in fcpiel di Volterra e di Siena, ed in altri molti luoghi d' Italia; r la quale pietra , cotta al fuoco, e poi pesta e con 1' aqua tiepida ffimpastata, diviene tenera di sorte che se ne fa quelio che altii tr vuoie ; e dopo rassoda insieme ed indurisce in modo che vi si (tpuô dentro gettar figure intere. Andréa, dunque, usô di for-

trmare con forme cosi faite le cose naturali, per poterie con più rtcomodith tcnere innanzi e imitarle; cioè mani, piedi, ginocn chia , gambe , braccia e torsi. Dopo si cominciô al tempo suo fra formare le teste di coloro che morivano , con poca spesa ; onde crsi vede in ogni casa di Fironze , sopra i cammini , usci , fmesire rre cornicioni , inûniti di detti ritratti, tanto ben fatti e naturali trche paiono vivi. E da detto tempo in quà si è seguitalo a sert guita il detto uso, che a noi è stato di gran comodità per avère tri ritratti di molti, che si sono posti nelle storie del Palazzo dei trDuca Cosimo. E di questo si deve certo aver grandissimo (Tobbligo alla virtîi d' Andréa , che fu de' primi che cominciasse tra metterlo in uso." {Le Vite, ccc. V, i5i, éd. Le Monnier.)

^ 11 avait même été poussé jusqu'à ses abus. Un arrêt du conseil du roi, du 21 juillet 1676, s'oppose aux empiétements du moulage. Il suffira d'en citer le début : «Le Roi ayant esté informé que quelques-uns des maistres sculpteurs de la ville de Paris entreprennent de faire mouler et contrefaire ceux des sculpteurs de l'Académie royale , et par leur ignorance en corrompre la beauté .... '

reprise générale et. un peu factice de l'enseignement du dessin ' par les académies de peinture et les écoles gratuites que l'étude d'après la bosse (la façon de dire date elle-même de ce temps ^) prit toute son extension.

L'étude de la glyptique antique profita en même temps des progrès du moulage eu reproduisant les intailles et les camées, que leurs prix élevés mettaient loin de la portée des amateurs, que leur grande valeur rendait même d'une communication difficile ou très-restreinte. Les anciens déjà s'étaient aidés du verre pour multiplier les productions de leurs meilleurs graveurs; on réinventa le même procédé à la cour des Médicis pour satisfaire aux mêmes goûts. Homberg et Clacbant, deux siècles plus tard, introduisirent, à l'instigation du Régent, de nouveaux perfectionnements dans cette industrie si chère aux amateurs, et dès lors le verre, le soufre et le plâtre furent employés pour satisfaire à tous les goiits, je dirai mieux, à toutes les bourses, sous la direction du baron de Stosch, de Winckelmann , de Raspe, par des mouleurs ingénieux tels que Christian Dehn^, Lippert* et Tassie*. L'utilité de ces reproductions, leur bon marché, leur immense débit, encouragèrent Mionnet, à la fin du dernier siècle, et au début de sa carrière, à chercher dans le moulage des médailles une ressource pour vivre et des facilités pour propager le goût d'une étude à laquelle il se vouait tout entier. (Quatorze cent soixante et treize médailles grecques et romaines °, moulées sur les meilleurs types et

' On ne voit pas d'une manière liien claire , dans le long enfantement de l'Acade'mie royale de peinture à Paris (i638i66a) et de ses succursales en province (1676), qu'on se soit occupé de rassembler des moulages en plâtre comme moyen d'instruction. 11 n'est question dans les statuts, si souvent renouvelés , que du modelé qui sera mis en attitude pur l'ancien (1 (55 a ) et de la défense expresse de poser le modèle ailleurs qu'à l'Académie (1 6.5/1-1 66a ). Dans l'emploi des fonds alloués par le roi et dans les arrangements pris par les architectes pour disposer les logements successifs de cette Académie, un peu nomade h sa naissance, il n'est pas fait mention de fragments d'architecture ou de morceaux de sculpture moulés en plâtre et servant aux élèves en même temps que le modèle vivant. L'étude d'après la bosse en plâtre était-elle réservée aux écoles de dessin et aux ateliers où l'on recevait des élèves? Je l'ignore, mais il faudrait en ramener l'usage beaucoup plus près de nous, si l'on suivait l'opinion de Pi. E. Raspe. Cet amateur, qui écrivait à Edimbourg l'introduction du catalogue des empreintes de Jacques Tassie , qu'il date du i6 avril 1790, croit que, sous l'inlluence du comte de Caylus et de l'abbé Winckelmann , une ardeur nouvelle se déclara pour l'acquisition des statues antiques : rMais comme le prix des originaux en marbre excède les facultés des fortunes particulières, on en multiplia les plâtres, de manière qu'il est peu de pays et d'académies en Europe qui n'en soient aujourd'hui pourvus. On alla jusqu'à essayer, à Manheim , de former en plâtre une espèce de collection générale de sculpture ancienne et moderne ; tentative qui a presque été mise complètement à exécution par

feu l'abbé Farfetti , dans sa belle maison de campagne de Scala . près Venise. 51 (Introduction, page 67.)

Faire un ouvrage en ronde-bosse; — les médecins relèvent en bosse les cimetières, étaient des locutions admises, alors que dessiner d'après la bosse n'avait pas encore été consacré par le Dictionnaire de l'Académie. A. Furetière l'introduisit dans le sien en 1690. On dit aussi, en peinture, travailler d'après la bosse, pour dire : copier ou dessiner une figure en relief. L'Académie resta sourde en 176a, elle ne céda qu'en 1799.

" C. Dehn était établi à Rome; sa collection se montait il deux mille cinq cents empreintes; l'abbé Dolce en a publié la description en italien.

' Lippert. de Dresde, a mis successivement en vente quatre séries, les trois premières de mille empreintes chacune; la dernière, de deux mille empreintes, est un choix fait dans les trois autres. Christ, Heyne et Lippert lui-même en ont donné des descriptions.

'" R. E. Raspe s'étend longuement sur les travaux de ce mouleur, dans le Catalogue raisonné de la collection d'empreintes de James Tassie; Londres, in-i°, 1791.

" Catalogue d'une collection d'empreintes en soufre de médailles grecques et romaines; Paris, in-8°; anVIII (1800). nLidée de fabricpier des empreintes de cette nature, disait l'auteur dans sa préface, n'a pas échappé à beaucoup d'amateurs, et plusieurs en ont fait avec succès ; mais ils n'ont pas été à portée de donner à ces collections l'étendue nécessaire pour être à la fois utiles et agréables, l/anteur de celle-ci espère lui donner

-2i PRÉFACE.

reproduites en plâtre ou en soufre, furent ofïertes par lui au public à des prix qui les mettaient, comme les empreintes des pierres gravées, à la portée des amateurs les moins favorisés de la fortune.

Le moulage reçut encore une nouvelle application au commencement de ce siècle et, pour ainsi dire, de nos jours. Après la Révolution, la dispersion des objets d'art qui ornaient les châteaux des émigrés, les hôtels des condamnés, les trésors des églises, introduisit une sorte de démocratie dans la classe des collectionneurs, jusqu'alors privilégiée. Le goût des collections s'étendit avec les moyens d'en former de nouvelles; en changeant de mains elles se multiplièrent, en même temps que la création des musées publics et l'accumulation des chefs-d'œuvre de l'art recueillis dans toute lEurope, ouvrant un cliamp nouveau aux études, faisait renaître un véritable enthousiasme, auquel prit part un public tous les jours plus nombreux. Mais, le goût se propageant plus rapidement que les dons de la fortune, les occasions d'acquérir devenant elles-mêmes plus rares après la grande tourmente, et les prix de chaque objet dart augmentant outre mesure, on eut recours à la reproduction des che'fs-d'œuvre par la fonte. Denon, au Louvre; Alexandre Lenoir, au musée des Petits- Augustins, furent les promoteurs de ce moyen facile de satisfaire les amateurs et de propager les saines notions du beau. Ils livrèrent libéralement au moulage tout ce qui s'y prêtait, et les amateurs s'empressèrent de demander à La Fontaine et à Crozatier, deux fondeurs excellents, de reproduire en bronze ces petits monuments. C'était presque de la contrefaçon, et de la mauvaise. 11 se trouva des gens plus délicats, qui s'aperçurent que les reproductions en métal perdaient la pureté et la finesse du moule sous l'action toujours inhabile de la lime qui répare une fonte incomplète , que le plâtre, au contraire, dont on respectait même les coutures apparentes au sortir du moule, était la reproduction complète et naïve des originaux; le plâtre, qui, au moyen du procédé à la gélatine inventé par Hypp. Vincent, pouvait s'appliquer à tout et jusqu'aux monuments les plus fins de l'ivoire et du bois.

Pourquoi, dès lors, n'étendit-on pas ce moulage si perfectionné à la reproduction des sceaux qui semblait devoir compléter cet ensemble d'efforts et de tentatives? Cela tient à plusieurs raisons; je dirai les trois principales. En premier lieu, les paléographes, fort peu artistes de leur nature, connaissaient seuls les trésors renfermés dans les archives, tandis que la plupart des amateurs ignoraient que l'art fût entré dans ces poudreux dépôts de vieux parchemins. En second lieu, le style gothique de ces sceaux les classait, parmi les productions de l'enfance de l'art, dans le domaine particulier de l'archéologie. Il est difficile, de nos jours, d'admettre l'existence de semblables préventions: le triste privilège de l'âge permet d'affu-mer qu'elles ont existé et que, dans le violent courant des prédilections classiques et du retour décidé vers l'antique, elles ont aveuglé de vrais connaisseurs sur les beautés de l'art du moyen âge. En troisième lieu, le moulage, appliqué avec succès aux

l'extension qu'elle doit avoir pour en faire la Ijase d'une étude tirer. — Cette collection pourra par la suite monter de dix à suivie . et le public reconnaîtra les avantages qu'on en peut re- douze mille. -■

statues de marbre et de bronze, aux intailles, aux camées et aux médailles, aux petits monuments sculptés en ivoire et en bois, n'avait rencontré que des matières lisses et résistantes; il allait se trouver en face d'une composition de cire et de résine, substance délicate, cassante et rendue rugueuse ou friable par une action destructive de sept ou huit siècles. Voyons comment il domina ces difficultés.

C'est ici le moment de dire, en quelques mots, quels sont les procédés employés aux Archives de l'Empire pour obtenir un bon moule de sceau sans porter la moindre atteinte à l'original.

Il y a deux opérations distinctes dans le moulage des sceaux : i° le moule, qui se fait sur le sceau, l'attaque directement et peut le compromettre, qui, par conséquent, exige des précautions infinies et ne doit être confié qu'à un archiviste, artiste et mouleur à la fois; 2° l'empreinte, qui s'obtient dans le moule et ne peut endommager que le moule; c'est le travail de tout ouvrier soigneux.

Le moulage d'un sceau n'est jamais, à vrai dire, qu'un estampage. La matrice d'un sceau étant, gravée de manière à donner des épreuves en relief, ce relief, qui est le sceau, est nécessairement de dépouille; seulement la cire, en s'atTaissant sous la pression des parchemins entassés dans les cartons ou trop serrés dans les liasses, forme parfois des dessous ou des noirs, et le mouleur doit avoir soin de les remplir en mastic avant de faire son opération.

Ce moule peut s'obtenir de toute matière molle qui, par la pression ou le coulage, reçoit en creux les formes du relief, et par le refroidissement prend assez de consistance pour les conserver. On emploie, dans le procédé par pression, la terre glaise humide, la mie de pain pétrie, le mastic de vitrier frais, la gutta-percha amollie; dans le procédé de coulage, le plâtre et la gélatine. Toute opération par pression, quelque douce qu'elle soit, doit être prohibée; c'est la ruine du sceau; le coulage seul est sans danger dans des mains habiles. Le moulage à la gélatine sera réservé pour les cas de grande maladie; tel sceau ne peut même supporter le plâtre, il faut lui appliquer la gélatine, mais c'est l'exception; le plâtre de Paris coulé sur le sceau, après un nettoyage attentif fait au blaireau, est l'unique procédé à recommander. 11 ménage le sceau, il donne des moules qui, au moyen de l'huile grasse, deviennent impérissables et produisent indéfiniment de bonnes épreuves.

Les empreintes se tirent dans les moules en plusieurs matières; on en fait en plâtre, en soufre, en gutta-percha, en galvanoplastie. Le plâtre devient friable; la gutta-percha, subissant les influences de la température, gode au froid et fond par un temps chaud; la galvanoplastie est coûteuse, et le métal rend mal la scidpturc du sceau, dont il n'exprime ni la molle souplesse, ni la coloration harmonieuse; il n'y a de bon que les empreintes en soufre teintées de la nuance de l'original et doublées en plâtre.

Trente années d'essais, d'expérience et de pratique journalière, assistés par les soins respectueux

d'une piété filiale, ont eu pour résultat de simplifier les moyens en élaguant les procédés insuffisants

et dangereux ; elles donnent quelque poids aux recommandations qui partent des Archives.

Sans une nécessité administrative, il est possible que le moulage des sceaux eût encore tardé

à se produire; mais, en 1882, M. le couite de Sussy, président de la commission des médailles et conservateur du musée monétaire à la Monnaie royale, pensa qu'il pouvait compléter la série chronologique des monnaies par des empreintes de sceaux, et il demanda au garde général des Archives du royaume que M. Dubois, graveur de la Monnaie, fut autorisé à mouler aux Archives quelques sceaux royaux. Cette autorisation, libéralement accordée par M. Daunou, eut des conséquences fâcheuses. Le graveur de la Monnaie ne voyait que son but : obtenir de bonnes empreintes; quant au respect des originaux il s'en préoccupait si peu que les documents sur lesquels il s'est exercé portent une triste trace de son passage. Des sceaux ont été brisés, d'autres ont laissé dans les moules toutes les (inesses de leurs parties saillantes; il est même des contre-sceaux auxquels on a enlevé les i-ebords avec un couteau pour rendre le moulage possible ou plus facile : preuve précoce des précautions que tous les archivistes doivent exiger dans cette opération délicate. L'idée de M. de Sussy eut donc pour les Archives des effets regrettables; elle ne pouvait avoir pour la Monnaie que des résultats médiocres. En effet c'était une erreur, au point de vue de l'art, de remplir les lacunes d'une suite monétaire par des moulages de sceaux. 11 n'y a d'autre analogie entre une monnaie et un sceau que le procédé de gravure qui produit l'un et l'autre, d'ailleurs tout est différent et même contraire; je sais bien que, pour faire disparaître le contraste que présentait à l'œil la monnaie de métal et l'empreinte de plâtre, on coula du métal dans les moules et qu'on fit des empreintes de sceaux en bronze; mais ce ne fut qu'un contre-sens de plus.

En i833, M. Depaulis, l'habile graveur de médailles, tira un meilleur parti du moulage appliqué aux sceaux; il conçut le projet de compléter le musée de plâtres de l'école des Beaux-Arts par une collection d'empreintes de sceaux. C'était comprendre en homme de goût la beauté de ces monuments, c'était signaler pratiquement les ressources que les sculpteurs et les graveurs, que les artistes en général peuvent tirer de l'étude des sceaux. A ce point de vue, il ne se préoccupait ni de l'histoire ni de la chronologie, il recherchait uniquement la beauté, le caractère, le style, et c'est d" après ces indications très-sommaires, qu'autorisés par le garde général des Archives, MM. Saulnier et Monteil fils, qui seuls pénétraient dans les Archives, s'empressèrent de recueillir dans les cartons du Trésor des chartes un choix d'environ mille sceaux, que M. Depaulis moula lui-même délicatement et sans porter atteinte à la beauté des originaux '.

MM. Dubois et Depaulis donnèrent aux Archives de l'Empire cinquante-six empreintes en reconnaissance des facilités qu'ils y avaient rencontrées.

A la même époque, M. John Doubleday, marchand de médailles^, vint à Paris pour compléteiune collection d'empreintes de sceaux formée en Angleterre; il n'avait ni plan ni méthode : il faisait

' M. Depaulis compléta sa collection dans quelques archives preintes. Elle n'est pas encore publique; le visiteur demande

départementales , et il rofiiit au ministre de l'intérieiu- pour l'autorisation de la voir, et il y est conduit par un gardien, être exposée à l'école des Beaux- Arts. C'est seulement en 1 846 ^11 était aussi graveur, mais il s'intitulait, au revers des em-

qu un local fut aménagé au premier étage du nouveau bâtiment preintes qu'il vendait, trj. Doubleday, dealer in casts of old

pour disposer cette collection d'environ quatorze cents em nseal, greek coins, 82, Little Russel street, London.n

ce commerce, et le sceau de tout personnage dont la célébrité avait traversé la Manche était pour lui de bonne prise, son débit étant assuré. Pour garantie de son habileté, il montrait des empreintes de sa façon, et pour obtenir la permission de mouler les sceaux originaux des Archives du royaume, il offrit à M. Daunou de lui laisser une emprehite de chacun des sceaux dont il prendrait le moule. Le garde général accepta la proposition et autorisa M. A. Lallcmand, commis d'ordre, à chercher dans les archives ce qui répondait aux désirs de M. Doubleday. Tout ce qui a marqué dans l'histoire a eu, avec la cour de France, des relations qui ont laissé leurs traces dans le Grand dépôt central des Archives; aussi le choix des célébrités était si facile qu'après quelques semaines M. Doubleday emportait en Angleterre les moules de seize cent quatorze sceaux et de trois cent quatre-vingt-sept contre-sceaux, dont il laissait les empreintes aux Archives; il faisait mieux, il dotait l'administration d'un bon mouleur dans la personne de son commis d'ordre, qu'il avait initié à tous les secrets du métier. Ajoutons que, pour montrer sa reconnaissance et en même temps pour donner en France de la publicité à son industrie et à ses produits, il fit don aux Archives d'une collection d'empreintes de trente-sept grands sceaux et de trente-cinq contre-sceaux des rois d'Angleterre.

Quoique stimulé par ces diverses tentatives et par une sorte de courant qui proclamait dans le inonde savant l'utilité d'une collection d'empreintes de sceaux, M. Daunou resta sourd, ou du moins ne prit pas l'initiative. H lui semblait peut-être que son grand âge ne lui permettait pas de commencer une entreprise aussi considérable, que les services rendus l'autorisaient à réserver ce soin à d'autres; il laissa faire, il ne prit pas de décision, et la collection s'augmentait faiblement, sans suite ni direction.

En i84o, M. Letronne lui succéda. Une idée aussi simple, aussi féconde, aurait frappé un esprit moins ouvert aux entreprises nouvelles, et celle-ci convenait à l'archéologue illustre auquel il tardait de faire ses preuves d'archiviste , pour renouveler dans le grand établissement confié à sa garde une activité salutaire. Dès 1862, il décida la continuation de l'œuvre à peine ébauchéepar M. Daunou.Il avait les monuments de la sigillographie dans les Archives \ et sous la main l'homme capable d'en prendre les empreintes avec la respectueuse passion qu'une opération de ce genre exige. M. Lallemand accepta avec bonheur cette mission; mais il ne se contenta pas de l'expérience acquise près du mouleur anglais, il demanda aux gens du métier les perfectionnements les plus récents trouvés en France. M. Deschamps, sculpteur, et M. Arnoux, mouleur, l'initièrent à plusieurs procédés nou-

' Les Archives de l'Empire possèdent dix sceaux d'or, un sceau l'Empire les sceaux en bronze de l'empereur Frédéric Barbed'argent, objet plus rare que les sceaux d'or, deux mille cinquante rousse et de Louis de Bavière, ainsi que le sceau d'or de bulles ou sceaux de plomb . et cintpiante mille sceaux de cire . Louis XII et une collection de trois cent soixante et seize encore plaqués siu' les actes ou appendus par des attaches. matrices de sceaux. — Consulter, sur cette grave question Nous n'avons point de sceaux en bronze; mais cpiand. pour la de la répartition des collections publiques en spécialités, le facilité des éludes . les collections de l'Etat se fondront en grandes rapport si remarquable de M. Ravaisson. Paris, 1861. un spécialités, la Bibliothèque impériale versera aux Archives de volume.

veaux, qui, combinés avec ce qu'il savait, et mieux encore avec un esprit inventif qui progresse en avançant, en firent un excellent mouleur ^ 11 se mit à l'œuvre^; mais il fallut reconnaître, avec l'accroissement de la collection, qu'une direction scientifique devenait nécessaire. M. Natalis de Waillv, chef de la section administrative, fut préposé pour apporter à la continuation de l'œuvre un ordre et une méthode indispensables ^

A la fin de la première année on avait fait choix de mille quatre cents sceaux dont on prit les moules, dont on tira les empreintes. La marche du travail se continua les années suivantes avec une telle rétrularité, une si belle ardeur, qu'en i8/j8 la collection comptait cinq mille six cent quarantecinq empreintes de sceaux, et deux mille sept cent cinquante-sept empreintes de contre-sceaux*.

Avant d'avoir atteint ce résultat, et dans le zèle qu'inspire toute innovation, M. Letronne voulut faire une exposition, non pas de la collection d'empreintes tout entière, mais d'un premier cadre qui servirait de modèle à d'autres cadres, et dans lequel on disposa d'un côté la série des rois et reines de France ^ de l'autre les villes et communes. Le cadre était mal conçu, d'une construction

' M. Augusle Lallemand commença ce moulage le i5 avril i849, à forfait et avec autorisation de faire le commerce des empremtes , ce qui était une fâcheuse organisation. Il suffit pendant sept ans . seul et en dehors du temps consacré à ses fonctions , à la recherche des sceaux , à leur choix , à leur moulage. Les séries L , M et S des Archives , composées de plus de six mille cartons, furent explorées par lui pièce à pièce, et il atteignit dans le moulage une finesse telle cpiil put reproduii-e en plâtre les estampages des inscriptions et les filigranes du papier. Il eut un mérite plus grand, celui dont j'ai fait une condition dans la continuation du moulage tant aux Archives de l'Empire que dans les archives départementales ; il professa toujours un amour et un respect pour les sceaux originaiLX qui dépassa de beaucoup la passion qu'il avait de bien réussir dans son moulage. Voici comment un homme compétent parlait de lui en i8i6 : rrUn amateur n'est pas plus passiomié pour sa suite de gravui-es ou de médailles que M. Lallemand ne l'est pour la collection confiée à ses soins. Aucune considération ne l'arrête. Quand il trouve un exemplaire meilleur, il renonce au moule qui souvent lui a donné tant de peine . et il en fait un nouveau tpi'il n'hésitera point à remplacer encore si le hasard vient lui offrir le lendemain la possibilité d'avoir quelque chose de plus pai'fait. Tant de zèle . de dévouement a été récompensé par l'estime de ses chefs ; je me plais à y joindre ces premières lignes de publicité, elles sont une justice.» (E. Cartier, Revue archéologique , t. III. p. 676.)

" Pendant que le travail était en train, en août i843, M. Shon. qui prétendait avoir im procédé pom- rendre ses épreuves en plâtre plus dures que de la pierre, fut autorisé à faire des essais aux Archives; mais il rencontra, dans son procédé même , des difficultés qui l'obligèrent à y renoncer.

' ffDans l'origine, écrit M. de WaUly. le moulage se faisait par ordre de cai-tons; c'est ainsi qu'on a procédé pour les séries L. M et S, et il en résultait un double inconvénient. On

commençait toutes les séries de sceaux sans en terminer aucune , et l'on risquait de mouler des types moins bien conservés que d'autres qui pouvaient exister dans les cartons suivants. Il a donc para nécessaire de changer de méthode et d'inscrii'e sur des fiches mobiles tous les sceaux qui n'avaient pas encore été vérifiés. Ce travail une fois terminé, il est devenu possible de compléter ime série et de choisir, entre différents types, celui qui était dans le meilleur état de conservation.

fr Mais ce travail était lui-même très-comphqué , car les 5 0 . 0 o o sceaiLX des Archives sont disséminés dans près de 10,000 cartons ou liasses, et les recherches, les examens, les comparaisons, les vérifications, tout devient difficile. » (Rapport du ■25 avi'il iSig.)

' M. Lallemand exécuta en i84.j i,4oo empreintes.

Cette même année, croyant que la collection dépasserait à

peine dix mille empreintes, on en apercevait déjà le terme. (Revue archéologique , tome IV, p. fio/i, note 1.)

^ La série royale formait im ensemble de cent quatre-vingthuit sceaux et cent neuf contre-sceaiLX , et elle n'était pas complète en i8i3. M. N. de Wailly fit un appel, dans la Bibliothèque de l'École des chartes (t. IV, liv. v, p. ^76; mai et juin i863) aux personnes qui auraient entre les mains quelques sceaux de rois ou de reines de France, (ifm qu'elles enrichissent par des échanges à la fois leur collection et celle des archives du royaume. Pour faciliter cette sorte de collaboration publique, il donnait ime liste des empreintes que les Archives étaient parvenues à réunir" jusqu'alors tant d'après leurs sceaux originaux que d'après ceiLx de la Bibliolliècpic royale et de la collection particulière du Trésor de Numismatique.

Idem.

Idem.

Idem.

Idem.

pesante, dun aspect peu satisfaisant et n'était guère mieux combiné pour exposer les sceaux que pour les étudier. En juillet 18A6, on fut admis à entrer aux Archives pour voir cette première tentative d'un musée sigillographique \ dont l'idée, renfermée dans la création même de la collection d'empreintes, méritait un développement plus étendu.

En succédant à M. Letronne, en 18^9, M. de Chabrier eut à cœur de continuer cette collection que le public studieux appelait de ses vœux^. 11 en comprenait tout l'intérêt. Voulant lui donner un nouvel essor, il la rattacha à la section historique, à laquelle elle appartient naturellement, sous la direction de deux archivistes aussi capables que compétents, MM. Douët-d'Arcq et Boutaric, et, pour continuer le moulage, il fit entrer aux Archives M. Demay, sculpteur de talent, homme instruit, qui dut travadler pour le compte de l'administration dans un atelier consacré à cet usage, et sans avoir la permission de faire le commerce des empreintes.

Tous se mirent à l'œuvre avec le zèle le plus louable. M. Demay recommença un certain nombre de moules imparfaits; puis il s'attacha particulièrement à reproduire des sceaux altérés, brisés, dont on avait ajourné le moulage^. Non-seulement il triompha des opérations les plus délicates; mais son esprit ingénieux, développant des ressources nouvelles au milieu des obstacles renaissants.

' Le Moniteur répéta, le 1" juillet i844, un article de ia Presse, qui était une invitation au public à visiter ce coniniencement de collection : rrOn peut voir en ce moment aux Archives du royaume la plus importante collection qui existe de sceaux des Rois, Reines et Régents de France. Les empreintes ont été prises en soufre siu- les originaux, et s'élèvent au nombre de trois cent cincp-iante-deux. On s'occupe de poui-suivre cet intéressant travail pour les sêeaux des communes et ceux des grands seigneurs féodaux. n Cette publicité, donnée à un procédé de moulage mis en pratique sur une grande échelle, éveilla l'attention et provoqua mille essais. On lit dans les Annales archéologiques de Didron. de l'année i8i8, p. 286 ; ^Sceaux luxembourgeois fac-similés en terre cuite diversement colorée par M. Gomand , membre correspondant de la Société des monuments historiques du grand-duché du Luxembourg. M. Gomand veut reproduire en une malière durable les fragiles sceaux en cire du Luxembourg. Il a fait un choix des soixante plus beaux qu'il connaisse. Quand cette série sera épuisée il recommencera une série nouvelle. ÏN'ous avons sous les yeux un exemplaire de ces sceaux en terre cuite ; c'est aussi fin et aussi durable que si c'était exécuté par la galvanoplastie; chaque sceau est à 1 franc. »

^ L'étude des sceaux faisait dès lors assez de progrès pour qu'une société se formât dans le but de les recueiiln, d'en vendre des matrices et des empreintes, les unes et les autres surmoulées sur les originaux {Revue arcliéol. VII , p. 711), enfin avec la louable intention de pul)lier un recueil destiné spécialement aux amateurs de sceaux. La société s'est fondée au mois de mai i85i , et son recueil, (]ui se compose déjà de (jiiatre volumes, conservera une valeur par l'intérêt que présentent près

de trois cents sceaux dessinés par son président, M. A. Forgeais, et qui auraient dû être gravés par de meilleurs artistes.

' Le 2 juin i85a. M. Demay entra en fonctions et constatait l'état de la collection de la manière suivante : ffLe nombre des sceaux exécutés jusqu'à cette époque s'élève à 8,892 (sceaux et contre-sceaux); quelques-mis en soufre, la plupart en plâtre. Ils témoignent prestpie tous de l'intégrité des types qu'ils reproduisent. Le choix de ces types a-t-il été fait méthodiquement . ou . par un heureux hasard , les sceaiLX les plus intacts représenteraient-ils les personnages les plus remarquables, les œuvTes d'art les plus précieuses? Il n'en est pas ainsi. En choisissant ces types si variés , on s'est laissé déterminer avant tout par la bonne conservation du sceau, quekpiefois par la facilité d'exécution, tandis que certains types, dignes de plus d'intérêt, mais dont la composition friable, ou incompatible avec les procédés ordinaires du moulage , rendait la reproduction plus longue ou plus difiicile, ont été laissés de côté. Quelques-uns même, après un commencement d'exécution , ont été abandomiés. n Le 28 octobre i85û, M. Demay annonçait les nouveaux résidtats obtenus; ils étaient considérables : trA partir du 2 juin 1862, il a été fait 5,661 moules, dont 5,324 sont prêts à fournir des épreuves; les 3.87 autres attendent d'être assez secs pom- être passés à l'huile grasse et pouvoir compter avec les précédents. Ces 5,661 moules, considérés au point de vue de la dilliculté du travail , se divisent en trois catégories : la première , comprenant les moins difliciles, se compose de i,oio; la deuxième, de 1875, et la troisième , de 2 7 6 . Qu'il me soit permis , ajoutait-il . de faire observer, à l'occasion des deux dernières catégories surtout, que j'ai hérité de ia portion du travail la plus épineuse. Il

perfectionna l'art du moulage de manière à en faire un moyen de conservation de l'original, tandis que cette opération en avait été souvent le destructeur ^ M. Douët-d'Arcq, de son côté, procédait à une vérification générale. 11 rapprocha les moules des sceaux originaux , s'assura que chaque moule avait son empreinte et sa fiche de renvoi aux documents. Ce travail difficile , qui produisit naturellement, avec des rectifications importantes ^, des découvertes précieuses*, fut achevé au mois de

a fallu souder beaucoup de fragments, rapprocher beaucoup de miettes pour reformer des sceaiLX qui tombaient en débris ; il a fallu recoiu-ir ensuite à bien des expédients pour arriver à reproduire , sans les altérer, ces petits monuments , tous si intéressants, quekpies-uns si précieux, et leur rendre, par le moulage, une existence indéûnie, employant tantôt la gélatine , tantôt les estampages en cire ou en terre . obligé cpielquefois d'appliquer sur un original . inca])able de résister à l'humidité du plâtre , une légère feuille détain , peu favorable sans doute au fini parfait de la reproduction, mais cjui, du moins, la rend possible et ne lui Ole rien de sa fidélité. »

Le i5 mars i856, il écrivait, à propos de cinq cent cinquante et un moules qu'il venait de livrer : «Leur exécution a présenté des difficultés que l'intérêt du sujet m'excitait souvent à surmonter ; de ce nombre était le sceau du parlement anglais de Rouen pendant l'occupation, en liSa, sceau plaqué sur la charte même avec une quantité de cire insuffisante; de sorte que le parchemin est à nu en plusieiu-s endroits , cpi'il isole ainsi la légende du corps du sceau et les lettres entre elles. Il a fallu un estampage des plus légers pour conserver ce type. Le sceau de Robert de Willugby , lieutenant du roi d'Angleterre en Normandie, intéressant, puisque ce seigneur figure dans l'acte comme comte de Vendôme et de Reaumont-sur-Oise pendant l'occupation anglaise , a présenté des difficultés différentes ; il a fallu rapprocher des miettes éparses et les réunir sur une cpieue de parchemin. Le sceau de BoiUogne-sur-Mer, en 1075, consistait en fragments isolés les uns des autres et flottants ; il a fallu trouver leur place et les y fixer. Le grand sceau de la reine Claude , première femme de François 1", était en ruines, n

' Dans son rapport du mois de juin 1 85A , M. Douët-d'Arcq faisait cette observation : nJe dois. Monsieur le directeur général, vous faire observer que, plus M. Demay avance dans son travail, plus il a de difficultés à surmonter; on ne s'en étonnera pas si l'on songe qu'avant que M. Demay eût été choisi par vous pour continuer le moulage de nos sceaux, on avait, à peu d'exceptions près, moulé les mieux conservés. Il en résulte que ce qui reste à mouler présente, principalement dans certaines parties, une sorte de caput mortmim qui exige de la part de M. Demay et beaucoup plus de soins et beaucoup plus de temps. C'est à ce point qu'usant du droit que m'a domié votre confiance en m'attachant à ce travail, je me vois quelquefois obligé de rejeter des types utiles, mais par trop détériorés. A la vérité, cela m'arrive rarement, car. si je consulte M. Demay sur l'impossibilité apparente de mouler un sceau de ce genre , son zèle et

son talent n'y sont presque jamais arrêtés. Mais, comme je viens de le dire, c'est In pour lui im sm'croît de peine et une dépense de temps considérable. »

^ Je citerai quelques-unes de ces rectifications pour faire comprendre leur intérêt, pour faire excuser aussi l'erreur qui les rendait nécessaires.

On élimina de la série des rois vingt-cpiatre sceaux . les uns apocryphes , les autres appartenant à des dignités, à des juridictions , à des séries diverses.

Deux sceaux de la famille de Waurin avaient été rangés parmi ceux des sénéchaux de Flandre. La légende portait bien , Senescalli Flandrie ; mais elle était précédée du mot filii , peu distinct, il est vrai. Us ont dû être rejetés parmi les sceaux des seigneurs.

rr Le sceau de la chamhrerie de France était le scel aux causes du chambrier, qui avait une jiu-idiction. Il a dû être placé aux sceaux des coiu-s et tribunaux ; de même pour les sceaux de la connétablie de France , juridiction connaissant des duels.

«Le sceau de Hugues de Montallays était placé parmi ceux des évêques de Saint-Rrieuc. La table alphabéti(pie des sceaux du Trésor des chartes a fait connaître que ce personnage était aussi chancelier de Bretagne. Le sceau en question n'étant pas un sceau épiscopal, mais im sceau privé portant des armoiries , a été rangé parmi ceux des chanceliers de Rretagne.

rQuand un grand officier a plusieurs sceaux, il arrive quelquefois que les uns se trouvent dans la catégorie des grands officiers, et les autres dans celle des seigneurs. Ainsi Erard de Valéry a deiLX sceaux ; l'un, portant pour légende Cainerarii Francie, était dans la catégorie des grands oUiciers; l'autre, antérieur à sa promotion à l'office de chambrier, était rangé parmi les sceaux des seigneurs. Ils ont été attribués tous deux à la catégorie des grands dignitaires. "

' M. Boutaric, dit M. Douët-d'Arcq, dans son rapport de février i852, a trouvé dans le carton K 5 7, un sceau de Louis de Montjoie, chambellan du duc d'Orléans, qui n'avait pas été relevé. On avait pu le confondi'e avec le sceau d'un Louis de Montjoie, cbambellan du roi, semblable par la forme, la cire, la couleur, la légende et les armoii'ies. Il n'y avait de différence que dans les supports et dans le cimier.

M. Boutaric s'exprimait ainsi lui-même dans son rapport mensuel de novembre 1 855 : rrj'ai trouvé environ sLx cents sceaux pour lesquels il n'y avait pas de fiches , et tous les joiu-s j en trouve encore. Ces sceaux , ainsi oubUés , se subdivisent en plusieurs catégories; ce sont :

rr 1° Des sceaux brisés, qui parurent sans importance . et cela

juillet i856 ; on procéda alors au classement de quinze mille cinq cent quarante-sept moules dans l'ordre hiérarchique des dignités, appliquant la chronologie aux charges, l'alphahet aux seigneurs, aux bourgeois et aux paysans. Cette opération accomplie, on allait s'occuper du numérotage, qui devait présenter une concordance parfaite entre les moules, les empreintes, les fiches et les documents.

Je trouvai, au mois de mars iSSy, la collection parvenue à ce chiffre et le travail arrivé à ce point. Je prescrivis immédiatement de compléter la collection d'empreintes, deux mille sept cents moules n'ayant pas été tirés; de classer toutes les empreintes dans l'ordre correspondant aux moules; de procéder au numérotage général et définitif des moules, des empreintes, des documents et des fiches; et enfin, quand ces trois opérations essentielles furent terminées, de faire rédiger la description des sceaux po,ur composer l'inventaire, travail jusque-là à peine ébauché, et dans quelques séries, par exemple dans celle des seigneurs, qui est la plus nombreuse, complètement négligé. Les besoins du service ayant appelé M. Boutaric à la section judiciaire, pour travailler à l'important inventaire des actes du parlement de Paris, je laissai M. Douët-d'Arcq seul à la tête de la collection, chargé en même temps d'en faire l'inventaire descriptif et de le publier.

L'ordre ainsi assuré, et la communication des empreintes au public devenue facile, je me préoccupai de la conservation des sceaux qui s'écrasaient sous l'entassement des parchemins, qui se brisaient en s'entrechoquant dans les fréquents déplacements qu'exige leur transport des dépôts à la salle d'étude oii ils sont consultés par les travailleurs. Le mal, personne ne l'ignore, date de loin. A une époque bien reculée, au commencement du xi*^ siècle, le roi Robert déclarait bons et valables des diplômes de Charlemagne, quoique les sceaux n'eussent pas résisté à une vétusté de deux siècles, et saint Louis ne se crut pas délié de ses obligations parce qu'une charte de donation n'avait conservé que des fragments de sceau. Joinville prête à ce fait, pour nous si nitéressant, tout le charme de sa narration : tcLa leaulté du roy peut len veoir ou fait de monseigneur de Trie, qui [apporta] au saint unes lettres, lesquiex disoient que le roy a voit donné aus hoirs la contesce de Bouloingne, qui morte estoit novellement, la conté de Danmartin de Gouere. Le seau de la lettre estoit brisié , si que il ni avoit de remenant fors que la moitié des jambes de l'ymage du seel du roy et leschamel sur quoy li roys tenoit ses piez et il le nous monstra à touz qui estions de son

bien à tort; tout fragment ofl'rant des armoiries donne le renseignement le plus important qu'on puisse demander à un sceau laïque ;

cr 2° Des sceaux dont l'empreinte est effacée ;

it3° Des sceaux appartenant à des personnages dont la collection possédait déjà d'autres types : le défaut de comparaison de ces types divers entre eux ou même un examen superficiel ont ainsi fait rejeter nombre de sceaux nouveaux;

" U° Des sceaux de membres de la même famille portant le môme nom et dont les sceaux portent les mêmes armoiries. On

les a confondus pour n'avoir pas fait attention à la différence des prénoms. Souvent aussi le même nom et le même prénom cachent des individus différents; par exemple, dans les différentes branches de la maison de Châtillon, les aînés s'appelaient tous Gaucher.

rrCes sceaux ainsi omis ne sont pas tous sans importance. Pour ne parler que de ceux que j'ai trouvés ce mois-ci , je citerai un sceau de maréchal de France sous saint Louis et celui de la dame de Willequier, maîtresse de Charles VII. appendu à une quittance de raille écus d'or. 71

conseil et que nous li aidissons à conseiller. Nous deismes trestuit sans nul descort, que il n'estoit de riens tenu à la lettre mettre à execucion. Et lors il dit à Jehan Sarrazin, son Chamberlain, que il li baillast la lettre que il li avoit commandée. Quant il tint la lettre, il nous dit : cr Seigneurs, fc veez ci seel de quoi je usoy avant que je alasse outremer et voit on cler par ce seel, que lempreinte tf du seel brisié est semblable au seel entier; par quoy je n'oseroie en bonne conscience ladite contée ff retenir, n Et alors il appela monseigneur Renaut de Trie et li dist : ft Je vous rent la contée ^ n Ayant rarement affaire à si loyal arbitre, on crut pouvoir se mettre à l'abri de semblables accidents en déclarant, dans l'acte lui-même, qu'il resterait valable si le sceau venait à se briser 2; mais, cette déclaration n'étant point admise par les tiers, chacun s'ingéniait pour conserver intacts les sceaux qui pendaient à ses titres ^. Le premier soin * consista dans une communication restreinte des documents scellés et seulement aux personnes les plus intéressées à leur conservation ; puis on les mit , dès le xui' siècle, entre deux couches d'étoupe, dans des sachets de toile, de cuir ou de parchemin; au xiv^ siècle dans des chemises en étoffes moelleuses et épaisses, qui, serrées par le col, glissaient sur l'attache quand on avait besoin d'examiner le sceau ; plus tard, au xv^ siècle, et surtout au xvi*, on les enfermait dans des boîtes de bois ou de métal fermant à coulisse ou à charnière, avec une ouverture pour laisser passer l'attache. Que ne fit-on pas? et toujours aussi inutilement, car l'expérience m'a prouvé que les sceaux les plus détériorés sont justement ceux qu'on a entourés de plus de précautions, par la raison très-naturelle qu'ayant besoin de consulter fréquemment ces fragiles monuments, de les manier, de les tourner et retourner pour lire les légendes et reconnaître le type du sceau et du contre-sceau, si une main maladroite doit ouvrir et fermer ces sachets, relever et rabaisser ces enveloppes, dévisser et visser ces boîtes, les sceaux de cire friable et cassante seront vingt fois plus exposés à être brisés, les lanières à être coupées, que s'ds étaient laissés en leur pleine liberté. On manie plus délicatement le sceau qui se montre dans toute sa faiblesse et avec ses blessures, que le sachet et la boîte qu'on secoue et qu'on heurte avec d'autant plus d'insouciance qu'on a droit de compter sur eux pour préserver ce qu'ils contiennent.

J'ai essayé cependant de meilleurs sachets, j'ai fait faire des boîtes mieux combinées et, en définitive, j'ai renoncé aux unes et aux autres, moins à cause de la dépense, qui est cependant à considérer

' Histoire de Saint-Louis, par le sire de Joinvilie. [Historiens de la France, t. XX, p. 200.)

'' Secousse, Ordonn. 1. 1, p. 72a. On lit à la lin d'un acte de 1396. passé par le séne'chal de Carcassoime : Volentes quod si dictiim sigilliim vetustale vel alia de causa corrveret, dictuni instrumentum nihilominus in sua remaneat firmitale.

' Un arrêt du parlement, de la Pentecôte de l'an 1271. analysé par M. Boutaric dans l'inventaire des actes du parlement sous le numéro 1 700 , se rapporte à la détérioration des attaches du sceau. Il mérite d'être transcrit : crQuoddam privilegium irmonasterii Compendii. huila aurea Karoli Calvi, Francoruni tr Régis, signatum, arrestatuni fuerat tanquam de falsitate sus-

trpectum per ciuriam, eo quod fillo, cui bulla ipsa appendebat, rponi poterat, et bulla de eo removeri. Postmodo, considerato irquod hoc plus proveniebat ex antiquitate privilegii ipsius ffquam ex aliqua falsitate, precepit dominus Rex privilegium rripsum reddi abbati et conventui dicii loci.n

* Les gravem's du xn° siècle songèrent eux-mêmes à ces précautions, et. pour défendre le relief du sceau, ils gravèrent le rebord de la matrice en biseau , de manière que cette partie , se trouvant conmie au fond d'une cuvette, fût défendue par le rebord de la cire. Cette précaution ne supposait possible qu'une altération ; mais , pour s'opposer à ime destruction , elle était insuffisante.

quand il s'agit de cinquante mille boîtes ou sachets , qu'à cause de son inutilité , ayant la conviction que, pour préserver ces précieux et fragiles monuments, il suffisait de leur épargner l'entassement, en ne remplissant les cartons qu'à moitié, et d'inspirer aux archivistes, aussi bien qu'au public, le respect qu'ils méritent. Un moyen radical eût été de placer tous les documents scellés dans une réserve protectrice; c'était contraire à l'esprit de libéralité qui préside à nos communications, et je dus reconnaître qu'il n'y avait qu'un préservatif, de tous le meilleur : une collection d'empreintes qui supplée les originaux ou permet d'y recourir le moins possible.

Je ne crus pas que mes devoirs s'ari'êtassent là. Mettre en ordre une collection d'empreintes, en faire l'inventaire, assurer la conservation des originaux, c'est de l'administration courante; mes préoccupations allèrent plus loin; je voulais, i° ouvrir au public un grand musée d'archives; 9° publier un inventaire, dans lequel la description du sceau serait accompagnée de sa légende figurée avec son caractère, et un atlas qui offrirait la figure de chaque sceau reproduite avec exactitude; 3° donner à la collection d'empreintes l'immense développement qu'elle comporte.

Ces projets sont en partie réalisés, mais il ne sera pas superflu d'en dire quelques mots.

La publicité des collections est leur âme et le nerf des études. Il y a deux sortes de publicité : celle qu'on offre dans un musée ou dans une salle d'étude au public studieux, celle qu'un bon inventaire lui porte à domicile. Les Archives me parurent pouvoir se prêter à l'une et à l'autre sans compromettre la réserve imposée par la politique de l'Etat, par la nature des papiers administratifs, par l'intérêt des familles. S. M. l'Empereur est favorable à tous les genres de publicité, et son gouvernement fait ce qu'd peut pour seconder ses intentions libérales. Je proposai, le 17 août iSBy, à M. Fould, alors ministre d'Etat, d'ouvrir un musée paléographique et sigillographique aux Archives de l'Empire, et de publier tous leurs inventaires. 11 accueillit favorablement la seconde partie de ma proposition, et il obtint un crédit pour cette grande innovation : la publication des plus intéressants inventaii^es des Archives; mais il ajourna la création du musée. Je fus plus heureux dans la demande que je renouvelai, en 1861, à M. le comte Walewski, ministre d'Etat. Les Archives do l'Empire lui devront cette nouvelle et utile création.

Ce musée sera l'exposition méthodique et synoptique des chartes, des diplômes, de tous les actes, en un mot, dans toutes les variations de leurs formes, depuis le vi^ siècle jusqu'à nos jours, l'ouvrage des Bénédictins en nature, et un musée moins sombre et moins stérile qu'on ne se l'imagine, puisqu'il emprunte à tous les arts et déroule les grandes pages de l'histoire écrites de la main de ceux-là mêmes qui l'ont faite. Je n'ai pas à m'occuper ici du musée paléographique autrement que pour dire qu'il occupera, dans le palais des Archives, les appartements du premier étage, resplendissants encore du luxe de bon goût des princes de Rohan-Soubise. Après avoir vu les documents, le public descendra au rez-de-chaussée, où il trouvera les empreintes de sceaux dans des appartements aussi vastes, mais décorés dans un style plus sévère. Des vitrines, bien disposées pour l'étude, montreront d'abord une suite de documents scellés dans toutes les formes en usage, puis une col-

3â PRÉFACE.

lection de matrices de sceaux , enfin un choix de dix mille empreintes prises parmi les monuments les plus curieux de la sigillographie. Des tiroirs, disposés comme des médaillers, contiendront, en correspondance avec les empreintes de sceaux exposés, toute la suite de la collection.

Cette exposition ne sera pas muette : l'inventaire parlera pour elle. Ce n'est pas ici le lieu de m'étendre sur les inventaires des Archives de l'Empire : il ne s'agira que de l'inventaire des sceaux. Je me suis appliqué à le comhiner de telle manière qu'il puisse se compléter à mesure que le musée s'accroîtra. Pour ohtenir ce résultat, j'ai immobilisé chaque fonds d'archives, les Archives de l'Empire prenant la tête et suivies, dans un rayonnement régulier, par les archives de l'Ile-de-France, de la Picardie, de l'Artois, de la Flandre, de la Normandie, etc. L'inventaire des sceaux se divise donc en deux parties : i" la collection des empreintes dont les Archives possèdent les matrices de cuivre ou les sceaux ' ; 2° la collection d'empreintes dont les Archives ne possèdent pas les sceaux. Ces deux divisions sont dominées par une même classification méthodique; mais, tandis que la première a son inventaire terminé, la collection étant close sauf le faible supplément que pourront former des découvertes dans nos séries de documents, la seconde se distinguera, au contraire, par sa mobilité élastique, qui lui permettra de suivre les accroissements de la collection. Là les fonds d'archives départementales, municipales, ecclésiastiques, hospitalières, notariales et particulières, conservent leur intégrité et sont rangés par ville et par département, puis groupés par province, au moyen de tables méthodiques et alphabétiques.

Si quelque érudit entreprend un travail sur les évêques ou sur les connétables , sur telle commune et sur telle ville, il cherchera à la tête de l'inventaire de la première partie ou au commencement des inventaires d'archives départementales composant une ancienne province, la rubrique évêque, connétable, commune, ville; s'il fait la biographie d'un évêque, d'un connétable, d'une famille de France ou des pays étrangers, il cherchera dans les tables alphabétiques les noms qui l'intéressent, et, dans les deux cas, il sera renvoyé, non-seulement au sceau du personnage ou de la ville, mais aux documents qui émanent d'eux et aux archives, où il trouvera les renseignements f{ui lui viendront en aide.

La méthode de rédaction avait, comme on voit, ses dilhcultés, la publication en rencontrait d'autres dans son exécution matérielle. Je ne mentionnerai que les deux plus graves : la reproduction des légendes par la typographie et des figures de sceaux par la photographie appliquée à la gravure en relief ou à la lithographie. Dans tous les ouvrages d'érudition, et jusqu'aux plus récents qui ont donné des descriptions de sceaux, on s'est servi des caractères ordinaires de l'imprimerie pour reproduire les légendes. Aux lettres accouplées, aux abréviations, à une foule de signes sans équivalent dans l'imprimerie, on suppléait, comme on pouvait, en faisant bon marché du caractère

' J'ai dû conserver dans la première partie les empreintes tements qui étaient entrés dans la collection depuis son orides sceaux des rois d'Angleterre provenant de J. Doubieday, et gine; mais c'est exceptionnel, et cela compte dans le nombre les empreintes des sceaux de quelques archives de dépar- comme i à 4o.

paléographique, qui diffère de siècle en siècle, et de la physionomie de ces légendes, qui disparaît entièrement dans ce mode de reproduction. Il est vrai que chaque auteur réglait ses conventions avec le lecteur. Il sera entendu, lui disait-il, que les grandes capitales exprimeront ceci, les petites cela, le cai'actère romain telle époque, le caractère italique telle autre; mais le lecteur s'embrouillait bien vite dans ces conventions, et tout devenait confusion ^ J'ai senti la nécessité de sortir de cette voie, et il n'y avait d'autre moyen que de faire graver des caractères sigillographiques, comme nous avons eu successivement des caractères grecs, hébreux, arabes, dès qu'on eut compris l'impossibilité de les remplacer par les alphabets courants.

L'entreprise eût été facile si l'on n'avait eu besoin que d'un seul caractère de vingt-quatre lettres; mais il en fallait plusieurs, composés chacun d'un grand nombre de types, pour répondre aux modifications que douze siècles et des provinces éloignées les unes des autres ont apportées dans les légendes des sceaux, et en même temps pour représenter les lettres accouplées, les abréviations et une infinité de signes propres à ces inscriptions. Après une étude attentive de toutes ces variations épigraphiques, après avoir écarté ce qui me sembla n'être qu'une particularité locale ou un caprice de graveur de sceaux, j'acquis la conviction que je pouvais, sinon me satisfaire entièrement, au moins suffire à toutes les exigences de l'érudition avec sept séries de caractères escortés de leurs nombreuses variantes, abréviations et signes particuliers.

Je trouvai, dans la riche collection des types de l'Imprimerie impériale, une belle capitale antique pour représenter les légendes antérieures à l'adoption de l'onciale, et, pour la capitale que la Renaissance reprit après l'abandon de la gothique, un élégant caractère qui date de Louis XI Y; mais je devais créer les cinq autres séries, car on n'avait jamais tenté de graver des alphabets sigillographiques sur les bases sérieuses admises par la critique archéologique. Pour y réussir, il ne fallait rien moins que les ressources dont dispose la collection de sceaux des Archives de l'Empire, assistées des talents traditionnels de l'Imprimerie impériale. Je vanterais aussi la libéralité de ce grand établissement, si je ne croyais l'avoir reconnue par les soins de toutes sortes que nous avons mis à fournir à ses dessinateurs et à ses graveurs habiles les éléments sérieux d'une création de ce genre. Pour chaque série, nous lui avons envoyé une collection d'empreintes de sceaux sur lesquels étaient marquées les lettres simples, accouplées, abrégées, ou remplacées par des signes, les ponctuations et autres marques, rien ne devant être fait sans le contrôle d'une autorité monumentale. De ce travail bien ardu, auquel M. Demay, artiste consommé, a eu la plus grande part, sont résultées sept séries de caractères dont on a fait usage dans cet inventaire pour reproduire les légendes. J'aurais voulu donner des noms à ces caractères, mais c'eût été arbitraire. Les orfèvres qui gravaient les

' M. Nataiis de Wailly expliquait ainsi son ingénieuse mé- un Z, et les syllabes con et us par un autre signe, qui offre

thode : trLes légendes gravées en écriture majuscule sont im- lieaucoup d'analogie avec le chilfi'e 9. J'ai indiqué la présence

primées en lettres capitales; le petit -romain représente, au de ces deux signes en y substituant la lettre et le chiffre qui

contraire, i'écritui-e minuscule. La conjonction et est souvent en rappellent à peu près la ligure." {Revue de l'Ecole des

exprimée sur les sceaux par un signe à peu près semblable à Charles, t. IV. p. 477.)

sceaux suivaient leur caprice plus librement encore que les scribes, qui ne se refusaient pas d'y céder.

En l'absence de règle absolue, ils mêlèrent la capitale à l'onciale; leurs successeurs fondirent l'onciale

dans la trothique, qui, avant de faire place à la nouvelle et élégante capitale de la Renaissance,

chanoea de physionomie, et, de proportionnée, presque ronde quelle était, en vint à se hérisser de

pointes.

1° Du vi^ au xi^ siècle : *

DAGOBERTVZ REX FRANCORVM

■2° Du x'^ au xn^ siècle, lai types:

* R0B6RTVS CRflCIil DI FRflNCORV RGX

3° Des xui' et xiv'= siècles, 70 types :

PhlMPPVS : Dei : 6RHGIK : FRXHQORVH : RGX

l]" Du XV'' siècle, 66 types :

* stgiUnm : InbotJtc . . . gts : francomm : m abfentia : raagm : orîimaïnm

5° Du xv'^ siècle, 67 tyq)es :

siôtUô- kruli. tti' $,vmâ' fraucurù' vms- in- âhUum- masm- Dtrîjmatû-

6° Des xv'^ et xvf siècles, 53 types :

RiîROLVS : DEI : GRiîCI^ : FRiîNCORVM : REX

7° De la Renaissance jusqu'à nos jours :

HENRICVS • DEI • GRATIA • FRANCOR • REX • SECUN

Chacune de ces sept séries ne devait avoir que vingt-deux types, les I et J, les V et U se confondant; mais, avec les variantes, elles montèrent à un chiffre tellement supérieur qu'une série seule, comme on l'a vu, se compose de cent vingt et un types. Tous les caractères, y compris les signes, reçurent un numéro d'ordre, et, au moyen d'un tableau de concordance, il nous fut facile d'indiquer à l'Imprimerie impériale, dans le cours de l'impression de l'inventaire, avec quelle série elle devait composer chaque légende et avec quelles variantes chacune des lettres. Sans doute on approchera plus du fac-similé en multipliant davantage les séries de caractères et leurs variantes, mais, en fondant les nuances, on jettera de l'incertitude dans l'esprit du lecteur et l'on perdra ce qu'il ma paru important de maintenir, la marque des grandes époques qui ont modifié cette paléographie particulière.

Ces soins préliminaires suffirent pour l'impression de l'inventaire. On trouvera, en tête de ce premier volume, un travail intéressant de M. Douët-d'Arcq. Les Rénédictins ayant dit tout ce qu'il

y avait à dire sur i'origiue et i'usage des sceaux, il m'a semblé qu'une paraphrase ou qu'un abrégé de leurs excellents ouvrages aurait peu d'utilité; qu'il était plus conforme au but que nous poursuivons et au titre d'inventaire de faire ressortir les faits importants et nouveaux que notre collection de sceaux, et les observations qu'elle a permis de faire, apportent à l'appui des beaux travaux de nos prédécesseurs. Sans doute l'auteur de l'inventaire aurait été plus complet s'il avait profité des notions que nous fournissent d'autres archives et les sceaux déjà publiés , mais il était préférable de se restreindre en se réservant de revenir, par provinces et par nations étrangères, aux suppléments de toutes sortes que provoqueront les accroissements de la collection. Il était également tentant de discuter les origines du blason à propos de sceaux, et de se laisser entraîner à des dissertations sur tous les sujets qu'ils représentent; mais ce n'était pas le lieu. Les élaborations érudites ne sont pas de notre domaine. Les inventaires des Archives de l'Empire sont des instruments de travail pour les autres, et notre mission est de les rendre commodes pour l'usage de tous, sans nous en servir nous-mêmes. L'introduction ainsi limitée est, en quelque sorte, l'histoire de la sigillographie en action, dans laquelle chaque assertion s'appuie sur un exemple qui nous appartient et qu'il est aisé de contrôler. Je n'ai pas pensé que le titre de Notice de la collection des sceaux, choisi modestement par l'auteur, donnât l'idée vraie de ses recherches approfondies; j'ai préféré dire bien nettement ce qu'elles offrent : Les éléments de la sigillographie tirés de la collection des Archives de l'Empire.

Ce travail, et les tables méthodiques et alphabétiques qui le complètent, auraient suffi à l'érudition, puisqu'ils présentent dans leur concordance des moyens de recherche faciles et prompts ; mais je me suis demandé comment s'y prendrait un collectionneur qui, de l'érudition, n'a encore que le goût, lorsqu'on lui apportera une matrice de sceau ou un sceau détaché ? S'il l'achète les yeux fermés, encore voudra-t-il savoir à qui il a appartenu, connaître le nom du personnage, la province où il résidait, sa famille et ses alliances. La légende est devenue dlisible, et il se pourrait qu'il fût incapable de la lire si elle était bien conservée. Et cependant il y a quelque chose qu'il distingue : c'est le lion qui se dresse ici, le léopard qui passe là, ainsi que tous les objets appréciables à première vue. Si cet amateur, me disais-je, avait une table alphabétique qui, du mot lion, léopard, aigle, etc. le renverrait à chacun des sceaux de la collection qui les offrent dans leurs écussons; qui aux mots, aigle à deux têtes, oiseau, poisson, aile double, lui désignerait les termes héraldiques, aigle éployé, merlette,alérion, dauphin, bar, chabot, vol, il recourrait à ces articles, oh il trouverait des facilités inattendues pour se reconnaître. C'est dans ce but et dans cet esprit que M. Demay a dressé une table de la collection par pièces héraldiques. Quoique ce soit un manuel des plus élémentaires, on appréciera ses méintes par les services qu'il rendra, et je ne serais pas étonné que les plus habiles en tirassent bon parti, quand ce ne serait que pour abréger les recherches.

Je n'ai pas joint de planches à cet inventaire, parce qu'il m'a paru impossible d'arriver à quelque démonstration sérieuse avec un petit nombre de gravures qui auraient eu le tort d'augmenter beaucoup le prix des volumes ; mais je n'en désirais pas moins donner cette ressource indispensable

aux études aussitôt que j'aurais trouvé le moyen de publier un atlas de sceaux digne des Archives de l'Empire, c'est-à-dire, exécuté de telle façon qu'il rendît les sceaux dans leur physionomie caractéristique : type et légende, dans leur état vrai : conservé, altéré ou mutilé.

En thèse générale, il n'y a de bonne reproduction d'un sceau que par son empreinte, qu'on peut répéter indéflniment dès qu'on en a pris le moule, et le meilleur conseil à donner à l'érudit qui traite un sujet restreint d'archéologie, d'histoire ou de blason, c'est, en l'absence des sceaux, de n'avoir et de ne consulter que des empreintes. Mais ce conseil lui semblerait dérisoire du moment qu'il s'agit d'un travail quelque peu général fondé sur la sigillographie; dès lors, il devient impossible d'acquérir et encore plus de loger des milliers d'empreintes. A ces travailleurs, et c'est le grand nombre, il faut une traduction de reproduction, j'entends une représentation gravée qui ne soit pas ruineuse; il faut en outre cjue cette reproduction soit satisfaisante pour devenir l'utile auxiliaire d'études sérieuses, et je me suis demandé à quel procédé je devais recourir.

J'avais à ma disposition la gravure sur cuivre et sur bois, la lithographie et les procédés chimiques qui mettent un dessin en relief sur zinc et sur cuivre; je pouvais employer la machine Collas et la photographie.

Dans tous les anciens ouvrages ornés de planches, tels que les histoires de provinces, les traités de diplomatique et les généalogies des grandes maisons, les figures de sceaux sont gravées en bois ou à l'eau-forte et reprises à la pointe et au burin. Il y en a d'affreuses^ et de charmantes; je n'en connais pas d'exactes. Ce défaut tient moins au procédé de la gravure qu'aux artistes et au temps où ils ont vécu. Se vanter d'une supériorité quelconque sur le passé est une faiblesse dont rit la postérité; mais elle me semble fondée en ce qui touche la critique archéologique et le mode de reproduction des objets d'art. Nos ancêtres, depuis les plus grands artistes jusqu'aux plus fins connaisseurs, ont ignoré que chaque art, chaque époque de l'art avait eu un caractère particulier, et une physionomie qui lui était propre. Winckelmann a reçu une sorte de révélation du style; mais pour la transmettre vivante, pour la traduire saisissable à ses contemporains, il eût fallu que sa main pût tracer ces signes caractéris^tiques des écoles et du faire des artistes que son esprit devinait. N'ayant pour appuyer des règles excellentes que des gravures détestables, son système lui fait honneur aujourd'hui sans avoir fait école de son temps. La formation des musées publics, la facilité des voyages, une tendance réaliste qui prend et donne les choses pour ce qu'elles sont, la fatigue aussi de voir toujours les mêmes poupées sous des noms différents, enfin, peut-être, le besoin de faire autrement que nos devanciers, nous ont poussés dans une voie différente, qui doit être la bonne; or, si une classe de monuments peut profiter de cette réaction, ce sont les sceaux.

Laissons donc de côté tous les ouvrages qui comptent plus de dix ans de date, y compris les douze cents sceaux que les deux Lommellin et les deux Schelhavre ont exécutés, avec un rare talent,

' L Allemagne a le monopole de l'affreux. Rien fie plus Vhilib. Hneher. Austria rx Archivis Mellecensibus iUustrato ; Lipmauvais que les planches de Heineccius. De S(g-i7fc, lyogîde siœ, 172 a ; de Hagelgans. Orhis litleralus , 1737. etc. etc.

pour les trois ouvrages de Vredius. Rien de plus séduisant, de plus joli que ces gravures, mais tout y est si bien arrangé et x'efait que, non-seulement le style des beaux sceaux des comtes de Flandre et des ducs de Bourgogne a disparu, mais le relief lui-même de la sculpture a fait place à un effet de peinture, au point qu'on douterait de leur authenticité si l'on n'avait pas les originaux à sa portée. Il y a encore une remarque à faire sur cette absence de caractère, c'est qu'elle est plus décidée, plus générale aux xvn'= et xvni'= siècles qu'au \\f, époque de renaissance, dans laquelle un reste de la ferme naïveté des vieux maîtres subsistait et persévérait. Les planches du cours légal des monnaies publiées dans les Pays-Bas \ et les images des rois données d'après les sceaux par Jean du Tillet^, sont encore des portraits fidèles, tandis que les règnes de Louis XIII, Louis XIV et Louis X\, ne nous offrent plus que de fastueuses ou gracieuses impostures.

Revenons aux ouvrages modernes. Le plus considérable et le meilleur de ceux qui ont été exécutés par la gravure est le volume in-quarto de M. Henry Laing, consacré aux sceaux d'Ecosse ^ Il en représente cent soixante-quatre gravés, les uns sur acier au pointillé, les autres sur bois et à l'effet; l'exécution de l'ensemble est très-remarquable. On pourrait désirer plus de fermeté dans le dessin, qui manque d'accent, et un effet plus vrai, qui fît mieux sentir la matière que l'artiste a eue sous les yeux; ces sceaux semblent être en marbre, en ivoire, en métal brillant, en bois: on ne devine dans aucun la cire mate, molle et friable à sa manière \ C'est en somme plus joli que vrai, et l'on peut se convaincre, d'après cet ouvrage, que ce qui a été fait de mieux est insuffisant.

Je dois citer ensuite le volume in-folio consacré par M. le duc de Luynes au cartulaire de l'abbaye des Vaux-de-Cernay. De la part d'un homme de goût et de savoir, qui ne recule devant aucune libéralité quand il s'agit de servir la science, on pouvait s'attendre à un meilleur résultat. M. Meucci, graveur, n'a pas rendu les sceaux placés sous ses yeux dans cette réalité qui fait comprendre la nature du monument représenté, sa matière, son style, son âge et ses mérites comme produit de l'art. Les figures et les armoiries accusent, par des ombres portées vives et dures, un relief sec qui n'est pas le faire des sceaux, et la légende, au contraire, est tracée au trait sans ombre, partant sans relief, créant une opposition qui est un contre-sens. Dans un autre ouvrage, qui mérite aussi une citation, M. Lorenzo Metalli a pris le parti de tout rendre, type et légende, au simple

' Evaluation, avec lesfgures, de toutes les pièces d'or et d'argent, chez Josse Lambert, de Gand, in-8°long, io4i ;deux cent sept monnaies , face et revers , y sont représentées. Chaque année le nonjjre des figures augmente; il est de seize cent quatrevingts dans l'édition d'Hierosme Verdusien, d'Anvers, année

" Jean du Tillet, gredîer du PaHemenl : Recueil des rois' de France, Rouan, 1677; Paris, i58o, et dernière édition , 1C18. (Voyez plus haut, page 1 1, en note.')

' L'auteur croyait être le premier qui eut l'idée de publier un ouvrage de ce genre: trit is believed ihat no work similar " to tlie présent has yet appeared. » ( Described catalogue of im-

pressions from ancient scoUish seuls tahen from original charters. Edinburgh, A°, i85o.) La sigillographie, au pohil de vue généalogique et héraldique , avait déjà de nombreux adhérents en Ecosse , et la publication de M. Laing, faite pour eux . a contribué à la propagation de ce goût. Édiniboui-g a eu, en i856, son exposition d'empreintes de sceaux , dans laquelle M. Henry Laing figurait en première ligne poiu- l'Ecosse, et M. Robert Ready (demeurant Princes street, Shi'ewsbury, Cambridge), pour l'Angleterre.

' Je fais exception pour la planche ix. cpii est saisissante d'effet et de rendu.

trait, en dessinant et gravant deux cent neuf sceaux de la maison de Savoie. Ce trait a une grande délicatesse et exprime avec exactitude tout ce qu'un contour peut rendre. Mais au diplomatiste, à l'archéologue, à l'artiste, il ne suffit plus de donner un trait précis qui, incapable de faire sentir aucune différence entre le relief plat d'une monnaie, le relief accentué d'une médaille et la sculpture en bas-relief d'un sceau, ne permet d'apprécier ni le faire, ni le style du monuments

Je ne vois rien autre en gravure sur cuivre qui mérite une mention^. Faut-il en conclure à

' Sigilli de' Principi di Savoia, raccolli dal Cm. Lnigi Cibrario e da D. C. Promis. Torino. in-i°, i83A. Les auteurs ne semblent avoii- eu aucun contact avec l'artiste, qu'ils ne citent pas, ni aucune intervention dans l'exécution des planches.

- Je ne fais allusion qu'à des reproductions parfaites . car il est loin de ma pense'e de vouloir soutenir que les sceaux n'ont été ni fig-m-és dans ime foide d'ouvrages , ni quelquefois utilisés très à propos. Les pères Cahier et Martin, ainsi cpie beaucoup d'autres . les ont appelés au secours de l'archéologie ; Ferrario , et tous les artistes qui se sont occupés du costiuue , leur ont emprunté quelque chose; S. R. Meyrick, et d'autres amateurs de vieilles armiu"es , les appellent mamtes fois en témoignage. A vrai dire, ce ne sont qu aperçus passagers et mdlement une recherche approfondie épuisant la matière; mais il mancpiait sans doute aiLX auteiu's de tous ces ouM'ages ime collection d'empreintes suffisanuuent complète et facilement accessible.

Je rangerai chronologiquement luie liste d'ouvrages à figures dont les planches reproduisent des sceaux. J'ai examiné le plus grand nombre; j'emprimte les titres des autres à la Bibliographie de M. Namur et aux notes de M. Guenebaidt , le laborieiLX auteiu" d'un dictionnaire de sigillographie inétUt. L'un et l'autre citent à tort Montfaucon: le zélé Bénédictin ne considérait pas les sceaux comme des monuments de la monarchie française, et. en traitant des armures, du costimie, des harnachements, il n'en reproduit aucun , il y fait h peine allusion. Je ne cite pas les Mémoires des sociétés savantes . ni les Revues de muiiismatique et d'archéologie : il n'en est pas qui n'ait publié des sceaux :

J. du Tillet, Recueil des Rois de France, 1577-1618. Gr8B>ius, Thésaurus ont. urbimn Italiœ , 1620; 6 planches.

A. Du Chesne. Maison de Chàùllon , 1621. etc. etc. Nie. Zilesius. Diplomala pontif. imp. reg. i638.

OUv. Vredius. Sigilla comitum Flandriœ, 1689. etc. etc.

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