OPÈRE COMME IL SUIT
La langue de cet article est contemporaine de celle du traité d’orfèvrerie (V,1) :ilest connexe avec le 8 18 de ce dernier (p. 312). Comme le présent morceau se trouve dans le manuscrit de Venise M, ceci tend à reculer la date du dernier traité, au moins pôur un certain nombre de ses paragraphes, jusqu’au xre siècle de notre ère (voir la notice qui le précède, p. 306).
On remarquera le nom du bronze, βροντήσιον, qui se trouve dans ce titre. La signification de ce mot ne donne lieu à aucun doute, car la composition du métal est définie au $ 3. C’est le plus vieux texte connu où figure ce mot, qui a remplacé depuis une partie des sens de l'antique χαλχὸς : on voit qu’il remonte au moins au x1e siècle. Quant à son origine, il parait difficile de la rattacher à son étymologie apparente, c’est-à-dire au mot βροντὴ — tonnerre : on ne comprendrait guëre un
semblable sens au xr siècle, avant l'invention des canons. S'agit-il d’un nom de lieu, comme la finale #91: porterait à le croire ? Ou bien est-ce l'application au métal, d’après sa couleur, du vieux mot bruntus, déja employé au x° siècle, dans le Glossaire d’Ælfricus, d'après du Cange ὃ on sait que de ce mot dérive le français brun.
En tout cas, nous trouvons ici la signification véritable d’un énoncé compris dans le vieux titre d'ouvrage inséré en haut de la page 213 de la traduction, et à la ligne 11 de la page 220 du texte : en effet les mots φούρμουσαι ἀπὸ βροτισίων y étaient demeurés inintelligibles. D’après ce qui précède, ce titre doit être rectifié de la manière suivante.
« Le présent volume est intitulé: Livre métallique et chimique sur la Chrysopée, l’Argyropée, la fixation du mercure. Ce livre traite des vapeurs, des teintures (métalliques), et des moulages avec le bronze, ainsi que (des teintures) des pierres vertes, des grenats et autres pierres de toutes couleurs, et des perles ; et des colorations en garance des étoffes de peau destinées à l'Empereur. Toutes ces choses sont produites avec les eaux salées et les œufs, au moyen de l’art métallique ».
On voit qu'il s'agit d'un manuel byzantin de Chimie. La composition même de l'ouvrage remonte à une époque ancienne, telle que le vire ou le xe siècle. Il devait comprendre à la fois :
19 L'art de fabriquer l'or et l'argent;
20 La distillation, sur laquelle nous avons seulement conservé quelques débris dans les œuvres de Zosime (III, xLvir, xLix, $ 14, L, Li, etc.).
30 Le moulage et le travail des métaux en orfèvrerie, représentés par le présent article, par l’article V, xvu, ainsi que par le traité d’orfèvrerie (V, 1.), lequel renferme d’ailleurs des portions plus modernes ;
4° La trempe des métaux pour la fabrication des armes et outils, représentée à l’état de débris par nos articles V, 11, 1v, v ;
50 La fabrication des pierres précieuses artificielles, représentée in extenso par nos articles V, vi, ὙΠ:
6° Le travail des perles, représenté par nos articles V, vin, 1x;
7° La teinture des étoffes, ouvrage perdu, à l'exception des articles V. χα, χπὶ et du début du Pseudo-Démocrite.
8 Il devait s’y trouver en outre diverses applications techniques, telles que la fabrication de la bière (V, x.), de la lessive (V, x1), de la colle, du savon, etc.
De ce grand ouvrage, malheureusement perdu, sont tirés la plupart des articles de notre Ve partie. Ces articles manquent en général dans le manuscrit de St-Marc et dans ses dérivés ; mais ils existent dans les manuscrits 2325 (xue siècle), 2527 et dans leurs dérivés. Ils répondent à une tradition plus ancienne que les textes alchimiques latins, traduits des Arabes, et que le traité de Théoctonicos; ces derniers d’ailleurs en sont tout à fait distincts. ᾿
1. Prenant telle monnaie que tu veux, prends-en l'empreinte en creux avec du soufre commun fondu, en ayant soin d’enduire la monnaie avec de l'huile; puis tu en prends la contre-empreinte : tu fondras le soufre à
un feu doux, afin d'éviter de le brûler. Car si le feu est léger, le soufre
reproduit bien la gravure; mais si le soufre brûle, il ne reproduit rien. Lorsque tu veux reproduire l'empreinte obtenue auwoyen du soufre, celle de l’image qu’il a reçue, sers-toi de la double matrice du soufre ; avec elle tu peux reproduire la pièce de monnaie complètement (1).
2. L'opération de la fonte des moulages se fait comme il suit. Lorsque tu veux les fondre, prends un petit cercle de fer et mets (le moule) au milieu de ce cercle; puis applique le pouce de la main gauche sur le moule de la pièce de monnaie; verse de la cendre (2) tamisée et répartis-la avec ta main droite tout autour de la matrice. Pendant que tu l'y verses, tiens toujours ton pouce gauche sur la matrice, afin qu’elle ne soit pas recouverte par ‘la cendre. Puis, lorsque la cendre est arrivée au niveau de la matrice, regarde, essuie bien la matrice et ôte avec soin les poils. Ensuite, avec de la cire noire, prends une empreinte ou deux.
Lorsque tu vois que la matrice du soutre est nette dans toutes ses parties, prends un os de sèche bien sec, presse-le sur la matrice de la monnaie et nettoie avec un petit couteau la surface de l'os de sèche, sans ‘occuper du revers; prends un marbre et aiguise (dessus) l’os de sèche avec soin. Place-le au-dessus de la matrice, en ’arrangeant de facon à bien recouvrir la matrice et la cendre. Mettant ton pouce, appuie doucement afin d'imprimer l’os de sèche sur la matrice. Alors mets de la cendre avec précaution sur l'os de sèche. Puis, avec les paumes de tes deux mains, exerce 4 ou 5 pesées sur la cendre. Achève de remplir, exerce une nouvelle pesée. Lorsque le petit cercle de fer est bien rempli et bien luté avec la cendre, soulève avec soin le cercle avec la matrice, et avec un petit couteau racle l'emplacement de la matrice; tu la tires à toi avec tes doigts et tu la fais sortir du petit cercle de fer. Tu coules le bronze dans l'empreinte (ainsi préparée). Il faut transporter le moule après refroidissement, et non lorsqu'il est chaud; car si la matrice est brûlante, la rouille sort en bouillonnant et (le métal) ne remplit pas la matrice.
3. Quant à l’alliage du bronze, on l’obtient ainsi : rouille de cuivre de
Chypre, 1 livre; étain pur, 2 onces.
(1) C’est un procédé de faux mon- (2) Ou plutôt de l'argile en poudre ? nayeur.
4. Pour donner la couleur à la gravure, on emploie : couperose, 2 onces; chalcite, r once; alun, 2 onces ; ocre et sel, 7 onces. Après avoir broyé et tamisé, entasse, couche par couche, ces produits réduits en poudre, comme on fait pour les feuilles métalliques dans l’affinage de l'or (τὴ. Recouvre la marmite; fais chauffer l’automotarion pendant 3 heures; puis enlève et laisse refroidir. En découvrant, tu trouves les objets colorés. Pour les détacher, mouille avec de l’eau pure; broyant du soufre commun et le tamisant,
mets de l'huile dans tes mains, et frotte les (objets) moulés ; ils se dégagent.
V. xvn. — DÉTAILS DIVERS SUR LE PLOMB ET SUR LA FEUILLE D'OR ©
1. Le plomb marin est dur et grossier. Pour qu'il ne se casse pas, mêle à 5olivres de plomb sabyésin (?)(3), 1 livre d'étainblanc ;opèrel’alliage ἃ raison d'unelivre pour 5olivres. Le plomb sabyésin (?) et dalmatique est pur et mou. Quand on le fond sans autre addition, on met pour 10 livres (de plomb), une livre d’étain : c'est là ce qui convient. Le plomb de Sardaigne est mou et contient du cuivre; on le casse, pour le fondre avec le cuivre, ou le soumettre à la préparation : car le métal doit être allié avec du cuivre. La fusion dure 1 jour.
2. La proportion suivant laquelle il convient d’allier le cuivre avec l’argent est de 5 parties pour une d'argent; c’est-à-dire que dans une opération, on fond 100 livres d'argent avec 500 livres de cuivre.
Pour ce travail, par livre d’alliage, on emploie 1 muids de charbon; on met en œuvre 200 livres; ce poids se réduit après l’alliage à 166 livres.
On emploie : cire, 20 livres; étain, 20 livres; plâtre, 120 livres; une voiture de bois à brûler; minerai de cuivre, 67 muids; oxyde de fer des bati-
(1) Zntrod., p. 15. détails obscurs, par suite del’insuffisance
(2) Ce sont des recettes d’atelier ; la des données et des fautes du copiste. Ceci plupart se rapportent à la dorure par rappelle d’ailleurs le traité d’orfèvrerie, application de feuilles minces. Le sens VS, 0,1etc.
général est clair ; mais il y a bien des (3) De Sabine ?