‹ Collection des anciens alchimistes grecs (volume 2)Chapitre 323 sur 349 · SIXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

SIXIÈME PARTIE

Les traités des Alchimistes gréco-égyptiens ont été réunis en collection par Zosime d’abord, au mme siècle de notre ère, puis vers le vue siècle au temps d'Héraclius, ainsi qu’il a été exposé dans notre Introduction (p. 200 à 203). Ils sont devenus aussitôt l’objet de commentaires multipliés, écrits par des praticiens d’une part, et d'autre part, par des philosophes mystiques. En ce qui touche les développements pratiques donnés à l'antique doctrine, nous rappellerons qu’ils ont été, depuis le temps de Zosime jusqu’au xive siècle, et sur quelques points jusqu’à la fin du moyen âge, consignés dans des traités et dans des mémoires, dont nos cinq premières parties renferment les débris. Parmi les commentaires mystiques, les plus anciens, d’une portée philosophique incontestable, ont été conservés dans les ouvrages de Synésius et d'Olympiodore. Ruis sont venus des glossateurs byzantins, étrangers à l’œuvre expérimentale, qui ont disserté sur les vieux traités, avec une subtilité scolastique mêlée d’exaltation. C’est à cet ordre de compositions qu’appartiennent les livres de Stephanus, du Philosophe Chrétien, et du Philosophe Anonyme. Stephanus est un personnage connu (1), à la fois philosophe, médecin, astrologue et alchimiste, contemporain et conseiller de l’empereur Héraclius (vers l’an 620). Ses ouvrages alchimiques, rédigés dans un langage mystique et enthousiaste, n’ont pas un grand intérêt scientifique; le texte grec en a été publié par IbELER dans ses Physici et medici græci minores (2 vol. in-8, Berlin 1841-1842, p. 199 à 237) d’après une copie de Dietz, faite sur un manuscrit de Munich, et collationnée, paraît-il, sur le vieux manuscrit de Venise, dont le manuscrit de Munich d'ailleurs est lui-même une copie directe ou indirecte (2). Cette publication laisse fort à désirer, l’éditeur ayant trans-

(1) Origines de l’Alchimie, p. τοῦ. (2) Voir Zntroduction, p. 198.

crit les signes alchimiques purement et simplement, sans les comprendre, avec plus d’une erreur, et n'ayant donné aucune variante. Cependant elle permet de prendre une connaissance suffisante de l’œuvre de Stephanus ; surtout si on la complète par la lecture de la traduction latine de cet auteur, publiée en 1573 à Padoue, par Pizimentius, dans l’ouvrage qui porte le titre suivant : Democriti de Arte magnä. Dans ces conditions, il ne nous a pas paru indispensable de faire une nouvelle édition de Stephanus, notre publication étant consacrée essentiellement aux œuvres originales et inédites.

Il en est autrement des ouvrages du Philosophe Chrétien et du Philosophe Anonyme, inédits jusqu’à ce jour. Ce sont des compilations, avec commentaires, faites d’après les vieux auteurs. L’étendue initiale de ces compilations n’est pas exactement connue, attendu que les copistes y ont rattaché successivement des morceaux qui n’en faisaient pas partie à l’origine, ainsi qu'il sera expliqué plus loin. Certaines confusions se sont même produites entre les deux compilations. Enfin, sous le nom de l'Anonyme, il semble que plusieurs auteurs différents aient été groupés. La date initiale du Chrétien et celle de l’'Anonyme seraient déterminées, si l’on pouvait s’en rapporter aux indications du manuscrit du Vatican (1). En effet, le traité de l'Anonyme (2) qui débute par les mots Τὸ ὠὸν τετραμερὲς... est dédié dans ce manuscrit à Théodose le grand Empereur : sans doute Théodose II, auquel Héliodore a aussi dédié son poème alchimique. \

Mais les chapitres sur les Soufres, sur les Mesures et sur la Teinture unique (III. xx1, xx et xvin), que nous avons publiés dans les œuvres de Zosime, et qui font partie de la compilation du Chrétien dans les manuscrits, sont aussi dédiés au grand Empereur Théodose dans le manuscrit du Vatican. Dans le premier de ces chapitres, les deux premières lignes (Texte, p.174, 1. 11 et 12) sont supprimées, et l’auteur débute par ces mots: ᾿Ιστέον, ὦ χράτιστε Βασιλεῦ, puis il continue par : ὅτι où μόνον ὃ φιλόσοφος, etc., comme à la ligne 13, jusqu’à la dernière ligne du chapitre. Cette suppression et cette interpolation sont suspectes, et il est permis de supposer que le nom de Théodose a été ajouté après coup, comme il est arrivé trop souvent dans ce genre de littérature. Parmi les autres chapitres de ces mêmes compilations, ceux qui ne sont pas transcrits d’après les vieux auteurs roulent sur des subtilités d’une assez basse époque, et ils sont assurément plus modernes que Synésius et Olympiodose, contemporains effectifs de Théodose.

On trouve dans l’œuvre du Chrétien, telle qu’elle esttranscrite dans le manuscrit de St-Marc, une autre mention qui paraît plus moderne et plus authentique, car elle ne s'en réfère pasau nom d’un empereur : c’est la dédicace à Sergius du traitésur l'Eau divine: il s’agit probablement de Sergius Resaïnensis, traducteur syriaque des Philosophes grecs, qui a vécu à la fin du νι" siècle (3). Etait-il vraiment contempo-

(1) Jntrod., p. 191. — Rapport de | (2) C'est le traité auquel nous avons M. André Berthelot dans les Archives | donnéle titre : « Musique et Chimie», des missions scientifiques, 3° série, t. ΠῚ | VI, xv; voir aussi III, xL1v.

(1887). | (3) Origines de l’Alchimie, p. 205.

rain du Philosophe Chrétien ὃ On pourrait en douter à la rigueur, si l’on s’attachait à la citation du nom de Stephanus (1), reproduit dans l’un des chapitres du Chrétien :« Sur l’exposé détaillé de l’œuvre »; chapitre que nous avons publié dans les œuvres de Zosime (III, xvi), en raison des indications qui y sont contenues et parce qu’il renferme des fragments extraits de Démocrite. Mais tous ces textes ont été tellement interpolés par les copistes que l’on ne doit pas attacher une signification trop absolue à de semblables citations, ajoutées souvent après coup. En fait, je serais porté à regarder cette citation de Sergius comme la seule tout à fait authentique, et par conséquent à fixer la date du Chrétien à l’époque de cet écrivain, c’est-à-dire un peu avant Stephanus. On serait également reporté vers une époque qui ne peut guère être abaissée au delà du Ve ou VI: siècle, par les opinions relatives à la nécessité de la grâce divine, opinions exposées dans le morceau VI, 1, sur la Constitution de l'or (p. 385).

Quant au Philosophe Anonyme, il cite aussi Stephanus, non en passant, mais dans un développement historique relatif aux autorités alchimiques (VI, xiv), et je pense dès lors qu'il doit être regardé comme postérieur. Mais il pourrait être contemporain avec les auteurs pseudonymes des Traités perdus, attribués à Héraclius et à Justinien (2). L'attribution de certains chapitres à l'Anonyme offre d’ailleurs diverses confusions, qui semblent indiquer plusieurs écrivains.

Entrons maintenant dans des détails plus circonstanciés sur la compilation du Chrétien. La forme la plus moderne et la plus parfaite sous laquelle nous possédions cette compilation estcelle qui existe dans le manuscrit Lb (2251 de Paris), copié vers le milieu du xvue siècle ; en vue, ce semble d’une publication qui n'a pas eu lieu. Le copiste a pris comme base le manuscrit E (2329 de Paris), un peu plus ancien, qu'il a d'abord complété par des additions marginales ; il a fait subir ensuite aux textes des remaniements considérables, qui le plus souvent ne sont pas des améliorations; enfin ila complété la compilation du Chrétien, en y intercalant des morceaux qui n’en font pas partie avec pleine certitude dans les autres manuscrits (sauf ΕἸ.

Nous allons, pour préciser la discussion, donner un tableau comprenant les 53 chapitresattribués au Chrétien dans le manuscrit Let ceux qui lui sont attribués dans le manuscrit E; avec l'indication des feuilletsde M (manuscritdeSt-Marc, xi° siècle), de B(2325de Paris, xue siècle), et de A (2327 de Paris, xv°siècle),oùsetrouvent certains de ces chapitres; celle des feuillets du manuscrit du Vatican, qui en renferment quelques-uns; les numéros correspondants de la vieille liste du manuscrit de St-Marc (3); enfin les numéros de notre propre publication, où ces divers chapitres sont imprimés. Cela fait, nous examinerons de plus près la composition mème de la compilation.

(1) ZosiME, p. 162. | (3) Zntrod., p. 175.

(2) Zntrod., p.176, 214; Trad. p.368.

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