VI. 11. — DÉSACCORD DES ANCIENS
1. Ainsi ils ont agi avec bonne volonté (τὴ, de telle sorte que celui qui trouvait, ne fit pas par jalousie disparaître le livre, et que le point capital de la science ne fût pas perdu. Car cette connaissance une fois perdue, l’art tout entier est perdu en même temps, suivant le très sage Zosime.
Mais la diversité (de leurs explications) produit un grand embarras pour les lecteurs. En effet, étant donnée l’unité véritable de l’eau (divine), naturelle et générale, ainsi que l'unité de l'art, voici que les hommes trouvent qu'elle comporte une multitude de traitements. Par là ils sont égarés, étant dominés par le respect et la confiance que leur inspirent les livres. Or s'ils ne réussissent en rien, ils seront amenés nécessairement à mépriser les livres, en même temps que l’art et les maîtres. Cependant les maîtres, qui avaient enseigné à leur propre point de vue, n'étaient pas cause de l'erreur des jeunes gens ; et les jeunes gens, de leur côté, qui n’arrivaient pas au résultat, ne faisaient point acte d’injustice en attaquant les anciens ; car la Nécessité est une grande déesse, suivant le mythe des poètes.
2. Que fallait-il donc que fit Zosime, cet ami de la vérité, lui qui voulait écrire en ami des hommes ? sinon distinguer entre les exposés des anciens; rétablir l’accord entre leurs discordances et déclarer ceci hautement, en termes précis : Dans leurs écrits ils ont tous employé des mots vulgaires pour annoncer le sens caché de la science unique; tandis qu’ils ont com-
posé les catalogues des espèces (2) en mots symboliques, distinguant,
(1) Cette phrase fait suite à la der- | ils désignent l’objet de la science en nière du morceau précédent. langage ordinaire ; mais ils emploient
(2) Cp. la nomenclature prophétique des mots symboliques pour les subs- Introd., p. 10. — En d'autres termes, tances mises en œuvre.
comme il leur était permis, les gens intelligents et les gens dépourvus de sens. Car l'intelligence n’est pas donnée à tout le monde, et tout le monde n'est pas capable d'entendre simplement la science; mais la plupart s’en moquent, alors qu’on leur fait entendre la vérité.
3. Ainsi donc, nous aussi, guidés dans notre marchepar le Panopolitain (Zosime), nous enseignerons, d'accord avec lui, ce qui touche les préceptes et la fabrication des eaux divines, ou plutôt de l'Eau divine : car il n'existe, ainsi que nous l’avons dit, qu’une seule eau générale, laquelle embrasse
toute la fabrication.