NOVEMBRE ET DÉCEMBRE
Le 26 novembre 1758. — Les Auglois tinrent conseil à Kachekacheki avec neuf colliers, dont deux attachés ensemble, l’un de la part des Loups et des Onontagués et l’autre de la part des Cinq-Nations qui invitent les Loups à écouter la parole des Auglois et à faire alliance avec eux.
Précis du conseil des Anglois
“ Mes frères, nous sommes envoyés de la part du Loi pour rétablir l’ancienne alliance que nous avons eue avec vos anciens grands-pères et avec vous autres. Nous ne savons pas pourquoi nous sommes brouillés ensemble. Il faut aujourd’hui oublier toutes les mauvaises affaires et ne penser qu’à ce que faisoient autrefois vos ancêtres, qui ne travailloient qu’aux bonnes affaires. Laissez-nous faire avec les François ; la querelle que nous avons ensemble ne regarde point les sauvages.
* Cette pièce n’est pas signée. Le texte indique qu’elle a dû être écrite par quelque officier commandant l’un des forts des pays d’En-Haut, probablement par M. Des Ligneris, au fort Duquesne, ou par M. de Vassan, au fort Niagara — Note de l’éditeur.
RELATIONS ET JOURNAUX
Retirez vos jeunes gens du fort Duquesne ; car nous serions fâchés qu’il leur arrivât du mal ; c’est pourquoi nous venons vous avertir.
Nous fermons les yeux et les oreilles aux François, afin qu’ils ne voient ni n’entendent ce que je vous dis aujourd’hui. Je leur ai barré la rivière du Canada, de façon qu’ils ne peuvent avoir des secours de France. Faites part de ce que je vous dis aux nations avec lesquelles vous êtes alliés. Assurez-les que j’aurai toujours du plaisir à les voir et de leur prouver mon amitié, ils ne manqueront de rien avec moi. Tous ceux qui viendront me voir n’ont pas besoin de provisions ; j’ai eu attention d’en mettre tout le long du chemin que j’ai fait pour me rendre chez vous, ce chemin est beau, vous n’y trouverez aucun ...* ni pierres. Vous pouvez y marcher de nuit comme de jour sans rien craindre, parce que tous ceux qui passent par cette route ont l’esprit bien fait et le cœur bon. Je vous invite à le suivre et vous vous en trouverez bien.
Le roi de France nous a déjà demandé deux fois la paix ; mais nous l’avons toujours refusée ”.
Le 28 novembre. —
Réponse des Loups aux Anglois
Par six branches de porcelaine blanche : “ Mon frère, nous sommes charmés de vous entendre parler de nos grands-pères. Il est vrai qu’ils ne travailloient qu’aux bonnes affaires. Nos femmes, nos enfants ont du plaisir
Un mot illisible.
■RELATIONS ET JOURNAUX
de vous entendre si bien parler. Mon frère, nous sommes alliés avec beaucoup de nations différentes ; c'est pourquoi nous ne pouvons pas répondre promptement à vos paroles. Ne vous impatientez pas si nous sommes tous nus ; nos parents sont éloignés d’ici ”.
Par cinq branches de porcelaine noire : “ Mon frère, si vous voulez que nous écoutions votre parole tranquillement, il faut vous retirer de l’autre côté des montagnes et laisser notre terre libre, sans quoi nous ne ferons jamais alliance avec vous. Voilà tout ce que nous avons à vous dire ”. Les députés partirent sur le soir.
Paroles des nations portées par les Goyogouins par un collier
“ Mes neveux, je vous porte à écouter la parole de nos frères les Anglois et aies prendre par la main, parce que nous sommes envoyés de la part de tous les chefs de nos villages qui sont marqués sur ce collier ”.
Paroles des Têtes-Plates
“ Mes frères, soyez persuadés que nous ne romprons jamais la paix que nous avons faite ensemble. Les Cinq- Nations viennent de nous donner une hache et un couteau pour lever des chevelures sitôt qu’ils nbus le diront; voilà tout ce que nous savons ”.
Par un collier , conseil particulier de la part des Cinq-Nations
“ Mes neveux, il faut arrêter votre hache pour quelques jours. Nous sommes à travailler à mettre
178 RELATIONS ET JOURNAUX
notre terre tranquille. Il faut pour cela que le François et l’Anglois se retirent de la Belle-Rivière. C’est pourquoi je vous dis d’arrêter votre hache. Celui des deux qui n’écoutera pas, toutes les nations frapperont sur lui ”.
Du 28 ou 29, la nuit. — Il arrive un collier de la part du chef iroquois [qui est] avec les Anglois au fort Duquesne, qui demande le Castor, son frère, et plusieurs autres de se rendre à la Fourche, où doit se trouver le sieur Georges Crown et le sieur André Montrro ( sic) pour tenir conseil.
29 novembre. — Je * fis partir tous mes François avec plusieurs sauvages pour s’aller mettre dans un lieu un peu plus sûr que celui-ci.
Le 6 décembre. — Il arriva un sauvage venant des Anglois. Il me dit que le conseil étoit fini, que les Anglois avoient consenti à se retirer chez eux et à ne point faire d’établissement dans la Belle-Rivière, qu’ils partiraient tous sous dix jours.
Le 8 décembre. — lin chef de guerre qui se nomme Quolicciganne, autrement la Mère en françois, me dit que le général Forbes étoit parti ; qu’il n’a voit point consenti à se retirer ; que les Anglois avoient commencé un fort de pieux debout et qu’ils n’y étoient que deux cents hommes ; que, sous dix jours, ils recevraient deux mille hommes avec quantité de marchandises pour faire des présents aux sauvages et traiter avec eux.
* Cette relation n’étant pas signée, on ne peut dire quel est l’officier qui parle Note de I’éditeur.
RELATIONS ET JOURNAUX
Le même jour, j’ai donné un collier pour tâcher de lever un parti. Ils me rendirent le collier et me dirent qu’aussitôt que les François marcheroient en gros ils les suivroient ; qu’ils ne pouvoient pas faire la guerre seuls ; que, depuis que les François étoient dans la Belle-Rivière, tous les ans ils dévoient voir beaucoup de monde ; que, sitôt qu’ils verraient paroître l’armée françoise, ils ne seraient pas les derniers prêts. Quelques autres me font espérer que nous frapperons avant qu’il soit peu.