ARTICLE
Il sera permis aux Acadiens qui le voudront, de se 1 retirer sur les terres du roi de France, et ils auront un an à prendre ce parti, à compter du jour de la présente capitulation.
9e ARTICLE
Les François pourront fournir aux Acadiens pour se retirer pendant le cours de cette année [tout ce qui leur sera nécessaire].
10e ARTICLE
Tous les articles de capitulation qui pourront être obliqués d’une manière obscure, seront interprétés à l’avantage des François et exécutés de bonne foi.
RELATIONS ET JOURNAUX
Ces articles furent envoyés au commandant anglois, avec une lettre par laquelle il lui mandoit que M. Rouilly resteroit cliez lui en otage, à la place de celui qu’il lui enverrait de son côté.
M. de Vannes ne fut de retour au fort que sur les six heures du soir. Il amena un officier anglois pour changer l’otage.
Le commandant anglois envoya les termes et conditions que les ordres de son général lui permettoient de donner, et assura que si on les aceeptoit, la garnison seroit traitée avec l’honneur le plus distingué.
L’on assembla le conseil de guerre et l’on lit la lecture de la lettre et des conditions suivantes :
1er ARTICLE
Monsieur le commandant, état-major, employés pour le Roi et la garnison de Beauséjour sortiront armes, bagages, tambour battant.
2e ARTICLE
La garnison sera envoyée directement à Louisbourg aux dépens du roi de la Grande-Bretagne.
3e ARTICLE
La garnison aura suffisamment des provisions jusqu’à Louisbourg.
RELATIONS ET JOURNAUX
4e ARTICLE
Fonr les Acadiens, comme ils ont été forcés de prendre les armes sous peine de la vie, ils seront pardonnes pour le parti qu’ils viennent de prendre.
5e ARTICLE
La garnison ne portera point les armes en Amérique pendant le terme de six mois.
Les termes ci-devant ne sont accordés que sous condition que la garnison sera rendue aux troupes de la Grande-Bretagne à sept heures après-midi.
On délibéra dans le conseil de guerre que l’on récriroit pour demander le temps de la réflexion.
M. de Vannes fut porter une lettre à l’armée angloise qui contenoit que, n’étant pas possible à notre commandant de rien régler dans une demi-heure qu’il Juirestoit, il demandoit jusqu’au lendemain matin.
M. de Vannes rapporta cette lettre, qu’il n’a voit pas eu le temps de faire parvenir au commandant anglois. Celui qui commandoit à la tranchée, lui ayant montré un ordre, recommença son fe,u sur le fort à sept heures, et nous demanda de retirer son .otage et de reprendre le nôtre.
Le conseil de guerre étant assemblé, presque tous les avis tendirent à accepter la capitulation, voyant l’impossibilité de recevoir du secours, la lettre de M. de Drucour, la foiblesse de la garnison et le peu de sûreté des casemates, surtout de la poudrière, etc.
RELATIONS ET JOURNAUX 41
Monsieur le commandant, les officiers et la garnison signèrent la capitulation le 16 juin 1755.
Les Anglois prirent possession du fort le quatrième jour de l’ouverture de la tranchée à sept heures et demie du soir. Leurs troupes passèrent la nuit sous les armes et ne touchèrent point aux marchandises et effets du Boi répandus dans la place, tous les bâtiments étant rasés ; mais, lorsqu’ils virent piller nos propres gens, les officiers anglois ne purent plus en empêcher les leurs ; ils en mirent cependant une partie en sûreté. Notre garnison en sortit le lendemain pour s’embarquer sur des bâtiments de transport pour aller à Louisbourg.
Le commandant anglois écrivit à celui de Gaspareau situé dans la Baie-Verte pour lui offrir et à sa garnison, qui étoit composée de vingt hommes, les conditions accordées au commandant de Beauséjour, ce qui fut accepté par le défaut de réflexion.
Nous eûmes deux de nos plus gros canons de fendus, dont un l’étoit depuis la bouche jusqu’à la distance d’environ six pouces des tourillons, et l’autre pièce, de la bouehe jusqu’à la moitié de la volée. Ces pièces étoient tirées fort souvent inutilement, malgré que j’étois attentif à économiser les munitions ; mais les canonniers recevoient les ordres de tirer. Les canons étoient aussi fort mangés de rouille, qui ronge et qui en fait écailler l’âme et diminuer la force du métal. Nous n’avons pas pu savoir à combien s’est montée la perte des Anglois ; on sut seulement qu’un de leurs ingénieurs avoit eu une cuisse coupée d’un boulet de canon en traçant leurs lignes, que nos canons, tirés à ricochet, les avoient beaucoup incommodés dans leur batterie de
RELATIONS ET JOURNAUX
mortiers, ayant négligé d’y faire un bon épaulement, étant facé sans des enfoncements et couvert de broussailles, et que deux de leurs mortiers avoient été cassés par notre canon ( sic ).
Etat des tués et blessés
Tués :
1 M.Raimbault, officier del’Ile-Royale, par la bombe.
1 Soldat tué au retranchement par le canon.
1 Le sieur Fermand, interprète, par la bombe.
1 M. Billy, commis, ci-devant officier, par la bombe.
3 Acadiens, dont deux par la bombe.
1 François dans une escarmouche.
1 Chef sauvage abénaquis.
1 Officier anglois.
Blessés :
1 M. de Bailleul d’un
coup de fusil.
2 Habitants.
2 Soldats, d’une simple contusion des éclats des bombes.
2 M. de Saint-Laurent et M. de Montarville, blessés légèrement dans le souterrain enfoncé, d’une contusion occasionnée par le fracas d’une bombe.
Voilà à peu près ce qui s’est passé dans l’attaque de ce malheureux poste. Si j’ai omis quelques circonstances, c’est qu’elles sont peu importantes. Il y a eu quelques journaux de faits après la reddition qui sont peu exacts ; la plus grande partie du détail n’est que des faits supposés, où les choses sont rapportées dans un sens tout différent qu’elles se sont passées. Mais des gens capables de réflexion qui les ont vus, les ont soupçonnés
RELATION ET JOURNAUX
d’infidélité, en s’arrêtant sur l’article où il est dit que la raison qui a le plus accéléré la reddition de ce fort, étoit la mauvaise construction des ouvrages qui n’étoient pas capables de la moindre résistance à quelque attaque que ce fût. L’on a pensé que si l’accès en eût été aussi facile qu’on vouloit le faire entendre, les Anglois qui en connoissoient le fort et le foible, tant par rapport à ses ouvrages qu’à la situation du lieu, et qui en avoient un plan exact, sur lequel ils ont déterminé le projet d’attaque, à Halifax, auraient épargné bien des dépenses et des précautions.
D’un autre côté, le peu de progrès des assiégeants lorsqu’ils ont été devant cette place, dont le feu les tenoit toujours éloignés, et qui n’avoient pas gagné un pouce de terrain dans quatre jours de tranchée ouverte pour approcher de nos palissades, ni pu établir une seule batterie de canon, sans compter toutes les difficultés qu’ils auraient eues si nous eussions bien employé le temps et les hommes pour les leur augmenter, fait voir qu’il y a bien des choses dans tout ce qui a été dit et écrit au sujet de l’attaque et de la défense de ce fort qui sont fort suspectes.
Il y a des gens qui ont cru devoir prévenir le public que, si ce fort s’est rendu si tôt, ce n’est que parce qu’il n’ étoit pas possible d’en pousser la défense plus loin. Cette espèce de justification pour les défenseurs de Beauséjour me paraît déplacée; et, supposé qu’ils en eussent besoin pour détruire de faux préjugés, on ne réussirait qu’en disant des choses vraisemblables, et non en voulant persuader que nous ne pouvions résister un instant dans le fort. Quand bien même nous n’aurions
RELATIONS ET JOURNAUX
eu qu’une simple palissade pour défense, l’on nous reprocherait toujours le temps que nous avons perdu pour nous fortifier et nous mettre en état de faire une vigoureuse résistance, et nous avons plus manqué d’habileté dans cette occasion que de courage, l.e courage seul ne suffit pas dans les actions de défensive ; elles demandent de l’intelligence, des peines, des soins et des fatigues continuelles et plus d’adresse et d’intrépidité que dans la guerre offensive, et l’on doit toujours se trouver extrêmement malheureux d’être obligé de céder à son ennemi après avoir fait tout ce qu’on peut pour lui résister. Tout ce qui peut consoler celui qui aime son métier, c’est qu’il acquiert toujours de l’expérience et se met en état de mieux faire dans d’autres occasions. Ce sont là mes espérances.
Articles comprenant une description de l’état où étoient les différents forts établis sur l’isthme entre la Baie-Verte et la Baie- Françoise, qui joint aux terres du Canada la presqu’ île dont l’Acadie fait partie ; et quel étoit l’objet de ces forts, avec un examen des défenses dont ils étoient capables, lorsque les Anglois sont venus pour les assiéger.