JOURNAL DE L’EXPEDITION DE M. DE VILLIERS
Le 19 mai. — Je partis de Lachine avec six cents hommes.
Le 26. — J’arrivai à la Présentation, où l’on m’appris que l’on avoit vu l’ennemi.
Le 27. — J’envoyai M. de L’Espervanche à la découverte avec des sauvages ; il vint me dire qu’il n’avoit rien vu.
* M. Coulon de Villiers était un des jilus braves officiers de la colonie, aussi intelligent qu’infatigable. Il commandait la fameuse expédition des Mines en Acadie, où il fut blessé. Un des coups d'audace les plus remarquables dont il soit fait mention dans les annales de la Nouvelle-France, fut accompli sous son commandement. “ A la tête de cinquantecinq hommes seulement, il s’avança jusqu’à vingt lieues de Philadelphie, et prit le fort Granville, bâti sur le bord de la rivière Juniata (1756). Ce fort de cinq cents pieds carrés, flanqué de quatre bastions, muni d’artillerie, avait une garnison de soixante-quatre soldats. M. de Villiers surprit les sentinelles ; pénétra à travers les portes, l’épée à la main ; tua une partie de la garnison avec son commandant, le lieutenant Bradford ; fit le reste prisonnier, et brûla le fort”. L’abbé Casgrain, Montcalm et Lévis, Vol. I, p. 162. Montcalm disait à cette occasion: “ M. le chevalier de Villiers a fait, cette année-ci, une campagne très brillante”. Montcalm à M. de La Bourdonnai) e, 20 septembre 1756.
Coulon de Villiers mourut à Québec, le 2 novembre 1757, âgé seulement de quarante-huit ans.
Le 28. — Il arriva un parti, qui arrivoit de Chouaguen avec deux prisonniers et deux chevelures, des sauvages de la Présentation ; je fus obligé d’attendre mes sauvages qui étoient derrière moi qui arrivèrent le 29.
Le 30. — Je leur fis festin.
Le 31. — Je partis.
Le 5 juin. — J’arrivai à la baie de Niaouré ; je fis construire un petit fort pour y laisser mes vivres et ustensiles, avec un détachement commandé par M. le chevalier de Gannes.
Le 10. — Je partis du dit fort.
Le 13.- — Je couchai à trois lieues de Chouaguen, j’envoyai à la découverte de MM. de Yilmomble et de l’Espervanche, cadet, qui furent au Portage, pour découvrir s’il ne descendoit pas des bateaux.
Le 15. — Ils sont arrivés, et ils m’ont dit qu’il n’y a voit point d’apparence de bateaux.
Le 16. — Je prends le parti d’attaquer Chouaguen. Je fais feu dès la pointe du jour jusqu’à midi; les Anglois y répondent par des coups de canon et beaucoup de bombes. Je leur ai tué trente hommes, suivant l’aveu d’un prisonnier que je leur ai fait ; ils me blessèrent un soldat et un sergent. Je revins à l’Anse-aux- Cabanes, où nous nous reposâmes environ deux heures. Il parut deux berges dans le lac qui s’approchèrent de l’anse pour nous découvrir, et, quand ils furent à une certaine distance, ils nous envoyèrent leurs décharges. Nos sauvages et Canadiens tirèrent plusieurs décharges sur eux sans leur rien faire étant hors de portée.
Le 17. — J’arrive à mon fort.
RELATIONS ET JOURNAUX
Le 19. — J envoyai à la découverte des Mississagués et des Népissings à la rivière de Monsieur-le-Comte.
Le 25. — Sur le midi, ces découvreurs viennent me rapporter qu’ils ont vu huit berges et une barque qui coupoient sur l’Ile-aux-Galops. J e traversai avec une partie de mon monde. Je m’embusquai dans l’île ; j’envoyai M. de la Saussaye avec un sauvage, qui revint surle-champ me dire que les Anglois venoient le long de l’île. J e laissai dépasser la barque qui passoit un peu au large et nous fîmes nos décharges sur les berges ; nous en défîmes une entière et prîmes le commandant prisonnier et autres. Cette berge étoit de douze hommes, et nous tuâmes beaucoup de monde, et blessés (d’autres), dans les autres berges, qui se rejetèrent à la barque. Je poursuivis quatre autres berges à quatre lieues dans le lac, et je fus obligé de m’en revenir par le vent, ne pouvant gagner sur eux. J’avois fait partir la veille M. de Langy avec un parti pour aller faire un prisonnier au portage des trois forts. Les sauvages de M. Piquet me laissèrent; il ne m’en resta que deux.
Le 26. — M. Marin arrive avec soixante Folles- Avoines.
Le 28. — Je pars pour aller sur l’ennemi. Le matin, sur les neuf heures, je me trouve en travers de la rivière de Monsieur-le-Comte, où je découvre trois barques dans le large. Je me jette dans la rivière à Monsieur-le-Comte, où je reste tout le jour, dans la crainte d’être découvert. Je sors de nuit, et je m’en vais rentrer dans la rivière aux Sables, où je laisse mes canots, où je prends le parti d’aller par terre.
RELATIONS ET JOURNAUX
Le 29. — Sur les deux heures après-midi, j’envoyai à la découverte sur le lac M. de la Saussaye avec des sauvages ; il nous amenèrent deux déserteurs. Ils m’assurèrent que je n’étois point découvert, et que c’étoient nos barques que nous avions vues et que les barques angloises ne sortoient point. Nous continuons notre route.
Le 30. — J’envoie M. Marin avec M. de la Saussaye avec deux sauvages à la découverte du côté du petit lac des Onéyouts, et quatre autres découvreurs pour voir si l’on découvrirait des bateaux. M. Marin arrive le 3 juillet au matin et dit qu’il n’a rien vu; mais quatre sauvages, que j’avois envoyés au Petit-Portage, me rapportent qu’ils ont vu passer la veille trois bateaux et qu’il y avoit apparence que tout étoit passé. Je fis assembler Messieurs les officiers et les sauvages, et nous décidons ensemble que ces canots qui sont descendus, faut qu’ils remontent ( sic ). J’ai renvoyé dans le moment M. Marin à la découverte, qui me renvoie dans le moment un sauvage me dire que la rivière est garnie de bateaux qui remontent. Je fais convenir les sauvages et François d’aller au Portage pour les attendre. L’ardeur des sauvages les fit jeter sur le bord de la rivière ; ils font leurs décharges, et nous sommes obligés de faire la même manœuvre. Nous tuons beaucoup de monde; l’ennemi se retire ; nous n’en voyons plus. Ils avoient abandonné leurs bateaux. Suivant les apparences, tout étoit fini. Nous nous en revînmes à nos paquets. Il vint un Folle-Avoine me dire que l’ardeur de cinq Folles- Avoines pour lever des chevelures (les avait fait) traverser, et qu’ils étoient entourés par les Anglois. Je ranime
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mes sauvages et François pour retourner leur donner du secours. J’arrive sur le bord de la rivière avec tout mon monde. Les Folles- Avoines me crièrent qu’ils se battoient et qu’ils avoient levé quinze chevelures. Je traversai sur l’autre côté avec les sauve ges et environ soixante François, et je laissai le reste de mon parti de ce côté-ci. Quand je fus de l’autre côté, les Folles- Avoines me dirent que les Anglois étoient retirés, mais qu’il y en a voit beaucoup dans une petite île. Je fus vis-à-vis et leur criai de se rendre. Ils se jetèrent dans leurs bateaux pour venir à moi. L’ardeur des Folles- Avoines les fit jeter à la nage, à qui mettrait la main dessus le premier. Nous en prîmes le nombre de quarante et cassâmes beaucoup de bateaux ; et, par l’aveu des Anglois, ils étoient cinq cents bateaux, dans lesquels il y avoit deux mille Anglois, et accusèrent que nous leur avions tué cinq cents hommes. Et ce qu’il y a de sûr, est que nous avions quarante prisonniers. Et, quand je fus revenu à nos paquets, je fus surpris de trouver M. de Gannes blessé et autres François, qui s’étoient tirés d’un bord à l’autre de la rivière, un quart de lieue plus bas d’où j’avois traversé. Enfin, j’ai perdu M. de Gannes, deux habitants et deux soldats, qui furent pris prisonniers en faisant le pillage ; le feu dura jusqu’à six heures du soir et je me retirai.
Le 4 juillet. — Je rencontre M. de Langy qui revient au-devant de moi, qui a fait un prisonnier.
Le 5. — J’arrive à mon fort, où l’on me remet un ordre de Monsieur le général pour faire faire une découverte à M. Des Combles, l’ingénieur ; il m’arriva quatre piquets des régiments.
RELATIONS ET JOURNAUX
Le 22. — Je partis avec les quatre piquets, soldats et miliciens de la colonie, au nombre de quatre cents hommes.
Le 24. — Je me rendis à un quart de lieue de Chouaguen. Monsieur l’ingénieur et M. de Langy, avec deux sauvages et l’interprète, furent dans la nuit auprès des forts, et ils y couchèrent. A la pointe du jour’, l’ingénieur releva les plans des forts. Je lui avois mis une garde de soixante hommes entre lui et moi, pour se replier au cas qu’il fût découvert.
Le 25. — Au matin, il vint me rejoindre et me dit qu’il étoit content et qu’il avoit fait tout ce qu’il devoit faire. Je lui dis que j’allois attaquer le fort. Il me dit que, si je l’attaquois, cela feroit qu’il se fortifieroit davantage; je fus de son avis. Je fis assembler Messieurs les officiers de France et de la colonie, qui se trouvèrent du même avis. Je revins à mon fort.
Le 27. — M. de Eigaud arrive.