‹ Collection des manuscrits du maréchal de Lévis (volume 3)Chapitre 57 sur 85 · A M. LE DUC DE CHOISEUL · texte numérisé non relu

A M. LE DUC DE CHOISEUL

Avril 1761.

J’ai reçu la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire en réponse au mémoire que j'ai eu celui de vous envoyer concernant le paiement de la solde des troupes de terre qui ont servi en Canada.

Conformément à vos intentions, j’ai vu M. le contrôleur général et lui ai expliqué les demandes que faisoient ces troupes, que vous avez trouvées justes et qu'il a jugées de même; mais je n’ai pas eu la même satisfaction sur les moyens qu’il pourroïit prendre pour payer une dette si légitime. Il m’a dit que, dans le temps, le fonds avoit été fait pour leur solde, que c’étoit la Marine qui les avoit reçus. J’ai vu M. Berryer, qui n’a pas disconvenu que cette demande ne fût très juste, mais que ce paiement devoit regarder la guerre ou la finance, n’ayant ni les fonds ni les moyens pour payer.

Il résulte de tout cela que les troupes ne sont pas payées et qu’elles sont renvoyées d’un département à l’autre, où l’on convient de leur droit, mais on ne recoit pas la dette, chacun disant que cela ne le regarde pas.

Ces troupes sont de votre département et méritent que vous les protégiez par la façon distinguée avec laquelle elles ont servi. Vous êtes le seul qui pouvez leur faire rendre une prompte justice. Il n’est pas naturel qu’elles soient les seules à qui la solde ne soit pas payée, et que ce soit la raison d’avoir été expatriées pendant six ans qui les en prive. Ce n’est pas leur faute, si ces fonds ont été employés à autre chose.

La question est que l’on leur a donné une monnoie en papier pour qu’elle leur soit remboursée en argent. Elles réclament de nouveau votre protection et

attendent de vos bontés et de votre justice que vous leur fassiez obtenir la satisfaction qu’elles demandent. Je ne puis, quant à ce qui me regarde, qu’avoir l’honneur de vous représenter la justice de leur cause. La destination que vous avez bien voulu me donner d’aller servir à l’armée me privera de vous solliciter davantage à cet égard. Je finis en vous suppliant de considérer que ces troupes sont dans le plus pressant besoin et que leur papier va passer dans les mains des usuriers, si elles n’ont bientôt une certitude pour leur paiement.

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