FLEURY VAUDREUIL
A Montréal, le 22 septembre 1758.
Monsieur,
J’ai reçu la lettre que vous m'avez fait l’honneur de m'écrire le 18 de ce mois. |
Le parti que les Anglois ont pris de brûler les deux grandes barques qu’ils nous avoient prises et de se
retirer de Chouaguen, ne me permet pas de penser, quant à présent, à autre chose qu'à l’approvisionnement de Niagara et de tous nos postes de la Belle-Rivière. Mais j'espère qu’eu égard à la mission que je vous avois destinée, ce ne sera qu’un différé. Voilà la seconde fois que le désir constant que j'ai de vous employer devient iufructueux. J'espère que je serai plus heureux au premier mouvement que les circonstances pourront me favoriser. Soyez, je vous prie, Monsieur, bien persuadé que j'en aurai en mon particulier la plus grande satisfaction et que rien n’égale l’intérêt que je prendrai toujours à ce qui vous regarde. Tout bien considéré, nous devons nous attendre que les Anglois feront une nouvelle tentative sur Carillon cet automne. Je m'arrange pour faire passer toutes les forces qui sont à ma disposition à M. le marquis de Montcalm, lorsque le cas l’exigera ; je l'en ai prévenu. Il me faut cependant environ trois mille Canadiens pour suffire au va-et-vient de Frontenac et à celui de Niagara. Continuez-moi votre amitié; vous connoissez l'étendue de celle que j'ai pour vous et l'attachement vif et sincère avec lequel j'ai l'honneur d’être, etc.
VAUDREUIL
P. S.— M" de Vaudreuil est toujours très sensible à l'honneur de votre souvenir et me charge de vous dire mille choses de sa part,
A Montréal, le 27 septembre 1758.
Monsieur,
J’ai reçu la lettre que vous m'avez fait l’honneur de m'écrire,
J’étois bien persuadé du plaisir que vous auriez à apprendre que les Anglois ont abandonné la partie du lac Ontario. Ils ont vraisemblablement eu connoissance de mon activité à y faire marcher des forces considérables. Il est toujours bienheureux qu'ils aient pris ce parti et qu'ils n’aient pas profité de nos deux grandes barques.
M. de Montigny s’est rendu à Niagara le septième jour de son départ. J’ai recu des nouvelles de M. Des Ligneris du 29 du mois dernier ; il n’avoit encore aucune certitude d’être attaqué. M. de Rocheblave, qui a fait la dernière découverte à Cumberland, y a trouvé le camp de l'ennemi à peu près dans le même état qu'il l'avoit vu précédemment. Les forces de M. Des Ligneris sont considérables. J'ai su que M. de Bellestre étoit en route pour Pallér joindre avec les milices et les: nations sauvages du Détroit, Il me marque qu'il craint plus la disette des vivres que les Anglois. J’aienviron trois mille Canadiens en mouvement pour approvisionner cette partie.
Il est bien à souhaiter, Monsieur, que les Anglois se retirent bientôt de l’ancien fort Georges; mais je suis toujours dans la persuasion qu’ils hasarderont cet automne une nouvelle tentative sur Carillon ; aussi me
tiens-je en état de faire passer tous les secours qui sont en mon possible, sitôt que le cas l’exigera.
Il faut espérer que les deux partis que nous avons en avant nous mèneront quelques prisonniers qui nous donneront des connoïssances plus certaines des vues de l'ennemi.
Je ne néglige rien pour vous envoyer des sauvages. I1 n’est en effet rien de plus essentiel que de harceler les ennemis sur le chemin du fort Lydius.
Vous connoissez, mon cher chevalier, la pureté et la solidité des sentiments que je vous ai voués. Je ne puis que vous réitérer le désir que j'ai de vous en donner les preuves les plus parfaites. Vous voyez vous-même que les choses ont d’elles-mêmes assez bien tourné pour que je ne sois obligé d'exécuter aucune entreprise ; mais je saisirai avec plaisir la première occasion qui se présentera pour vous confier une mission qui Vous convienne, au zèle et à l’expérience que je vous connois. Je serai bien charmé d’avoir l'honneur de vous voir, lorsque les circonstances vous permettront de descendre et de vous renouveler les assurances de l’attachement vif et sincère avec lequel j'ai l'honneur d’être, etc.
A Québec, le 25 mai 1759.
Monsieur,
Dès mon arrivée, je vous envole un courrier pour vous informer que des nouvelles plus détaillées de la jorce et de l’espèce des bâtiments qui composent l’avant-
garde de la flotte angloise me font espérer que nous aurons du temps. Je ne perds cependant pas un moment à mettre tout en règle ici. La nécessité de ménager les vivres me détermine à suspendre le départ de la totalité des Canadiens que je destine à la défense de Québec. J'écris à mon frère pour qu'il en fasse partir quinze cents. À l'égard des cinq bataillons, vous ne sauriez mettre trop de diligence pour nous les faire arriver. de vous prie aussi de me joindre de votre personne, dès que vous aurez tout mis en mouvement. Vous voudrez bien, avant votre départ, envoyer les instructions que vous croirez convenables, soit à Carillon, soit à Saint- Jean pour mettre en état l’Ile-aux-Noix, et vous voudrez
bien, Monsieur, conférer avec mon frère sur ce que
vous croirez de plus avantageux au service pendant votre absence.
Au camp, le 1* juillet au matin.
Je souhaite, Monsieur, que vous ayez dormi plus tranquillement que moi, qui ai été reveillé plusieurs fois par les nouvelles de la Pointe-de-Lévis. A s’en tenir aux dernières, les ennemis paroïssent y cheminer avec des charriots et peu de train d'artillerie. Je voudrois pouvoir conférer avec vous sur la question de savoir si nous y enverrions un gros détachement que nous ne pouvons faire partir qu'à marée montante, sur les huit
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heures un quart. Aussi, je vous serois obligé de venir dîner avec moi ou tout au moins en sortant de votre dîner, à votre plus grande commodité, avec un officiermajor de nos troupes de la colonie pour le renvoyer porter des ordres que vous pourriez avoir à donner.
Je vous serai aussi obligé de demander à M. de Charly l’état de la force des troupes que vous commandez.
Au camp, le 2 juillet 1759.
Monsieur,
J’ai recu la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire, Il n’est rien de mieux que ce que vous me faites celui de me marquer. Je compte avoir le plaisir d'en conférer incessamment avec vous.
Je fais partir M. de Niverville avec quelques sauvages et quelques habitants de la Pointe-de-Lévis, pour aller faire la découverte en question sur cette île (d'Orléans). | |
Comme M. de Florimond connoît parfaitement l’île d'Orléans, je l'ai chargé d’aller dans l'instant joindre M. de Courtemanche et de travailler avec lui pour avoir le plus grand nombre de sauvages qu'il sera possible, qui, avec une quinzaine de Canadiens, se porteront cette [nuit] sur l’île d'Orléans et rechercheront l’occasion de frapper. M. de Florimond me témoigne beaucoup
de zèle pour cette petite expédition, et jy ai beaucoup de confiance.
. Vous savez qu'on ne peut rien ajouter à l’attache-
ment vif et sincère avec lequel j'ai l'honneur d’être, etc.
À Québec, le 5 juillet 1759,
Monsieur,
J'apprends par des femmes retirées à la quatrième concession, vis-à-vis de Beauport, qu’il y a des sauvages de la partie du Sault campés dans ces environs, qui, non content de tuer les bestiaux qu'ils rencontrent, enlèvent aussi les filles et les enfants. Comme il est de la dernière importance d’arrêter au plus vite ce désordre, je vous prie, Monsieur, de faire partir, sitôt ma lettre recue, un détachement d’une vingtaine d'hommes pour en imposer à ces sauvages, avec des interprètes pour distinguer de quelle nation ils sont et leur parler avec fermeté, Le porteur de cette lettre les conduira au lieu où ces sauvages sont campés. Vous les ferez rendre à votre camp. Je vous prie, lorsque vous saurez de quelle nation ils sont, de parler à leurs chefs, pour qu’ils prévoient à ce qu'il n’arrive désormais aucune incartade de cette espèce de la part de leurs gens. Je vous serai obligé, Monsieur, de vouloir bien m’informer de quelle nation sont les dits SAUVAges.
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Au camp, le 11 juillet 1759.
11 arrive, Monsieur, dans le moment deux courriers de Montréal. J’ai l'honneur de vous envoyer ci-Jointes les lettres que j'ai trouvées à votre adresse. Les Abénaquis m'ayant demandé M. de Noyelle-Lanoë, j'ai consenti qu'il fût avec eux. Ainsi, Monsieur, vous pourrez l’employer, c’est-à-dire consentir qu'il marche avec eux, lorsque l’occasion s’en présentera.
J’ai l'honneur de vous souhaiter le bonjour.
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