‹ Collection des manuscrits du maréchal de LévisChapitre 7 sur 24 · JOURNAL · texte numérisé non relu

JOURNAL

DU

CHEVALIER DE LÉVIS EN CANADA De 1756 à 1760'

Après la paix d'Aix-la-Chapelle, l'expression vague et indéfinie d'anciennes limites de l'Acadie, article 12 du traité d'Utrecht, devint un objet de discussion entre la France et l'Angleterre. La France, après quarante années de silence, prétendit que les Anglois avoient portés ces limites beaucoup au-delà de leur point naturel, et le gouverneur général du Canada, M. le mar-

* La copie des manuscrits du maréchal de Lévis qui a servi de texte i la présente publication, a été faite sous la direction et la surveillance de M. Léon Lecestre, élève de Pécole des Chartes, archiviste aux Archives Nationales de France. Chaque pièce a été oollationnée par. lui-môme avec un soin et une exactitude qui lui donnent la valeur de l'original.

L'abbé H. R. Cabgrain.

quis de La Galissonnière, envoya un détachement dans cette partie prendre possession du terrain qu'il prétendoit usurpé. Après des protestations respectives, il fut arrêté qu'on nommeroit des commissaires pour terminer cette difficulté à l'amiable.

Les missionnaires des sauvages qui avoient bien plus d'autorité en temps de guerre qu'en temps de paix, se trouvant intéressés à troubler l'harmonie en cherchant à se rendre nécessaires par le crédit qu'ils avoient sur les sauvages, saisirent avec empressement cette occasion ; et, par leurs correspondances avec les gouverneurs et les ministres, ils parvinrent à persuader au gouvernement que l'on pourroit sans se compromettre faire déguerpir les Anglois de toute l'Acadie en faisant intervenir les sauvages comme vrais propriétaires, au préjudice desquels la France n'avoit pu céder un pays qui ne lui appartenoit pas. Cette idée ayant pris faveur, les sauvages, animés par les missionnaires, commencèrent la guerre et chassèrent les Anglois de toute la presqu'île de TAcadie jusques à Port-Royal. Mais les Anglois protestoient contre ces actes d'hostilité, qu'ils nous imputoient et que nous rejettions sur les sauvages, peuples libres qui ne reçoivent l'ordre de personne. Pendant ce temps, les commissaires des deux nations, qui étoient à Paris, disputoient, faisoient de gros livres et ne terminoient rien.

En 1763, nous voulûmes enfin exécuter l'établissement de l'Ohio ou Belle-Rivière, projeté depuis longtemps et depuis longtemps nécessaire, mais il s'en

falloit bien que le Canada fût en état de soutenir un si grand projet par la disproportion de ses forces à celle des colonies angloises, dont la supériorité étoit de vingt contre un.

Les Ânglois, attaqués aux deux extrémités de nos possessionSi qui étoient l'Âcadie et l'Ohio, se déterminèrent enfin à l'invasion générale de la colonie françoise, en faveur de l'humanité, disoient-ils, et sous le prétexte d'arrêter les cruautés des sauvages, sans avoir fait à la France aucune déclaration de guerre.

Notre entreprise sur TOhio donna lieu au prétendu assassinat de M. de Jumonville, qui fut vengé sur le champ par l'expédition du fort de la Nécessité. Pendant ce temps, l'on faisait à Londres des préparatifs assez puissants pour envahir le Canada dans une campagne.

L'automne de 1764, les troupes destinées à cette expédition débarquèrent dans différents ports de la Nouvelle-Angleterre, selon les lieux où elles dévoient agir.

Au printemps 1755, un corps fut porté à l'Acadie, un autre sur Niagara, un troisième commandé par le général Bradock, chef de l'entreprise, sur l'Ohio. Le premier fit le siège du fort de Beau-Séjour à l'Acadie, qui capitula; le second attendit le succès de la marche du général Bradock pour se mettre en mouvement et £Bdre sa jonction ; mais ce général fut attaqué, battu, défait entièrement et y perdit lui-même la

38 JOUBNAL DES CAMPAGNES

vie ; oe qui fit manquer en entier le projet des Anglois. Les instructions du général Bradock, prises dans sa défaite, ouvrirent les yeux à toute l'Europe et la guerre se fit enfin ouvertement.

La France, voyant que les Anglois ne cherchoient qu'à l'amuser, envoya, au commencement de 1765, un secours de troupes de terre commandées par le baron de Dieskau, maréchal de camp, et M. de Rostaing, colonel. Ce secours étoit composé des régiments de la Reine, Languedoc, Guyenne et Béarn, et d'une augmentation de quelques compagnies des troupes de la Marine. Elle envoya aussi le marquis de Vaudreuil pour relever M. Duquesne dans le gouvernement général de la colonie. En arrivant au Canada, à la fin de juin, avec partie seulement du susdit secours, l'autre ayant été prise en chemin, et ayant appris que les Anglois s'emparoient de PAcadie, M. le marquis de Vaudreuil, de concert avec M. de Dieskau, résolut d'aller faire le siège de Choagen, fort situé au Sud du lac Ontario, à la rive gauche de l'embouchure de la rivière du mdme nom. Il avoit fait arriver à Frontenac les régiments de Guyenne et de Béarn ; et le reste étoit en marche, lorsqu'il apprit que les ennemis avançoient vers Saint-Frédéric et étoient déjà sur le lac Saint-Sacrement.

Ce fut alors qu'il apprit la défaite du général Bradock par le sieur de Contrecœur, capitaine des troupes de la Marine, qui commandoit dans toute la partie de la Belle-Rivière et qui étoit particulièrement chargé

DU CHEVALIER DE htVlS

de la défense du fort Duqueene; et, sur Pavis qu'il eut de la marche des ennemis, il prit la résolution d'envoyer le sieur de Beaujeu au-devant de l'ennemi, tant pour le reconnoître que pour le combattre dans le défilé qu'il avoit à passer, s'il voy oit jour à le faire avec succès. Son détachement étoit composé de quatrevingts soldats, cent-vingt miliciens, et environ quatrecent-cinquante sauvages.

A six heures de là, on rencontra l'ennemi. Sa marche étoit un ordre de bataille ; des divisions de quatre de hauteur sur seize de front, qui se doubloient au premier coup de fusil, fermoient cette colonne ; quatre obusiers et quatre canons de douze, chargés à cartouches, marchoient à la tête ; deux canons de six étoient au centre, et quatre à la queue avec deux mortiers.

Notre avant-garde composée d'une vingtaine de sauvages fit son cri et sa décharge de fort loin, et aussitôt l'artillerie des ennemis fit retentir les bois.

Les sauvages, étonnés du bruit du canon et de l'effet de ceux qui étoient chargés à cartouches ainsi que des obusiers, firent leur première décharge et prirent la fuite; les Canadiens les suivirent, et l'un entraîna l'autre, de manière que tout fut rompu.

Dans ce moment, M. de Beaujeu fut tué, et fut remplacé par le sieur Dumas, devenu l'ancien capitaine des troupes de la Marine, qui fit alors de nouveaux effbrts pour rallier les troupes. A quoi ayant réussi, il marcha à cette colonne couverte par le bois qui déroboit à l'en-

nemi la disproportion de nos forces ; notre feu vif et soutenu en imposa ; la colonne s'arrêta et redoubla son feu de pied ferme, tandis que le sieur Dumas envoya des officiers solliciter les sauvages qui, retirés hors de portée, attendoient l'événement.

Alors la première division des ennemis se rompit pour faire place à la seconde ; ce mouvement rétrograde ranima nos troupes; l'ennemi fuit; les bois retentirent du cri de Vive le Roi I et les sauvages revinrent à la charge. Heureusement le canon les éloigna du front et leur fit gagner le flanc de l'ennemi. Alors la supériorité de cette mousqueterie étonna bientôt les Anglois par la quantité de morts et de blessés qu'ils eurent dans un moment. Nous vîmes la tête flotter, et, l'instant d'après, nous fûmes maîtres de la première artillerie ; le reste de l'action ne fut plus qu'une déroute complète.

Après la défaite du général Bradock, on résolut de suspendre le siège de Choagen, de faire rétrograder seulement les régiments de la Reine et Languedoc et de marcher au lac Saint-Bacrement par le lac Champlain, sur la frontière de la Nouvelle -York, avec environ huit cents soldats de la Marine ou Canadiens, quatre cents sauvages et les deux susdits bataillons. M. de Dieskau se mit à la tête de ce détachement au commencement du mois de septembre. Comptant fortement sur les sauvages pour cette expédition, il laissa les deux bataillons en arrière, dont il ne prit qu'un détachement de deux cents hommes; il fut

vers le fort Lydîas *, d'où il se rabattit sur sa droite pour marcher à l'armée ennemie qui étoit sur le lac Saint-Sacrement. Chemin faisant, il rencontra un détachement des ennemis de deux cents hommes, qu'il défit entièrement; les Canadiens et les sauvages l'abandonnèrent et poursuivirent les fuyards jusqu'aux retranchements du lac Saint-Sacrement, où était campé le colonel Johnson avec un gros corps de troupes d'environ quatre mille hommes, de manière que M. de Dieskau arrivant avec les troupes réglées de son corps, il ne lui fut pas possible de faire aucune disposition, les sauvages et les Canadiens de son avantgarde s'étant engagés dans le bois et occupés à fusiller avec les ennemis. M. de Dieskau s'avança avec les troupes réglées pour tâcher de remettre l'ordre ; mais il fut d'abord blessé et reçut peu après une seconde blessure qui, le mettant hors d'état d'agir et même d'être transporté, ne lui permit plus de pouvoir donner aucun ordre. Les sauvages et les Canadiens, dispersés dans le bois, se retirèrent en désordre, et les troupes réglées firent l'arrière-garde en bon ordre aux ordres du chevalier de Montreuil, aide-major général, qui fut joindre les deux bataillons de la Reine et de Languedoc, qui étoient restés à quatre lieues en arrière, aux Deux- Rochers de la baie du lac Champlain, aux ordres du sieur de Roquemaure, lieutenant-colonel du régiment de la Reine, à qui le com-

* Ce mot est toujours écrit lAdieux,

mandement des troupes de terre resta, M. de Dieskau étant prisonnier et M. de Rostaing ayant été tué au combat naval sur le vaisseau VAlcide. La perte de ce détachement fut égale à celle des ennemis ; il y eut beaucoup de monde tué ou blessé de part et d'autre. Après que ce détachement fut réuni aux deux bataillons, il se replia au fort Saint- Frédéric, d'où il remarcha, au commencement d'octobre, pour construire un fort à Carillon, distant de cinq lieues dudit endroit. Les ennemis en firent un à l'endroit où ils étoient, appelé fort Georges, situé au fond du lac Saint-Sacrement, où on laissa des garnisons de part et d'autre. On fortifia les postes du côté du lac Ontario, et toutes les troupes entrèrent en cantonnement dans le commencement de décembre. On laissa à Frontenac et à Niagara de fortes garnisons ; on savoit que les ennemis avoient établi deux forts au portage de la rivière de Corlac pour la mettre en sûreté, dont un à chaque extrémité, et qu'ils y avoient amassé des provisions pour l'entrée de la campagne prochaine. On résolut d'enlever ces forts sans trop les connoître, ni le chemin pour y arriver. Un sauvage de la Présentation, nommé Oratory et Anoyot, devoit conduire cette expédition dont on destina le commandement au sieur de Léry, lieutenant de la Marine, auquel on donna un détachement d'élite de trois cents hommes, dont cent sauvages et trente hommes de troupes de terre commandés par un sergent ; le reste de la Marine ou Canadiens.

Ce détachement, qui devoit partir à bonne heure, ne partit de la Chine que le 26 février ; et, malgré tous les obstacles de la saison qui n'étoit propre ni à aller i pied, faute de neige, attendu l'hiver doux qu'on avoit eu, ni par eau par les revers du froid qu'il fit dans ce temps, il arriva à la Présentation le 7 mars. Il prit des vivres pour un mois et se mit en chemin le 12. Le sauvage qui devoit guider le détachement s'échappa ; mais on le rattrapa après bien de la peine et avoir longtemps erré et jeûné pendant deux jours. Le détachement arriva le 26 à un quart de lieue du fort. Des sauvages anoyots, qu'il avait trouvés la veille, lui ayant rendu compte de la situation des forts, il marcha le 27 et arriva sur le chemin entre les deux forts, où il prit des charriots chargés de vivres. Après avoir fait halte et s'être reposé, il se détermina à attaquer le fort qui étoit en haut de la rivière de Choagen, où il y avoit cinquante hommes commandés par un lieutenant. Tandis que les uns fusilloient sur le fort, les soldats des troupes de terre et autres furent à la porte dudit fort qu'ils enfoncèrent dans l'espace d'une heure de temps avec un bélier, malgré les grenades et coups de fusils. On entra dans le fort et l'on fit main basse sur tout. Le feu ayant pris i la poudrière obligea de sortir, et à peine eut-on le temps de s'écarter que le fort sauta. Le détachement repartit le mdme jour, et, manquant de vivres et de souliers, il s'arrdta à la baie de Nyanwauré où les bateaux le joignirent; et il rentra à Montréal le 9. Les ennemis ont perdu

44 JOURNAL DBS GAMPAGNEB

dans cette affaire quatre-vingts hommes, compris l'escorte du convoi ; et nous un soldat de la Marine et un sauvage, et neuf blessés. On trouva peu de provisions dans ce fort, qui n'étoit qu'un entrepôt.

Le Roi ayant résolu d'envoyer de nouveaux secours au Canada et de remplacer les officiers supérieurs qu'il y avoit fait passer l'année dernière, fit choix du marquis de Montcalm, du chevalier de Lévis et de M. de Bourlamaque, qui furent pourvus des grades, le premier de maréchal de camp, le second de brigadier, et le troisième de colonel. Les bataillons de la Sarre et de Royal-Roussillon furent destinés pour ce secours avec quelques officiers d'artillerie et des ingénieurs. Le tout fut assemblé à Brest au commencement de mars 1756 et arriva heureusement au Canada sur la fin de mai.

M. le chevalier de Lévis étoit parti de Brest le 6 avril sur la frégate La Sauvage^ et, après 56 jours de navigation, il arriva à Québec le 31 mai, où M. de Montcalm étoit arrivé le 18 et parti le 22 pour Montréal, où M. de Lévis fut le joindre, après avoir disposé les troupes pour se mettre en marche et fait partir en deux divisions, la Sarre, les 6 et 7 juin, Royal-Roussillon les 10 et 11. Il arriva à Montréal le 15 au soir et où, après avoir conféré avec MM. de Vaudreuil et de Montcalm sur les opérations de la campagne, il partit avec le dernier pour Carillon, le 27 juin, où ils arrivèrent le 8 juillet.

Sitôt l'arrivée du secours, il fut convenu qu'on corn-

menceroit la campagne par une démonstration offén- Bive vers Carillon tandis qu'on disposeroit toutes choses à Frontenac pour le siège de Choagen que Pon tenteroit, s'il y avoit moyen au milieu de la campagne ; on se fortifia dans tous les postes.

M. le marquis de Montcalm resta peu de temps à Carillon ; il remit au chevalier de Lévis le commandement de l'armée et partit le 15 juillet pour Montréal où il fut conférer avec M. le marquis de Vaudreuil pour ledit siège.

Le 16 JUILLET

M. le chevalier de Lévis envoya quarante-six sauvages et vingt-et-un Canadiens aux ordres du sieur Pecaudy, officier des troupes de la colonie pour reconnoître les environs du fort Georges.

Le 17

Le sieur de Saint- Martin, officier des troupes de la colonie, est revenu de détachement, et les sauvages portoient trois chevelures faites du côté de Sarasto, où on avoit fait beaucoup de dégât dans la campagne.

Le même joub

M. le chevalier de Lévis a été reconnoître le chemin qui conduit de la Chute de Carillon jusqu'à l'en-

trée du lac Saint-Sacrement à la rive gauche de sa sortie ; il a passé à la rive droite pour reconnottre en même temps cette partie.

Le 18

Le susdit détachement du sieur Pecaudy est rentré ; il a surpris près le fort Georges un détachement qui faisoit du bois, dont il dit en avoir tué plusieurs hommes ; et il a apporté quatre chevelures et mené deux prisonniers qui dirent que les Anglois n'avoient pas beaucoup de monde audit fort, mais qu'ils doivent avoir à dix milles dudit fort une armée considérable.

Le 19

Les sauvages dudit poste s'en sont allés suivant leurs usages avec leurs prisonniers et chevelures dans leurs villages et ont promis de revenir dans vingt jours.

Ledit détachement du sieur Saint-Martin avoit laissé derrière trois sauvages qui viennent d'arriver avec une chevelure qu'il a fait près d'Orange et dit avoir vu monter beaucoup de troupes.

Le 20

Les Abénaquis, au nombre de quarante-deux personnes se sont portés au camp du Portage pour dtre plus i portée d'aller en parti

On a fait passer ce jour des boîtes au camp du Portage appelé ainsi à cause qu'il est à l'entrée du lac et i celle de la Chute qui est à l'endroit où on décharge pour porter dans le lac y ayant une lieue de cascades ; M. le chevalier de Lévis est entré dans tous les détails pour y mettre l'ordre.

Le 21

Le détachement du sieur Duplessis, officier de la Marine, partit pour aller reconnoître la rivière à la Loutre. Les Ânglois nous avoient pris ou tué du monde dans cette partie; il n'a reconnu aucune trace ni vestige qui annonçât qu'ils eussent suivi cette rivière.

Le 22

U arriva soixant&>quatre sauvages qui venoient en guerre et un convoi de dix-sept bateaux chargés de vivres.

Le même joub

M. le chevalier de Lévis fit part à M. le marquis de Vaudreuil de son ordre de marche et de bataille en cas que l'ennemi vint à luL

Le 23

Le sieur La Colombière, officier de la Marine, est

parti pour aller en guerre avec quatre officiers, quatre cadets, soixante-et-onze François et cinquante-six sauvages; le même jour, il est déserté trois soldats des troupes de la Marine.

Sur l'avis que M. le chevalier de Lévis eût qu'il devait être attaqué, il fit la disposition générale de ses troupes, ainsi qu'il suit :

Ordre de marche et de bataille du corps des troupes de terre du camp de OariUon commandé par M. le chevalier de LéviSj brigadier des armées du Boiy donné le 17 judOet 1766.

Au premier signal que l'on pourra entendre des deux boîtes du camp de M. le chevalier de la Corne, qui sera répété par deux autres boîtes qui sont placées au poste de la Chute, auquel le fort de Carillon répondra par deux coups de canon, toute l'armée prendra les armes à la tête de son camp ; on distribuera de la poudre et des balles et l'on prendra des vivres pour deux jours; le camp restera tendu, les soldats ne prendront point leurs havresacs.

Il sera commandé cinquante hommes, un capitaine et un lieutenant de chaque bataillon qui resteront à la tête de leur camp, auxquels les drapeaux seront remis. Il sera aussi commandé vingt hommes par chaque compagnie de la colonie, qui sont composées de soldats de la Marine et de milices, qui seront commandés par M. de Saint-Vincent, capitaine, et M. Du-

muy, lieutenant, qui s'assembleront et se tiendront en bataille à la tête de leur camp. Ce détachement, de même que toutes les gardes, sera aux ordres de M. de Roquemaure, lieutenant-colonel commandant le régiment de la Reine.

Messieurs les officiers-majors auront attention de ne laisser à ce détachement que les soldats qui sont les moins en état de marcher, étant destinés i la défense du camp, du fort et des bateaux.

Six compagnies du bataillon de Royal-Roussillon^ y compris celle des grenadiers, avec la compagnie de M. de Bonne, composée des soldats de la Marine, s'embarqueront dans les bateaux qui sont pour cela disposés i la garde du camp du régiment de la Reine. Ces six compagnies et celle de M. de Bonne seront aux ordres de M. de Poularies, capitaine des grenadiers au régiment de Royal-Roussillon.

M. de Poularies fera embarquer le plus promptement qu'il lui sera possible les troupes qui seront à ses ordres ; il se rendra à la Chute, où il débarquera du côté du Sud et se rendra par terre, suivant le chemin du portage, au camp de M. le chevalier delà Corne. Il combattra l'ennemi, s'il le trouve débarqué ou en disposition de le faire.

Les sept autres compagnies du bataillon de Royal- Roussillon avec la compagnie de Le Verrier, composée des troupes de la Marine ou soldats de la colonie aux ordres de M. le chevalier de Remets, lieutenant-colonel commandant le bataillon de Royal-Roussillon, se

rendront par terre au poste de la Chute, d'où il suivra toujours par terre la côte du nord de la décharge du lac Saint-Sacrement pour se rendre au camp de M. de Contrecœur.

M. le chevalier de Bernets joindra ses troupes à celles de M. de Contrecœur, combattra avec vigueur l'ennemi s'il est débarqué ou en disposition de le faire.

Le régiment de Languedoc avec la compagnie de Sabrevois et celle de M. de Saint- Vincent, aux ordres de M. de Privas, lieutenant-colonel commandant le bataillon de Languedoc, se rendront par terre au poste de la Chute, où, selon les circonstances, M. le chevalier de Lévis lui donnera des nouveaux ordres. M. de Privas disposera ses troupes au poste de la Chute en homme de guerre, et les tiendra toujours prêts à marcher au premier ordre.

Le régiment de la Reine partira de son camp après qu'il aura été joint par les compagnies de MM. de Vassan et de Vergor ; le régiment de la Reine sera aux ordres de M. de Montreuil, premier capitaine de ce régiment. Il prendra le chemin de la grande garde du capitaine pour se porter en avant des abattis d'où il marchera dans les bois suivant le plateau pour se porter à même hauteur que le poste de la Chute.

M. de Montreuil, conjointement avec MM. de Vassan et de Vergor, feront faire des découvertes bien avant dans les bois et se porteront aux endroits où ils

apprendront que l'ennemi parottra, pour le combattre, ce qu'ils feront avec le zèle et le courage dont ils sont capables.

MM. de Montreuil, de Vassan et de Vergor se concerteront ensemble pour les dispositions qui tendront au bien du service.

Les troupes de la Marine et celles de la colonie combattront à leurs façons sur les ailes des troupes de terre. M. de Montreuil détachera aussi tous les bons tireurs de son régiment qui se battront à la canadienne, et il ne tiendra qu'une partie de sa troupe en gros pour recevoir ceux qui combattront à la cana* dienne, pour que, dans le cas qu'ils fussent obligés de se replier, ils le puissent faire avec sûreté derrière la troupe, qui sera en ordre, qui fera tête à l'ennemi et donnera le temps aux troupes qui auront combattu à la légère de se rallier et de recommencer le combat.

MM. de Montreuil, de Vassan et de Vergor auront la plus grande attention de ne pas se laisser couper la retraite par l'ennemi ; et, dans le cas qu'ils fussent forcés et obligés de se retirer, ils feront la retraite par le chemin qu'ils auront tenu et feront ferme à la tête des abattis pour favoriser la retraite aux troupes qui combattront aux camps avancés et à la Chute.

M. le chevalier de Lévis se tiendra à la Chute pour être à portée de donner partout ses ordres où MM. de Montreuil, de Vassan et Vergor lui enverront des gens sûrs au travers des bois pour l'informer de ce qui se passera dans leur partie.

Comme M. de Privas fera occuper les hauteurs du poste de la Chute, il sera facile d'établir une communication pour être informé de ce qui se passera à la partie des régiments de la Reine et de Languedoc.

M. de Roquemaure accélérera les défenses du fort, fera mettre en batterie les pièces de canon, disposera toutes choses pour le bien du service, et, en cas d'accident, pour que tout soit en état pour assurer la retraite à toutes les troupes qui viendront camper entre le fort et la redoute.

Il y aura un officier, un sergent et un caporal de chaque corps pour se tenir auprès de M. le chevalier de Lévis. Il faut qu'ils soient bons marcheurs et en état de porter des ordres.

Le 24

Il est arrivé cent quarante-deux hommes de recrues pour la Marine.

Le 25

Rien de nouveau.

Le 26

Trois fours ont brûlé, ce qui a obligé d'envoyer à Saint-Frédéric pour avoir du pain.

du chevalier de lévib 63

Le même jour

Le détachement de M. de la Colombière est revenu ; il a apporté quatre cheveluree et tué, à ce qu'il dit, une trentaine d'hommes aux environs du fort Georges ; six de ses sauvages sont restés derrière.

Le 27

Le fils de M. de Contrecœur s'est tué par accident.

Le 28

Le sieur d'Hébecourt, capitaine au régiment de la Reine, est parti avec quarante hommes pour aller reconnoître et plaquer un chemin en suivant la rive droite de la rivière, depuis vis-à-vis Carillon jusqu'à Saint-Frédéric.

Le même jour

M. Duplessis, officier de la Marine, partit avec cinquante hommes pour aller à la rivière à la Loutre, à la rivière Boquette et au Rocher-Fendu pour prot^er les convois.

Le matin Les Iroquois, Abenaquis, Epinengs, Mississaguée

54 JOXmhULL DES CAMPAGNES

et Algonquins ont demandé à tenir conseil à M. le chevalier de Lévis ; l'orateur lui a assuré qu'ils étoient prêts à faire sa volonté et l'assuroit par troie branches de porcelaine de leur fidélité.

Le soir

Il a répondu au conseil par des remerciments, et, pour Iqs lier suivant leurs promesses, il leur a donné un colier de deux mille grains de porcelaine. Cette pièce, lorsqu'ils l'acceptent, est un lien sacré pour eux. Il leur fut donné de quoi faire festin.

Le 29

Les sauvages dévoient partir pour aller en guerre; mais une partie voulant s'en retourner chez eux, M. le chevalier les arrêta.

Le 30

Il est parti un détachement commandé par M. de Beaujeu, capitaine de la colonie, composé de dix officiers, un cadet, cent canadiens et cent-douze sauvages; il y eût difficulté pour faire partir ces derniers. Ils dévoient aller entre le fort Lydius et le fort Georges.

M. le marquis de Montcalm arriva à Montréal, se porta en diligence à Frontenac et fut suivi de douze cents canadiens commandés pour cette expédition.

DU GHBVALIBR DE LivIB 55

M. de Bigaud se rendit à la baie de Nyanwauré, au camp du sieur de ViUiers. On avoit fait revenir vers la fin de ce mois, partie du régiment de Béarn, qui étoit déjà arrivé i Niagara. M. de Bourlamaque avoit envoyé reconnottre le fort par un ingénieur; le sieur de Villiers avoit fait au commencement du mois plusieurs courses et attaqué avec succès plusieurs convois des ennemis.

Comme cette expédition dépendoit de la diligence, afin que les ennemis n'eussent pas le temps de connoître nos démarches, ce qui les auroit déterminés i secourir efficacement cette partie et à attaquer M. le chevalier de Lévis, M. le marquis de Montcalm fixa son départ au 4 août de Frontenac.

M. le chevalier de Lévis connoissant combien il étoit essentiel qu'il en imposât aux ennemis, fit tous les mouvements propres à leur faire croire qu'il alloit agir ofiensivement soit en portant, comme on a vu, le principal de ses forces sur le lac Saint-Sacrement et en ûtisant partir continuellement des partis pour harceler les ennemis et les empêcher d'avoir des partis vers nous pour avoir des nouvelles, et les tenir dans l'incertitude.

Le si juillet et le l* août

Il ne se passa rien de nouveau.

Le 2 n arriva un convoi de vivres.

56 journal dbs campagnes

Le 3

Ledit détachement de M. Duplessis est arrivé ; il n'a point rencontré d'ennemis.

Les six sauvages de M. de la Colombière qui étoient restés derrière sont arrivés ; ils ont fait deux prisonniers et deux chevelures entre le fort Qeorges et le fort Lydius. Ces prisonniers disent qu'il est arrivé un renfort de la Vieille- Angleterre.

Le 4

M. de Beaujeu est rentré avec son détachement, avec six prisonniers et une chevelure qu'il a faits entre le fort Lydius et le fort Georges ; nous n'avons perdu personne.

Parmi les prisonniers est un capitaine de milice très instruit qui a déposé qu'il y avoit dix régiments de cinq cents hommes au fort Lydius; qu'ils s'attendent d'aller au fort Qeorges tous les jours ; qu'on y transporte beaucoup de vivres et munitions ; qu'on y a mené six grosses pièces de canon ; qu'il y a envi* ron quatre mille hommes au fort Georges et près de deux cents bateaux sur le lac; qu'ils cherchent un chemin par terre ; que l'armée arrivée de la Vieille- Angleterre est en mouvement, dont grand nombre d'Ecossois; que milord Loundoun la commande; qu'on n'envoie point de troupes à Choagen.

du ghevalibb de lévib 57

Le Même jour

Il est arrivé cent-vingt hommes de milice de Montréal, qui ne suffisent point pour remplacer les malades.

Le 5

Partie des sauvages sont partis pour aller mener leurs prisonniers à Montréal.

Le MtME JOUR

Ecrit à M. le marquis de Vaudreuil et à Monsieur l'intendant ; envoyé copie des dépositions.

Le 6

Rien de nouveau.

Le 7

Il est parti quinze sauvages avec M. du Sablé, officier de la Marine, pour aller vers Sarasto.

Le même jour Un parti anglois a tué quatorze chevaux près de

Saint-Frédéric. Il est arrivé vingt-cinq Iroquois de Montréal.

Le 8

n est arrivé deux cent quatre-vingt-deux hommes de recrues et cent quarante-deux hommes de milice, qui mettent l'armée à trois mille sept cent-soixanteun hommes, tout compris.

Le 9 ET LE 10

M. le chevalier a été reconnoître différents chemins dans les bois pratiqués par les Âgniès.

Vingt sauvages des Anglois sont venus près le camp du portage, commandé par M. le chevalier de la Corne, où ils ont tué deux hommes et blessé un troisième ; ils étoient à pêcher. On les a poursuivis sans succès.

On a envoyé i dix heures du soir, un parti de soixante hommes aux Deux-Rochers pour t&cher de couper le parti.

Le 13

Fausse alerte occasionnée par un sauvage.

Le 16

M. le chevalier de Lévis a été reconnoître la Montagne du Serpent-à-Sonnette et les environs.

Le même joub

Reçu un courrier de Montréal. Point de nouvelles du siège de Choagen; mais Ton a appris que les Anglois ont déclaré la guerre à la France.

Le 17

Arrivé onze Hurons ; le même jour fausse alerte ; les compagnies de grenadiers sont rentrées tout de suite.

Un parti anglois est venu au camp de Contrecœur et a fait deux chevelures.

Le même jour

Le sieur Florimond, officier de la colonie, est parti avec un parti de cent-cinquante hommes du camp de M. le chevalier de la Corne.

Le 20 Ledit détachement est rentré et a dit que les enne-

60 JOURNAL DSS 0AMPA0NE8

mis occupent une tle du lac à trois lieues du fort Qeorges et qu^ils avoient des bateaux et une barque à deux mftts.

Le 21

M. le chevalier a été visiter les camps du portage.

Lb23

Les Hurons et quelques Canadiens avec trois officiers de la colonie ont été reconnoître le fond du lac Saint-Sacrement.

Lb même jour

Les bottes ayant tiré, on a eu une fausse alerte.

On a appris de Montréal que, le 13, un parti anglois avoit défait trois hommes de la Barque, à sept lieues au-dessus de Saint-Jean.

Il est arrivé dix-huit sauvages de Montréal. M. le marquis de Montcalm mande qu'il part le 4 pour aller entreprendre le siège de Choagen, résolu de ne pas compromettre les armes du Roi, s'il ne voit pas jour au succès.

Le 24

Fausse alerte au portage ; on crut avoir vu les ennemis à trois lieues de là.

Le 25

M. le chevalier de Lévis fut visiter les camps du portage et tâcher de les rassurer, donnant continuellement des fausses alertes ; il a décidé d'y envoyer pour renfort soixante hommes de troupes de terre, qui se joindront au camp de Contrecœur et seront relevés tous les quatre jours, et cent-vingt hommes de la Marine, qui doivent former un camp intermédiaire entre celui du chevalier de la Corne et le susdit. Il a fait rentrer les piquets qui y avoient marché la veille.

Le 26 Rien de nouveau.

Le susdit détachement de soixante hommes est parti pour quatre jours.

Le même joue

M. de Lusignan, commandant au fort Saint-Frédéric, lui apprend indirectement la nouvelle et les circonstances de la prise de Choagen.

Le 28

M. de Saint-Martin est parti avec cent-vingt soldats pour aller occuper le camp mentionné ci-dessus.

62 journal des campagnes

Le Même jour

M. le chevalier de Lévis a écrit à M. de Vaudreuil et à Monsieur l'intendant et a fait passer des lettres pour les Ministres de la Guerre et de la Marine.

Le 29

M. du Sablé est arrivé avec son détachement ; il a fait un prisonnier et deux chevelures à quatre milles de Baston.

Tous les mouvements expliqués ci-dessus et nombre de partis et positions de petits camps en avant servirent beaucoup à faciliter la prise de Choagen. L'ennemi, informé que nous nous fortifions à Frontenac et à Niagara, avoit porté toutes ses forces sur le lac Georges où il comptoit agir offensivement et placé un corps de troupes à la Fourche pour pouvoir le porter vers celle des deux parties qui seroit menacée.

Les ennemis qui étoient au lac Georges et qui faisoient des dispositions pour marcher en avant, apprenant que nous nous fortifiions sur le lac Ontario et voyant le nombre de partis que nous avions continuellement en campagne et ayant ob.servé beaucoup de mouvements dans notre armée propres à leur faire croire que nous avions porté dans cette partie toutes les forces de la colonie et que nous avions en vue de faire une nouvelle attaque, restèrent dans l'inaction et apprirent la prise de Choagen en ménçie temps que

l'attaque, et peu après Tarrivée des renforts que notre armée reçut après le siège.

Ls 1" 8BPTBMBBE

On apprit les détails du siège de Choagen.

M. le marquis de Montcalm, ayant fait mettre par M. le chevalier de la Pause, aide-major de Guienne, faisant les fonctions d'aide-major général, le plus d'ordre x)0ssible à la milice qui lui avoit été envoyée, armé les barques et embarqué l'artillerie et des vivres pour un mois, partit le 4 de Frontenac avec la première et seconde division; la troisième partit le 5, avec la grosse artillerie ; arrivés à la baie de Nyanwauré, d'où on partit le 9, ils débarquèrent le 10 au soir sans obstacle à une lieue du fort Ontario, situé sur la rive droite de l'embouchure de la rivière de Choagen et vis-à-vis le fort de Choagen, qui étoit à la rive gauche.

Le 11 AU MATIN

Il envoya reconnoître le fort par les ingénieurs, le premier, M. de Combres, fut tué par méprise par un de nos sauvages. On ouvrit un chemin et on travailla à force à faire des gabions et fascines. M. Desendroin, ingénieur, devint en chef par la mort de M. de Combres et fut secondé par M. de Pouchot, capitaine au régiment de Béam.

Le 12 AU MATIN

La troisième division arriva avec l'artillerie ; on fit le chemin et nombre de saucissons et fascines.

On ouvrit la tranchée à l'entrée de la nuit en forme de sape volante.

Le 13 AU MATIN

Les ennemis qui n'avoient point tiré de la nuit, ayant travaillé à faire une coupure intérieure parallèle à l'attaque, firent un feu considérable.

Vers les onze heures, ayant cessé de tirer, on s'aperçut qu'ils passoient la rivière et abandonnoient ledit fort, dont on prit possession tout de suite.

M. le marquis de Montcalm ordonna qu'on fit surle-champ tous les préparatifs pour construire une batterie sur le fort de Choagen, voulant profiter du trouble où les ennemis paroissoient ; elle fut en état tant bien que mal le lendemain matin par la célérité qu'y apporta M. le chevalier Lemercier, commandant l'artillerie du Canada.

Ledit fort étoit une maison terrassée et crénenchée, autour de laquelle, à trois toises de la maison, on avoit fait une seconde enceinte où l'on avoit fait deux demi-bastions à un bout ; les ennemis avoient fait un retranchement dans lequel les troupes étoient campées.

Ils avoient sur une hauteur près de ce fort un

DU CHEVALIER DE LiVIQ

^retranchement qu'ils appeloient fort, et qui n'étoit ni l'un ni l'autre.

Le 14 AU MATIN

On tira du canon ; les ennemis firent de leur côté un feu très vif de canon et de bombes. Notre canon qui les plongeoit et prenoit de revers leurs ouvrages, les incommodoit beaucoup. Ils arborèrent à huit heures le drapeau; on travailla à la capitulation et l'on se mit en possession du fort à une heure.

On travailla à démolir lesdits forts, ce qui fut fini le 18. On renvoya les habitants faire la récolte et les troupes s'acheminèrent vers Carillon, excepté la Sarre qui resta à Saint- Jean.

On envoya des détachements à Niagara et Frontenac ; on approvisionna ces postes et ceux de la Belle- Rivière avec les vivres pris à Choagen. Il ne se passa rien vers cette partie. Nos sauvages faisoient des partis de temps en temps sur les habitants de la Caroline et fle la Virginie.

M. le marquis de Vaudreuil qui, avant le siège de Choagen, avoit paru tranquille sur la situation de Carillon, quoique les ennemis eussent leurs principales forces dans cette partie et quoiqu'il parût surprenant qu'ils aient été, comme ils l'ont fait, dans l'inaction, ce qu'on ne peut attribuer qu'aux différents mouvements et positions en avant de M. le chevalier de Lévis, qui les a tenus dans l'incertitude si nous n'allions pas

réellement faire un mouvement en avant, fut, après la prise dudit fort, en grand souci pour cette partie.

Septembre

Nous avons perdu au siège de Choagen un ingénieur, treize morts et huit blessés ; les ennemis ont perdu environ quarante hommes, non compris les prisonniers.

Le 3

M. le chevalier de la Corne a fait part qu'il y avoit trois barques et dix bateaux sur le lac Saint-Sacrement ; on lui envoya le soir les trois compagnies de grenadiers.

Le 4

Les compagnies de grenadiers sont rentrées. Le même jour, il est arrivé cent-cinquante sauvages du Saut-Saint-Louis.

Le 5

M. le chevalier de Lévis a été aux postes avancés et, de là, sur le lac, où il n'a rien vu.

Le 6

Béarn est arrivé : on Ta envoyé camper sur les hau»

DU CHEVALIER DE LiVIS 67

teurs près de la Chute, à la rive droite, pour être en mesure pour soutenir les camps avancés.

Malgré les défenses, deux officiers du régiment de la Reine, MM. de Biville et de Tarsac ayant été en pirogue à la chasse dans une anse vis-à-vis le fort, ils ont eu la chevelure levée par des sauvages ennemis.

Le 7

On a envoyé tous les sauvages aux camps avancés.

Un parti sauvage, qu'avoit envoyé M. de Lévis au fort Oeorges, a rapporté que les ennemis y avoient un camp considérable.

Le 9

M. le chevalier a été aux camps avancés et a pris des arrangements pour envoyer au fond du lac un parti considérable.

Le 10

Guyenne est arrivé et a été camper avec Béam. M. de Montcalm et M. de Bourlamaque sont aussi arrivés avec les grenadiers et un piquet de la Sarre.

Le 11 ET LE 12

Il est arrivé beaucoup de sauvages. M. le marquis

de Montcalm a suivi en tout les projets de défense de M. le chevalier dé Lévis.

Le 17

Le parti commandé par M. de la Perrière est parti ; il est composé de soixante soldats, de quatre centcinquante sauvages et de plusieurs officiers.

Le 19

Le détachement de M. de la Perrière a fait quatorze prisonniers et vingt-six chevelures. Il a rencontré dans sa route cinquante hommes qu'il a pris ou défaits. Ce détachement a rapporté qu'ils avoient abandonné le projet de nous attaquer et que milord Loundon étoit encore à Albany.

Le 20

Les sauvages sont venus mener leurs prisonniers au fort et en ont fait présent d'un à M. de Montcalm.

Le 21 ET LE 22

Les sauvages sont tous partis, selon leur usage, et l'on ne peut en retenir que trente-six en leur donnant des branches de porcelaine.

Il est arrivé le même jour un convoi de vivres et environ cent offiders de la colonie.

DU CHEVALIER DE LiviS

Le 25

Le sieur Florimond est parti avec dix-sept sauvages pour aller vers le fond du lac et le fort Lydius.

Le

Il est arrivé dix-huit sauvages Poutouotamis.

Le sieur Florimond, officier de la colonie, est revenu ; il a trouvé le bas de la Rivière au Chicot occupé par les ennemis.

Le 2 octobre

Il est arrivé un convoi de vivres, le môme jour, les sauvages ont trouvé en venant à Carillon quatre barges abandonnées au-dessous de Saint-Frédéric, à la rive gauche, où il y avoit dedans des espingardes, des barils de poudre et de balles.

Le 3

Il est parti un détachement commandé par M. de Léry, officier de la colonie, avec vingt soldats troupes de terre, vingt soldats de la Marine, soixante Canadiens et quelques sauvages, pour aller vers l'endroit où ont été trouvées lesdites barges qu'on prit hier dans le lac Champlain.

Un second détachement, composé de Canadiens et de sauvages commandé par M. Langy, officier de la colonie, a été vers le fond de la baie pour voir si l'en-

nemi faisoit quelque établissement vers la Rivière au Chicot.

Un parti de dix sauvages ayant été porter un paquet de lettres des prisonniers anglois près du fort, ils ont aperçu leur camp dans la même position.

Le 6

Le détachement de M. de Langy a tué un sauvage près de la Rivière au Chicot. Il a passé plus loin pour connoître la position des ennemis.

Le 7 ET LE 8

Rien de nouveau.

Lb9

M. de Montcalm a passé la revue aux régiments de Guyenne et de Béarn.

Le 11

Au régiment de la Reine.

Le même joub

Un soldat de Béarn ayant été pris près la Chute par trois sauvages anglois, lesdits sauvages ayant, à une lieue, vu partir un chevreuil et s'étant avancés pour

le tuer, ledit soldat leur a échappé et est reventi. Il est arrivé un convoi de vivres.

M. le marquis de Vaudreuil mande qu'on peut déblayer l'armée.

Le 12

M. de Montcalm a fait la revue de Royal- Roussill on et Ton a fait partir trois cents hommes de la Marine et trois officiers pour Montréal.

Un soldat et un domestique du régiment de Béarn ont eu la chevelure levée par un parti sauvage entre les camps de Saint-Martin et de Contrecœur. On a fait courir après par des troupes légères qui ont fait diligence, mais on n'a vu personne.

Le 13

M. de Montcalm fit la revue du régiment de Languedoc. M. de Boucherville, qui avoit été au fond du lac avec onze Iroquois, rapporte qu'il n'y a aucun établissement des ennemis.

On a replié ce jour le camp de Contrecœur sur celui du chevalier de la Corne, qui étoit alors commandé par M. de Beaujeu, le premier étant parti.

Le 18

Le détachement de M. de Langy est rentré avec un prisonnier qu'il a fait à cinq milles d'Orange, lequel disoit que milord Loundon s'étoit rendu au fort

LydiuSy et qu'on disoit qu'il alloit faire faire un mouvement à son armée pour nous attaquer, que son fils avoit été tué par accident. M. de Langy dit avoir vu un camp considérable à Lydius.

Le 19

Le sieur de Langy est reparti avec quelques sauvages pour aller reconnoître au fond de la baie.

Le 20

Deux Canadiens, allant du camp de Contrecœur à la Chute, ont été fusillés par un parti de douze ou quinze Anglois, dont ils ont été blessés.

Le 21

Le sieur de Langy est revenu et n'a rien vu.

Le sieur Perthuis, interprète, est arrivé du fond du lac Saint-Sacrement, et a rapporté que l'armée ennemie étoit toujours dans le même état.

Le 25

Il est arrivé un convoi qui a apporté du vin, à la grande satisfaction des officiers, qui étoient à l'eau.

Le même jour

Reçu la nouvelle d'Europe de la prise du fort Philippe et de l'île Mahon, du 29 juin; que suivant la capitulation, la garnison devoit sortir avec les hon-

DU CHEVALIER DE LiviB 73

neurs de la guerre, quatre canons et quatre charriots couverts et que les bagages dévoient être portés à Gibraltar, que les Grecs et les Juifs avoient six mois pour sortir et emporter leurs effets, et que nous avions perdu cinq cents hommes, compris trente-sept officiers.

Le 26

M. le marquis de Montcalm est parti pour Montréal avec les grenadiers et le piquet de la Sarre.

M. le chevalier de Lévis est resté chargé de l'armée ; il a été le lendemain aux camps avancés, et a fait partir, le 26, un parti de sauvages pour aller à la découverte au fond du lac.

Le 30

Le parti des sauvages est rentré, sans avoir rien vu.

Le 81

On a fait partir les troupes de la Marine qui doivent hiverner dans le gouvernement de Québec et les milices du gouvernement.

Novembre 1756

Le l** novembre, le régiment de Guyenne est parti

pour Québec où est la garnison avec le reste des milices de ce gouvernement. M. de Bourlamaque a conduit jusqu'à Saint-Jean cette division.

Le 2

Le régiment de la Beine est parti de Carillon pour se rendre aux paroisses au-dessus de Québec, à la rîve gauche du fleuve, lieux de ses quartiers.

Le même jour

M. de Saint-Martin a replié son camp et est arrivé à Carillon, d'où il est parti, le 3, pour se rendre aux Trois-Rivières. Ledit jour, Béarn est parti pour aller à Saint-Frédéric bûcher du bois pour ce fort.

Le 4

Le reste des camps avancés s'est replié à Carillon. Il fut résolu d'envoyer chaque jour un détachement le long de chaque rive de la rivière jusqu'au lac.

Le même jour

Est parti un détachement de deux sauvages et dix François commandé par M. de Langy pour aller au fond de la baie et vers le fort Lydius reconnoître si les ennemis se retiroient.

ou CHEVALIER DE LÉVI8 75

Le 5

Deux compagnies de grenadiers et deux piquets ont été en découverte aux camps avancés.

Le même jour

Le reste des troupes de la Marine est parti pour Montréal. Il ne resta que Royal-Roussillon et Languedoc et un piquet de la Beine destiné pour la garnison du fort de Carillon, devant pareillement en faire rester un de Royal-Roussillon et de Languedoc, celui de Guyenne et Béam ayant fourni à Niagara après la prise de Choagen, ainsi que la Sarre.

Le 6

M. le chevalier de Lévis a été aux camps avancés avec les compagnies des grenadiers et a reconnu la Rivière des Remets fort au loin.

Le détachement de M. de Langy est rentré ; il a rapporté qu'il avoit aperçu un détachement au fond de la baie ; ayant voulu aller plus loin, la neige qui tomboit les a fait relâcher, les sauvages craignant qu'on ne reconnût leurs traces.

Le7

Deux piquets du régiment de Béam qui étoient restés sont partis.

Les compagnies des grenadiers ont continué leurs découvertes.

Le 8

Bien de nouveau.

Le 9

Continué les découvertes.

Le 11

Il est tombé quantité de neige, ce qui a empêché les découvertes de sortir.

Le même jour

M. le chevalier de Lévis a donné des instructions à M. de Lusignan, qu'il a laissé à Carillon avec tme garnison comppsée, tout compris^ de 315 hommes ; il a donné une instruction particulière à Messieurs les officiers des troupes de terre.

Le 12

M. le chevalier de Lévis est parti avec le reste de l'armée, Royal-Roussillon devant aller camper au Bocher-Fendu et Languedoc à l'Ânse-à-la-Bouteille. Nous avons été obligés d'y camper dans la neige et le

lendemain nous en sommefi partis à trois heures du matin.

Le vent étoit très bon et nous aurions fait beaucoup de chemin si nous n'avions pas été obligés de relâcher vers les quatre heures après-midi.

Le lac Champlain étant extraordinaii*ement agité, nous avons été obligés de relâcher dans une anse à laquelle nous avons donné le nom d'Anse-à-la-Consolation, parce que nous avons été tous bien aise d'y arriver.

Le 14

Nous sommes venus à une lieue au-dessous du moulin de Foucault ; il a neigé toute la journée.

Le 15

Nous sommes' arrivés à Sainte-Thérèse, en suivant les rapides de Saint-Jean. M. le chevalier de Lévis a fait passer de Saint- Jean à la Prairie tous les officiers et les soldats du régiment de Languedoc qui étoient en état de bien marcher.

Le 16

Nous sommes arrivés à Ohambly, qui est à deux

petites lieues de Sainte-Théràse, avec de la neige et de la pluie continuellement sur le corps ; comme ce n'est qu'un rapide depuis Sainte-Thérèse jusqu'à Chambly, il a fallu faire transporter les équipages par terre et tout le monde a fait cette route à pied.

Le fort de Chambly est un petit fort, de pierre à quatre bastions où il n'y a point de fossés ; il est situé sur la rive gauche de la décharge du lac Ghamplain.

Le 17

Nous sommes arrivés à Montréal après avoir été de Chambly à la Prairie sur des chevaux. Ce sont des chemins détestables; nous avons presque tous fait des chutes dont aucune dangereuse.

M. le chevalier de Lévis a passé l'hiver à Montréal. Il a été seulement passer le mois de janvier à Québec avec M. le marquis de Vaudreuil. Ils ont été de retour le quatre du mois de février à Montréal où en arrivant ils ont appris de Carillon la nouvelle qu'un détachement de soixante hommes d'élite des troupes angloises, avec dix sergents et sept officiers, composant en tout soixante-dix -sept hommes, s'étant mis en marche pour faire quelques prisonniers auprès de nos forts, où ils avoient pris, le 21 janvier, entre le fort de Carillon et celui de Saint-Frédéric, sept de nos soldats. Sur l'avis qu'en eût M. de Lusignan, capitaine de la colonie commandant à Carillon, il détacha cent

DU CHEVALIER DE LiVIS 79

hommes aux ordres de M. de Basserode et de la Granville, capitaines au régiment de Languedoc et de la Reine, avec quelques sauvages et Canadiens; et ce détachement joignit celui des ennemis sur les trois heures après-midi et tomba sur leur avant-garde, bayonnette au bout du fusil. Comme nous avions négligé d'occuper une petite hauteur à portée du chemin, les Ânglois s'y retirèrent et on fusilla jusqu'à la nuit; les ennemis ont profité de l'obscurité pour se retirer, laissant sur le champ de bataille quarantedeux hommes tués dont trois officiers. Nous leur avons fait huit prisonniers et repris les nôtres. On a su depuis que des soixante-dix-sept hommes dont ce détachement étoit composé, il n'en est rentré que trois au fort Georges, les autres ayant péri de froid, de misères et peut-être de leurs blessures. Nous avons eu neuf hommes tués et dix-huit de blessés, dont quelques-uns sont morts de leurs blessures; M. de Basserode, capitaine au régiment de Languedoc, qui y commandoit, Ta été dangereusement.

Nous étions à la fin de la campagne, dans l'incertitude si les Ânglois avoient avancé ou détruit leurs forts d'entrepôts sur la Rivière de Choagen, appelés les forts Bull et William. Les sauvages des Cinq Nations nous ont assurés qu'ils les avoient évacués et brûlés sitôt après la prise de Choagen.

Les Cinq Nations (c'est ainsi qu'on nomme les Iro* quois), ont envoyé à Montréal, le 8 septembre 1756, une ambassade composée de cent-quatre-vingts per-

sonnes, y compris les femmes et les enfants. Il y a eu à cette occasion un grand conseil, pour se servir des termes du pays, c'est-à-dire qu'on a tenu à Montréal une espèce de congrès auquel nos Iroquois doiçiciliés, les Népissings, les Abénaquis, les Algonquins, les Poutouotamis et les Ottawais, nations sauvages attachées à la France, ont assisté par des députés. Cette ambassade est la plus mémorable qu'il y ait jamais eu en Canada, tant par le nombre des ambassadeurs et la nature des objets qui s'y sont agités que par les bonnes dispositions dans lesquelles les Cinq Nations ont paru être. Il y a lieu d'attendre de leur part la neutralité la plus exacte. On peut même espérer que, quoique ces nations ne veuillent pas prendre la hache contre l'Anglois, plusieurs de leurs jeunes gens nous suivront à la guerre ; c'est tout ce que nous pouvons espérer d'un peuple enclavé au milieu des habitations angloises.

On avoit formé, au commencement de l'hiver, le projet d'enlever le fort Georges par escalade avec un détachement d'environ^ quinze cents hommes, soldats des troupes de terre, de la Marine, Canadiens et sauvages, aux ordres de M. de Rigaud, gouverneur de Montréal, et de M. de Pourailliès, capitaine de grenadiers du régiment de Royal-Roussillon, qui devoit se mettre en marche dans le mois de janvier ; mais une maladie considérable, survenue à M. le marquis de Vaudreuil, en différa le départ, qui ne fut que le 25 février, et de Carillon le 15, après avoir pris les

échelles nécessaires ; dans cette expédition, on brûla deux ou trois barques qui étoient coupées da fort et nn hangar rempli de vivres; de retour à Carillon, on laissa partir des troupes de terre pour en renforcer la garnison ; le reste revint i Montréal.

M. le chevalier de Lévis remit un mémoire à M. de Vaudreuil pour lui démontrer llmpossibiUté de ce

projet^ on le trouvera au

On trouvera aussi la relation de cette tentative au

Cette expédition coûta beaucoup; il fallut équiper; cela dévasta les magasins et fit une consommation de vivres considérable.

A peine avions-nous des vivres pour tenir un mois ; mais comptant sur les secours de France» on forma les préparatifs pour faire le siège du fort Qeorges ; les matériaux furent mis en mouvement à bonne heure.

M. de Bourlamaque fut envoyé à Carillon avec les régiments de Boyal-Roussillon et Béarn pour faire tout disposer pour le portage.

On apprit dans ce temps par des prisonniers que les ennemis comptoient faire le siège de Louisbourg et attendoient une flotte et un renfort considérable de la Vieille-Angleterre.

Cette nouvelle fut confirmée par les premiers navires qui arrivèrent avec des vivres ; on avoit disposé toutes

choses pour commencer à rassembler l'armée avec un petit secours de vivres qu'on avoit tité de chez les habitants.

M. le chevalier de Lévis eut ordre de partir le 3 juillet de Montréal pour aller à Saint- Jean où toutes les troupes se rassembloient de même que les milices ; il en partit le 4 avec quatre bataillons pour se rendre à Carillon, où il est arrivé le 7. Il prit le commandement de cette frontière et fit les dispositions nécessaires pour Texpédition projetée.

Le 8

M. le chevalier de Lévis fit camper à la Chute avec les quatre bataillons qu'il avoit amenés; il laissa M. de Bourlamaque avec deux bataillons campés à Carillon pour faire continuer les travaux du fort et faire accélérer ce qui étoit nécessaire pour l'artillerie et généralement pour toutes les autres munitions.

Le 9

M. le chevalier de Lévis employa les quatre bataillons qui étoient campés à la Chute à ouvrir un chemin au portage du lac Saint-Sacrement pour pouvoir y faire passer l'artillerie et les bateaux. Le chemin fut fait en trois jours, de façon que, le 12, l'artillerie commença i y passer et successivement toutes les munitions» de même que les bateaux que les troupes

et les milidenB, qui arrivoient par division, amenoient. Pour qu'il n'y eut point d'embarras et que le chemin rest&t libre le jour pour y passer l'artillerie, chaque division à mesure qu'elle arrivoit passoit pendant la nuit ces bateaux.

Le 10

M. le chevalier de Lévis avoit envoyé un détache* ment de cent Canadiens ou sauvages aux ordres de M. de Langy pour reconnoître le chemin qui pouvoit conduire depuis la tête du portage, suivant ]^ côte du nord du lac Saint-Sacrement, au fort Georges, pour voir s'il ne seroit pas possible d'y faire passer un gros corps de troupes.

Après que M. de Langy eut marché cinq lieues par ce chemin, il rencontra un parti ennemi de trente hommes, dont il y en eut dix-huit tués et huit prisonniers ; les quatre autres se sauvèrent dans les bois. Il n'y eut qu'un Canadien et deux sauvages blessés l^èrement.

Le 12

M. Marin arriva avec quatre cents sauvages des pays d'en haut. M. le chevalier de Lévis les fit partir le 15 avec cent cinquante Canadiens et trois cents....*

* Ici on blanc dans le manuscrit.

84 JOURNAL DBS CAMPAGNES

pour aller par le fond de la baie et la Rivière au Chicot reconnottre le fort Lydius et faire une découverte sur cette partie pour cacher aux ennemis nos mouvements du portage du lac Saint-Sacrement.

M. Marin rencontra une garde d'environ cent hommes qui étoient à environ un quart de lieue du fort ; les saunages les mirent en fuite, en tuèrent plusieurs et firent quatre prisonniers. M. Marin s'avança avec son détachement jusqu'à la portée du fusil du retranchement des ennemis, sous le fort Lydius. Il • fusilla environ une demi-heure; après quoi, il se retira par le même chemin et se rendit à la chute de la Rivière au Chicot, où il avoit laissé ses bateaux. Nous n'eûmes dans cette affaire qu'un Canadien de tué et cinq sauvages blessés légèrement.

M. le marquis de Montcalm et M. de Rigaud arrivèrent à Carillon le 18 avec le reste des sauvages et le reste des troupes de la Marine; il trouva le portage de l'artillerie et les bateaux finis; il ne restoit plus que quelques munitions de guerre et les munitions de bouche à passer.

M. le marquis de Montcalm resta à Carillon, où il s'occupa à concilier les nations sauvages et à donner une forme aux troupes de la Marine qui furent mises par bataillon et les milices par brigades. Il continua d'envoyer des partis sauvages et Canadiens pour cacher nos mouvements.

IiE23

Il y eut un parti de sauvages des ennemis qui vinrent au camp de la Chute où ils rencontrèrent une patrouille de quinze grenadiers du régiment de Guyenne qu'ils surprirent ; il y eut deux grenadiers qui furent tués et eurent la chevelure levée et deux autres de blessés. Le reste de ces grenadiers firent ferme derrière des arbres et fusillèrent avec les sauvages ennemis. Comme c'étoit auprès du camp et que l'on entendoit les coups de fusil,. M. le chevalier de Lévis fit partir sur-le-champ pour aller à la poursuite du parti ennemi qui se retira à la faveur des bois.

M. le chevalier de Lévis envoya ordre en même temps à M. de Rigaud, qui étoit au camp de la tête du portage avec une partie des sauvages, de faire partir tout-de-suite deux détachements en leur faisant prendre des routes différentes pour faire en sorte de couper chemin au parti ennemi.

M. de Villiers eut le commandement de l'un, qui eut ordre de se porter au chemin des Agniès et de s'y embusquer et de ne rentrer au camp qu'en prenant le chemin de Carillon.

M. de Corbière, enseigne de la colonie, eut le cornmandement du second détachement et eut ordre de suivre le bord de la côte du nord du lac Saint-Sacrement et d'aller s'embusquer au-delà du chemin des Agniès, derrière le Cap des Arbres Matachés, sur le bord du lac vis-à-vis l'Ile-à-la*Barque, pour t&cher de

même de couper la retraite aux ennemis, et découvrir s'il ne venoit point de partis sur le lac Saint- Sacrement. A l'entrée de la nuit, les découvreurs les plus avancés l'avertirent qu'il paroissoit sur le lac plusieurs bateaux. Sur cela M. de Corbière détacha des sauvages à toutes jambes qui vinrent apporter cette nouvelle au camp du portage, et demanda du secours. Tous les sauvages qui se trouvèrent au camp avancé, au nombre d'environ quatre ou cinq cents et une cinquantaine de Canadiens ou soldats se rendirent très promptement dans des canots d'écorce et dans quelques bateaux au secours de M. de Corbière qui faisoit toujours observer par ses découvreurs les mouvements des ennemis qui s'étoient arrêtés et attendoient le jour pour se mettre en marche.

Dès que nos sauvages furent arrivés, M. de Corbière fit retirer les bateaux d'écorce à terre et les fit cacher avec des branches. Les sauvages se cachèrent aussi dans le bois pour attendre que les ennemis eussent dépassé le cap où ils étoient pour pouvoir alors remettre leurs canots à l'eau et aller attaquer les ennemis.

Effectivement, à la pointe du jour, les ennemis, qui aVoient été toute la nuit en panne, se remirent en marche. Les sauvages n'attendirent pas que les bateaux des ennemis les eussent totalement dépassés ; ils remirent leurs canots à l'eau et furent les attaquer avec la plus grande vivacité ; les ennemis qui ne s'attendoient pas à être rencontrés, furent surpris et ne

DU CHEVALIEB DB LÉVIB 87

firent presque point de résistance. Les sauvages en prirent ou noyèrent trois cents. Leur détachemenl étoit de quatre cents hommes ; il s'en sauva environ une centaine dans les derniers bateaux.

Ce détachement venoit pour reconnoître nos forces à la chute du lac Saint-Sacrement. Us ignoroient encore tous nos mouvements puisque le colonel qui le commandoit avoit ordre d'attaquer le moulin à scie de la chute auprès duquel nous avions depuis quinze jours quatre bataillons campés; nous n'eûmes dans cette affidre que trois sauvages et un cadet blessés légèrement.

Le commandant de ce détachement trouva le moyen de s'échapper ; parmi les prisonniers, il y eut un colonel des troupes de la Nouvelle- Angleterre qu'il ne fut pas possible de retirer des mains des sauvages quelqu'offre que M. le chevalier de Lévis leur fit faire pour cela, et il fut emmené prisonnier dans le pays des sauvages. Us étoient composés de vingt-deux nations différentes et des pays les plus éloignés, accoutumés à faire la guerre avec la plus grande cruauté, et quelques efforts que firent les généraux, il ne fut pas possible de les empêcher d'en commettre dans le cours de cette campagne.

Le portage étant entièrement fini le 28, il y eut un grand conseil avec les sauvages de toutes les nations pour fixer le jour du départ ; il fut résolu que la moitié de l'armée iroit par terre pour favoriser le débar-

88 JOURNAL DIB CAKPAGNE8

quement de la partie qui iroit sur le lac par les bateaux.

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