‹ Collection des manuscrits du maréchal de LévisChapitre 9 sur 24 · DU OHSVAUBR DB L^VIS · texte numérisé non relu

DU OHSVAUBR DB L^VIS

92 journal des campagnes

Le 30

M. le chevalier de Lévis partit avec son détachement pour se rendre à la baie de Qanaonské qui est à cinq lieues du fort Georges, où l'armée devoit le joindre.

M. le chevalier de Lévis disposa sa marche, à cause de la difficulté des chemins, par faire faire l'avantgarde par les sauvages et par les volontaires de M. de Villiers; ensuite marchoient les grenadiers et les piquets ; les trois brigades de Canadiens faisoient l'arrière-garde. Etant parti à quatre heures du matin, il marcha dans cette disposition jusqu'à dix heures qu'il fit faire halte après avoir passé le défilé de la Montagne pelée. Le pays se trouvant plus beau, il changea sa marche et la disposa sur trois colonnes; les sauvages et les volontaires de Villiers firent toigours l'avant-garde ; celle de la droite étoit composée des piquets et de deux brigades de Canadiens ; la colonne du centre étoit composée des campagnies de grenadiers ; celle de la gauche étoit composée de deux brigades de Canadiens ; après qu'on eut fait halte, on se remit en marche jusqu'à quatre heures du soir et l'on campa sur les bords d'un ruisseau dans une bonne position.

n y eut dans cette journée beaucoup de traîneurs, quoiqu'on ne fit pas plus de quatre lieues à cause des mauvais chemins; le plus difficile est la Montagne pelée, dont la montée et la descente sont très mau-

vaÎBes. A deux lieues de là, il y a encore une montagne qu'il faut monter obliquement, qui est escarpée.

Le 31

M. le chevalier de Lévis fit partir M. Wolf, lieutenant, avec dix-neuf Canadiens, pour instruire M. le marquis de Montcalm de sa marche ; ce détachement ramena un capitaine des troupes de la Marine et un lieutenant en second des troupes de terre qui se trouvoient trop fatigués pour continuer leur marche.

M. le chevalier de Lévis fit marcher son détachement dans le même ordre que la veille et partit à quatre heures du matin ; il fit environ quatre lieues dans cette journée. Les chemins ne furent pas si difficiles que ceux de la journée précédente; il n'y eut qu'une montagne difficile à descendre pour arriver au bord d'un ruisseau environ à moitié chemin, lequel ruisseau va se décharger dans la baie de Oanaouské, que l'on passa plusieurs fois. L'on campa à la rive gauche de ce ruisseau et en arrivant, M. le chevalier de Lévis envoya des découvreurs pour reconnoître le chemin pour le lendemain.

Août

M. le chevalier de Lévis fit remarcher le 1» août dans le même ordre que la veille. On partit à quatre heures du matin. En partant du camp, on passa le

ruisseau à gué; il y avoit environ deux pieds d'eau. Après quoi l'on monta une montagne fort longue ; la descente n'en est point mauvaise ; l'on monta encore une seconde montagne; après que l'on en fut descendu, on arriva sur le bord de la baie de Ganaouské. L'on fit halte à dix heures sur le bord d'un petit ruisseau. L'on se remit en marche à midi suivant le bord de la baie. L'on s'arrêta pour camper à deux heures et demie, vis-à-vis les îles qui sont à l'entrée de la baie d'où l'on voit tout le lac.

M. le chevalier de Lévis fit camper son détachement dans une très bonne position ; la droite à la montagne, la gftuche au lac ; le front étoit bordé d'un grand ravin ; dans ces trois jours de marche au travers des bois et des montagnes, l'on ne s'est pas éloigné d'une demi-l^ue des bords du lac.

A dix heures du soir, M. le chevalier de Lévis fit allumer trois feux sur le bord de la Rivière qui étoient le signal dont il étoit convenu avec M. le marquis de Montcalm.

L'armée commença à arriver à minuit et demi. Elle débarqua derrière le détachement de M. le chevalier de Lévis. M. le marquis de Montcalm arriva à trois heures ; le reste de l'armée arriva successivement.

Le détachement de M. le chevalier de Lévis prit des vivres pour quatre jours, ce qui fut cause qu'il ne put se mettre en marche qu'à onze heures du matin.

M. le marquis de Montcalm et M. le chevalier de Lévis convinrent que le détachement qui étoit à ses

ordres continueroit à marcher dans le même ordre et suivroit le bord du lac Saint-Sacrement et que l'armée snivroit de même sa marche dans les bateaux en observant de se tenir à la même hauteur que le détachement qui alloit par terre.

H. le chevalier de Lévis étant parti à onze heures marcha jusqu'à cinq heures du soir. Le pays par où il passa, est plat; le bois est assez beau; mais il y a plusieurs petits marais i passer qui ralentirent la marche et fatiguèrent beaucoup les troupes.

H. le chevalier de Lévis étant arrivé à une lieue du fort, dont on pouvoit le voir, fit camper son détachement dans une bonne position, la droite à la montagne, la gauche au lac, un ruisseau bordoit le front.

M. le chevalier de Lévis envoya à M. de Montcalm MM. de Bougainville et Wolf pour lui faire part de sa position et lui faire dire que Parmée pouvoit débarquer en toute sûreté et venir camper derrière son détachement où il y avoit du terrain ; que les bateaux et l'artillerie pouvoient aussi se placer dans l'anse que le détachement couvroit où ils seroient en sûreté.

M. le marquis de Montcalm envoya dire i M. le chevalier de Lévis qu'il alloit rassembler les troupes qui étoient dans les bateaux, de même que l'artillerie, et qu'il feroit débarquer les troupes le plus têt qu'il lui seroit possible et qu'il viendroit se placer derrière son détachement.

À onze heures, l'armée commença à débarquer et se

plaça derrière le détachement de M. le chevalier de Lévis.

 minuit, il y eut une alerte occasionnée par des sauvages qui découvrirent deux berges angloises qui vendent nous reconnoître. Ils mirent sur le champ leurs canots à l'eau et furent attaquer les anglois qui étoient dans les barges ; ils en prirent une où il y avoit douze hommes ; l'autre se sauva. Il y eut un sauvage Nepissing de tué et deux de blessés.

Les prisonniers pris dans cette berge rapportèrent que les ennemis avoient aperçu nos bateaux et étoient informés de notre marche ; qu'à six heures du soir, il leur étoit arrivé un renfort de mille hommes avec quatre pièces de canon et un convoi de vivres de cinquante chariots; que l'ordre avoit été donné pour venir au devant de nous pour nous attaquer ; qu'à minuit, on devoit tirer un coup de canon qui étoit le signal pour prendre les armes et que l'on marcheroit à la pointe du jour. Effectivement, nous l'entendîmes tirer à minuit, ce qui nous fit croire que les ennemis viendroient nous attaquer. Bn conséquence, M. le marquis de Montcalm et M. le chevalier de Lévis firent leurs dispositions et déterminèrent que l'armée prèndroit les armes au point du jour ; que M. le chevalier de Lévis avec son détachement et avec tous les sauvages feroient l'avant-garde et que l'armée le suivroit, que l'on marcheroit sur le plus de colonnes que le pays le permettroit dans cet ordre, à la rencontre de l'ennemi, après que l'on auroit laissé des gardes suf-

fisantes pour l'artillerie et les bateaux, et que, si on ne trouvoit point les ennemis en chemin, l'armée continueroit sa marche pour faire l'investiture du fort Georges.

Les ennemis ne firent d'autre mouvement que de quitter leur camp qui étoit sous le fort, pour aller occuper un camp retranché qui étoit sur la gauche du fort, qu'ils avoient préparé d'avance et M. le chevalier de Lévis ne rencontra sur son chemin que quelques postes avancés des ennemis à l'entrée du Désert qi^e les sauvages replièrent et chargèrent vivement.

M. le chevalier de Lévis se porta avec un détachement sur le chemin du fort Lydius, où, avant que d'arriver, les sauvages trouvèrent cent cinquante bœufs qu'ils tuèrent à coups de fusil, et l'avant-garde défit un détachement d'environ cent hommes qui étoient sortis des retranchements pour faire entrer les bœufs qui étoient à la pâture. Ils ont été d'un grand secours pendant le siège à toute l'armée qui, par ce moyen, a mangé de la viande fraîche.

M. le chevalier de Lévis étant posté avec son détachement sur le chemin du fort Lydius, il en plaça une partie pour s'opposer au secours qui pouvoit venir par ce chemin, et l'autre partie fut placée pour masquer et observer les mouvements que les ennemis faisoient au fort et au retranchement.

M. le chevalier de Lévis informa M. le marquis de Montcalm de sa position et lui demanda de nouveaux ordres. M. le marquis de Montcalm fit faire halte à

l'armée qui se trouvoit pour lors à une demMieue de l'avant-garde et il s'y porta de sa personne pour conférer avec M. le chevalier de Lévis sur les autres dispositions ultérieures à faire. Ils s'approchèrent ensemble pour reconnoître les retranchements, et ils convinrent qu'ils n'étoient point attaquables de vive force, ce qui les détermina à faire le siège du fort en forme et de faire prendre une position à toute l'armée pour pouvoir faire le siège et s'opposer en même temps au secours qui pouvoit venir du fort Lydius.

M. le marquis de Montcalm envoya ordre à M. de Bourlamaque, qui étoit resté à la tête de l'armée de rétrograder avec les brigades de la Sarre et de Royal- Roussillon pour aller camper, la gauche au lac» la droite à la montagne afin de couvrir le dépôt de l'artillerie, et de faire rapprocher la brigade de la Reine d'un quart de lieue de l'avant-garde. Ce fut la disposition qui fut faite pour passer cette nuit en attendant qu'on en prît une autre le lendemain pour se rapprocher des brigades de la Sarre et de Royal- Roussillon.

A quatre heures après-midi M. le marquis de Montcalm envoya sommer le commandant de se rendre, s'il ne vouloit point courir les risques d'être livré à la fureur des sauvages qui ne leur feroient point de quartier, s'ils se mettoient dans le cas de défendre le mauvais poste où ils étoient. Le colonel Munro qui commandoit dans le fort répondit qu'il ne se rendroit qu'à

extinction de vie et qu'il étoit de son devoir de défendre son poste.

M. le marquis de Montcalm fit passer la nuit à la brigade de la Reine. M. le chevalier de Lévis resta avec M. de Rigaud à l'avant-garde.

Le 4 AU MATIN

N'ayant eu aucune nouvelle des ennemis, M. le marquis de Montcalm concerta avec M. le chevalier de Lévis sur les dispositions nécessaires pour s'opposer au secours qui pouvoit venir d'Orange. Il lui laissa lé détail des sauvages et des miliciens qu'il fit camper à quelque distance du chemin de Lydius et le chargea d'avoir sur cette route des découvertes continuelles pour lui donner avis de ce qui se passeroit.

M. le marquis de Montcalm replia ensuite les grenadiers et les piquets et revint avec la brigade de la Reine qu'il rapprocha des deux autres de manière que toute l'armée étoit campée sur la même ligne dont la gauche étoit appuyée au lac et la droite à la montagne qui s'étendoit vers le chemin qui mène au fort Lydius.

M. de Bourlamaque fut chargé de la direction des attaques et de tous les détails du siège.

La tranchée fut ouverte le 4 au soir par 500 tra^ vailleurs et soutenus par 300 hommes, grenadiers et piquets aux ordres du sieur de Roquemaure^

100 JOURNAL DES CAMPAONSS

lieutenant-colonel. L'on poussa les travaux avec la plus grande vivacité. Nos batteries commencèrent à tirer le second jour que la tranchée fut ouverte de façon que le quatrième jour la tranchée se trouva avancée à quarante toises du fort.

Les ennemis se voyant si pressés demandèrent à capituler. Ce qui les y engagea fut une lettre que M. de Montcalm leur envoya du général Webb, qui écrivoit au général Munro du fort Lydius, dans laquelle il lui mandoit qu'il faisoit assembler les milices pour marcher à lui, que cependant, s'il étoit trop pressé pour attendre le secours, il tàch&t d'avoir une composition honorable.

Cette lettre fut trouvée sur un courrier du général Webb, qui fut pris par un de nos partis que M. le chevalier de Lévis avoit envoyé à la découverte.

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