M. DE VOYER D'ARGENSON
LETTItE DE M. BERKYER
A Versailles, le 22 février 1760.
^Monsieur,
M. le marquis de Vaudreuil m'a informé dans le plus gi"and détail des facilités qu'il a trouvées dans toutes les occasions où il a eu à traiter avec vous, et du parfait concert qui règne entre vous deux. Après tout ce qu'il m'en a dit et ce qui m'est revenu d'ailleurs, je suis bien persuadé que je n'ai pas besoin, pour cimenter votre bonne intelligence, de vous parler des maux que la division pourroit occasionner. Votre façon de penser m'est trop connue pour n'être pas assuré que vous aurez toujours présent et le bien du service du Eoi et l'intérêt de la colonie. M. de Vaudreuil, à qui j'écris en particulier sur la situation présente du Canada et les opérations de cette année, vous fera part de ce que je lui marque des intentions de Sa Majesté. Elles sont telles qu'elle compte infiniment sur vous deux dans la crise ( v. il y a toute apparence que vous vous trouverez, et vous jugerez aisément lorsque M. de Vaudreuil vous les aura communiquées, combien je serois flatté d'avoir quelque nouvelle agréable à apprendre à Sa ^Majesté sur le sort de la colonie.
Quoi qu'il en soit, Monsieur, je m'acquitte avec plaisir de l'ordre que Sa Majesté m'a donné de vous dire qu'elle compte sur votre bravoure, sur votre zèle
et votre expérience pour faire usage des forces qui se trouvent dans la colonie. Vos sentiments pour M. de Vaudreuil les augmentent autant que l'attachement que les Canadiens ont pour vous.
M. de Vaudreuil doit encore vous faire voir ce que je lui écris au sujet de la suspension du paiement des lettres de change des colonies. Dans le cas où l'arrêt qui a été rendu à ce sujet causeroit quelque alarme aux habitants, j'entre avec lui dans un grand détail des moyens de les calmer et de les rassurer. Vous pourrez y concourir efficacement lorsque vous en serez instruit, et je ne doute pas qu'après vous être entretenu de cet objet, vous ne fassiez un bon usage de la confiance qu'on a en vous en Canada, et je rendrai compte à Sa Majesté des soins que vous vous donnerez pour cela. Vous verrez, au surplus, que l'on a compris dans l'état des dépenses qui ont été arrêtées pour cette année, les appointements et sui)plément pendant l'hiver des officiers et la solde des troupes, tant des bataillons que de la colonie, et que le montant, ainsi que toutes les autres dépenses fixées, doit être tiré en lettres de change sur le seul exercice de l'année suivante.
C'est un nouvel avantage que les bataillons trouveront dans cet arrangement, et qui contribuera à faire diminuer les prix de tout ce qui se consomme en Canada.
Quant à votre traitement comme commandant en chef, il n'a pas été possible de rien faire en votre faveur jusqu'à présent ; mais je conférerai de cet article en particulier avec M. le maréchal de Belle-Isle, et je profiterai du premier moTucut favorable pour proposer
un arrangement au Koi, et je puis vous annoncer d'avance que, quoique je ne puisse vous rien marquer de positif à cet égard, vous n'y perdrez rien.
Berryer.
Monsieur,