‹ Collection des manuscritsChapitre 1 sur 57 · PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE

Instruction pour MM. les commandants des bataillons à mesure qu'ils arriveront à Québec, en attendant les ordres de M. le marquis de Vau-

dreuil.

16 mai 1756.

Messieurs les commandants auront soin de faire lire et publier à la tête des troupes l'ordonnance du 1*' mars 1755, concernant le service et la discipline. On doit se comporter dans les places vis-à-vis l'état-major comme en France, suivant ce qui est prescrit par l'ordonnance du 25 juin 1750, qui doit être suivie dans tous les points.

On doit avoir la plus grande attention à l'exactitude de la discipline, recommander au soldat de vivre amicalement avec les habitants et les troupes de la colonie.

La plus légère discussion doit être punie avec la plus grande sévérité. Les circonstances où l'on se trouve l'exigent, et l'on ne sauroit trop le recommander à MM. les commandants des bataillons. Les postes feront des patrouilles d'heure en heure et arrêteront tous les soldats que l'on trouvera dans les rues ou au cabaret après la retraite/ pour être mis en prison pendant quinze jours, comme il est d'usage en î'range. S'il revenoit que les soldats s'écartassent à la campagne, on ordonneroit des appels trois fois par jour.

Il faut avoir la plus grande attention pour que les soldats fassent ordinaire. On ne peut trop recommander l'article de la propreté ; on aura celle de visiter les armes et les faire mettre en état. S'il y avoit quelque fusil qui n'y fût pas, on en rendra responsables MM. les officiers des compagnies qui doivent les visiter. Si quelque fusil étoit hors d'état de servir, on en donneroit une note au commandant pour qu'il en demandât le remplacement au magasin. MM. les officiers doivent se conformer dans tous les points à tous les règlements militaires établis en France, et, en conséquence, tous les officiers, à moins qu'ils ne soient malades ou de service, doivent se trouver à la garde montante et être toujours en habit uniforme. Lorsque les officiers auront quelque plainte ou représentation à faire ou demande, ils s'adresseront à leurs commandants, lesquels m'en informeront ou m'en feront informer par MM. les officiers majors.

Lorsque je serai présent, ou, en mon absence, M. le chevalier de Lévis, brigadier, ou M, de Bourlamaque, colonel, les commandants des corps, ainsi que les offi-

ciers détachés me rendront compte autant que les circonstances ou l'éloignement le permettront des détails qui concernent leurs bataillons ou leurs troupes, et de tout ce qui peut intéresser le service. A l'égard des plaintes des soldats, ils s'adresseront toujours à leurs officiers, qui en rendront compte à leur commandant, qui enverra, si le soldat a quelque discussion fondée, son officier major au juge ou à celui ([ui est préposé à maintenir la police dans la paroisse.

Il ne se fera aucune distribution quelconque qu'il n'y ait toujours un officier major. Cette police sera invariable même pour le plus petit détachement, où, à défaut d'officier major, il y aura un lieutenant ou au moins un sergent présent à la distribution. Toutes les distributions se feront avec l^eaucoup d'ordre à des heures et des jours indiqués. Quand même il y auroit quelque chose à redire dans les distributions, c'est au seul officier chargé d'y assister de faire les représentations nécessaires.

MM. les officiers ne quitteront jamais la troupe, quand elle sera sous les armes, ni en marche.

Défense aux soldats de faire aucune demande et de rien exiger dans les marches qu'ils feront que ce qui sera prescrit, à peine d'être punis avec la plus grande sévérité, et, si le cas l'exige, d'être mis au conseil de guerre. Tons las matins, un officier major viendra me rendre compte et m'apporter un état de ceux qui ont manqué à l'appel des hôpitaux, des morts et de la prison. Lorsque l'aide-major général sera avec moi, il suffira qu'on lui fasse porter, par un sergent d'ordannance.

La même règle doit s'observer vis-à-vis de M. le chevalier de Lévis, brigadier, et de M. de Bourlamaque, colonel, dans les quartiers où ils pourroient être détachés avec des troupes.

Quoique les hôpitaux où on reçoit les soldats à Québec ou à Montréal, soient très bien tenus, on doit suivre exactement ce qui se pratique en France pour la visite de l'hôpital et du quartier ; et, s'il y a quelque plainte à faire, l'officier en rendra compte à son commandant qui m'en informera ou, en mou absence, l'officier supérieur.

L'intention du Roi est qu'il ne puisse être retenu aux soldats sur leur paie au delà d'un sou. Jusqu'à présent, on ne leur a retenu que six deniers pour leur entretien, et il en sera fait un décompte suivant que je l'ordonnerai, voulant établir une uniformité sur cet article dans les six bataillons.

Il sera défendu aux soldats de boire avec les sauvages ni (le leur vendre de l'eau-de-vie ni munitions de guerre, sous peine du cacliot pour la première fois et des verges pour la seconde.

M. le chevalier de Lévis, brigadier, et M. de Bourlamaque, colonel, ainsi que MM. les commandants des troupes voudront bien n'apporter aucune difficulté pour rendre les honneurs qui sont d'usage dans la colonie, encore qu'ils ne soient pas compris dans l'ordonnance du service des places du 25 juin 1750. Ils ont été réglés par des ordres particuliers du Koi.

Les troupes qui débarqueront auront attention de conserver les effets (jui ont été donnés à MM. les officiers, comme matelas, draps, couvertures et serviettes,

ainsi que les hamacs de leurs soldats, attendu qu'ils doivent leur servir par terre et pour leur retour.

Ils auront aussi attention de faire conserver les munitions que les soldats avoient dans leurs cartouches en s'embarquant, et, s'ils les ont remises sur le vaisseau au capitaine d'armes, ils les retireront.

MM. les officiers seront armés de fusils, qui leur seront fournis du magasin d'ici ou de Montréal, ce qui ne doit pas em|iecher (pi'ils ne conservent leurs espontons.

M]M. les commandants des bataillons auront attention dans les garnisons ou les camps stables, où leurs troupes ne seront ])oint fatiguées de service, de les exercer, les jours où le temps le permettra, au plus une heure et demie, et il suffira au genre de guerre qu'elles doivent faire de leur apj^rendre le maniement d'armes, principalement à files serrées, à bien marcher du pas ordinaire et du pas redoublé, à se former de trois à six, de six à trois, à se rompre par demi-rang, par tiers de rang et par pelotons, et à former la colonne d'attai^ue. 11 seroit à souhaiter que l'on put avoir de la poudre pour les exercer à tirer liomme à homme, pour les accoutumer à bien mettre en joue et à bien tirer.

On peut cependant le laire sans poudre, et les circonstances obligent à la ménager. Au reste, il faut inspirer aux troupes françoises, qui n'ont pas la même adresse pour tirer que les troupes de la colonie, une grande confiance dans la bayonnette en marchant au pas redoublé, et, si elles étoient obligées de défendre un retranchement, le feu le jilus vif et le plus nourri *.

* Cette phrase est inooini)réhen<ible.

12 I.KTTKES ET riÈCKS MILITAIRES

On peut leur faire faire quelques quarts de conversion, quoiqu'elles ne doivent guère trouver occasion d'eu faire usage dans un pays aussi coupé. Je crois toute autre mancinivre assez superflue pour la circonstance, et qu'on peut se passer d'une grande précision pour lepetit pas et le pas oblique, dont on n'aura guère occasion de faiie usage, mais bien du yias ordinaire et du pas redoublé.

Fait à Québec, ce 10 mai 1756.

MONTCALM

Instruction pour MM. Jef< lùutenant,^-colonels d'infanterie, commandant les hataiUotis qui sont en

Canada.

ITôt).

MM. les commandants de bataillon me rendront compte de tous détails concernant le service et la discipline de leur Imtaillon ; ils auront aussi soin de m'informer de tous détails militaires concernant les opérations dont eu.x ou les officiers détachés de leur batadlon seront chargés.

Le Iloi ayant nommé M. le chevalier de Lévis brigadier, jnnir être commandant en second, et M. de Bourlama(|ue colonel, pour être commandant en troisième, les mêmes comptes leur seront rendus en mon absence par les commandants de l)ataillon (jui seront ](lus à portée de correspondre avec ces deux

officiers supérieurs qu'avec moi, de qui ils exécuteront tous les ordres; ce qui ne les dispensera i)as de m'écrire autant que les circonstances et l'éloignenient des lieux le leur permettra.

Sa Majesté, en m'envoyant prendre le commandement de ses troupes en Amérique, m'a ordonné de veiller avec la plus uraude exactitude à la conservation de la discipline militaire, et de faire observer toutes les ordonnances et règlements militaires. C'est pourquoi je ne saurois trop recommander à MM. les commandants de bataillon d'y tenir la main avec la plus grande sévérité. Les punitions à intliger au soldat doivent être plus fortes qu'en France ; l'aisance ([u'ils ont amène facilement du relâchement. La propreté est un article important; elle est nécessaire pour se faire considérer même du sauvage. Défense an soldat de boire avec eux, ni de leur vendre de l'eau-de-vie ou munitions de guerre, sous peine de cachot pour la première fois et des verges pour la seconde. Dans les camps où l'on est à jiortée d'eux, défendre aux soldats d'aller à leurs cabanes ; leur recommander de leur faire politesse quand ils viendront aux nôtres, sans cependant boire avec eux. Cet article est nécessaire pour éviter toute discussion, dont la plus légère peut toujours avoir des suites fâcheuses. M. le marquis de Vaudreuil a fait dire à MM, les officiers qu'aucun ne donnât de l'eau-de-vie aux sauvages, voulant ([u'il n'y ait que les commandants Cj[ui leur en fassent donner, lorsqu'ils le jugeront à propos. Cet article est de la plus grande conséquence.

MM. les commandants de ])ataillon devant avoir toute l'autorité (|ue les colonels titulaires des régiments

auroient, je ne recevrai aucune demande pour permissions ou grâces, qu'on ne se soit adressé à eux et qu'ils ne m'en aient écrit. Ils m'enverront de suite des mémoires de proposition pour les emplois vacants en spécifiant le nom de baptême, le jour et le lieu de la naissance ; je leur demande la plus grande exactitude sur cet article. A l'égard des représentations pour les besoins de la troupe, c'est unic|uement l'affaire de MM. les commandants de bataillon, ou des majors qui sont censés ne s'adresser à moi, qu'après leur en avoir communiqué, ainsi que tout ce qui concerne les hôpitaux, vivres et distributions, dont ils me rendront compte, afin que je puisse faire parvenir leurs représentations, lorsque je les croirai fondées, à M. le marquis de Yaudreuil et à M. l'intendant.

Les majors continueront aussi à informer avec exactitude M. Doreil, commissaire-ordonnateur, des détails concernant les vivres, distributions, hôpitaux, pour qu'il y veille. Son séjour à Montréal le met à portée d'en être plus tôt instruit que je ne le serois moi-même, et de faire les représentations nécessaires, suivant les ordres que je lui ai donnés à cet égard.

On continuera aussi à lui envoyer tous les mois l'état des changements.

On aura la plus grande attention pour la règle- dans les distributions. 11 ne s'en fera aucune qu'il n'y ait toujours un officier major (cette police sera invariable même pour le plus petit détachement), ou à défaut d'officier major un lieutenant ou au moins un sergent. Toutes les distributions à faire, tant pour l'officier que pour le soldat, soit pour l'équipement, soit pour les

vi^Tes, ayant été réglées par M. l'intendant, il ne doit y avoir aucune difficulté. Cette partie est d'une si grande conséquence que je charge MM. les commandants et majors personnellement de veiller à la conservations des vivres et munitions dans les camps, marches et détachements. Cet article m'a été recommandé particulièrement par Monseigneur le garde des sceaux, et M. le marquis de Vaudreuil ne pourroit se dispenser de rendre compte à ce ministre s'il y avoit quelque négligence sur un article aussi important. L'aidemajor général, et à son départ, le major chargé du détail du camp, en rendra compte.

MM. les commandants de bataillon doivent, pour répondre aux vues sages de Sa Majesté et aux ordres précis que j'en ai, favoriser les mariages de leurs soldats avec des filles d'habitants qui puissent augmenter le nombre des cultivateurs ; car, autant M. le marquis de Vaudreuil désire ces sortes d'établissements et rendra compte du zèle avec lequel les officiers auront suivi sur cet article l'intention du Eoi, autant refusera-t-il la permission pour tout mariage qui ne tendroit qu'à la fainéantise et au libertinage. La multiplicité de ces mariages ne peut nuire en rien aux intérêts de MM. les officiers ; les compagnies ne sont pas à leurs charges, et j'aurai attention, au retour en France, de faire donner toute préférence aux bataillons qui se trouveroient les plus faibles pour être entrés dans des vues aussi utiles à l'Etat.

M. le marquis de Montcalm prie MM. les officiers d'observer , la plus grande régularité pour porter les uniformes. Il renouvelle les défenses pour les jeux de

hasard. Il ne peut se dispenser de punir sévèrement ceux qui contreviendront à cette défense, sur la simple certitude morale; car il n'ignore pas que l'on croit toujours n'être pas dans le cas de punition quand on n'a pas été pris sur le fait par l'intention que l'on a eue <le se cacher.

On exercera soir et matin les soldats de la dernière classe, et tous les matins ceux qui sont déjà insU'uits, en se conformant à une instruction particulière que j'enverrai au premier jour. En attendant, MM. les commandants de bataillon verront de les faire exercer comme ils avoient coutume, observant de ne les tenir au plus qu'une heure et demie sous les armes. M. le marquis de Yaudreuil fera donner pour toute la campagne, cent livres de poudre par bataillon uniquement destinées pour exercer le soldat. MM. les majors verront de la ménager, ne la prendront que successivement à mesure qu'ils en auront besoin, et verront de faire faire quatre-vingts cartouches par livre.

On (observera dans les camps tout ce qui est prescrit par l'ordonnance du 17 février 1753, et, pour les honneurs à rendre, on suivra les articles de la même ordonnance 123, 571, 574, 579, 582, 583 et 586, observant que, lorsque M. de Bourlamaque, colonel et commandant en troisième, commande un camp séparé, il lui est dû un ca])orul et dix hommes, qui lui seroient dus quand même il ne commanderoit qu'une brigade ; et lorsqu'il est dans le même camp avec un officier supérieur, une sentinelle, ainsi qu'à l'aide-major général. L'ordonnance du 1" mars 1755, pour le service et la <liscipline des troupes qui sont en Canada, ayant pourvu

au service des officiers de ce corps avec ceux de la colonie, il ne me reste qu'à recommander à MM. les commandants de bataillons d'y tenir la main, d'entretenir la plus grande union et intelligence, et que, dans les camps ou retranchements où ils seront mêlés, quoique l'officier plus ancien en parité de grade commande sans difficulté, il faut laisser à l'officier le plus ancien de chaque corps de troupes le détail intérieur pour la discipline et police du sien, et, dans les opérations de la guerre agir avec concertation, employer chaque troupe à son genre, et consulter MM. les officiers de la colonie qui ont une grande connoissance du pays, de la façon d'y faire la guerre et d'y conduire les milices du pays et les sauvages. MM. les officiers françois, malgré leur zèle, ne peuvent avoir acquis cette expérience. M. le marquis de Montcalm, pour établir l'uniformité sur un article aussi important que celui de la paie du soldat, ordonne qu'on lui fasse le prêt tous les dix jours, le 1", le 11 et le 21 de chaque mois, en ne retenant qu'un sol, sans que, sous aucun prétexte, cet ordre soit jamais interverti. Il sera seulement suspendu dans les camps, où le soldat n'a rien à acheter et où il seroit difficile d'avoir tout l'argent nécessaire pour cette exactitude. Mais j'ordonne que, dès le retour du camp et sans aucun délai, le décompte de la paie leur soit fait. Je ne mets pas en doute que, dans cliaque bataillon, on ne l'ait fait jusqu'au 1" mai. Si on n'y a pas satisfait, je l'ordonne. Dans les camps, messieurs les commandants tiendront la main à ce qu'il soit avancé aux soldats ce dont ils pourroient avoir besoin et dont la retenue leur sera faite au décompte de leur paie. Doré-

navant, les officiers commandants des détachements qui iront pour l'hiver dans les forts et qui ne seront pas à portée, demanderont à l'officier chargé du détail, de quoi faire les prêts du détachement avec régularité. A l'égard du sol de retenue, le décompte en sera fait d& six en six mois au 1" novembre et au 1'^" mai. Lorsque les troupes françoises seront campées à portée des forts,, les commandants des dits camps n'ont aucun ordre à donner dans les dits forts pour le service, la conservation des magasins, leur exploitation, et encore moins pour les relations qui sont établies par ordre de M, le marquis de Yaudreuil entre les commandants des dits forts et les sauvages. Les dits commandants auront cependant ordre de leur demander le mot, et les commandants des camps fourniront toutes les gardes et travailleurs dont on pourroit avoir besoin aux dits forts.

Si les sauvages font quelques demandes au commandant du camp, il les enverra à celui du fort ; observant que, malgré l'usage où nous sommes de faire conduire les personnes les plus qualifiées par des fusiliers, il ne faut pas en agir de même avec les sauvages, à qui cette cérémonie fait ombrage.

Les commandants des camps ne pourront rien prendre des magasins que ce qui est nécessaire pour les distributions journaUères de subsistances aux officiers et aux soldats, et d'outils pour les travaux.

Ils veilleront à la conservation des jardins qui sont autour des forts et des bestiaux qui y peuvent être pour la garnison. Les commandants des forts auront de leur côté des ordres de M. le marquis de Yaudreuil

pour agir de concert pour le bien du service avec les commandants du camp.

MM. les commandants des camps auront attention de recommander aux ofi&ciers de ne pas s'écarter pour la chasse. Défense aux soldats d'y aUer. L'on doit bien comprendre la nécessité d'être exact, dans la crainte de tomber dans quelque petit parti.

MONTCALM

Instruction pour M. le chevalier de Lévis, brigadier des armées.

27 août 1757.

M. le chevalier de Lévis pourra, après l'entier déblaie/ ^nt des munitions de bouche et d'artillerie, faire y .tir les troupes de la marine, conformément à l'inst ctiou remise à M. de La Valtrie, dont copie est ci-jr ite, les bataillons de la Keine, la Sarre, Languedoc et Guyenne. Il permettra aussi à M. Le Mercier et au corps de l'artillerie de partir, à l'exception de M. de Bonnafous, officier du dit corps, qui doit rester à Carillon avec le nombre de canonniers convenables pour le service de cette place.

M. le chevalier de Lévis fera faire le mouvement de ces troupes dans deux divisions : la première composée des troupes de la marine, de la Eeine et de Guyenne. Elles camperont deux jours à Saint-Frédéric pour y faire le bois de chauffage de la garnison, avec défense à

M. de Lusignan, à peine d'eu être responsable, d')- laisser toucher avant le 15 de novembre.

La seconde division, qui partira deux jours après, avec laquelle M. le chevalier de Lévis et M. le major général pourront partir, sera un jour ou deux campée à Saint-Frédéric, suivant que M. le chevalier de Lévis le croira nécessaire pour le bois de chauffage de la garnison de Saint-Frédéric.

M. le chevalier de Lévis donnera les ordres aux troupes de la marine pour que celles du gouvernement de Montréal s'y rendent avec M. de La Valtrie, et celles des Trois- Rivières avec M. des Meloises.

Le régiment de Guyenne se rendra à Chambly pour occuper le camp qui les mettra le plus à portée de leurs travaux.

Les régiments de la Reine, la Sarre et Languedoc iront camper à Saint-Jean, où ils recevront des instructions.

M. le chevalier de Lévis aura attention de mettre le plus de monde qu'il sera possible dans les bateaux, afin qu'on ne soit pas obligé d'en faire remonter un trop grand nombre pour les bataillons de Royal-Roussillon et de Béarn. Il fera cesser la ration de campagne au départ de Saint- Frédéric, où il avertira pour que l'on y tienne du pain prêt pour les troupes qui, en partant d'ici, n'en porteront (jue pour trois jours.

' M. le chevalier de Lévis fera faire une découverte par un officier intelligent, entre le départ de sa première division et celui de la seconde, sur le lac, pour aller avec précaution jusqu'au-delà des îles et jusqu'à la vue des ruines du fort George?. 11 aura attention

de donner par avis, le départ de la première division, du nombre de bateaux qui resteront à M. de Bourlamaque, afin de faire remonter ceux dont on auroit l)esoin pour le déblaiement des troupes (|ui resteront •aux ordres de M. de Bourlamaque.

Les bataillons emmèneront avec eux tous leurs ouvriers à l'exception de ceux d'une nécessité indispensable pour les travaux de Carillon, comme charbonniers, couvreurs, qui ne descendront qu'avec M. de Bourlamaque ou lorsqu'on n'en aura plus besoin. Les l)ataillons de la Sarre et de Guyenne seront chargés de faire descendre avec eux les outils qui leurs seront rerais par M. Le Mercier, suivant les états de MM. Desandrouius et La Pause.

M. le chevalier de Lévis défendra par écrit à MM. les commandants de bataillon de laisser venir, jusqu'à la fin de la campagne, aucun officier marié ou non marié à Montréal, sous aucun prétexte, ni de quitter leur bataillon, à moins d'affaire indispensable ou de maladie > et, dans l'un ou l'autre cas, MM. les commandants de bataiUon ne les laisseront pas partir sans une permission qu'ils motiveront et où ils fixeront le nombre de jours pour lesquels ils auront accordé la permission dans le cas d'affaire ; et l'officier porteur de la permission sera tenu de nous la présenter, et, en notre absence, à M. le chevalier de Lévis, à Montréal, Défense sous aucun prétexte, de donner aucun congé à aucun soldat, marié ou non.

Au départ des bataillons pour se rendre à leur garnison ou quartiers d'hiver, tous les officiers les y conduiront, après quoi, on se conformera, pour les permis-

sions à accorder, au règlement que j'aurai l'honneur d'adresser à messieurs les commandants avant la séparation de l'armée. Ils pourront cependant alors permettre aux of&ciers mariés d'aller chez eux et donner des congés limités aux soldats qui sont mariés et à ceux qui pourroient avoir quelques affaires, m'en remettant sur cet article entièrement à la prudence de messieurs les commandants des bataillons. Je ne suis pas en peine que messieurs les commandants donnent le bon exemple de l'assiduité à leur bataillon et n'aillent les conduire et les établir dans leurs (quartiers et garnison, M. le chevalier de Lévis voudra bien, lors de son départ, remettre l'instruction ci-jointe à M. de Bourlamaque et suppléer à tout ce qui pourroit avoir été omis dans la présente. On peut d'ailleurs s'en rapporter à son expérience et à son zèle pour le service du Eoi.

Fait an camp du portage, le 27 août 1757.

MûNTCALM.

M. le chevalier de Lévis voudra bien prier messieurs les commandants de bataillon et les officiers majors d'être exacts à m'informer de tout ce qui intéressera la discipline de leur liataillon et le service du Eoi. Ils m'adresseront, au 15 octobre, un état des changements dans leur bataillon, en partant de mes revues faites les 21, 22 et 23 août, afin que je puisse envoyer un état définitif de la situation de nos bataillons à M. le marquis de Paulmy par les derniers bâtiments. Ils observeront aussi que, s'il y avoit quelques nouveaux

mémoires à me donner pour l'avantage de leur bataillon, il faudra me les adresser alors.

MM. Desandrouins et Vézou de Fournerie prendront les ordres de M. le chevalier de Lévis pour leur départ devant être employés aux travaux de Saint-Jean. Comme il y a huit pontons à Carillon, M. le chevalier de Lévis pourra en faire passer quatre à Saint-Frédéric pour servir au transport des bois, ou au moins deux.

M. le chevalier de Lévis prendra le moins de Canadiens qu'il pourra et tâchera de se contenter d'un seul par bateau. A l'égard des deux ou quatre pontons qu'on lui propose de mener, ils porteront troupes et équipages d'ici à Saint-Frédéric. Alors, s'ils peuvent •être utiles pour le service à Saint-Frédéric, il pourra les laisser et prendre le même nombre de bateaux à la place. Si au contraire on n'en a pas besoin à Saint- Frédéric, M. le chevalier de Lévis fera désassembler les pontons, et les bateaux serviront également.

Si M. le chevalier de Lévis est obligé d'emmener tous les Canadiens pour conduire les bataillons qui doivent descendre, il emmènera avec chaque division un officier de la brigade de Eoyal-Pioussillon, un sergent et un caporal, qui rassembleront les Canadiens de chacune de ces divisions, soit à Saint^Jean, soit à Chambly, et remonteront avec des bateaux pris à Saint- Jean.

M. le chevalier de Lévis proportionnera le nombre de Canadiens à mettre dans chaque bateau au besoin qu'il saura qu'il y aura à son départ de bateaux au camp de Carillon.

J'écrirai à M. le chevalier de Lévis dès mon arrivée à Saint-Frédéric, et je lui ferai savoir les intentions ultérieures de M. de Vaudreuil à son arrivée à Saint- Jean.

Xota. — Suivant la visite faite par M. de La Rochebeaucourt, le 20 août, il doit y avoir cent soixante-deux bateaux, non compris les berges ; sur quoi M. le marquis de Montcalm en emmène cinq demain. M. de Bourlamaque demanderoit qu'il en restât six ici. M. le chevalier de Lévis fera bien, dès demain, de charger un officier major de les compter.

Etat des bateaux nécessaires pour les bataillons de la Sarre et de Guyenne, suivant l'état remis par M. de La Pause ; ces deux bataillons faisant, officiers, soldats, domestiques et femmes, neuf cent onze hommes.

à 20 hommes, 46 bateavix, dont 9 à 19 à 22 " 42 " dont 13 à 21

à 24 " 38 " dont 1 à 23

à 25 " 36 " dont 11 à 26 à 26 " 35 " dont 1 à 27

M. le chevalier de Lévis fera son calcul pour la Reine, Languedoc et la colonie.

Mémoire ijour servir (V instruction à M. le marquis

de Montcalm, donné par M. de Vaudreuil pour

la campagne 1758.

Janvier 1758.

Quoique, par les différentes conversations que nous avons eues avec M. le marquis de Montcalm, il soit assez informé de tout ce qui peut regarder le bien général de cette colonie, et que nous lui ayons fait part en même temps des moyens qui nous restent pour la mettre à l'abri des entreprises dont les ennemis, dans ce moment, la menacent sur toutes ses différentes frontières, nous avons cru devoir lui mettre par écrit nos intentions et lui dire que nous avons lu son dernier mémoire avec la plus grande attention et que nous avons trouvé toutes ses réflexions très judicieuses.

Notre premier projet, en confiant à M. le marquis de Montcalm nos plus grandes forces, avoit été d'opérer une puissante diversion sur les frontières du lac Saint- Sacrement, eu faisant démonstration de vouloir agir offensivement, pour faciliter les vues que nous avons do déterminer par un gros détachement les Iroquois des Cinq Nations à prendre la hache, et d'agir en même temps par la rivière de Corlar, pour détruire, le plus avant possible, les habitations angloises. Il y a lieu de croire, si nos vues peuvent être remplies à cet égard, que les ennemis ne seront pas en état, par ces deux diversions concertées, d'agir offensivement sur aucune de ces deux parties. Ainsi nous persistons à suivre ce

premier j)rojet. Supposé que les ennemis, comme il y a lieu de le craindre par les dépositions des derniers prisonniers, ne viennent au lac Saint-Sacrement, où était situé le fort Georges, cette démarche de la part des ennemis peut avoir deux objets. Le premier, s'ils peuvent en avoir les moyens, ce qui n'est pourtant pas ■sTaisemblable, s'il est vrai qu'ils entreprennent rexj)édition de Louisbourg, est de venir attaquer Carillon. Le second peut être la démonstration d'une défensive audacieuse, ce qui paroît plus croyable. Quoi qu'il en soit, si les ennemis viennent occuper le lac Saint- Sacrement par des forces supérieures, il faudra que M. le marquis de Montcalm occupe aussi le portage et le lac Saint-Sacrement, et qu'il fasse en sorte, par ses manœuvres, de conserver l'offensive sur le lac Saint- Sacrement et d'inquiéter et harceler les ennemis le plus qu'il pourra sur le chemin de Lydius au lac Saint- Sacrement, et tâcher d'intercepter leurs convois. C'est à M. le Marquis de jMontcalm à prendre sur cela tous les moyens qu'il jugera être les plus convenables, suivant les occurrences.

Si, contre toute attente, les ennemis prennent le parti de venir faire le siège de Carillon ; ce sera pour lors à M. le Marquis de Montcalm à se déterminer d'aller à la rencontre des ennemis pour les combattre dans leur marche ou sur le lac ou de les attendre dans un camp retranché ou autre position qu'il croira être la plus avantageuse.

M. le marquis de Montcalm ne peut se déterminer d'aller au devant des ennemis que dans le cas qu'il jugeât d'avoir suffisamment de sauvages et de Cana-

diens pour les combattre avec avantage dans le bois. Quelc^ue désir que M. le marquis de Yaudreuil puisse avoir de tenir Ijeaucoup de sauvages à Carillon, M. le marquis de Montcalm sait qu'il n'en est pas toujours le maître et que peut-être dans le moment que les ennemis viendront, les sauvages se trouveront avoir fait coup et seront de retour à leur village. Dans ce cas, M. le marquis de Montcalm doit se contenter de harceler les ennemis et de les retarder le plus ([u'il sera possible sans se compromettre à avoir une aifaire générale et décisive. Par ce cj^ue les nouvelles que M. le marquis de Montcalm donnera de sa position, apprendront, M. le marquis de Vaudreuil est dans la résolution d'assembler toutes les forces de la colonie et de se porter de sa personne au secours de la frontière menacée ; et, à cet effet, il va donner des ordres en conséquence et faire rassembler à Saint-Jean le plus de bateaux qu'il sera possible. Il faudra que M. le marquis de Montcalm renvoie de Carillon tous ceux qui n'y seront pas nécessaires pour le service journalier.

La circonstance fâcheuse où M. le marquis de Montcalm sait que nous sommes réduits pour les vi\Tes, ne permet pas à M. le marquis de Vaudreuil de faire assembler autant de monde qu'il seroit à désirer qu'il y en eût dans ce moment pour la défense de la frontière du lac Saint-Sacrement, parce qu'il est prudent de consommer le moins de vivres qu'il sera possible pour qu'il nous en reste suffisamment pour assembler toutes nos forces, si les ennemis viennent réellement nous attaquer. Ainsi nos plus grandes attentions doivent être d'économiser les vi^Tes. Le salut de la colonie en

dépend. Toutes ces raisons déterminent M. le marquis de Yaudreuil à ne donner à M. le marquis de Montcalm, pour remplir tous les différents objets portés par cette présente instruction, que le commandement de huit bataillons des troupes de terre, cinq ou six cents soldats des troupes de la marine, qui seront aussi mis en bataillon, et quatre cent cinquante bons Canadiens. A l'égard des sauvages, M. le marquis de Vaudreuil fera son possible pour qu'il en ait toujours deux ou trois cents.

Il sera remis à M. le mar(|uis de Montcalm une liste des of&ciers des troupes de la marine qui seront à ses ordres. M. le marquis de Vaudreuil est dans l'intention d'augmenter le corps des troupes aux ordres de M. le marquis de Montcalm, autant que les circonstances et ce qui nous arrivera de vivres le permettront. Il seroit aussi bien à désirer qu'il nous arrivât assez de vivres pour pouvoir soutenir le détachement de M. le chevalier de Lévis dans la partie des Cinq Nations, jusqu'à l'arrière saison, ou pour pouvoir se porter à la Belle- Rivière, si le cas l'exige, comme cela peut bien arriver.

M. le marquis de Vaudreuil regarde comme inutile d'entrer dans de plus grands détails avec M. le marquis de Montcalm pour tout ce qui peut concerner les objets de sa mission et tous ceux qui peuvent tendre au bien de la colonie ; il s'en rapporte à ses lumières auxc^uelles il a toujours mis sa confiance.

Mémoire du marquis de Montcahn en réponse au mémoire précédent.

23 janvier 175S.

Le marquis de Montcalin, qui a lu avec beaucoup d'attention l'instruction qui vient de lui être remise par M. le marquis de Yaudreuil, a l'honneur de lui représenter :

l'' Qu'il n'a rien à lui objecter sur le fond de son projet de campagne, puisque cela dépend de paroles et négociations dont le marquis de Montcalm n'a jamais eu connoissance que comme le public, d'une façon vao;ue et indéterminée.

2'^ Il représente à M. le marquis de Vaudreuil qu'il comptait, d'après ce qu'il lui avoit fait l'honneur de lui dire, sur * douze cents Canadiens, qui se trouvent réduits aujourd'hui à cinq ou six cents. Par conséquent, comme le calcul des bouches à nourrir ne fait pas le calcul des combattants, le marquis de Montcalm déclare à M. le marquis de Yaudreuil qu'il ne compte que sur au plus quatre mille combattants dans le corps de troupes qui lui est confié. Il n'objecte rien sur cet article, dès qu'on se rejette sur le défaut des vivres ; mais il déclare qu'il ne peut faire de la besogne que relativement à ce nombre de combattants.

* Cette pièce est une minute ; tous les passages soulignés sont des corrections de la main de Montcalm.

Le marquis de Montcalm ne comprend pas comm/ent M. le marquis de Vaudreuil avance qu'une démon.'/tration d'offensive sur le lac Saint-Sacrement pei/t en détourner les forces de l'ennemi. Cette proposition est si contradictoire qu'il doit y avoir une méprise de sou secrétaire.

M. le marquis de Vaudreuil ■rent bien se dissimuler à lui tout seul les forces des Anglois dans cette partie. Les dépositions des prisonniers sont trop constantes et uniformes, et M. le marquis de Vaudreuil sait bien que, malgré l'entreprise sur Louisbourg, les Anglois ont dix bataillons de troupes réglées, cinq compagnies de rôdeurs de bois entre Orange et Lydius, et peuvent être joints facilement par un gros corps de milice.

M. le marquis de Vaudreuil sait bien que l'interception des convois est une opération difticile, lorsqu'on a peu de sauvages. Il ignore encore moins par les comptes que le marquis de Montcalm, le chevalier de Lévis et M. de Bourlamaque lui ont rendus, que le poste du portage est un fond de cuve, dont l'ennemi nous chassera facilement avec des forces supérieures quand il voudra. Il peut même le tourner par un chemin que ses partis doivent connoître et dont nous leur avons donné connoissance en allant l'année dernière au fort Georges. M. le marquis de A^audreuil paroît se contredire formellement dans l'article le plus important de son instruction. Il a commencé par s'en rapporter au marquis de Montcalm pour aller ati devant de l'ennemi, pour le combattre dans sa marche ou sur le lac, et M. le marquis de Vaudreuil ajoute dans ce même article (ju'il ne faut point s'exposer par

une affaire générale et décisive. M. le marquis de Montcalm ne sauroit partir que M. le marquis de Vaudreuil n'ait totalement changé cet article de son instruction et ne l'ait expliqué clairement ; car, si le marquis de Montcalm marche au-devant pour combattre, l'affaire est engagée et il contrevient à l'instruction de M. le marquis de Vaudreuil ; s'il veut s'en tenir à la dernière partie, il doit prendre des mesures en conséquence, qui dépendront des circonstances et du temps que l'ennemi donnera. Car un camp retranché n'est pas toujours aisé à placer ni prompt à faire, et il vaudroit encore mieux se retirer à Saint-Frédéric que de se compromettre ou de se renfermer dans un poste qui ne seroit pas tenable. Le marquis de Montcalm se doit à lui-même ces observations. Si l'ennemi n'a rassemblé tant de forces que pour une défensive, ou que l'arrivée de nos bataillons l'y détermine, nous ne tarderons pas à le savoir ; et comme il doit avoir, dans le cas de Voffensive, commencé ses opérations pour tout le mois prochain, l'opération de M. le chevalier de Lévis, que les vivres n'ont pas permis d'exécuter plus tôt, n'est d'aucune utiUté et ne peut faire aucune diversion pour la défense du lac Saint - Sacrement. Mais elle peid remplir d'autres objets.

M. le marquis de Vaudreuil a omis, dans son instruction, un point de la plus grande importance, qui est de savoir dans quel temps les six cents hommes environ des troupes de la marine et les cinq à six cents Canadiens qu'il promet, pourroient être à Carillon. Il est nécessaire de le savoir pour faire ses dispositions.

Le marquis de Montcalm doit encore faire observer que M. le marquis de A'audreuil demande le renvoi <les bateaux, hors ceux qui sont nécessaires pour le service journalier. Cet article est contradictoire avec celui d'éviter une affaire générale et décisive parce qu'il faut toujours se réserver un nombre suffisant de bateaux pour la retraite des troupes et suivre en cela la disposition faite en 1756, lorsque M. le cbevalier de Lévis, avec autant et plus de troupes étoit chargé de veiller à la défense de cette partie, tandis que le marquis de Montcalm assiégeoit Chouaguen. M. le marquis de Vaudreuil doit aussi être prévenu que, si l'ennemi vient à nous forcer par la supériorité de ses forces d'abandonner promptement le portage, nous ne pourrons jamais avoir le temps de retù-er les bateaux que nous y aurons fait passer pour avoir une marine sur le lac Saint-Sacrement ; mais nous les brûlerons.

A Montréal, le 23 janvier 1758, au soir.

Montcalm.

Projet pour aller au fort Lydius en supposant que milord Loudon voulût de nouveau tenter le siège de Louisbourg et qu'il arrivât des vivres et des munitions de guerre au commencement du printemps.

Mars 1758.

La grande difficulté de cette opération est le portage <iepuis le lac Saint-Sacrement au fort Lydius, et on doit

compter pour peu de chose, celui de la Chute au lac Saint-Sacrement. Il faut donc commencer par fixer le nombre des combattants que M, le général voudra employer pour cette expédition, qui ne peut être moindre de six à sept mille hommes, non compris les sauvages, et de six cents sauvages environ. En ne mettant que cette quantité on présume que milord Loudon aura assez dégarni cette partie pour que nous y ayons la supériorité de campagne, sans quoi il serait impossible de pouvoir y songer.

Le commandant de cette expédition fixeroit le nombre de pièces de canon, de mortiers et d'obusiers qu'il désireroit que l'on y menât. Toutes ces choses étant préparées à Carillon de longue main, le portage de la Chute s'y fera pendant le temps que l'armée s'y rassemblera, et il suffira de faire passer quatre-vingt-dix à cent grands bateaux pour l'expédition, et, en partageant ce nombre au pro rata des bataillons, des soldats de la colonie et des Canadiens qui seront destinés, de cette façon tous les bateaux seront passés en quatre jours de temps.

Je voudrois aussi pour cette expédition deux cent cinquante petites charrettes à bras d'hommes, sur chacune des(|uelles on attelleroit dix hommes, et par ce moyen, en employant une douzaine de pontons de Carillon à la Chute, le portage se feroit d'une grande vitesse.

Aussitôt que les bateaux seroieut au lac Saint- Sacrement, et que la première' division auroit à peu près fini la portion du portage, je la ferois passer à l'île la

plus à portée de l'autre bout du lac Saint-Sacrement, et j'y joindrois les maçons et tous les ouvriers qui seroienfe nécessaires, pour construire des fours et y établir un entrepôt général de vivres et de munitions.

Il seroit bon qu'il se joignît à cette division quelques sauvages, afin de pouvoir faire faire des découvertes. On garderoit seulement quelques canots d'écorces, tant pour cela que pour envoyer au camp donner avis au général de ce qu'on auroit pu apprendre, et on renverroit tous les bateaux, armés seulement de trois hommes, pour venir rechercher des munitions et des hommes. En suivant cette opération jusqu'à ce que l'armée fût toute sur l'île, on y réus&iroit en huit ou dix jours ; et, pendant ce temps, le portage du lac se trouveroit totalement fini, et l'armée n'auroit été en rien compromise.

Il ne seroit pas prudent que la dernière division quittât le portage que tout ne fût embarqué, soit vivres ou munitions, de peur que les transports ne fussent, interrompus par quelque petit détachement ; mais on ne pourroit se dispenser de laisser un poste de trente à quarante hommes à la petite île du moulin et un de cent à cent cinquante hommes retranchés au camp qu'occupoit M. de Gaspé, Il n'est pas douteux que, l'armée étant une fois sur cette île, elle y seroit hors d'insulte. Elle donneroit de l'imiuiétude à l'ennemi, qui seroit incertain si nous voulons l'établir ou si nous avons dessein d'aller les attaquer ; le commandant de l'armée y seroit à portée de faire faire les découvertes qu'il estimeroit nécessaires, et, sur leur rapport, se décider si on ira les attaquer.

Si les circonstances permettoient d'aller attaquer le fort Lydius, il me semble qu'il faudroit commencer par s'assurer du débarquement, quand bien même l'ennemi voudroit s'y opposer, en se servant de tous les bateaux et canots d'écorces, soit pour descendre à la rive droite ou à la gauche, afin de composer un gros assez considérable pour chasser tous ceux qui pourroient s'y opposer.

Le commandant de l'armée feroit faire une redoute au lieu le plus avantageux, pour y contenir une garde qui pût veiller à la sûreté des effets qu'on y déposeroit et qui assurât la communication et les débarquements de l'île à la terre ferme. On pourroit y placer du canon en batterie. Toutes ces choses étant disposées, je voudrois qu'il arrivât dans ce temps de Montréal quarante à cinquante chevaux pour éviter la consommation, ce qui feroit vingt à vingt-cinq voitures ; et je désirerois qu'il y eût deux charretiers pour chacune des voitures, lesquels fussent armés et qui, par ce moyen, seroient en état de soigner leurs chevaux et de se garder en y joignant quelques sauvages et des Canadiens, lorsqu'on le croiroit nécessaire. Le jour fixé pour le départ du fond du Lac, je voudrois la veille faire charger les deux cent cinquante petites charrettes et les vingt grandes pour dix jours de vivres à toute l'armée, dont cinq en pain et cinq en biscuit; et, en supposant la ration à trois livres par jour, ce seroit trente livres pour les dix jours, et pour six mille six cents, cent quatre-vingt-dix-huit mille. Or comme les deux cent cinquante charrettes porteroient deux cent cinquante mille, et les vingt à chevaux

vingt mille, ce qui me feroit deux cent soixante-dix mille, il me resteroit donc encore soixante-douze milliers à porter en poudre et balles, d'autant que les outils seraient portés par compagnie au pro rata de ceux qui ne seroient pas employés, soit aux cliarrettes ou aux canons et mortiers. Dans le cas que la garnison ne fût pas par trop considérable, je me contenterois de faire marcher ce jour quatre mille François avec les sauvages ; et, aussitôt mon arrivée à une lieue ou trois quarts de lieue de la place, après l'avoir bien reconnue, je mettrois toute l'armée, le lendemain, à former une bonne parallèle ou une ligne pour resserrer mon ennemi. Après quoi, le jour suivant, je ferois repartir cinquante petites charrettes et les vingt à chevaux. J'aurois -donné ordre le même, jour aux deux mille ou quinze cents hommes que j'aurois laissés, de venir avec les pièces de canon et les mortiers, qui leur auroient été indiqués à leur arrivée. Je ferois reporter les deux cents petites charrettes à vide, avec ordre de n'en faire repartir ([ue cent ([uarante-cinq pour le retour, de façon que, lorscpie les charrettes à chevaux et les cin- (juante charrettes seroient retournées, j'aurois tous les trois jours un convoi de cent quarante-cinq charrettes ; ce qui me seroit suffisant pour les approvisionnements de vivres et de l'armée, autant de temps que le siège dureroit ; et, de cette façon, je n'y aurois d'employés au plus que quatorze cent cin([uante hommes et serois toujours en état de me retirer, ijuand l)on me sembleroit, sans rien laisser aux ennemis.

Quoique je n'aie supposé la force de notre armée -que de sept mille hommes environ, on concevra aisé-

ment que plus l'armée sera considérable et plus on aura do facilité pour les transports, puisque les munitions seront à peu près toujours les mêmes, ainsi que l'artillerie, et que, pour la subsistance, on a l'expérience que chaque homme, en collier, en peut porter pour vingt-quatre à vingt-cinq jours. Il n'est pas nécessaire de faire apercevoir que cette campagne est pleine de difficulté à cause du transport, et que c'est le cas

de s'assujettir oa simple * d'autant qu'il

faudroit être à la légère, si l'ennemi faisoit un effort pour nous faire lever le siège, et qu'il pût y réussir.

(Ce mémoire est du chevalier Le Mercier.)

Mémoire envoyé par M. de Montcahn à M. Le Mercier.

17 mars 1758.

M. Le Mercier m'ayant fait l'honneur de me consulter sur la formation d'un équipage d'artillerie tel que l'attaque du fort Lydius l'exigeroit, si M. le gouverneur général se déterminoit à cette opération, voici ma réponse :

Il seroit essentiel, pour déterminer la qualité et la quantité de pièces d'artillerie à employer, que l'on eiit un plan qui indiquât la nature du fort que l'on veut attaquer. N'ayant à cet égard aucune lumière, nous-

* Un mot illisible.

devons en juger par induction et sur le bruit public. L'opinion générale est, qu'il est plus grand et mieux fortifié que le fort Georges ; d'où je conclus qu'il faut y supposer quelque ouvrage extérieur, lunette, demilune ou retranchement à deux faces, qui couvre les courtines. La nécessité d'attaquer cet ouvrage quelconque, en même temps qu'on battra les deux faces intérieures des bastions collatéraux, entraîne après elle quatre batteries de quatre pièces chacune au moins et que, partout ailleurs qu'en Canada, je porterois à six. Je m'explique : je préfèrerois plusieurs batteries de peu de pièces :

1*^ Parce que j'en puis aisément croiser les feux, ce qu'exige principalement la nature des fortifications de ce pays ;

2° Parce que l'ennemi est obligé de diviser le sien pour faire face à tout ;

3° Parce que l'attaqué, voyant du feu de toutes parts sur toute la ligne circulaire qui embrasse le front d'attaque, prend de l'assaillant une plus haute idée, et l'on affoiblit par là celles qu'il avoit conçues d'une défense opiniâtre.

J'aimerois donc mieux deux batteries de trois pièces chacune pour battre une face d'ouvrage qu'une seule de six pièces. Le même officier pourroit les construire toutes deux ; et le petit nombre auquel nous serons réduits l'exigera.

On seroit trop heureux s'il n'arrivoit aucun accident aux seize pièces de siège ou moins dont je viens de montrer la nécessité. Il est donc de la prudence d'en avoir quelques-unes de rechange, ce qui en fera monter

le nombre de vingt à vingt-quatre. Quant à leur calibre, on ne peut le déterminer que sur l'expérience de leurs effets combinés avec les difficultés du transport. Nous y joindrons quatre pièces légères qu'on fera marcher avec l'armée et qui lui seront peut-être nécessaires.

Cinq à six mortiers de différents calibres et deux obusiers formeront, avec ce que je viens d'indiquer, notre équipage d'artillerie ; il seroit bien inutile que je montre à des gens plus éclairés que moi les avantages de cette sorte d'armes.

Le nombre des sacs à teiTe doit être déterminé par l'ingénieur, ainsi que la quantité et la qualité des outils. On se munira de deux pétards.

On approvisionnera sur le pied de quatre-vingts coups par pièce pour vingt-quatre heures, de cinquante bombes par mortier et quarante obus. Quant aux munitions qui devront se consommer par les Canadiens et les sauvages, on prétend qu'elles n'ont point de bornes.

En Europe, on confie à des officiers le soin de prévenir les obus sur les sacs à terre, les outils et même les gabions qu'on retire des boyaux à mesure qu'on chemine ; je sens bien qu'ici l'œil le plus attentif ne pour- Toit empêcher le sauvage de piller, quand la fantaisie lui en prend ; ce qui contraint à augmenter considérablement ce genre d'approvisionnement.

Ne m'étant jamais trouvé attaché qu'à des équipages où les chevaux étoient très abondants, je ne dirai rien de la manière de transporter celui-ci.

Les talents de M. Le Mercier sont trop connus pour qu'on puisse prendre aucune inquiétude à cet égard.

A Québec, etc., etc.

MONTCALM

YIII

Réponse au mémoire de M. le marquis de Montcalm.

18 mars 1758.

Le fort Georges n'a tenu que cinq jours de tranchée ouverte.

Le canon de la Imtterie de la gauche a tiré trois jours, et celui de la droite deux seulement. Aucune des pièces n'a été endommagée par celles de l'ennemi, et cependant, sur vingt canons en batterie, nous en avions trois qui ne pouvoient plus servir. Il n'est pas douteux que, dans l'espace de huit à dix jours, il y' en auroit eu au moins le (j^uart hors de service. Dans le fort, les trois pièces de leurs plus gros étoient fendues dans toute la longueur de leur volée, et plusieurs autres en mauvais état.

La demande que fait M. le marquis de Montcalm de six pièces de 18 et de six pièces de 12, pour battre en brèche et ruiner les défenses, me paroît trop foible. Nous serons oljligés d'avoir trois ou quatre batteries, lesquelles devroient tirer dans le même temps. Chacune de ces batteries ne seroit que de trois pièces, et il y a à parier que l'ennemi en opposera deux à chacune de ces batteries, et peut-être trois ; qu'il doit nous démonter des pièces en proportion des bouches à feu qu'il apportera relativement aux nôtres ; que le fort de Lydius, étant un entrepôt, doit être muni abondamment en artillerie ; et que chaque pièce démontée sera remplacée à mesure ; au lieu que nous serions dans l'impossibilité

de le faire, ce qui donneroit à l'ennemi la supériorité du feu sur nous.

M. le marquis de Montcalm connoit d'ailleurs la difficulté de faire brèche à une fortification revêtue en bois. Je ne connois pas d'ailleurs le fort ; et, s'il y a des demi-lunes, réduits, places d'armes ou enfin quelque retranchement à deux faces qui couvre la courtine, on sera dans la nécessité d'attaquer cet ouvrage dans le même temps que l'on battra les deux faces des bastions collatéraux, ce qui me feroit penser qu'on ne pourroit y employer moins de vingt pièces, dont six de 18 et quatorze de 12.

On pourroit y joindre six pièces de petit canon qui pourroient être de grande ressource à l'armée, soit pour attaquer des retranchements ou pour quelque action. Comme M. le marquis de Montcalm peut présumer une aussi mauvaise défense dans ce fort qu'à celui de "William Henry, je me conformerai à ne porter que ce qu'il jugera nécessaire, et je supplie M. le marquis de Vaudreuil de m'envoyer des ordres sur le nombre fixé. Pour les mortiers, nous en porterions deux de 12 en fer, un de 9 en fonte, deux de fer de huit à six pouces, ce qui fera cinq mortiers, deux obusiers et quelques petits mortiers à grenades. Xous ne pouvons avec les pièces de fer compter l'approvisionnement qu'à raison de soixante coups par jour par canon, quarante par mortier ou obusier ; mais nous n'aurions pas une aussi grande quantité de bombes s'il n'en arrive de France par les premiers vaisseaux.

Je présume que le dépôt des pièces excédentes devroit être placé sur l'île du fond du Lac, et quelquesunes à la redoute qui assureroit le débarquement.

L'approvisionnement pour la mousqueterie est suffisant pour le soldat à raison de deux cents coups par homme, outre la cartouche. Mais, si nous admettons douze jours de tranchée ouverte, on pourra tabler sur plus de quatre cents par chaque sauvage et de trois cents par Canadien.

Il j aura suffisamment de pierres à fusil. J'ai communiqué à M. de Pontleroy l'article des outils ; il a trouvé ainsi que moi le nombre trop foible ; mais il s'en trouvera la quantité dont il me doit donner la note.

Deux mille sacs à terre ne sont pas également suffisants. Je crois qu'il en demandera sept mille environ. Aussitôt que j'aurai sa note, ils seront prêts. Des artifices, j'y ferai travailler, lorsque la saison le permettra.

Il j a deux pétards dans la colonie. Il sera aisé de les faire charger sur les lieux où on voudra en faire usage. Les ferrures en seront toutes prêtes. Pour ce qui est des voitures, je ne vois des ressources que les charrettes à bras d'homme. J'en ai supposé deux cent cinquante attelées de dix hommes chacune, lesquelles porteront environ mille livres ; ce qui exigeroit deux mille cinq cents hommes pour les traîner. Il faudroit deux mille hommes pour mener les canons, les mortiers et pour l'escorte. Ces deux premiers convois rendus, il faut compter journellement sur quatorze à quinze cents hommes employés au transport, sans compter les escortes. M. le marquis de Montcalm est supplié de voir s'il pourra journellement fournir ce nombre, et d'envisager qu'on ne fait pas mention des bagages

des officiers. S'il le désiroit, on feroit de plus petites journées et les voitures feroient deux voyages ; mais l'objet principal sera toujours de diminuer les transports.

Dans le cas que l'ennemi dût venir à nous, on ftra sur le champ établir quatre bateaux semblables à celui de M. Jacquot ; en trois jours ils seront construits.

Aussitôt que M. le général m'aura donné ses ordres pour fixer le nombre de pièces de canon, je dresserai l'état général de ce qui devra avoir rapport à l'artillerie, que j'aurai l'honneur de lui adresser, pour que M, le marquis de Montcalm puisse y ajouter, s'il veut, quelque chose. Je crois que, pour la sûreté de cette entreprise, il seroit bon que l'ingénieur qui sera chargé du siège fît reconnoître la fortification avec un détachement de Canadiens et sauvages. Sur son rapport, on seroit assuré de ne pas faire ime fausse démarche. J'ai conféré avec les officiers d'artillerie sur la quantité des pièces demandées.

M. de Montbéliard en demanderoit vingt à vingtquatre de 18 et de 12.

A Québec, le 18 mars 1758.

Le chevalier Le Mercier.

Ordre du marquis de Montcalm.

11 août 1758.

Louis-Joseph, marquis de Montcalm, maréchal des camps et armées, commandeur de l'ordre royal et militaire de Saint-Louis, commandant eu chef les troupes de terre dans l'Amérique septentrionale, et général des troupes de Sa Majesté.

Il a été ordonné au sieur Wolf, lieutenant des troupes de terre, à un sergent, vingt hommes et un tambour, de porter les dépêches qm lui ont été remises jîar Son Excellence le lord Abercromby, général des troupes de Sa Majesté britannic|ue.

Le sieur Wolf aura grande attention de porter le pavillon de paix et de faire rappeler, s'il rencontre quelc|ue détachement de troupes angloises, ainsi qu'au premier poste.

Il communiquera au covwumdant des trowpes angloises le présent ordre ; * il demandera qu'il lui soit donné à son retour un détachement convenable pour la sûreté du sien et pour être ramené à portée de nos premiers postes.

Fait au camp de Cavillon, le 11 août 1758.

Montcalm.

* Les passages soulignés sont de la main de Montcalm.

LETTRES ET riÈCES MILITAIRES

Réflexions générales sur les mesures à 'prendre pour la défense de cette colonie.

10 septembre 1758.

Trois principes à établir avant tout. Le premier, ce n'est plus le temps où quelques chevelures, quelques maisons brûlées soient un avantage, soient même un objet. Les petits moyens, les petites idées, les petits conseils de détail sont aujourd'hui dangereux ; ils consomment de la matière et du temps. Les circonstances exigent des mesures qui tranchent, qui décident. La guerre est totalement changée dans cette partie du monde, et tous les principes du terroir sont devenus des erreurs, et la manière dont les Angiois nous y attaquent, il ne s'agit pas moins que de la perte entière et prochaine * de la colonie, ou de la sauver, c'est-à-dire d'en reculer la prise. C'est dans cette vue qu'il faut agir; c'est cette vérité qu'il faut sans cesse avoir devant les yeux. Le second, tous les intérêts particuliers, tout objet de commerce, doivent cesser ici ; c'est le corps de l'arbre qu'on attaque ; tout ce qui en concerne les branches est de la plus grande indifterence. Troisièmement, l'activité, l'emploi scrupuleux et bien entendu des hommes et du temps peuvent seuls suppléer au défaut des moyens et au petit nombre. Il ne faut pas perdre un seul instant ; c'est les multiplier que de les bien employer. Tels sont les principes.

* Les mots .soulignés sont de la main de Montcalm. ,

Passons aux mesures à prendre, et à prendre dès aujourd'hui. M, le marquis de Vaudreuil doit calculer avec précision les forces actuellement existantes dans ce pays, sans compter sur aucuns secours de France ; s'il en vient à la bonne heure. Cela posé, tel en est le détail. Huit bataillons des troupes de terre supputés dans l'état actuel pour trois mille deux cents hommes. A juger par le nombre des troupes de la marine qui ont fait cette campagne, on ne les peut compter que pour douze ou quinze cents hommes.

A l'égard des milices, il est indispensable :

l'^ D'en ordonner un recensement fait sur la fin de l'automne par des ofiiciers sûrs et tout intéressés à aucune partialité, et faire, sur le modèle suivant, trois classes : bons, médiocres, mauvais, tant d'hommes absolument nécessaires pour semer et récolter, en supposant que dans un cas urgent, les femmes de la campagne et les oisifs des villes seront employés à ces travaux ;

2^ De régler que tout ce qui ne sera pas strictement nécessaire à ces travaux, fasse la campagne en entier, au nombre de quatre mille au moins, choisis sur les meilleurs ;

3'^ De distribuer ces quatre mille hommes de la façon suivante : en mettre dans chacune des compagnies des troupes de terre, quinze qui prennent l'esprit militaire et fassent le même service que nos soldats ; dans chaque compagnie de la marine un nombre de miliciens égal à celui des soldats ; bien entendu qu'on continuera à embataillonner les troupes de la marine. L'avantage de cette incorporation est que chaque com-

pagnie de terre et de la marine aura avec elle et en elle-même d'excellents tireurs, d'excellents canoteurs, d'excellents ouvriers ; qu'à l'envie l'un de l'autre, le soldat et le Canadien se serviront d'aiguillon pour bien faire, et s'apprendront mutuellement les choses qu'ils savent ; de remédier à l'inconvénient de n'avoir pas assez d'officiers dans la colonie pour conduire les miliciens, les veiUer, en tirer parti. On ne doit pas craindre que ces miliciens essuient aucun mauvais traitement dans les corps. 1° Ils vivent très bien avec nos soldats qu'ils aiment ; 2*^ sur la moindre plainte qu'ils feroient ou de propos ou de corvée, M. le marquis de Montcalm sauroit bien y remédier et empêcher la récidive. D'ailleurs si ]M. le marquis de Yaudreuil adoptoit cette idée, on feroit un règlement relatif qui seroit publié et préviendroit toute espèce d'abus. L'incorporation emporteroit environ trois mille mihciens ; les mille restant serviroient détachés aux ordres d'officiers de milice d'élite, encouragés par l'espoir de distinctions honorifiques. M. le marquis de Yaudreuil feroit une ordonnance qui soumettroit les miliciens vis-à-vis leurs officiers de milice à la même subordination établie dans les troupes réglées ;

4*^ Prendre des mesures pour que tous les miliciens ne fassent pas la campagne tout nus ; mais qu'ils aient, ainsi que nos soldats, des habillements qui durant toute la campagne les garantissent de la misère, du froid, des maladies ; leur donner même des canonnières dont répondroient les compagnies pour les incorporés, et les officiers de milice pour ceux qui ne le seroient pas ;

-iS LETTRES ET PIÈCES .MILITAIRES

5'-' Donner une paie à ces miliciens qui feroient toute la campagne. C'est à M. le marquis de Yaudreuil à déterminer quelle elle seroit, et si le Eoi ou les paroisses en feroient les frais ;

6^ Attacher à chaque compagnie ainsi mélangée un certain nombre d'outils dont les officiers seroient responsables ;

7*^ Eégler le nombre d'hommes qu'on accordera au munitionnaire pour ses transports ; empêcher qu'il ne prenne les meilleurs de toute la milice ; établir que les mêmes Canadiens soient toute la campagne employés à cet objet, et qu'ils reçoivent régulièrement une paie et une ration déterminées par le gouverneur général et l'intendant. J'ajouterai : empêcher qu'il n'aille un trop grand nombre de Canadiens dans les postes d'en haut. Le seul intérêt particulier peut s'opposer à toutes ces vues nécessaires pour conserver la colonie ;

8*^ te recensement fait apprendra quel nombre d'hommes, indépendamment des quatre mille ci-dessus, on pourroit faire marcher dans un cas extrême.

Voilà, je crois, à peu près tout ce qui regarde les milices et le détail des forces de cette colonie.

M. le marquis de Vaudreuil doit, en même temps <iu'il établira une construction de marine sur le lac Ontario, en établir une aussi dès aujourd'hui à Saint- Jean sur le lac Champlain. Sans cela, il est, je le répète, impossible de s'y soutenir. Il doit en même temps faire faire le plus grand nombre de bateaux et de canots d'écorce qu'il sera possible, en acheter même AUX particuliers et les rassembler dans les entrepôts <les diverses frontières.

Celle de Québec mérite la plus grande attention. C'est la cajjitale, c'est l'âme de la colonie. Louisbourg pris, notre marine affoiblie et rasée presque, l'on peut snpposer aux Anglois le projet vraisemblable et décisif d'attaquer Québec. Il faut espérer qu'ils ne le feront pas cette année. La saison s'avance et d'ailleurs nous permet seulement d'ébaucher aujourd'hui des mesures qui ne serviront que la campagne prochaine. Il faudroit donc cet automne même, faire toutes les dispositions pour exécuter, aussitôt après la fonte des neiges, le projet de défensive présenté l'année dernière à M. le marquis de Vaudreuil. Il est nécessaire qu'avant les glaces, les redoutes, les lignes et les batteries soient tracées et jalonnées en maçonnerie ; que, cet hiver, on fasse et on transporte sur les heux, des pieux, palissades et planches, en sorte que les différents ouvrages soient, au printemps prochain, finis de bonne heure et laissent la liberté de s'occuper des autres frontières. M. de Pontleroy, après avoir déterminé et tracé les ou\Tages à exécuter à la tête du fleuve, peut sur le champ descendre à Québec pour préparer sa défense.

D'ailleurs, il faudra cet hiver donner tous les ordres •de détail (jui lui seront relatifs, afin que, depuis le commandant de Québec jusqu'au milicien, ce que chacun peut et doit faire soit fixé et assigné.

Il paroît aussi essentiel que M. le marquis de Vaudreuil défende de bonne heure à aucun Canadien d'aller faire les pêches, soit dans le bas de la rivière, soit dans le golfe. On ne peut, dans les circonstances présentes, pour l'intérêt de quelque particulier, risquer le salut de

ce imrticiilier même, j^uisqiie, la colonie périssant, tout périt. Les équipages de tous ces bâtiments pêcheurs serviront utilement sur les lacs et à la défense de Québec. Ce n'est plus au lucre de quelques-uns qu'il faut employer des bras qui appartiennent à la patrie. Tous les navigateurs, soit Canadiens, soit établis à Québec, doivent aussi être gardés pour l'intérieur de la colonie, sans qu'il soit permis à aucun de s'en écarter.

Je répète encore ici que je retiendrois un certain nombre de vaisseaux marchands, et que j'emploierois aux besoins actuels et pressants de la colonie, non seulement les équipages, mais les agrès et les corps mêmesde ces bâtiments.

La Cour ne peut qu'approuver cette résolution, dont l'objet est de reculer la perte d'une colonie qui a tant coûté à la France. D'ailleurs, les dédommagements à donner aux propriétaires de ces vaisseaux ne sont rien en comparaison de l'utilité qu'on eu retirera.

L'article du j)arti à prendre vis-à-vis des sauvages des pays d'en haut est de la même importance que les précédents. Je penserois qu'il serait à propos de les envoyer dès à présent avertir que, l'année prochaine, ils viennent de très bonne heure chercher à Montréal leurs besoins, (^ui leur seront donnés au lieu de leur être vendus, d'enjoindre aux officiers des postes de descendre à la première navigation et d'amener avec eux tous les engagés de ces postes, hommes excellents à la guerre, et le plus grand nombre de sauvages qu'ils pourront déterminer.

Je ne parle pas de la Belle- Eivi ère. On ne peut aujourd'hui rien faire pour elle. Le fort Duquesne

n'existe plus, s'il a dû être attaqué ou pris. Si nous en sommes encore maîtres, c'est cet hiver qu'il faudra se déterminer pour cette frontière, en même temps qu'on fera le plan des opérations particulières de la campagne de 1759. Telles sont les réflexions que j'ai cru devoir présenter à M. le marquis de Vaudi'euil.

C'est à M. le marquis de Yaudreuil, qui connoit depuis longtemps ce pays confié à ses soins, à juger de leur solidité et à faire exécuter ce qu'il croira possible et avantageux.

Je puis lui répondre du zèle avec lequel les troupes de terre, leurs officiers et leur général se porteront à la défense de cette colonie et rempliront ses intentions.

MOXTCALM.

Mémoire à M. le marquis de Vaudreuil avant la fin de la campagne.

12 septembre 1758.

Il me semble qu'il résulte de ce que M. le marquis de Vaudreuil m'a fait l'honneur de me dii-e :

1*-'' Que l'on ne doit abandonner la position de Carillon que dans l'arrière-saison, lorsque le mauvais temps ou la retraite des ennemis pourroit faire espérer qu'il n'y auroit plus rien à craindre ;

2° Ne laisser à Carillon et à Saint-Frédéric que les vivres, munitions, artillerie uniquement nécessaires pour la défense de ces places ;

;)2 LETTRE^^ ET PIECES ]\riLITAIKES

3" Ne laisser à Carillon que quatre cents à quatre cent cinquante hommes, moitié troupes de la marine et moitié troupes de terre avec un officier d'artillerie, que M. le marquis de Vaudreuil indiquera ;

4'-^ Que la garnison de Niagara sera composée au moins de trois cents hommes, ou plus de cinq cents, ce qui dépendra du plus ou moins de facilité que M. le marquis de Vaudreuil aura à approvisionner ce fort ; et que, comme cette garnison doit aussi être mixte et composée également des troupes de terre et des troupes de la colonie, on fera passer le sieur Pouchot, dès que M. le marquis de Vaudreuil le demandera, et ce qui sera nécessaire pour former la garnison dès les premiers jours d'octobre ;

o*^ Que le corps destiné à barraquer tout l'hiver à Frontenac ne sera composé que de Canadiens et troupes de la colonie ; que cependant, si M. le marquis de Vaudreuil y vouloit des troupes de terre, on y enverroit, après la campagne finie à Carillon, les deux comjagnies de volontaires de Bernard et de Duprat. Il I)aroît que M. le marquis de Vaudreuil n'a rien déterminé sur le choix du commandant et qu'il y mettroit M. Pouchot, si Niagara avait le malheur d'être pris ;

6*^ Que la garnison de Saint-Frédéric seroit composée de cent cinquante hommes, tous troupes de la •colonie ;

7*^ Que, s'il étoit possible (ce qui n'est pas apparent) de faire une opération sur Chouaguen cet automne, il faudroit faire partir de Carillon six cents hommes de troupes de terre au 10 octobre, qui laisseroient leurs .écpiipages à Saint-Jean, iroieut par eau jusqu'à Sainte-

LETTREb ET PIECES MILITAIRES 53

Thérèse, passeroient de là à La Prairie, où on leur feroit trouver des bateaux pour les mener à la pointe Saint- Charles et de là à pied à La Chine ;

8*^ Que, lorsque M. le marquis de Yaudreuil aura réglé avec M. l'intendant la répartition du logement des bataillons, on mettra dans le gouvernement de Montréal ceux qui sont le plus en état de servir, pour qu'on puisse faire marcher au petit printemps sans tirer de ceux du gouvernement de Québec, afin de faire une opération aussi prompte que secrète ;

9^ M. de Montbéliard offrant de servir comme volontaire à tout ce que M. le marquis de Vaudreuil jugera à propos de l'employer, il lui donnera une destination utile pour l'hiver, et il lui sera aise d'écrire au ministre que cet officier, ayant recouvré la santé et voyant les circonstances, a préféré ])ar zèle de rester, et que sa proposition a été d'autant mieux acceptée qu'on n'a pas des officiers d'artillerie de reste ;

10'^ M. de Bougainville viendra prendre les derniers ordres de M. le marquis de Vaudreuil à la fin de la campagne, ou lorsque M. le marquis de Vaudreuil le jugera à propos, et j'écrirai par M. de Bougainville une lettre aux deux ministres conforme à celle que M. le marquis de Vaudreuil voudra lui donner;

11° Si M. le marquis de Vaudreuil désire que j'écrive un mot sur son projet d'embataillement, qu'il me fasse part de son idée à cet égard, parce que je ferai à loisir à Carillon une minute de lettre : l'arrangement ne laissera pas que d'en être difficile, quand même la Cour adopteroit le projet pendant la guerre. Un point à examiner, c'est le rang qu'on voudra donner

à ces commandants de bataillon et au major. Il pourroit proposer que les commandants de bataillon eussent un rang supérieur au major ; cela remettroit la tête de la colonie à sa place et les gouverneurs plus à leur aise, lorsqu'ils voudroient choisir de jeunes capitaines qui auroient du talent pour être majors ;

12° M, le marquis de Vaudreuil m'écrira dans le temps sur les officiers de la colonie qu'il voudra laisser dans les forts et sur ceux qu'il voudroit faire revenir d'un peu meilleure heure pour affaires ;

13° M. le marquis de Vaudreuil voudra bien ajouter à ce mémoire ce qu'il auroit à ordonner de plus.

Fait à Montréal, ce 12 septembre 1758.

MoîsTCALM.

Ordonnance du gouverneur général.

18 octobre 1758.

Pierre de Kigaud, marquis de Vaudreuil, commandeur de l'ordre royal et militaire de Saint-Louis, gouverneur et lieutenant général pour le Eoi en toute la Nouvelle-France, terre et pays de la Louisiane.

Etant nécessaire de prévoir à tout ce qui peut tendre à la bonne police et à l'exacte discipline des troupes qui auront leurs quartiers d'hiver dans les paroisses de cette colonie, nous ordonnons ce qui suit :

Le capitaine de milice de chaque paroisse recevra du subdélésué de M. l'intendant le rôle du logement

LETTRES ET PIECES MILITAIRES 5o

qu'il aura assis, et, à l'arrivée de la troupe, le capitaine le remettra à l'aide-major pour l'exécution de concert. Comme il y a dans chaque paroisse des logements destinés pour MM. les officiers et dans lesquels il a été fait, l'hiver dernier, des chambres exprès pour eux, ils ne pourront se dispenser d'occuper les mêmes logements pour éviter des nouvelles dépenses;

Le logement assis, l'aide-major en fera un rôle et y placera les compagnies suivant les instructions qu'il aura de son commandant à ce sujet. Il en donnera copie à chaque commandant des quartiers, et délivrera les billets au commandant de la compagnie ;

Les commandants des (|uartiers ni des compagnies ne pourront en aucune façon rien changer à l'assiette du logement. Lorsqu'il y aura quelque changement à faire, si c'est le commandant du quartier qui le demande, il en fera informer le capitaine de milice qui vérifiera si le défaut vient de la mauvaise volonté de l'habitant, et s'il est nécessaire de le changer. Il lui indiquera chez qui il peut le placer. Alors le dit commandant en rendra compte au commandant du corps qui lui fera envoyer le biUet de logement. Si c'est le capitaine de milice, il informera le capitaine de quartier des raisons qui l'engagent à demander le délogement, et lui indiquera l'habitant chez lequel on peut le placer, et le commandant demandera le billet ainsi qu'il vient d'être dit.

Lorsqu'il y aura des soldats abseuts aux hôpitaux ou l^ar congé, ou des logements non occupés, le capitaine de milice informera de ceux qu'il croit dans le cas d'être soulagés de préférence aux premiers ;

En cas de contestations sur les susdits sujets, le commandant du quartier et le capitaine de milice s'adresseront au subdélégué de M. l'intendant qui y pourvoira, ainsi que le cas pourra l'exiger ;

Le commandant des troupes ne commandera que sa troupe dans les quartiers. Lorsqu'il y aura quelques contestations ou disputes d'habitant à soldat, il en fera informer le capitaine de milice ]>our qu'il en impose à l'habitant, s'il est l'agresseur, ou l'euvoie en prison, si le cas est grave, et, supposé que ce dernier n'y mît pas ordre, il en informera le commandant du corps qui en rendra compte à M. le marquis de Montcalm ou à M. le chevalier de Lé vis, qui nous en donneront connoissance. Cet article n'aura lieu que pour les quartiers d'hiver du gouvernement de Montréal.

Si le soldat est l'agresseur, le dit commandant le punira sévèrement et en rendra compte. En cas de refus, le capitaine de la paroisse s'adressera à nous ou aux gouverneurs et lieutenants de Koi du gouvernement desquels dépendront leurs paroisses;

LETTRES ET PIÈCES MILITAIRES Oi

L'article précédent sera exécuté pour les contestations ou disputes d'habitant à soldat dans les gouvernements de Québec et de Trois-Pdvières, à l'exception néanmoins que relativement aux dites contestations, on s'adressera à M. l'intendant ou à son subdélégué, par rapport à l'habitant qui ordonnera la punition du dit habitant, suivant l'exigence du cas, sur le compte qui lui en sera rendu par le capitaine de la paroisse, qui aura attention d'en prévenir le commandant du quartier ;

Lorsque le commandant du quartier aura besoin d'une voiture pour le service du Roi, soit pour lui ou quelques-uns des officiers de son quartier, il la demandera par écrit au capitaine de la paroisse en motivant le sujet ; l'habitant commandé sera payé sur le certificat du dit capitaine du service rendu, relativement au billet du commandant ;

Les olficiers paieront de gré à gré les voitures dont ils auront besoin pour leurs affaires ; mais, sous aucun prétexte, ils n'en pourront exiger d'autorité. Les capitaines des paroisses auront pour cet effet ordre de 'M. l'intendant, comme ci-devant, de faire donner à MM. les officiers des voitures pour leurs affaires ; ils les paieront aux prix accoutumés. Xous sommes bien persuadés que ces messieurs n'abuseront point de cette facihté en retenant souvent un habitant pendant un

jour pour une très petite course, et pour laquelle ils pourroient prétendre de les payer sur le pied de vingtcinq sols par lieue, ainsi que cela se pratique pour les courses promptes. Nous observons à MM. les officiers que de là il s'en suivroit un tort notable à l'habitant, surtout à des saisons où il est très nécessaire chez lui ;

Lorsqu'il faudra des voitures pour transporter des soldats à l'hôpital, le capitaine de la paroisse, sur les billets du commandant des quartiers, fera commander les voitures nécessaiji'es ; il remettra ce billet à l'habitant commandé, lequel, pour en être payé, sera obligé de le rapporter à M. l'intendant ou au commissaire-ordonnateur, avec le reçu au bas, de la religieuse préposée pour la réception des malades ;

Le commandant du quartier rendra compte tous les mois des soldats qui partiront pour aller à l'hôpital ou qui en reviendront, et de ceux qui s'absenteront par congé, lorsqu'il s'en apercevra ;

Les commandants des quartiers ne pourront donner aucun congé à aucun soldat pour plus de huit jours. Quand ils seront dans le cas d'être absents pour plus longtemps, il leur fera expédier un congé en forme par l'état major ;

Comme il se trouve quelquefois des habitants et des soldats qui ne peuvent pas vivre ensemble, et d'autres qui sont bien aises d'en avoir, qui veulent travailler ou qui ont des métiers, le commandant des quartiers pourra les faire changer avec d'autres, pourvu que le nombre soit le même et que le capitaine de la côte en soit averti, et que ce soit de gré à gré et à la satisfaction des habitants ;

Au surplus, le commandant de chaque (quartier doit tenir la main à ce que le soldat et l'habitant vivent avec union ; et le commandant du corps, à qui ]M. le marquis de ]\lontcalm s'en rapporte pour donner des permissions à MM. les officiers de s'absenter, tiendra la main k ce qu'il reste un officier dans chaque quartier, et il préviendra les officiers à qui le commandement des quartiers échoit, que s'il arrive des désordres dans leurs quartiers ou des plaintes mal fondées, on les renverra de suite.

Mandons aux lieutenants de Roi et commandants des troupes dans les quartiers d'hiver, capitaines de milice et autres qu'il appartiendra de tenir la main, chacun en ce qui les concerne, à l'exacte exécution de notre présente ordonnance. Et pour que personne n'en prétende cause d'ignorance, elle sera lue, publiée et affichée partout où besoin sera.

En foi de quoi nous avons signé ces présentes. Fait à Montréal, le 18 octobre 1758.

Vaudkeuil.

Mémoire silv les subsistances.

Hiver 1758.

Mon avis seroit de garder à Québec des vivres pour six semaines, sur le pied d'une livre et demie de pain, demi-livre de lard, encore que la ration n'ait été réglée qu'à une livre un quart. Mais, outre qu'il n'est pas sûr que l'on puisse se maintenir sur ce taux, ce surplus servira pour remplacer le gaspillage inévitable. J'estime donc qu'il faut conserver des vivres sur ce pied-là, et pour le nombre de troupes suivant l'état ci-joint.

Cinq bataillons, troupes de terre „ 2,500 rations.

Milices du gouvernement de Montréal 3,500

Idem " des Trois-Rivières. 800

Idem <• de Québec 3,000

I Domestiques 700

Sauvages 500

Quartier général '

Canonniers

Ingénieurs

Ouvriers du Roi emi^loyés et non valeur ou fausse consOînmation.

Total, à commencer du 1^^' juin, 12,000 rations. C'est à M. l'intendant à ajouter ce que M. le marquis de Vaudreuil et lui jugeront nécessaire pour la subsistance du peuple.

Au reste, le nuirquis de ^Montcalm est jiersuadé qu'il reste encore beaucoup de blé dans les côtes. Le&

recherches et les taxes sur cet oVijet ne servent jamais qu'à l'empêcher de paroître.

En rendant la vente du blé libre et le laissant vendre ce qu'on auroit voulu, on en auroit eu davantage ; mais comme il est inutile de parler du passé et qu'il faut s'occuper de l'avenir, le marquis de Montcalm ajoutera que, si la colonie est conservée, comme il l'espère, et qu'on ait besoin de blé, il y a un moyen sûr, suivant lui, pour faire ressortir alors tout le blé de superflu que les habitants pourront avoir : le leur payer au prix courant et leur donner des reconnoissances qui, rapportées à M. Bigot, leur donnera des lettres de change au premier terme.

M. Bigot objectera-t-il qu'il a ordre du ministre de ne point tirer de lettres de change au premier terme pour les dépenses extraordinaires ? Cette difficulté sera bientôt levée par l'ordre de M. le marquis de Vaudreuil, que les circonstances rendront nécessaires.

MONTCA-LM.

Mémoire sur les observations de M. Desandrouins

pour les positions à prendre entre Carillon et

Saint-Jean.

L'île aux Koix m'a paru avoir plus de sejt cents toises de long. L'extrémité du sud peut avoir deux cents toises de largeur et est assez élevée ; celle du

62 LETTREb ET PIECES MILITAIEES

nord est beaucoup plus large et entièrement noyée ; d'ailleurs elle seroit inutile ; il suffit que la tète de l'île soit accommodée.

Elle m'a paru beaucoup plus éloignée de terre des deux côtés que ne l'a jugé M. Desandrouins, cependant à la portée du canon. A une demi-lieue au-dessus de l'île aux Xoix, sur la côte de l'est, est une pointe sèche et assez élevée où l'on construisit, il y a deux ans, des hangars pour des charpentiers, dont il reste encore partie avec une croix. Elle est vis-à-vis une autre pointe marquée sur les plans pointe à ]\Iargot. C'est le lieu le plus étroit de la rivière ; elle paroît inabordable par terre parce que toutes les parties voisines sont noyées ; je crois même que les bois derrière cette pointe sont très marécageux. Elle enfile admirablement tout le chenal de la rivière jusqu'à une demi lieue au-dessus. Elle ne laisse entre elle et la côte de l'ouest qu'un espace tout au plus égal à celui qui est aux deux côtés de l'île aux Noix. Cette côte de l'ouest, vis-à-vis et fort loin au-dessus, est tout à fait noyée. Ce jjoste mérite d'être examiné soigneusement et paroît bien préférable à l'île aux Xoix. L'île aux Têtes paroît noyée partout ; ainsi nul parti à en tirer. Elle est d'ailleurs fort éloignée de la côte de l'ouest.

La largeur de la rivière vis-à-vis la pointe du moulin Foucault m'a paru de six ou sept cents toises au moins ; c'est beaucoup trop pour qu'elle jiuisse défendre la rivière.

La pointe aux Fers est très belle ; on y camperoit aisément trente mille hommes ; mais à (juoi bon ?

Ainsi des îles Valcourt; elles ne sont bonnes à rien.

Le lac est trop large vis-à-vis la rivière aux Loutres pour qu'on puisse y prendre une position qui le défende. C'est précisément vis-à-vis la roche fendue qu'il m'a paru le plus étroit ; mais il ne l'est pas encore assez.

La pointe Hocquart m'a paru très belle, très spacieuse et propre pour un camp retranché. Les hauteurs au delà des marais dont parle M. Desandrouins sont, à mon avis, bien peu considérables ; mais, après tout, à quoi bon cette position, puisque l'ennemi, au moyen d'un petit portage très facile, entreroit aisément dans la baie qui est derrière Saint- Frédéric et de là dans le lac Champlain, sans qu'on pût s'y opposer ni même sans apercevoir que lorsqu'il seroit hors de la baie.

Je pense donc que, si on vouloit s'arrêter à Saint- Frédéric avec un corps considérable, il vaudroit mieux se retrancher sur le rocher qui est derrière la redoute, comme l'on fit en 1755. L'on pourroit y faire beaucoup mieux. Cette position seroit belle, nullement commandée et bien à portée de voir ce qui se passeroit dans le fond de la baie et de tomber sur le petit portage, si l'ennemi vouloit l'entreprendre. L'on pourroit même faire au bord de la baie quelque ouvrage avancé, où l'on mettroit du canon, pour empêcher le passage de cette baie.

Il serait bon d'établir à la Pointe Hocquart une bonne redoute pour du canon et deux cents hommes, ou plus, si on le jugeoit à propos. Il seroit impossible alors que rien put passer devant Saint-Frédéric, ni de

jour ni de nuit. Cette redoute seroit aisément relevée par eau, sans que l'ennemi pût s'y opposer.

Je n'ai pas entré dans la rivière à la Barbue, mais sa position m'a paru très bonne ; elle couvre d'ailleurs très bien Saint- Frédéric par terre, puisqu'elle est en avant de l'isthme qui sépare le fond de la baie de la rivière de Carillon, et par eau, parce que la rivière est étroite à cet endroit.

Il faudroit, comme le dit M. Desandrouins, reconnoître le cours de cette petite rivière plus en détail.

Une armée battue à Carillon ne peut mieux faire que de s'y replier, si elle est telle qu'elle m'a paru à son embouchure.

(Sans signature)

•Côtes du sud du fleuve Saint - Laurent depuis la

pointe de Lévis jusqu'à la rivière des Caps, espace

de trente-cinq lieues.

Je ne vois à la pointe de Lévis qu'un seul point où l'ennemi pourroit tenter un débarquement; c'est un moulin à vent. Cette partie peut être défendue du cap Samson, où l'on pourroit placer du canon (|ui feroit un Î3on effet. Ce cap est à peu près vis-à-vis la pointe de l'île d'Orléans et répond à la pointe Lessé, sur la côte «du nord.

Le chemin qui va de la pointe de Lévis à la paroisse de Beaumont est éloigné du fleuve de cinq à six cents pas; ses bords jusqu'à Beaumont sont fort escarpés et garnis de bois, ce qui en rend les approches presque impossibles; on passe trois petits ruisseaux, dont on pourroit élargir les lits et retarder la marche de l'ennemi en rompant les ponts que l'on y construiroit. On voit de là une longue pointe qui s'avance dans le fleuve et qui s'appelle la pointe de Beaumont. En continuant sa route, on passe sur un pont de bois une petite rivière, et, à fort peu de distance, celle de Saint-Michel, dont les embouchures sont assez plates et d'un facile accès, mais protégées par des bois qui se trouvent sur leurs bords. L'escarpement de ceux du fleuve recommence alors. On passe deux petits ruisseaux sur des ponts de bois, après lesquels on se trouve dans une anse dont la pointe sud-ouest s'avance en décroissant et forme enfin un banc de sable ou batture qui coupe l'île d'Orléans vis-à-vis la paroisse de Saint-Jean à peu près, et force les navigateurs à s'approcher de l'île pour éviter cet écueil.

La pointe nord-est s'appelle la pointe à Boyer. On trouve à la maison du curé de Saint-Michel un endroit très favorable à une descente, qu'il seroit facile d'empêcher par un retranchement dont la droite seroit appuyée à cette maison et la gauche aux bois qui bordent le fleuve. Cet espace n'a pas plus de cent toises. De cette paroisse à celle de Saint- Vallier, il n'y a rien d'intéressant qu'une anse assez vaste, terminée du côté de Québec par la pointe à Boyer, et par celle de Belle-

chasse du côté ojDposé. Le seul endroit où l'on pourrait débarquer est à la rivière des Mères ou Boyer, qui se jette d'abord au sud-ouest et fait ensuite un contour au nord-est qui forme l'anse dont je viens de parler. La marche à la vérité y seroit difficile, ses bords étant de rochers dont les lames sont presque verticales. On passe cette rivière en canot à marée haute et à cheval ou en voiture à marée basse. Un pont y paroîtroit nécessaire pour la commodité du commerce. A une demi-lieue de cette rivière est l'église paroissiale peu éloignée des bords du fleuve, escarpés et haut de dix-huit à vingt pieds environ, qui vont en s'accroissant et ont cinquante à soixante pieds à la pointe de Bellechasse. On passe après cette pointe la rivière à Carrière et à un quart de lieue la rivière du Mieux sur des ponts de ])ois. Elles ont toutes deux leur embouchure dans une anse d'un accès assez facile à marée haute ; car, à marée basse, les pierres et les rochers rendroient la marche très incommode. On arrive de là à la paroisse de Berthier dont l'église est située à cent pas du bord du fleuve à haute mer, qui laisse voir en se retirant quantité de rochers à feuilles verticales, singulières par diff'érentes bandes qu'elles présentent, rouges, blanches et parfaitement alignées. L'anse au bord de laquelle l'église est l«Uie, s'appelle l'anse à la Pêche. On s'en éloigne en suivant le chemin dont le contour se trouve déterminé par une autre anse qiie traverse, à une demilieue de l'église, le ruisseau Camus, qui prend sa source dans les montagnes du sud et se jette dans le fleuve, après avoir coulé queLjue cent toises dans un sens contraire au fleuve.

Du milieu de cette anse, on voit l'île Madame, parallèle et près celle d'Orléans. Les vaisseaux sont obligés de passer entre ces deux îles. Une demi-lieue plus loin, on voit l'île aux Reaux et à une portée de fusil de l'anse est une petite îlette d'un huitième de lieue. Tous les bords dans cette partie sont fort aplatis ; mais, à une quinzaine d'arpents dans les terres, règne un rideau qui les protégeroit en cas d'accident. De cette anse, à une lieue de distance, tout est boisé et semé de rocaille ; c'est le commencement de la paroisse de la pointe à la Caille. Pendant une demi-lieue, on traverse un petit bois d'une lieue de largeur ipii liorJe le fleuve. On voit à la suite de l'île aux Eeaux, la Grosse-Ile, qui n'a guère qu'une lieue de long ; à une distance d'une demie, celle de Sainte-Marguerite ; ensuite l'île aux ()ies, qui est habitée, ainsi que celle aux Grues. Depuis le bois en question, les bords sont assez accessiljles ; mais le fleuve y est très large.

Auprès de l'église de la pointe à la Caille, se jette dans le fleuve la rivière du même nom, que l'on passe sur un pont de bois de soixante pieds de long. A un quart de heue, le fleuve reçoit celle des Vases, ([ui paroît être un petit liras de celle du Sud, dont l'emlinuchure est à une demi-Keue de l'église. Elle réunit à ce point trois parties, dans lesquelles elle se divise plus haut. La principale est la rivière du Sud, la moyenne le Bras, et la troisième le Pouce, qui se passe sur un pont de bois, et les deux premières à gué.

Le fond est de roches rougeâtres, et l'eau semble en avoir emprunté la couleur. Le passage de ces trois bras de rivière ])oiirroit seul arrêter la marche de l'ennemi,

pour peu qu'on lui opposât quelque résistance. D'ailleurs, j'ai été obligé de traverser en canot en revenant, les roues de ma voiture que je faisois passer à gué avoient de l'eau à un demi-pied au-dessus du moyeu. ■Cette rivière se jette cependant dans le tieuve par un saut de plus de quinze pieds de haut ; apparemment que, malgré cette chute, la marée montante y cause un reflux qui la gontle au point d'en rendre le passage dangereux.

Ces trois bras passés, on entre dans le bois du cap. Le chemin parallèle aux bords du tieuve en est éloigné d'une lieue ; il est mauvais et rempli de gros cailloux qui embarrasseroient bien l'ennemi, s'il avoit un train d'artillerie à y faire passer. Il a une lieue de long ; après quoi, on en i'ait un (puirt sur un terrain mouvant, où la moindre pluie fait enfoncer jusqu'aux moyeux. A l'issue de ce passage désagréable, on se trouve sur la pointe au Foin, d'où l'on voit l'île aux Grues, d'une demi-lieue de longueur. A sa pointe règne un banc de sable d'autant, (pii veille à basse mer, et sur lequel on communique de pied sec à l'île aux Oies ; ce qui ne peut se faire à haute mer. Le lieuve a dans tout ce trajet plus de trois lieues de large, et ses bords sont escaipés depuis douze jusipi'à vingt pieds de hauteur.

On arrive de là à l'église de la pointe à la Caille, où le fleuve devient sensiblement plus large. Ses bords sont peu escarpés ; mais à trois ou quatre cents pas régnent deux élévations de (piatre à cinq toises chacune, qui forment un amphithéâtre très favorable à une défense. Il conduit jusqu'à la paroisse de Bon-Secours, où se voit l'îlette qui n'est qu'une presqu'île à basse

mer. Après un intervalle d'une demi-lieue l'amphithéàtre recommence jusqu'à la rivière des Tortues, que l'on passe sur un pont de bois à une demi -lieue de l'église de Bon-Secours. Elle est étroite et ])eu profonde. Le Heuve jjaroît avoir au point où il la n^coit cinq à six lieues de large. On n'y voit plus d'îles, mais quelques rochers et ])ancs de sable à demi-lieue de ]a côte. Le bord dans cette partie n'est jtoint du tout escarpé et exigeroit quelques travaux si l'on vouloit en rendre l'accès difficile. A une lieue de cette rivière, on retrouve les deux élévations de terre dont je viens de parler avec une rive plate et cultivée, jusqu'à la rivière aux Trois-Saumons, que l'on passe sur un pont de bois, et où les chaloupes peuvent remonter à haute mer, ce qui seroit impossible à marée basse;, car elle se jette dans le tieuve ]iar une espèce de saut. Là les bords s'escarpent et sont boisés jus(|u'à la rivière du l*ort-Joli qui n'a rien de différence de celle des Trois-Saumons. Ils continuent de même jusqu'à l'église Saint-Jean d'où l'on aperçoit la pointe de l'île aux Coudres. Cette église est située entre le tieuve et le bois de Saint-Jean, que l-.- cli Muin traverse pendant une lieue ; après laviueile il se rapproche du bord de l'eau, où il n'y a point d'escarpement, mais qu'il seroit fecile de retrancher. Après une lieue de marche, on arrive à l'église Saint-Eocli et l'on passe la rivière Ferrée, dont le lit est étroit, mais les bords fort escarpés, ce qui forme un bassin assez profond, où les chaloupes remontent à haute mer jusqu'au pont de bois sur lequel on la passe. 11 n'y a rien à remarquer dans cette paroisse. On trouve à quatre cents toises

de l'église Sainte-Aune la rivière de la Ferme, plus petite que la rivière Ferrée. Cette église est dans une anse fort vaste où les bords du fleuve ne sont point escarpés ; mais le contour de l'anse est terminé par une chaîne de rochers qui enveloppe l'église et quelques habitations. A quelque distance de cette paroisse est le cap Martin, célèbre par la descente qu'y firent les Anglois, où ils n'eurent point de succès. Les chemins sont fort mauvais de Saint-Roch à Sainte-Anne et remplis de rochers éparpillés, de passages difficiles au travers des bois bien fournis en quelques endroits, et que les rivières dont je viens de faire mention rendent encore plus incommodes, lorsqu'il est question de conduire des attirails et des voitures à quelque distance de l'église Sainte-Anne. La chaîne de rochers dont je viens de parler laisse un intervalle étroit, au travers duquel passe le chemin. Cette chaîne se sépare en deux, ce qui conforme une gorge de près d'une demilieue, où un petit détachement pourroit arrêter une armée. Le bord du fleuve est alors très escarpé. Après ce petit trajet, les rochers s'aplatissent et le fleuve n'a plus d'escarpement. Alors commence la Grande- Anse. Elle est traversée par la petite rivière Saint- Jean et par le grand et petit ruisseau, h un quart de lieue de distance l'un de l'autre. Toute cette anse est d'un accè« facile de pleine mer ; mais que deviendroient les ennemis s'ils voidoient y faire un dél)arquement ?

Il leur seroit difficile de pénétrer dans les terres d'aucun côté. S'ils le tentoient jamais, jepenserois qu'il fau(h'oit les laisser faire en les observant des hauteurs voisines ; après quoi, il seroit aisé, selon le parti qu'ils

prendroient, de les écraser dans quelques défilés et peut-être même de leur couper la retraite. La rivière Quelle termine cette anse au nord-est ; son lit est large de vingt à vingt-cinq toises. On peut la passer à gué, de basse mer, précisément à son embouchure, à un quart de lieue au-dessus, et deux lieues plus haut. Elle est fort profonde partout ailleurs, et, de haute mer on y remonte des bâtiments de plus de soixante tonneaux.

Le commerce exigeroit encore un pont sur cette rivière. Les Anglois y débarquèrent autrefois et furent vivement repoussés par une poignée d'habitants. Ils s'en tireroient peut-être encore plus mal aujourd'hui.

L'embouchure de la rivière Quelle fait deux pointes qui n'ont point d'autres noms que la pointe Sud-Ouest et Nord-Est. A un quart de lieue de cette dernière est la pointe aux Iroquois ; à une demi-lieue de celle-ci, celle aux Orignaux, le tout parsemé de rochers et de bois. Après avoir passé la rivière Quelle, le chemin de Eoi s'éloigne du fleuve de plus d'un quart de Heue et traverse un bois qui n'est à proprement parler qu'un rocher chargé d'arbres. Après ce trajet, le bois continue sur la droite, et les rochers, mais moins impraticables. C'est ce qu'on appelle les Coteaux. Ils sont terminés au sud-ouest par le gros cap connu par les navigateurs, sous le nom de Cap-au-I)iable. Il forme l'une des pointes de l'anse du Petit-Kamouraska, assez profonde mais bien boisée. Elle est terminée au nord-est par le cap Blanc. Dans cette anse passe la rivière du Petit- Kamouraska et les ruisseaux des Plaines et de Dumont. On voit plusieurs rochers et bancs de sable, à un quart de lieue dans le fleuve, l'île aux Corneilles, l'île Brûlée;

celle de la Providence, des Patins et la Grosse-Ile. Les chemins deviennent alors encore plus difficiles, et je ne pense pas que l'ennemi tente jamais rien dans cette partie.

Après cette anse, on côtoie le bord. du fleuve d'assez près, qui est fort escarpé et l)oisé. On s'en éloigne de dix à douze arpents ])our passer sur un pont de bois la rivière Kamouraska que les chaloupes ne peuvent remonter qu'à haute mer. On arrive à l'éghse Saint- Louis qui est la dernière paroisse sur cette côte.

Le fleuve n'a dans cette partie aucun escarpement à marée basse. Il faut faire près d'une lieue dans la vase, pour arriver sur le Ijord, ce qui rend la marche très difficile. De haute mer, l'eau vient jusqu'au bord du chemin et passe même quelquefois par-dessus.

Au sortir de Kamouraska, on retrouve des bois à droite et à gauche, et l'on passe entre des rochers qui font une anse d'environ trois lieues. On passe la rivière à Fouquet, plus petite que celle du Kamouraska. Au nord-est de cette rivière est un gros rocher qui continue en chaîne sur les bords ilu fleuve, juscpi'à la rivière des Caps, éloignée de l'autre d'environ une demi-lieue. On voit de là les îles aux Pèlerins. Aux deux côtés de cette petite rivière sont deux petites îlettes. Les rochers forment alors une courbe dont le plus grand diamètre peut être d'une liei;e et demie Les chemins deviennent alors si mauvais que je n'ai pas cru qu'il fut iK'cessaire d'aller plus loin.

Il faudroit supposer aux ennemis une très grande imprudence s'ils tentoient un débarquement à la côte du sud. Quelque point qu'ils voulussent choisir à cet

effet, comment viendroient-ils jusqu'à Québec avec des trains d'artillerie et de voitures au travers des bois, des gorges et dans des chemins coupés de tant de rivières et de ruisseaux { Ils auroient de la peine à réussir quand on ne leur opposeroit même aucune résistance. Pour peu qu'on voulût ajouter aux difficultés des différents passages, en escarpaut des ruisseaux et par des abatis d'arbres, qui sont communs dans toute cette partie, ils n'en pourroient venir à bout. Arrivés d'ailleurs à la pointe de Lévis, ils seroient obligés de traverser la rivière sous le canon de la place, que l'on a multiplié avec autant de soin que d'intelligence.

S'ils font quelque tentative à cet égard, le grand point est d'en être averti promptement et d'aller à eux. Dans quelque paroisse que l'on se trouve, on pourra les chicaner par des embuscades, qui auront du succès ;. car le pays est très propre à cette guerre de chicane.

L'objet essentiel est de protéger nos vaisseaux dans le fleuve et d'y inquiéter ceux de l'ennemi, s'ils y avançoient. La nécessité où nous nous trouvons de tirer de France des secours de plus d'une espèce fait assez sentir la vérité de cette proposition. Si les ennemis s'emparoient de quelcjues-unes des îles que l'on est obligé de ranger de près, ils pourroient troubler notre navigation avec des mortiers et des canons établis à cet effet. L'île aux Coudres est peu habitée, et par conséquent sans défense ; celle d'Orléans n'est protégée de rien et d'un facile accès.

Il seroit peut-être à propos de faire quelques travaux à la pointe nord-est de cette île," et de construire d^îux batteries qui se croiseroient, l'une à cette pointe, et

l'autre à l'ile Madame. Les vaisseaux forcés de passer sous leur feu, en seroient fort incommodés. Une batterie au cap Tourmente seroit d'autant plus avantageusement placée que l'ennemi ne pourroit s'en emparer.

La pointe de l'île d'Orléans, la plus voisine de Québec, exigeroit une bonne batterie construite solidement et de manière à pouvoir en diriger le feu en tous sens. Il faudroit qu'elle répondît au point de la côte du Nord, où l'on appuiera la droite des lignes dont on ne peut se dispenser d'envelopper la ville ; car il me semble qu'il seroit dangereux de laisser approcher l'ennemi trop près de nos fortifications. Il est toujours avantageux d'ailleurs de retarder sa marche et ses approches, et de le tenir éloigné de l'objet qu'il a dessein d'attaquer. Ces chicanes lui feront employer sans succès un temps précieux dont il espéroit tirer tout un autre parti.

(sans signature)

XYI

Etat des mémoires 'présentés au ministère en janvier 1759, par M. de Mooifcalm à M. Berryer.

I. — Positions et projets des Anglois dans l'Amérique septentrionale ; situation de la France dans le Canada, relativement aux forces, munitions de guerre et de bouche, place de défense, frontières menacées.

II. — Ce qu'il faudroit que la France envoyât pour mettre les affaires en Canada dans une inégalité moins grande. Si eUe ne le peut ou ne le veut, ce qu'elle ne peut se dispenser de faire pour qu'on puisse au moins tenter de se défendre ; dispositions à faire à cet égard.

III. — Ordres à envoyer de la Cour relativement à la campagne prochaine.

IV. — Ce que la France peut faire de son côté pour la défense de Québec ; dispositions à faire et ordres à donner relativement à cet objet.

V. — Dans quel temps doivent partir les vaisseaux pour le Canada ; conduite qu'ils doivent tenir.

YI. — Québec pris, faut-il rendre le Canada ? Le Canada perdu, la France peut-elle soutenir la Louisiane ? Dispositions à faire, ordres à donner relativement à ces objets. VII. — Si la France pou voit et vouloit faire un armement considérable pour dégager le Canada, par quelle opération y réussiroiton le plus efficacement ?

A. MM. de Belle-Isle, Crémille, Berri/er, de Choiseul, d^Estrées, et à Mme de Pompadonr pour le conseil du Foi.

VIII. — Précis de tous les nu'moires précédents, réduits à un tableau sommaire.

IX. — Mémoire particulier et détaillé sur le projet de descente à la Caroline, les moyens d'exécution, l'espace et quantité de forces à employer, le tenii)S de l'exécution, les opérations politiques et militaires à faire chez l'ennemi, le calcul de la dépense. X. — Projet contre la liaie d'Hudson et autres, dépendant de circonstances connues du ministère seul.

XI.- — Quelle est aujourd'hui la probabilité de l'issiie qu'auroit une descente en Angleterre, une en Ecosse, une en Irlande ?

XII. — Projet sommaire de limites en Canada. XIII. — Mémoire sur l'état des troupes de terre en Canada.

Ministère de la guerre et Mme de Pompadour.

XIV. — Grâces particuliè*'es demandées par M. le marquis de Montcalm, pour ce corps.

Ministère de la guerre.

X\'. — ^Mémoire pour le détachement du corps

royal.

XVI. — Demandes particulières du marquis de Montcalm au sujet de la conduite et adminictrution du corps de troupes qui est à ses ordres.

XVII. — Mémoires de MM. de La Pause, Pouchot, d'Hébécourt, de La Ptocheljeau court, Duprat, d'Arennes, de Calan.

MM. de Belle-Iale, Crémille, Berryer.

XYIII. — l'our détailler le traiteinent des troupes de terre en Canada, la cause de sa diminution, les dettes des olticiers supérieurs, augmentations proposées.

XIX. — Pour demander un fonds à la disjîosition du marquis de Montcalm, pour donner sur le champ des gratifications à ceux qui se distinguent.

XX. — Pour demander un certain uond)re de sujets propres à remplir les emplois vacants.

M. Berryer.

XXI. — Mémoire sur l'artillerie du Canada ; ordre à y mettre.

XXII. — Etat des lettres ([ue doit écrire le ministre de la marine.

XXIII. — Sur les milices du Canada, contenant : 1" inconvénient dans leur constitution qui détruit leur utilité ; 2"^ moyen d'en tirer parti la campagne prochaine.

XXIV. — Mémoire des grâces demandées au ministre de la marine ])Our des officiers de la colonie (|ui ont servi sous ses ordres avec distinction.

XXY. — Notes sur les Esipiimaux.

XXVI. — Considérations sur l'état jirésent, civil et politique du Canada.

XXVII. — Gangrène dans la constitution intérieure. Favere personis, discere de vitiis.

MM. de Belle-Isle, CréniiUe, Berryer.

XXVIII. — Envoi de pondre alimentaire ; détachement d'Ecossois et Irlaiidois à faire en Canada ; canons portatifs ; moyens.

XXIX. — Demandes essentielles à la défense du Canada ; décisions urgentes, puisqu'il reste à peine le temps nécessaire à l'embarquement.

XXX. — Pour qu'on donne à nos huit bataillons, et aux soldats de la marine, des ceintures pareilles à celles que le Eoi fait distribuer à son infanterie.

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