AUTRE DÉPOSITION DE PRISONNIER
Thomas Cherry, irlandois, soldat du régiment de Gage, déclare que l'armée d'Amherst consiste en sept régiments des troupes réglées ; que les régiments
étoient complets en entrant en campagne de mille chacun, à l'exception de celui de Blackney, et qu'il comptoit leur armée alors de seize mille hommes ; ne sait pas le nombre qu'il peut avoir actuellement. Dit que leur mission étoit de porter des ordres à MM. Johnson et Gage, qui doivent pénétrer par les Eapides. Ils comptoient de trouver leur armée qu'il croit consister en dix à onze mille hommes, au-dessus de Montréal, mais ne sait pas indiquer l'endroit.
Dit qu'avant leur départ de Carillon, qu'on parloit que l'armée d'Amherst de voit bientôt se mettre en mouvement ; que leurs bâtiments dévoient prendre l'avant pour combattre les nôtres ; mais que toute leur armée devoit suivre de près leurs bâtiments, et même que leurs bâtiments dévoient être soutenus par une partie de leur armée en bateaux, et avec leurs bateaux à canons. Il dit qu'on ne croit pas difficile de prendre l'île aux Noi'X, dès que nos bâtiments seront détruits ; que leur bâtiment qu'on appelle l'arche de Noé, a sur son pont huit pièces de canon de 24, et qu'elle ne prend pas cinq à six pieds d'eau, lorsqu'elle est chargée de sou artillerie.
Dit qu'elle est couverte de planches pour être à l'abri de la mousqueterie, marche à rames et à la voile.
Pour 800^
Je prie M. l'intendant de vouloir faire donner à compte des deux mille écus dont le Eoi m'a accordé la distribution pour aider les officiers de nos cinq bataillons, la somme de huit cents livres à M. D'Alquier,
lieutenant colonel, commandant le second bataillon du régiment de Béarn, pour être, suivant mes ordres, distribuées à des lieutenants de son bataillon.
MONTCALM
Fait au camp du Sault, ce 27 août 1759.
Pour (3000\
Nous maréchal des camps et armées du Eoi, commandant en clief les troupes d'infanterie françoise qui servent dans l'Amérique septentrionale, reconnoissons qu'il a été payé comptant par M. George-Nicolas Baudard de Vaudésir, trésorier général des colonies, en exercice la présente année par les mains de son commis en ce pays, la somme de six mille livres, ordonnée, suivant l'état du Eoi, à feu M. le marquis de Montcalm, pour être par lui distribuée en gratifications extraordinaires aux officiers des dites troupes.
Laquelle somme a été payée, savoir : trois mille trois cents livres sur les mandats de mon dit sieur le marquis de Montcalm, qui nous ont été représentés ; et les deux luille sept cents livres restant à nous remises pour être la dite distribution par nous continuée comme son successeur au commandement en chef. De laquelle somme de six mille livres, nous tenons quitte le dit sieur trésorier général, son dit commis et tous les autres.
Le CHEVALIER DE LÉVIS.
Fait à ^lontréal, le 31 décembre 1759.
LETTEES ET PIÈCES MILITAmES 319
MÉMOIRE SUE LE CANADA PAE M, DESANDEOUINS, ANCIEN INGÉNIEUR DANS CETTE COLONIE
On se propose dans ce mémoire de faire voir : 1'^ combien il importe à la France de soustraire le Canada de la domination angloise ; 2'^ quelles sont les difficultés et les obstacles qu'on auroit à surmonter pour y parvenir ; 3*^ quels sont les moyens à employer dans une expédition propre à remjDlir cet objet ; 4z^ (juelle seroit la conduite à tenir en arrivant dans le pays jusqu'au moment de l'ouverture de la tranchée devant Québec.
Article l''"
Tant que la Grande-Bretagne possédera le Canada, elle sera maîtresse de tout l'intérieur de l'Amérique septentrionale depuis le fleuve Saint-Laurent, le pays des nations iroquoises et les montagnes des Apalaches, jusqu'à la baie d'Hudson, par le moyen des sauvages qui, ne s'écartant point de la politique dont ils usoient autrefois en faveur du Canada contre les provinces du bord de la mer, ne permettront jamais aux états nouvellement unis de passer ces limites ni de s'approcher des lacs et de la Belle-Eivière. Ainsi les Auglois communiqueront par les derrières des dits états depuis Québec jusqu'à la Floride et au bord oriental du Mississipi ; ils commerceront presque exclusivement avec les nations sauvages, se les attacheront, les armeront et les feront servir à leurs vues et à leurs vengeances même, sans paroître rompre la paix, tant cette nation
excelle dans l'art de joindre la perfidie avec l'apparence de la bonne amitié, ainsi qu'elle l'a bien montré à la dernière guerre avant sa déclaration. Ils peupleront peu à peu les pays immenses et cent fois plus vastes que ceux qu'ils ont perdus, et, s'ils y vont aussi rapidement qu'ils ont fait, il leur faudra à peine une cinquantaine d'années pour y élever la population au même degré.
On peut conclure de là qu'ils conserveroient sur les opérations du congrès toute l'influence qu'une puissance très redoutée s'approprie presque iuvinciblement sur les foibles états qui l'avoisine. Ce sénat, qui sera composé de 23articuliers et rarement de vrais hommes d'état? ils le tiendront dans leur dépendance, peut-être autant que leur propre parlement, par la crainte, par l'intérêt et par corruption des membres.
Qu'aurait donc gagné la France au soulèvement des colonies angloises et à leur séparation d'avec la mèrepatrie ? Tout au plus d'étendre un j^eu son commerce pendant la durée de la première paix. Car, aussitôt que la chaleur de la dissension actuelle sera dissipée, il faut s'attendre à voir ces deux branches d'une ancienne souche se rapprocher et se réunir d'intérêt. N'a-t-on pas vu la Hollande, après soixante ans d'une guerre cent fois plus cruelle et plus opiniâtre, faire cause commune avec ses anciens maîtres, la maison d'Autriche, dans toutes les guerres qui ont éclaté entre elle et la France pendant près de cent ans ?
La Grande - Bretagne, jalouse de recouvrer son ancienne splendeur et d'éteindre celle qu'aura acquise la France, ne manquera pas de profiter de son crédit sur
les nouveaux états pour en tirer un appui qu'ils ne seront que trop à portée de lui donner pour la conquête de nos îles à sucre, peut-être aussi pour l'invasion ou tout, ou moins le ravage des plus riches colonies espagnoles. Ainsi, laisser aux Anglois le Canada, c'est laisser subsister le germe des moyens propres à faire reparoître par la suite cette puissance plus redoutable que jamais.
Si tout au contraire on parvient à soustraire à sa domination ce vaste pays si fécond en ressources, quand même en vertu des circonstances ou des conventions antérieures, il demeuroit libre et allié des Etats-Unis, on fait évanouir par ce seul fait toute préférence en faveur de l'Angleterre parmi le congrès américain. Cette compagnie, vraiment libre alors, n'ayant à redouter personne par avantage ni désavantage de position, se conduira par les lumières de la raison, par les vues de ses seuls intérêts, comme tous les états puissants, et la France pourra compter sur la durée du traité raisonnable et modéré qu'elle vient de contracter.
Les possessions qui restent encore à nos ennemis en Acadie, l'Ile Eoyale et Terre-Neuve, ne tireroient pas à la même conséquence, si leur Canada leur étoit enlevé. Ces contrées ne renferment pas l'enceinte des Etats-Unis ; elles ne lui sont limitrophes que par une extrémité, quoique d'ailleurs, à d'autres égards, elles soient infiniment avantageuses à la Grande-Bretagne.
La conquête du Canada étant suffisamment éclaircie pour être appréciée à sa juste valeur, passons aux difficultés qu'elle présente.
322 lettres et pièces militaires
Article 2
Il ne faut point se flatter que les Américains, même en les supposant favorisés de la plus grande partie des Canadiens, puissent réduire Québec sans le concours de la France. Ceux qui ont fait toute la dernière guerre avec les uns contre les autres, et qui connoissent a place pour en avoir soutenu et ensuite conduit le siège, se représentent trop bien, d'un côté, les difi&cultés qu'elle oppose, et, de l'autre, l'ineptie des Américains dans l'art des sièges et leur manière de combattre, qui en est bien éloignée, pour révoquer eu doute cette proposition. Voyez si Washington a jamais emporté une redoute, si jamais il a défendu une place, un poste ni un retranchement. Aussi ce n'est pas par la bonté de ses troupes qu'il a sauvé l'Amérique ; c'est le pays qui s'est défendu par son étendue. S'il éclate quelque soulèvement dans le pays, il ne sera jamais que passager. Qui sera maître de Québec dominera toujours en Canada. Malgré les dispositions des habitants contre le gouvernement tyrannique de l'Angleterre, il est possible de résister toujours à la nature même, et de ne pas se soumettre à la fin à qui tient la seule clef du commerce, des richesses et des besoins indispensables d'importation. Ainsi le maître de Québec le devient du Canada et de là gouverne les sauvages, les peut diriger selon ses vues contre les nouveaux états, etc., comme nous l'avons montré.
Québec est donc l'objet capital ; mais ce ne sera pas une entreprise sans difficulté que celle d'en faire la conquête.
Cette place est située à cent ^'ingt lieues de la mer, au contiuent de la rivière Saint-Charles et du fleuve Saint-Laurent, sur un cap de rochers à pics et trop élevés tout au pourtour pour être assaillis. Ce cap forme l'extrémité d'une montagne escarpée des deux côtés, qui borde le fleuve sur la rive gauche.
L'enceinte de la place est terminée sur le plateau du sommet de cette montagne d'un escarpement à l'autre, par cinq fronts d'une bonne fortification bien revêtue, dont trois ensemble sont en ligne droite ; les deux autres en forment aussi une entre eux, à très peu près, qui, avec la première, fait un angle extrêmement obtus. Les retours le long des deux escarpements sont suffisamment défendus et flanqués.
On peut juger de la disposition en ligne droite combien ces cinq fronts se protègent mutuellement, combien seroient immenses les travaux à faire pour embrasser ce qui domineroit sur l'attaque, combien il faudroit s'en approcher avant d'établir aucune batterie à ricochets sur le prolongement des faces, et par conséquent combien on seroit de temps avant de pouvoir prendre aucun avantage sur les défenses et éteindre le feu de plus de cent quatre-vingt pièces de gros canons et d'une grande quantité de mortiers que nous y avons laissés.
Ce n'est pas tout. Le devant de ces cinq fronts est un rocher presque entièrement nu, où il ne se rencontre un peu de terre que dans quelques petites parties qu'il faut bien connoître, et encore faiit-il s'attendre à en transporter de loin immensément pour le progrès des approches, au grand retard et danger des assiégeants,
surtout si, à force d'art, d'industrie et de grosse artillerie, ils ne trouvent moyen d'éluder une lionne partie de ces obstacles naturels, comme en effet la chose est très possible. Il est presque inutile de parler ici de la ville- basse, située au pied du cap, dans un emplacement extrêmement resserré par la rive gauche du fleuve, parce qu'un débarquement y seroit infiniment dangereux, ne mèneroit pas à emporter la ville haute et qu'iufailliltlement on en seroit délogé. Le faubourg du palais, situé dans un em.placement plus étendu, entre la rive •droite de la rivière Saint-Charles et l'escarpement de la gauche, ne préseuteroit pas sans doute les mêmes difficultés ; mais les assiégés l'abandonneroient bientôt, ou le brûleroient, n'étant point compris dans l'enceinte de leurs fortifications.
Qu'on juge de là des gens qu'on peut regarder comme de nouvelle levée, qui connoissent la place sûrement très mal, qui ne savent ce que c'est que le siège, qui n'ont pas l'ensemble et l'esprit qu'il faut pour soutenir longtemps un feu meurtrier sans abri, ainsi qu'il ne se présentera nécessairement que trop d'occasions, qui ne parviendront jamais à amener par les lacs et les portages l'artillerie, les outils et les munitions nécessaires à une semblable entreprise, qu'on juge, dis-je, si jamais ils pourront venir à bout de Québec. Aussi Montgomery, le meilleur général qu'ait eu l'Amérique, et Arnold, son courageux successeur, y ont-ils échoué, malgré qu'ils aient tenu la place investie pendant cinq ou six mois, et (qu'elle contint à peine deux cents soldats, ainsi que je l'ai appris de gens dignes de foi qui y étoient alors renfermés.
LETTRES El" PIECES MILITAIRES 32o
On ne peut donc conipter pour le succès de cette opération que sur l'appui d'une escadre françoise et d'un corps de troupes réglées assez puissant pour donner aux colons la confiance de secouer le joug- odieux (qu'ils supportent inipatienmient. Un détacliement nombreux des milices ou des troupes des Etats-Unis fourniroit des bras bien utiles pour accélérer les travaux du siège; mais à la rigueur, surtout avec le secours des Canadiens, on pourroit s'en passer. A la vérité, l'expédition eu deviendroit beaucoup plus pénible. On en jugera mieux ci-après.
Article 3
Entrons maintenant dans le détail des moyens. Le fleuve gelé si fortement et la débâcle des oiaces en est si terrible, qu'aucun vaisseau de ligne n'oseroit y passer l'hiver. Il n'y a que de médiocres frégates et des navires de moindre force qui peuvent trouver des abris près de terre. Cependant des vaisseaux de ligne peuvent se mettre en siireté contre les glaces au sault de la Chaudière, rivière dont l'embouchure est à la rive droite du fleuve, à deux lieues au-dossus de Québec ; mais, dans un emplacement aussi éloigné de la place, ils courroient risque d'être brilles par les Américains, qui en connoissent parfaitement le chemin, puisqu'ils ont débouché par là ou par la rivière des Etchemins dans l'hiver 1775 à 1776, au grand étonnement des Anglois.
Il ne s'agit donc que d'arriver les premiers, tout aussitôt après la débâcle qui arrive ordinairement du 17 au 20 d'avril. C'est un point si important que, pour ne pas être prévenus, il seroit à propos qu'une escadre
plus forte que celle que les Anglois pourroient avoir tenue à Halifax ou dans ces parages, allât, dès le commencement d'avril, croiser à l'entrée du golfe Saint- Laurent, jusqu'à ce que la flotte destinée à l'expédition eût embusqué le fleuve et l'eût remonté. Après quoi, l'escadre en croisière pourra la quitter poiir aller remplir toute autre destination.
Pour juger du nombre des troupes et de la quantité de munitions nécessaires au succès certain de l'entreprise, il faut considérer :
1" Qu'il seroit imprudent de se confier tellement sur nos alliés que, s'il arrivoit qu'ils nous eussent manques, soit pour avoir été repoussés avant notre arrivée, soit par tout autre accident, nous nous trouvassions dans l'impuissance de poursuivre l'opération ;
2^ Qu'il ne faut pas compter que les Canadiens se hasardent jamais de prendre les armes contre les oppresseurs sous lesquels ils tremblent, qu'ils ne nous reconnoissent des forces capables de ne laisser aucun doute sur l'événement ;
3*^ Qu'il faut être pourvu de munitions, armes et outils, non seulement proportionnellement au nombre de troupes qu'on conduit, mais encore à celui des alliés et des gens du pays qui doivent nous joindre. L'appât du gain en attirera parmi le peuple aussi bien que l'amour de la liberté.
A l'égard de la noblesse, on peut compter sur ses sentiments généreux, pourvu toutefois que le gouverneur de Québec n'ait pas eu la prévoyance d'en attirer la plus grande partie dans sa place, et ne l'y retienne par force.
On peut conclure, d'après ces considérations, que le nombre des troupes de débarquement doit surpasser celui de la garnison de moitié, et même plus s'il est possible, en sorte que si elle est forte, par exemple, de quatre mille hommes, il nous en faudra au moins six mille d'infanterie réglée. Il n'en iroit que mieux d'y Joindre deux cents dragons avec l'équipement nécessaire, non seulement pour deux cents autres qu'on fera monter par des volontaires, qu'il ne sera pas difficile de trouver dans le pays. Ces dragons serviront bien utilement, soit comme grenadiers au siège, soit pour faire des courses, rassembler les habitants et donner du poids à nos premières invitations.
Il ne faudra pas moins de deux cent cinquante canonniers, bombardiers, sapeurs, artificiers, mineurs et ouvriers du corps royal de l'artillerie. On leur joindra pour aides des matelots canoniers, au lieu de soldats d'infanterie.
Si l'on veut épargner les hommes et le temps, en se donnant les moyens d'amortir de bonne heure le feu de la place, je pense qu'il ne conviendroit pas d'avoir moins de douze pièces de canon de 24 et dix-huit de 26 (pièces de siège), de plus douze pièces de 8 et dixhuit de 4 (pièces longues) pour la défense des redoutes, retranchements, fortins et têtes de ponts, indépendamment des canons que nous proposerons d'établir pour commander sur le fleuve, tant au-dessus que vis-à-vis de Québec, mais qu'on pourra tirer des vaisseaux de ligne sans aucun inconvénient, lorsqu'une fois embossés à demeure sous la protection des batteries de terre, ils
ue seront jamais obligés de combattre que sur un de leurs bords.
Si l'on peut ajouter huit obusiers et deux pierriers à lancer des paniers remplis de pierres, on eu tirera bon service. Je les crois nécessaires pour concourir avec les batteries de canon sur le tieuve. J'estimerois qu'il faudroit douze mortiers de douze pouces à chambre poires contenant douze livres de poudre. On en tireroit ce qu'il en seroit nécessaire aux attaques, sauf les remettre à leur premier emplacement en cas d'alarme par mer. (Si l'on trouvoit ce nombre bien considérable, il faut observer que c'est moins par une suite continue de bombes que par la quantité de celles qui partiroient à la fois dans des occasions décisives qu'elles feront l'effet qu'on en attend), comme, lorsque nos vaisseaux passeront sous le feu de la place, ou lorsqu'une escadre viendroit pour forcer le passage et ruiner notre flotte et nos espérances.
Il est en effet indispensable de se rendre tellement maîtres de 1 1 navigation du fleuve au-dessus de Québec qu'on ne risque pas d'y voir pénétrer aucune escadre. Pour remplir cet objet et celui de dominer le long de son cours jusqu'à Montréal, il me semble qu'il suffiroit d'un vaisseau de soixante-quatorze canons, deux de soixante-quatre, trois frégates de trente à trente-deux, indépendamment de deux ou trois corvettes, de plusieurs lougres, chébecs et autres bâtiments légers.
Il reste à examiner la manière de mettre en œuvre tous ces préparatifs avant l'ouverture de la tranchée, tant pour l'investissement que pour la sûreté des vaisseaux et des quartiers de l'armée.
Article 4
L'empressement et l'activité des Américains étant peu équivoques, lorsqu'il s'agit d'aller en avant, je crois qu'il est sage de s'attendre à ne les voir se mettre en mouvement qu'après que le bruit de notre débarquement sera parvenu jusqu'à eux. Alors je suppose qu'ils auront honte d'avoir été prévenus, et je ne doute point qu'ils n'arrivent encore à temps pour partager avec nons les travaux du wiège. Ainsi ne comptons point trouver la place bloquée d'avance.
La première manœuvre en arrivant sera de débarquer. Je crois que l'ennemi n'osera s'engager à défendre en même temps les deux rives du fleuve, et, comme dans la défense de celle du sud, il courroit plus de risques d'être coupé ou inquiété dans sa retraite, on peut présumer qu'il s'en tiendra à celle du nord. Quoiqu'il en soit, s'il en agit autrement, ce ne sera pas une opération bien ditticile de le chasser de la Pointe-de- Lévis, après avoir pris connoissance de ces positions et de ses démarches.
De là nous remonterons le long de la côte de Lauzon jusqu'à la Pointe-des-Pères, vis-à-vis la ville basse de Québec, où, sans perdre de temps, il faut étal)Iir de bonnes batteries de canons et mortiers capables d'en imposer à celles de la place qui battent le travers du fleuve. On soutiendra ces batteries d'un fortin de campagne ou de retranchements fraisés et pahssadés propres à contenir sept à huit cents à l'abri d'un coup de main. Le premier objet de ces batteries est de favoriser à notre flotte de passer de nuit devant la place et de
remonter au-dessus jusqu'à ce qu'ils en soient hors de toute atteinte, vis-à-vis Samos à peu près.
S'il est possible au moment même de surprendre le débarquement, comme le fit Wolfe en cet endroit, cela abrégera et épargnera des fatigues ; mais, si l'ennemi est assez actif pour s'y opposer à temps, il faut, sans s'obstiner, chercher le premier endroit négligé, fût-ce même au Cap-Eouge, parce qu'en quelques jours de marche par terre, on sera assuré de revenir au même point et de forcer l'ennemi à se renfermer dans ses murs.
Je n'ai pas besoin de dire que, pendant la durée de toutes ces manœuvres, les travailleurs et leurs gardes qu'on aura laissés à soutenir les batteries et à perfectionner le fortin de la Pointe-des-Pères, doivent être protégés par nos petits bâtiments armés et par des chaloupes canonnières, lesquelles de jour se tiendront hors de prise du canon de la place, et de nuit borderont toute la côte de Lauzon, le plus près de terre qu'ils pourront, pour être moins aperçus. Il est encore moins nécessaire de recommander à des marins de se défier avec la plus grande vigilance des brûlots, cajeux enflammés et autres artifices que l'on ne manquera pas de lancer contre eux, tant qu'ils seront mouillés au-dessous de Québec ; ils connoissent mieux que moi les moyens d'en rendre l'effet nul.
Aussitôt (|u'on se sera emparé du débarquement de Wolfe près de Samos, on y établira deux fortes batteries, l'une à peu près au niveau de la laisse de haute mer, à merlons élevés, l'autre à barbette, au sommet de la côte, retranchée et palissadée autant qu'il sera jugé néces-
saire. Deux batteries semblables et un fortin respectable seront en même temps construits vis-à-vis, sur le bord opposé du fleuve. L'objet de ces deux établissements est de croiser le passage en cet endroit, pendant que les vaisseaux de ligne, les frégates et même des chaloupes canonnières ou des batteries flottantes, qu'on peut construire sur les lieux, le battront directement. Je crois qu'avec cet appareil on ne doit pas craindre qu'aucune escadre puisse pénétrer. Il lui faut le flot, un vent fait, tenir le milieu du canal à deux ou trois de front tout au plus, (encore faut-il être pratique de cette navigation dangereuse) et ne présenter jamais le côté sans risquer d'aller échouer, et par conséquent de se perdre ou de se faire brûler. Il sera bon par conséquent de préparer quelques brûlots.
Désormais notre flotte, nos vivres et nos munitions en sûreté, nous nous occuperons d'achever l'investissements traversant la rivière Saint-Charles, sur laquelle on choisira un emplacement pour y construire un pont de communication, dont l'une et l'autre extrémité seront retranchées solidement, pour arriver enfin à la Canardière, à la rive gauche du bassin au-dessous de Québec. On sera encore dans l'obligation d'établir ici, le plus près (|u'on pourra de l'embouchure de la rivière dans le fleuve, un nouveau fort avec des batteries en état de se faire respecter des frégates, les vaisseaux de ligne ne pouvant en approcher d'assez près. On pourroit peut-être penser qu'il seroit plus à [)ropos pour éviter tant de travaux de faire remonter le fleuve à toute l'escadre en croisière plutôt que de l'envoyer remplir tout autre objet, afin d'expédier plus promptement ;
mais on en jugera différemment si l'on considère qu'une escadre plus forte encore pourroit venir ou la combattre ou la bloquer. On n'expose à ce danger que trois vaisseaux de ligne, lesquels, au pis aller, hiverneroient au sault de la Chaudière. Il vaut mieux prendre un peu plus de peines et retarder de quelques jours, que d'employer sans aucune nécessité grand nomljre de forces aussi précieuses.
A peine ces établissements seront-ils commencés, que des corvettes et autres bâtiments légers remonteront le fleuve jusqu'à Montréal, conjointement avec les dragons,. qui iront par terre, portant des ordres à chaque capitaine des côtes d'envoyer aussitôt, le plus qu'ils pourront d'habitants en état de porter les armes, les invitant d'amener au camp leurs denrées, qui leur seront payées. On ne manquera pas de commander en même temps à ceux des habitants, même éloignés, qui, à cause de la culture des terres, ne pourront être tirés de chez eux, de fabriquer des palissades, des fascines, gabions, etc.. Ces matériaux seront rassemblés .par paroisse, uiis en flotte et conduits à l'armée sur le fleuve.
Je ne parle pas du manifeste qui doit être publié en même temp ;, ni d'autres mesures que la prudence dictera assez.
Dès que les Canadiens arriveront au camp, on leur donnera une forme de milice avec des officiers tirés des gentilshommes du pays ; ce sera l'affaire du major général.
On les emploiera à tous les travaux ci dessus désignés, jusqu'à ce qu'ils soient entièrement perfectionnés, et, comme ils sont adroits à manier la hache et la serpe, on
les mettra d'abord à faire les premiers amas de palissades, fascines, etc., pour fournir de ces matériaux à la construction des premiers ouvrages, en attendant (ju'il en soit arrivé par flotte.
Les différentes batteries sur le fleuve étant achevées, j'estime qu'outre les mortiers ci-dessus demandés, il faudra tirer des vaisseaux cinquante pièces de canon, savoir : trente de 2-4 et vingt de 18, indépendamment des obusiers, que, dans le besoin, on pourroit transporter des attaques pour les placer, soit près de Samos, soit sur des batteries flottantes, si on a eu le temps, d'en construire.
J'avertis que, (juand bien même il arriveroit aux ennemis des forces maritimes qui obligeassent les nôtres à se retirer toutes sous la protection des batteries de Samos, et de celles qui seront vis-à-vis, il faut se maintenir à la Pointe-des- Pères et à la Canardière. Ce point est important ; c'est pourquoi il ne faut rien négliger pour mettre ces deux postes hors d'insulte absolument, dût-on établir une communication par terre sur la côte du sud par une suite de redoutes ou autres retranchements avec celui de la Pointe-des-Pères. Cependant, comme contre ce dernier poste l'ennemi pourroit embosser des vaisseaux qui, soutenus du feu de la place, foudnnroicnt et ruineroient peut-être nos batteries, je ■croirois convenable d'en tirer totalement les canons pour en renforcer les batteries de Samos et celles vis-à-vis, ce qui n'empêcheroit pas de conserver la Pointe-aux-Pères, dont les fortifications doivent avoir ■été mises bien en état de ne pas souffrir grand domanaue de ces canonn.ide^.
Toutes les redoutes, retranchements, fortins seront principalement défendus par des Canadiens, sauf à leur envoyer, pour les mieux appuyer, un détachement de troupes réglées, en cas de danger imminent. Ou sait que leur manière de combattre est de ne le faire ([u'à l'abri des arbres, pointes de rochers, ravins, etc., Xous avons toujours éprouvé dans le cours de la dernière guerre, qu'ils ne réussissent jamais mieux que derrière un bon parapet. Ils sont presque tous chasseurs, visent et tirent juste ; aussi sont-ils fort bons pour cette sorte de combat, c'est pourquoi ce seroit uue bonne maxime à pratiquer que de retrancher leur camp ou de le couvrir de redoutes qui puissent se flanquer mutuellement. En plaine il en est fort peu qui se montrent bien. Je ne parle pas des gentilshommes et fils d'officiers, que les sentiments d'honneur exaltent tout autrement.
Le vaste circuit de cette circonvallation ne permettra pas sans doute d'étendre les corps de troupes réglées, de manière à ne laisser aucun espace vide ; il faut au contraire les faire camper en ligne de pareille étendue que le front de bataille qu'elles peuvent occuper, depuis la batterie de Samos jusqu'auprès du moulin Lafontaine, où appuyoit la gauche de notre armée dans la position où, commandée par le marquis de Lévis, elle défit l'armée angloise le '2S avril 17G0, occupant tout le travers du plateau de la côte d'Abraham, parallèlement aux cinq fronts de la place. De là on sera à }iortée d'envoyer des secours aux endroits où l'ennemi pourroit tenter quelque entreprise sans (ju'il y ait beaucoup à craindre que rien puisse entrer ni sortir par terre hors de la place. Les Canadiens, lors([u'ils nous aurons
joints, rempliront le reste de l'enceinte. Au surplus, le général jugera par lui-même sur le terrain de la meilleure disposition à donner au campement.
Jusqu'à présent autant nous avons paru faire peu de fond sur la ponctualité des Américains à venir nous joindre ou même à nous précéder, autant nous avons compté sur un soulèvement universel des Canadiens eu notre faveur ; et nous sommes fondés à avoir cette couiîance sur l'amour pour la France profondément imprimé dans leur cœur, ainsi qu'ils l'ont bien montré dans la dernière guerre par les sacrifices qu'ils ont faits de leurs récoltes, par l'incendie des habitations de plusieurs, jmr les fatigues incroyables et la disette excessive qu'ils ont endurées, par les dangers et les hasards de la guerre auxquels ils se sont exposés avec constance, combattant avec passion contre les Angiois.
Cependant, si, par les intrigues de Carleton, gouverneur de Québec, aidé de l'évêque, qu'il a su corrompre et qui, par le moyen de la religion, dont il use criminellement selon des vues humaines, conserve une grande influence sur l'esprit d'un peuple simple, bon et religieux, si, dis-je, nous les trouvions dans des dispositions opposées, je ne serois pas d'opinion qu'il fallût pour cela déployer sur le champ les moyens rigoureux, d'enlever de force, de brûler, saccager, etc.... Ces voies odieuses ne font qu'aigrir sans retour. Peu après, par la voie de persuasion, on les ramènera avec beaucoup plus d'efficacité et de profit. Il ne s'agira que d'occuper la meilleure position dont on pourroit s'emparer et de s'y maintenir jusqu'à ce que nous soyons renforcés par un corps d'xlméricains assez nombreux
pour nous trouver en état de resserrer, d'une part, parfaitement la garnison de Québec, et d'autre part, d'envoyer d'un bout à l'autre du pays de bons détachements de François, recevoir le serment des seigneurs de paroisse, des capitaines des côtes, des magistrats des villes et principalement des prêtres, emmenant prisonniers ou otage les factieux ou gens suspects. Alors personne n'aura plus aucun prétexte de répugner à nous obéir, puisque le serment prêté par la seule force des événements passés au Eoi d'xA.Dgleterre sera censé effacé par celui qu'ils auront de nouveau prêté au Eoi de France.
Si la conduite qu'on vient de tracer entraîne des longueurs, avant de la blâmer il faut considérer qu'elle nous mène avec certitude au succès. Que gagne-t-on à tout précipiter indiscrètement ? L'expédition apportera-t-elle beaucoup plus de dommage à l'ennemi ou beaucoup plus de profit à la France pour avoir été exécutée une ou deux semaines plus tôt ? De quels reproches ne seroit-on pas accablé, si, faute d'avoir pris pied à pied toutes les mesures que la prudence peut dicter selon les circonstances, on venoit à perdre le fruit de tant de préparatifs et de tant d'efforts dont le royaume peut se promettre les effets avantageux pendant plusieurs siècles. On a vu, il est vrai, mille exemples de places meilleures emportées d'escalade, de vive force, ou par surprise. S'ensuit-il qu'on doive compter toujours sur ces sortes d'événements extraordinaires ? On est louable de les tenter, comme on l'a fait à Mahon, que lorsque tous les autres moyens sont à bout et que le tem})S presse. Alors on sait bien qu'il
faut risquer le tout pour le tout, et, dans ce cas-là, je serois certainement le premier à en donner le conseil, avant que d'abandonner la partie. Mais il ne faut pas mettre sa confiance en des hasards, lorsqu'on peut assurer le succès par l'industrie.
Lorsque toutes ces dispositions préliminaires seront achevées et que tout ce qu'on pourra rassembler de Canadiens nous aura joint, on ne peut s'empêcher, je crois, de convenir que la réduction de la place est infaillible. Elle ne sera pas même aussi tardive alors qu'on pourroit le croire, parce qu'avec les moyens qu'on suppose, l'art de diriger les attaques et de prendre ses avantages avec intelligence abrégera beaucoup la durée du siège. La nature de cette expédition doit être maintenant parfaitement connue, et toutes les circonstances qui doivent l'accompagner doivent avoir été mises sous les yeux de manière à juger sainement de toute l'opération — c'étoit là l'objet de ce mérnoire — et s'il est bien rempli, on est sans doute en état de se déterminer à l'entreprise ou non. Cependant, avant le départ il faudra décider s'il est convenable, aussitôt après la reddition de la place, de la remettre aux états du pays, en les déclarant libres et unis aux autres états américains gouvernés par le congrès, ou bien s'il est plus à propos de la conserver au pouvoir du Eoi, jusqu'au moment de la conclusion de la paix générale. Il me semble que l'intérêt de la France seroit de ne point s'en dessaisir avant cette époque :
1° Elle servira à contenir dans notre parti les Américains qui, à la fin, dégoûtés d'une guerre toujours
onéreuse aux peuples cultivateurs, pourroient bien s'accommoder avec nos ennemis communs sans notre participation ; et, dans le cas où le Eoi consentiroit à leur laisser traiter de la paix avant nous, la possession de cette place empêchera qu'ils n'y insèrent aucun article préjudiciable à nos affaires, et qu'ils n'osent jamais ni fournir aucun secours à nos ennemis, ni laisser aller à leur service aucun matelot, chose vraiment à craindre. Les gens de mer, une fois habitués au métier de corsaire et au profit qu'on y fait, y retournent volontiers sans s'embarrasser contre qui ;
2^^ Si malheureusement la fortune nous devenoit défavorable et que l'état fâcheux de nos affaires nous obhgeât à une paix peu avantageuse, on pourroit faire entrer en compensation dans la l)alance des restitutions mutuelles l'évacuation du Canada en le déclarant libre et uni aux Américains. Le Canada, jusqu'à présent, n'a par lui-même aucun droit de réclamer les clauses de notre traité avec le congrès. Je ne prétends pas néanmoins faire entendre qu'il put demeurer à la France en aucun cas après la paix, puisque le Roi a jugé à propos d'en convenir par les vues d'une saine politique.
L"n autre moyen d'acquérir encore plus de crédit sur le congrès pendant le reste de la guerre seroit, aussitôt après la réduction de la place et la réparation des brèches, d'aller s'emparer, au nom de l'état du Canada, mais en effet avec des forces capables d'y faire respecter l'autorité du Eoi, de Ticondéroga ou Carillon, poste dans lequel il conviendroit de placer trois mille hommes de troupes réglées et deux mille
Canadiens, jusqu'à ce qu'on se fût mis en état de s'y maintenir avec une garnison moins nombreuse. On sait que c'est la clef du Canada par le lac Champlain, comme Québec en tient l'entrée par le fleuve. On feroit en même temps occuper Frontenac, Niagara, le Détroit, etc., par des Canadiens sous prétexte d'en chasser les restes d'Anglois qui pourroient s'y trouver encore. On y gagneroit de faire recouvrer au Canada ses anciennes limites, de le rendre susceptible d'une plus grande puissance à venir par une plus nombreuse population, et par conséquent d'une plus grande prépondérance dans les délibérations du congrès américain, n'oubliant pas que ce sera toujours la seule des quatorze provinces naturellement affectionnée à la France.
Enfin, si par des motifs qui peuvent être plus puissants, il falloit dès le moment livrer notre conquête à elle-même et aux états américains, je croirois convenable dans la guerre actuelle d'en faire sauter les fortifications, n'étant pas assez assuré de la défense que pourroient en faire 1-es gens du pays, pour ne pas avoir à craijidre que les Anglois ne puissent de nouveau la subjuguer et s'y maintenir ; au lieu que, s'ils ne trouvent aucun moyen de défense préparé, il leur seroit absolument impossible d'y former aucun établissement solide avant le premier hiver, saison pendant laquelle il seroit aisé aux Canadiens de les chasser, surtout avec l'aide des Américains.
Il conviendroit seulement de laisser subsister les deux fortins de la Pointe-des-Pères et de la Canardière, avec les batteries de la ville basse, du Sault-au-Matelot et du Château, pour mettre au moins cette ville qui
sert de dépôt principal aux marchandises et aux richesses du pays à l'abri d'être rançonnée et ravagée par quelques corsaires réunis. En cet état, elle exigera encore un armement assez considérable pour que l'ennemi ne songe pas à en faire la dépense, ne pouvant trouver dans cette expédition d'autre avantage que celui de lever une contribution passagère et trop médiocre pour le dédommager de ses avances sans pouvoir y soutenir l'hiver.
Autant l'auteur de ce mémoire a mis d'application à donner sur la matière qui en fait l'objet, les éclaircis- .sements que ses foibles lumières ont pu lui fournir, autant n'écouteroit-il que son zèle s'il s'agissait d'opérer.
Son devoir alors comme militaire seroit de mettre en œuvre tous les moyens qu'il trouveroit, sans songer s'ils correspondent à ses idées en aucune manière, et certainement il s'y employeroit sans réserve ; sa seule passion étant le succès des armes du Eoi.
Desandrouins.
A Sarrelouis, le 26 août 1778.
A ce mémoire est joint la lettre suivante :
A Sarrelouis, le 26 août 1778.
Monsieur,
Ayant trouvé à Paris, l'hiver dernier, un plan de Québec gravé à Londres, il m'est venu en idée d'en faire une copie, sur laquelle j'ai tracé votre sanglante et
glorieuse bataille du 28 avril 1760, selon l'idée qui m'est restée. * Vous prendrez, peut-ptre, mon général, quelque intérêt à ce travail ; c'est pourquoi j'ai l'honneur de vous l'adresser sous un contre-seing. Ce n'est pas que je ne puisse y avoir commis des erreurs, car premièrement je ne réponds en aucune manière de l'exactitude du plan original qui me paroît fautif en plusieurs endroits essentiels, surtout à l'égard de la fortification de Québec ; mais pour cj qui regarde le combat, on pourra y faire les additions et corrections que vous jugerez convenables, la campagne où il s'est livré me paroissant rendue assez naturellement. Si j'étois à portée, je prendrois ce soin sous votre direction, afin que vous puissiez le conserver comme un monument exact et précis ; mais, si vous y faites des changements considérables, faites-moi la gi'âce, mon général, de me les faire connoître, ayant dessein d'en avoir aussi un plan. C'est une des actions dont j'ai été témoin, à laquelle je pense le plus volontiers.
J'ai laissé en blanc une grande place à droite de la légende ; j'y aurois placé vos armes, M. le marquis, mais ni mon dessinateur ni moi n'entendons le blason ; vous pourrez y faire suppléer ou bien ajouter à la légende ce que vous jugerez à propos pour mieux faire valoir cette grande action.
J'ai fait un mémoire sur le Canada que j'envoie à M. le prince de Montl)arez et à M. de Sartines. J'ai l'honneur de vous l'adresser en même temps, mon général.
* Ce i^lan de Desandrouins ne s'est pas trouvé parmi les manuscrits du maréchal de Lévis — (Noie de Véditeur).
non dans le dessein de vous pré venir en sa faveur (n'étant point dans le doute que ce ne fût à vous le premier qu'on s'adressa pour en déterminer la valeur, s'il étoit susceptible de faire quelque impression), mais parce que, vous étant inviolablement attaché, je ne veux faire aucune démarche qui ne vous soit connue sur le champ.
Vous verrez, mon général, que le siège de Québec est ma passion, à laquelle je tâche d'amener les vues du gouvernement en en prouvant d'abord l'importance de mon mieux. Ensuite je tâche de démontrer que tous les Washington du monde, avec les troupes qu'ils commandent n'en viendront pas à bout. Puis je détaille en gros ce qu'il faudroit pour l'expédition. Enfin, pour donner plus de poids à toutes mes demandes, je fais un exposé sommaire des manœuvres à faire et des précautions à prendre avant l'ouverture de la tranchée, afin d'assurer le succès et de se rendre maître de l'événement.
Vous trouverez peut-être, mon général, que j'ai demandé un peu trop, et qu'avec moins d'attirails vous en viendrez à bout. Ce n'est pas que je n'aie toute la confiance possiljle en votre talent et vos ressources • mais je n'ai pas cru qu'il me fiit permis de rien omettre de ce que la prudence peut dicter. Vous en aurez plus d'honneur si vous exécutez plus rapidement et avec moins de moyens. Il m'a semblé qu'on ne risque rien de demander d'être bien muni ; on en rabat toujours assez, sauf à ajouter le con-ectif qu'on ne se rebuteroit pas quand on auroit moins. Pour moi, je vous suivrai, mon général, n'eussiez-vous qu'une compagnie de
LETTKES ET TIÈCES MILITAIRES 343
grenadiers pour escorte ; mais je ne répondrois pas de l'événement.
S'il était question de prendre l'avis de quelqu'un qui auroit connoissance du local, de la part du ministre, je désirerois fort qu'il fit demander à cette personne son sentiment sur les divers articles de mon mémoire avant de lui en donner communication, cela seroit d'une bonne politique, afin qu'aucune prévention ni pour ni contre ne pût attirer son jugement et qu'on en fut plus assuré de la bonté des propositions qui se trouveroient à peu près analogues de part et d'autre, sauf à prendre des éclaircissements sur celles qui paroîtroient opposées. Car, pour moi, je ne cherche que la vérité et les meilleurs moyens de réussir, prêt à embrasser tout ce qui pourra y conduire, de telle part il vienne.
Par quelle fatalité arrive-t-il, M. le marquis, que, malgré tous mes désii's et mes sollicitations dans les bureaux, je ne puis parvenir à être à vos ordres ? Je suis très susceptible de remplacer M. de Marsin dans votre ville d'Arras, puisque je suis lieutenant-colonel passé le centre de ceux du corps, comme il l'étoit ; maintenant qu'il est colonel, il est fait pour avoir une brigade et une autre place. Je vous prie donc en grâce de vouloir bien me demander à M. le prince de Montbarey, votre collègue. Vous savez que M. Le Saniquer est notre chef de bureau, et je crois que M. de Fourcroy, qui réside toujours à Versailles, peut tout aussi y influer. Il est tout simple au reste que vous ayez avec vous dans votre capitale un officier de votre choix ; je vous avoue que rien ne me flatteroit davantage. D'ailleurs, s'il est jamais question d'expédition, je serois à
portée de vous donner les détails dont vous auriez besoin et d'en raisonner avec vous.
S'il m'arrivoit, en automne ou au commencement de l'hiver, des ordres pour aller à Arras, je ne manquerois pas de passer par Paris où l'on pourrait me dire de m'arrêter, s'il s'agissoit de s'embarquer ; ce qui empêcheroit qu'on ne pût pénétrer l'objet de mon voyage.
Au surplus, mon général, je souhaite avec ardeur qu'on vous mette en main toutes les forces que j'ai proposées. Nous prendrions Québec par son foilile, je puis vous l'assurer, et par conséquent nous aurionsdouble avantage, ce qui rendroit le danger moindre et le succès plus assuré.
Je suis avec un profond respect. Monsieur,
Votre très humble et très obéissant serviteur,
DesandrOuins.
p. s. — Si ce que j'ai l'honneur de vous envoyer sous un contre-seing souftroit des retards, ayez la bonté, M. le marquis, de m'en donner avis, pour que je puisse faire vérifier d'où il viendroit et le prévenir que le paquet ne se j^erdit. C'est pourquoi je n'y joins pas cette lettre.
Mémoire sur les îles de Saint-Pierre et Miquelon et sur les Acadiens qui y ont émigré.
La protection de la pêche relativement au traité de paix ayant été l'unique objet de l'établissement des îles Saint-Pierre et Miquelon, toute l'attention du gouvernement auroit dû tendre à cette fin.
Ces îles n'avoient besoin que d'un commissaire du Eoi pour régler sommairement et provisoirement les difficultés qui peuvent survenir entre les pêcheurs qui y viennent tous les ans des ports de France, et veiller à l'exécution des articles du traité pour les intérêts de la nation. Un capitaine et cinquante hommes aux ordres du commissaire, suffisoient pour la police intérieure ; des forces plus considérables sont de toute inutilité.
Les habitants de l'Acadie attirés sur ces îles par l'attrait de la ration du Eoi, dans laquelle les missionnaires les ont entretenus depuis quinze ans, n'y sont d'aucune utilité. Ils n'ont que le nom de pêcheurs et n'en font point le métier. Ce sont des consommateurs seulement, et les mao-asins du Roi, où ils reçoivent la subsistance, ne sont comparables qu'à ces hospices de charité qui ne sont propres qu'à entretenir la paresse et la fainéantise.
Il ne faudroit d'habitants sur ces îles qu'une vingtaine de familles de pêcheurs, vivants de leur travail et de leur industrie.
La distribution des grèves à divers particuliers a été exécutée avec un abus intolérable. Il n'en falloit accorder à chacun que ce qu'il pouvoit mettre en valeur.
Les armateurs sont opprimés par cette propriété malentendiie. Ou leur tait payer cent cinquante quintaux de morue pour la sécherie, quelque peu de succès qu'ils aient dans la pêche. C'est gêner le commerce pour soutenir uu malheureux dans uu lieu où, indépendamment de cela, le Eoi le nourrit et où son existence est contraire au bien de l'établissement.
Le grand nombre de colons ne peut être qu'à charge siu' des îles sans bois. Leur afïinité, leurs liaisons avec les sauvages et avec les habitants du continent, leur fréquentation habituelle, la coupe des bois de construction sur la grande terre seront tôt ou tard des sujets de querelles et de rixe entre les deux nations ou fourniront des prétextes de rupture.
Tout ouvrage projeté à Miquelon est inutile, si l'on fait la pêche comme partout ailleurs. Nos navires arrivent en avril et mai pour s'en retourner l'automne. Il ne faut pas frapper des corps morts pour amarrer les chaloupes qui ne font la pêche que dans les beaux temps. Le port de Saint-Pierre est plus que suffisant dans cette partie.
Les habitants que l'on a attiré mal à propos sur ces îles seroient mieux avec les familles acadiennes que le Eoi nourrit en France ; ils coûteroient moins qu'à Saint-Pierre et ils suivroient la destination que le gouvernement en fera sans doute un jour pour les employer à quelque chose d'utile. Il est certain qu'ils sont pernicieux à cet étabhssement, qui, n'ayant qu'un but qui est la protection de la pêche, doit éviter surtout ce qui porte l'enseigne du commerce et de l'interlope.
Le projet du gouvernement pour faire trausmigi'er les Acadiens à Cayenne a été contrarié par cette subsistance donnée à Saint-Pierre qui a favorisé la répugnance que tous les cultivateurs ont à s'expatrier. Mais ce projet n'ayant plus lieu, dans quelles vues continueroit-on d'entretenir cette peuplade à grands frais ? Eu cas de mixture, la défensive est nulle, et, si ce pouvoit être dans des vues d'offensive, c'est payer trop cher des secours trop vains, trop éloignés et trop incerrains. Un comptoir à Saint-Pierre est tout ce qu'il faut pour les intérêts de la nation et du commerce.
C'est compromettre les armes que d'entretenir un état militaire dans un tel état de foiblesse, incapable de repousser l'insulte d'un corsaire anglois. Cette nation insolente n'a que trop d'Iiabitude de s'échapper en ce genre.
Une administration purement civile éviteroit cet inconvénient qui n'est pas le moindre entre les couronnes.
Il est évident que le service se feroit plus rondement relativement à l'objet dans le système que je propose et que la dépense du Eoi diminueroit des trois quarts au moins.
Mémoire 'pour servir aux limites des loossession des
François et des Anglois dans V Amérique
septentrionale
Ce mémoire commencera par traiter des limites de l'Acadie et successivement des autres parties, en sui-
vant la hauteur des terres qui paroit être naturelle pour séparer les possessions des couronnes de France et d'Angleterre.
L'Acadie, comme tout le moude le sait, a été cédée par la France à l'Angleterre en 1713, à la paix d'Utrecht.
La France pour lors ne put et ne dut entendre que de céder cette province en particulier en la comprenant dans la péninsule à la baie des Mines, sans y comprendre l'isthme de Beaubassin et de la liaie Verte, ni la côte du détroit de Canceau ou de Fronsac, jusqu'au camp de Fogeri et cap Canceau, et encore moins d'y comprendre les provinces de Gaspésie et des Etchemins, qui est la côte de la baie Françoise. C'est dans cette province que coule la rivière Saint-Jean. On a toujours regardé ses anciennes limites à la rivière Kinibecki qui la séparoit de la province de la Xouvelle- Angleterre, et c'est par usurpation que les Anglois les ont avancées jusqu'à la rivière de Saint-George, où ils ont établis un fort.
Les gouverneurs du Canada s'y sont opposés, et les sauvages de cette partit;, alliés constamment de la France, ont toujours fait la guerre anx Anglois.
(Ce mémoire est incomplet) .
Explication succinte de la figure et de la disposition d'un bateau pour recevoir un canon de fer du calibre de six, ou de ceux de fonte provenant des Anglois, monté sur son affût et placé sur une plate-forme à coulisse établie dans le fond, où cette pièce peut être
•exécutée avec facilité, avec deux pierriers de huit onces ■de balles montées sur chandeliers.
Des proportions du bateau
Ce bateau est de la même longueur et profondeur que ceux qui se construisent actuellement à Québec, et sa plus grande largeur n'excède celle des autres que de six pouces, qui se trouve au tiers de sa longueur.
De son équilibre
Pour que son centre de gravité soit L plus près qu'il est possible de celui du poids du canon qui est placé en avant, pour que cette puissance qui agiroit pour plonger cette partie du bateau soit balancée à l'autre extrémité par un poids beaucoup plus foible, afin que ce bateau puisse être mis en équilibre sans être trop •chargé ; et pour donner à cette légère voiture l'assiette qu'exige sa destination, le poids de devant sera rapproché aussi près de la sole qu'il est praticable, et son mouvement sera dirioé de l'avant en arrière sur la lione qui passe par le centre du bateau, et qui aboutit à cette extrémité.
Du canon, de son affût et de la plate- forme à coulisse
Le canon est monté sur un aft'ùt de marine, auquel on a supprimé les roues de derrière, et l'on a appliqué sous l'entretoise de mire une fausse roue. L'aftut ne portant que sur trois points sera plus stable dans le fond -du bateau qui lui sert de plate-forme ; à quoi l'on ajoute .seulement des longerons pour former des coulisses qui
contiendront les rones sur leurs lignes droites, sans qu'elles puissent se déranger. Celle de derrière cédera facilement au recul, son frottement ne faisant qu'une résistance qui n'est pas capable de trop tourmenter l'affût.
On observera que les longerons ont le douljle de hauteur derrière que devant, pour que l'on puisse ajouter dans la coulisse un madrier en long qui a aussi quatre à cinq pouces d'épaisseur par derrière et allant en diminuant à l'autre extrémité en forme de coin, afin que l'affût, étant sur un talus incliné vers l'avant, ait plus de facilité à retourner en batterie après avoir tiré.
A chaque extrémité dés longerons est un heurtoir de la même grosseur assemblé par entaille réciproque à leur rencontre, et qui sera bien chevillé sur la plateforme et sur les longerons. Pour encore mieux s'assurer que l'affût ne pourra verser d'aucun côté, il sera soutenu par le haut d'un châssis de la forme d'un carré long disposé parallèlement au plan incliné de la plateforme à coulisse dans lequel l'affût est engagée.
Jusqu'au dessous des tourillons, il est pratiqué une feuillure dans les long? côtés du châssis dont l'ouverture va en s'élargissant dans la profondeur du bois pour loger une languette taillée à queue d'aronde attachée à l'affût, régnant le long du flasque qui glissera dans la feuillure sans aucune résistance.
De la coupure faite an decant du bateau
L'espace du bateau depuis l'emlroit où se rencontre l'astragale de la volée du canon jus |u'à l'étrave, qui ne servira qu'à ré(|uilibre, est rasée aussi bas qu'il est
nécessaire pour que la pièce puisse être pointée de niveau sans que le soutHe puisse endommager le devant. Cette partie coupée, en observant une pente de deux pouces du devant au derrière, est recouverte d'un pont incliné en avant pour faciliter l'écoulement des eaux, et l'autre extrémité est surmontée d'une cloison de madriers de la hauteur du plat-bord, pour boucher l'ouverture faite par la coupe verticale, afin que l'eau, lorsqu'elle sera agitée, ne puisse entrer que par le sabord fait à la dite cloison pour passer la volée du canon, qui sera facile à fermer avec une petite porte à coulisse en retirant un peu la pièce en arrière.
Pour suppléer au défaut de la pièce qui est coupée
Pour éviter que cette coupe ne fasse aucun obstacle à la marche du bateau, lorsque la lame y sera contraire, il sera appliqué une pince postiche qu'on mettra et qu'on ôtera avec facilité, en prolongeant le premier bordage avec deux planchettes pliantes qui se termineront à l'étrave eu formant une pointe ou pince au bateau, qui seront tenues par de petites chevilles de fer dont les têtes seront plates pour être attachées aux planchettes, et les autres extrémités entreront dans les trous percés au bord du bateau, et le tout suffisamment arrêté avec des crochets ou tirants à clavette.
Des ]i terrier s
Les deux pierriers sont montés sur chandeliers, de chaque côté du canon, dans les angles formés par les côtés du bateau et la cloison en avant de la pièce, et
oo2 LETTRES ET PIECES MILITAIRES
l'on pouiToit même, si on le jugeoit nécessaire, armer ce bateau d'une plus grande quantité de ces pierriers, qui sont fort légers.
Du bastingage
On ajoute à ce bateau un bastingage pour que les hommes soient à couvert de la mousqueterie et même de la mitraille, des petites pièces, quoique ce bastingage soit fort léger, n'ayant que dix à douze pouces d'épaisseur à l'endroit des branches de fer qui le soutiennent.
Du gouvernail
On fera aussi usage du gouvernail, parce qu'il peut embrasser un assez grand volume d'eau pour gouverner le bateau, et le patron sera aussi à couvert du
bastingage.
Des sabords à rames
L'on a percé des sabords à rames sous la hsse du platbord, afin que les nageurs ne soient pas gênés par le bastinoaç^e.
Du caisson 2>our les poudres Du peu de travail et de
dépense i^our la disposition de ce bateau.
Le caisson pour mettre les munitions des pièces est pratiqué sous une des barres ou bancs, le tout conformément à la distribution figurée dans le dessin * qui la rend plus sensible que tout ce que je pourrois dire, et peut mieux faire juger qu'il n'est guère possible de
* Ce dessin n'est point joint à la pièce.
donner à une pareille voiture une disposition plus avantageuse relativement à une attaque, à une bonne défense et à l'économie, n'étant obligé de faire à un bateau ordinaire que quelques petits changements, qui ne peuvent augmenter le travail et les frais de cette construction que de la journée de quatre ouvriers, et, pour rendre cette voiture moins utile à son usage ordinaire, deux hommes employés pour la remettre dans le même état de celles de transport, en peuvent faire toutes les réparations dans leur journée.
Epreuve qui a été faite Vautomne dernier d'un canon .wr une plateforme établie sur deux bateaux
L'idée de M. Le Mercier, en faisant l'épreuve, l'automne dernier, d'un canon sur une plate-forme établie sur deux bateaux joints ensemble à côté l'un de l'autre à toucher, étoit de chercher k n'employer que de ces voitures pour notre service, dont le transport est facile dans les portages ; d'éviter des peines, des dépenses, et tout l'attirail (ju'auroit demandé une construction plus grande et plus composée. C'est pour répondre à ses vues que j'ai taché de trouver d'autres moyens pour exécuter du canon sur l'eau avec ces sortes de voitures, sans être obligé d'en employer deux pour chaque pièce.
L'avantage que l'on croit retirer de Vusage de ces bateaux pour le service de l'artillerie en n'employant qu'un seul pour chaque canon
Si l'on avoit médité quelque entreprise contre nos voisins, et que l'on voulut l'effectuer avec une armée
d'un équipage de campagne un peu coiisidérable, que le transport dut s'en faire j^ar des rivières et des lacs, qu'il fut nécessaire d'employer une nombreuse artillerie pour couvrir l'armée dont la marche pourroit être retardée par les barques des ennemis, les bateaux dont on propose de faire épreuve serviroient utilement dans cette occasion. Ils borderoient treize rames ; leurs mouvements seroient faciles et prompts pour se rendre aux endroits où leur service les rendroit le plus nécessaire ; ils pourroient s'étendre pour occuper un grand front en avant de ceux de transport dans une action, pour obliger l'ennemi à diviser son feu auquel ces voitures ofi'riroient peu de prix, qui le rendroit plus incertain et de moindre effet. Les coups qui échapperoient à ces bateaux u'incommoderoieut pas non plus ceux de derrière, ceux de nos canons ne pourroient être plus rasants. La pièce étant une fois mise de niveau et le coin de mire fixé, il n'est plus besoin de })ointer les autres coiips. Il n'y a qu'à gouverner droit sur l'objet que l'on veut battre })0ur tirer juste, et la vivacité avec laquelle le service d'une pièce sur ces bateaux se feroit, lui pourroit faire produire l'ett'et de trois autres servis à la manière des vaisseaux.
De rutiliié que Von conçoit de ces hufeaïnr jioiir iniç défensive
Et, si iiu contraire l'enuemi \'ouloit encore tenter de pénétrer sur nos fv(jntièies, et (ju'il se servît de nos rivières et lacs pour les transports, on [leut également faire usage de ces voitures, qui non seulement i)euvent retarder sa marche, mais même riiuoninioder et le trouljler tellement dans sa naN'i^ation à le l'éduire de
mettre à terre. Alors ce seroit aux Canadiens et aux sauvages à le servir.
De leur bonne défense pour une retraite
Si l'on étoit obligé de faire une retraite, les pièces dessus les bateaux ne discontinueroient pas leur feu en faisant toujours du chemin. Le derrière servant alors de devant, l'on démonteroit le gouvernail pour gouverner à l'aviron. Le canon et les pierriers en tirant aideroient à pousser les bateaux, ce qui tiendroit lieu des rameurs employés au service de cette artillerie, et l'on peut aussi faire usage des voiles comme dans les autres voitures.
Pour remédier aux coups- de canon que le I^ateau pourrait recevoir
Si, dans le combat, les bateaux recevoient des coups de canon au dessous du niveau de l'eau, on pourroit y remédier en donnant la pente opposée pour boucher le trou avec une boule de suif apprêtée, y mettre une plaque de plomb que l'on tiendroit toujours prête.
Des amarrages
On fera usage pour les pièces, de })alans, bracques et autres cordaoe selon les besoins.