‹ Collection des meilleurs dissertationsChapitre 11 sur 54 · X« PROPOSITION · texte numérisé non relu

X« PROPOSITION

Hugues Capet reçoit le sceptre des mains de la natron^, qui pouvait alors en disposer.

Par la mort de Càrloman, fils de Louis-le-Bègue, la nation était rentrée dans le droit de se donner un maître. {J^oyez la deuxième proposition.) Elle n'a-r vait point encore rendu la couronne héréditaire dans aucune famille. Eudes, Charles, Rohert, Rodolphe, qu'elle choisit successivement, étaient de trois maisons différentes. Elle avait mis sur le trône Louisd'Outre-mer, son fils et son petit-fils; mais elle les y avait placés par élection. (^Voyez les propositions 3', 4% 5% 6% 7*, 8* et 9'.) D'où il suit, par une indue-? tion nécessaire, qu'à la mort de Louis, fils de Lothaire , elle était la maîtresse de son sceptre. Elle le remit à Hugues -Capet. J'en donne les preuves dans la note (2). Donc ce seigneur est monté sur le trône par une élection légitime; donc il n'a pas usurpé la

(i) Ohît Hbidoincus rexjwenis, gui nihil/ecit, donato regno Hugord dud, gm eodem anno rex factus est à Francis* ( Odorani Chronicum.)

(2) Mortms igitur JjotJiano ac Ludoçico regibus ^ totius Franr ciœ regrd dispositio incubmt Hugoni Parisiensis ducisjiiio, oide-' licet illius magrd Hugonis suprà memorati, cujus etiam frater erat mbilissimus Burgundiœ aux Henricus, qui simul am totius

couronne. Et à qui raurait-il ravie ? A Charles, duc de Lorraine, oncle du dernier roi? mais ce'prince n'avait pas sûrement plus de droit à la souvei'aineté que son frère Lothaire^ qui ne la tint que du choix des seigneurs.

M. Tabhé Velly, dans V Histoire de Fmnce qu'il vient de nous donner, s'est non seulement laisse emporter au préjugé commun de Tusurpation d'Hugues- Capet; il a cru en trouver encore une preuve décisive dans un ancien monument. Ecoutons-le :

a On <iit communément que la couronne fut déa fërée à Hugues-Capet, du consentement général de (( la nation, assemblée à Noyon. Mais si Ton en croit

rtgnl primadbiis cowenienies , prœdictum Hugonern in regem wtgi ftcerunL (Glaber, I. i, c. 2.)

Defimcto Ludonco, Hugo tune dux Franconan inçitus suscepit regnum. (Fragment historique de l'Invention de saint Josse, dans da Chesne, t. 4) P* i44*)

Frand primates, rtUcto Carolo, ad Hugonern, qui ducatum Frandœ strenuè tune gubemahat, magni ilUus Hugonis filium, se conferenUs, Noçiomo ciçiiate soUo sublimant regto, (Chroniifïit de Saint-Bénigne de Dijon, année 987.)

LudoQicus rexfiUus Lotharii régis ohiit, et Hugo cognomento Chapet dux Francorum, rex Francomm effectus est (Chronique de Senones, ann. 986.)

Ludoçicus reXyfiUus Lotharii régis, obiit, et Hugo, cognomi- FÊOtus Clmpet dux Francorum..... Rex Francorum effectus est. (Chronique de Saint-Mëdard de Soissous, ann. 986.)

Armo 987 hudoQicus films Hlotarii obiit. Et ipso anno 5 nonas JuSi, Hugo rex foetus est. (Petite Chronique de Saint-Denis.)

Frand elegenmt Hugonern Capet (Thomas de Loches.)

a une letire déiétrée par du Chesae(l)9^ loin de ré^ « courir à Vautof lié du parlement y il sut dissiper àved u des troupes celui qtii se ieilait alors pour assurer la a succession an duc Charles. Cette lettre , écrite à « Diéderic ou Thierri, ëvêque de Meta, est da tah « meut Gerbett , lors ëcolâtre de Téglise de Reims , (( depuis archevêque de cette même ville y ensuite de (( Bayenne^ enfin pape, sous le nom de Sjrhestre II* « Voici ses propres terme» :

c( Le duc Hugues a assemblé six cents^ hmnmes (c d'armes; et sui? le bruit de son approche, le parle- H ment, qui se tenait dans le palais de Cdmpiègne, (( s'est dissipé dès le onzième de niiai. Tout a pris la (( fuite , et le duc Charles, et le comte Reinchard, et

(( les princes de Vermandois et Tévêque de Laon,

(( Adalbéron , qui a donné son neveu en otage à Bardas ^ pour Texécution de ce que Sigefrid etGodefroy ont « promis (2). ))

(( On remarquera que le duc de France est ici (( nommé Bardas j par allusion à ce qui se passait <( alors à Constantinople , où un seigneur de ce nom (c avait entrepris d'usurper l'empire sur les enfans de c( son bienfaiteur et de son maîtreé

(( Ce ne iut donc pas un parlement de la nation (( qui donna la couronne à Hugues Capet ; ce fut ce (( qui élève ou renverse les trônes , l'heureux concours a de la force et de la prudence. )>

(2) Epist 59, t. 2, GoUect. du Chesne^ p. 8o3.

'• de Yelly assure que Hogaes Capet s^esi emparé du trône par la ferce y parce quk la léte d\uie troupe d*honunes il dissipa une assemblée de seigneurs qui se tenait à Compîègne; cette conséquence ne paraîtra pas juste à ceux qui seront instruits des dates de ces deux évènemens. En 987, Hugues reçut la couronne à lïoyon^ par le vœu unanime de la nation, quoiqu^il ne fax accompagné d^aucune troupe : il dissipa rassemblée de G>mpiègne en 984* M. Yelly a confondu deux éyènemens séparés par un intervalle de trois ans, arrivés dans des lieux divers , accompagnés de circonstances différentes. J*ai dit que Hugues reçut la couronne à Tïoyon en 987 ; cette époque n^est contestée de personne : )*ai ajouté qu^il dissipa rassemblée de Compiègne en 984; on ne peut douter de cette date, puisque la lettre qui rapporte ce &it a été écrite à Diéderic ou Thierri., évêque de Met^ mort le 7 septembre de celte année (i).

Charles , duc de Lorraine , oncle du dernier roi Louis , prétendant que la couronne lui appartenait , fit une guerre fort vive à Hugues Capet (2). Après divers évènemens , Charles tomba entre les mains de son rival , qui Tenvoya à Orléans, où il fut enfermé dans une tour. Les historiens français écrivent que ce prince mourut dans cette prison; mais ceux de la JBasse- Lorraine assurent qu^après y avoir demeuré quelques années, il s^enfuit hors du royaume. Ce der-

(i) Collect, t. 9, p. 276.

(2) Hist de Lorraine, t. i, p. 997, i'^ édit.

hier intiment est appuyé d*un ancien monument. L'an 1666 on trouva, dans une petite crypte de Tëglise dé Saint - Servais de Mastricht , une petite lame de plomb, laquelle, très -vraisemblablement, a été autrefois enterrée avec le corps de celui qu'elle désigne (i)i On lit sur cette lame le nom de Charles^ avec le simple titre de comte. On voit par- là que Charles se désista de ses prétentions à la couronne , se soumit au choix de la nation ; en sorte que le droit de Hugues Capet se trouva encore fortifié par l'acquiescement de celui qui seul pouvait, avec quelque apparence de raison, lui disputer le sceptre.

Je n'ai point cherché à répandre des fleurs dans cette dissertation ; je l'ai envisagée comme un Mémoire dont la clarté, la méthode et la solidité devaient être les seuls ornemens.

III > Il

(i) Propylœum cul acta sanctorum. Mail, p. aig.

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