‹ Collection des meilleurs dissertations: notices et traités particuliers (volume 2)Chapitre 8 sur 35 · ADDITION DE L'ÉDITEUR C. L · texte numérisé non relu

ADDITION DE L'ÉDITEUR C. L

Tnpîneîs, Behourds, Fête de l*£pinette, et aatres Dîvertîssemens chevaleresques de TanGienne boargeoîsîe.

J^ai explique dans un autre lieu(i) ce que c^était que les jeux publics nommes tupineiz, toupineiz ou toupineureSj (jue du Cange avoue ne pas connaître (a). On me saura gré, peut-être, de rappeler ici les pria-

(ji)HisU ait. du pouvoir municipal, des ciles;.s^âes bourgeoisies.-.. XIII* et XIV* siècles.

(3) Dans sa dissertation VI, sur les Tournois , qu'il termine ainsi : « Quelquefois on a défendu les Tournois et les « jonstes.... Le roy Philîppe-le-Bel ayant dessein de faire

«ses enfans chevaliers....... fit une semblable défense, en

« l'an i3i2, par une ordonnance...... laquelle je ne ferai pas

« de difficulté d'insérer entière........ d'autant plus qu'elle

« parle d'une forme de tournois ou de joâtes qu'elle nomme « Tupineiz, qui est un terme qui m'est inconnu , ne l'ayant •« pas encore lu ailleurs , et qui , peut-être , signifie les Ta- « bles Rondes » Suit l'ordonnance.

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cipales circonstances de ces recherche^, où sont résumés quelques faits curieux de Fhistoire de la chevalerie bourgeoise au quatorzième siècle.

La noblesse acquise par les bourgeois dans Texercice des fonctions municipales, comme celle qui s^attachait à la magistrature, se distinguait de la noblesse militaire ou de race par Tëpithète de patricienne; elle en différait aussi dans les avantages qu^elle procurait. La noblesse patricienne, qu'on appela vulgairement en France noblesse de la cloche j s'était fort multipliée en Italie , dans certaines parties de TAllemagne , et surtout dans la Belgique et les Pays-Bas.

Les bourgeois anoblis semblaient jouir de toutes les prérogatives qui avaient été le partage exclusif de Tancienne noblesse; il n'était pas rare de voir des chevaliers bourgeois dans im siècle où ce titre, rendu illustre par les plus beaux faits d'armes , n'était pas même accordé à tous les gentilshommes sans distinction. Il est vrai que la chevalerie bourgeoise s'éloignait plus encore de la chevalerie d'accolade , que la noblesse patricienne de la noblesse militaire ; mais le nom tenait lieu de la chose ; et quoiqu'on le portât ordinairement sans conséquence, on s'honorait fort de le porter.

AValenciennes, où il y avait beaucoup de noblesse patricienne, et dans toutes les villes de l'Artois, les bourgeois s'alliaient avec les nobles, et ils tâchaient ensuite de se faire créer chevaliers , pour s'anoblir eux-mêmes. A Lyon, les Vareys, les Villeneuve , les Fucrs, les Chevrier, les Chapponais, et plusieurs au-

( loi )

très famillesdes plus anciennes de cette ville, unissaient la qualité de chevalier à celle de bourgeois, et se rendaient également propres à Texercice des armes et aux fonctions de la magistrature municipale (i). Ces chevaliers bourgeois étaient fort répandus dans quelques villes d'Allemagne et d'Italie. Cologne, Nuremberg, Augsbourg, Anvers, Amsterdam en conservèrent long-temps. En Languedoc, les bourgeois pouvaient se faire recevoir chevaliers par les barons et les évéques (a).

(i) Le P. Menestrier, Des dioerses espèces de Noblesse ^ et les manières d*enr dresser les prewes, p. 7 et 8.

(a) l)u Tillet, Rec. des Rois de Fr, Les évéques faisaient chevaliers, non seulement les avoués ou gardiens qui tenaient des fiefs de leurs évéchés, mais encore de simples marchands et des gens de bas étage. Alors leur caractère ne les dispensait pas de soutenir des guerres privées, où tous leurs vassaux devaient les servir en armes ; les nobles à cheval, et les bourgeois, ainsi que les gens de pooie, k pied : mais comme ils n'avaient pas toujours assez de vassaux nobles pour en tirer une cavalerie proportionnée au besoin, ils y suppléaient en faisant chevaliers des bourgeois, marchands» hôteliers et autres personnes de cette; condition, qui pouvaient fournir et entretenir des chevaux. ( Menestrier, Des diç* espèces de NoèL, p. laS..)

Hémericourt parle de ces chevaliers bourgeois, marchands de vin, etc. ; et sa famille est un exemple de ce singulier mélange de la noblesse avec la roture. Son grand -père eut sept fils et deux filles. Thomas, Fuu des garçons, fut fait marchand de vin , et Goffin secrétaire de la ville de Liège. Lui-même, né de Gilles, le septième des cnfans mâles,

Rieii n^ëtail plus commun que cette chevalerie dans nos provinces méridionales, où les titres semblent avoir toujours ëté plus recherchés et plus facilement obtenus que dans le nord de la France (i). Un acte de notoriété de 1298 prouve que, dans toute la Provence et dans la sénéchaussée de Beaucaire ^ les bourgeois avaient le drmt de se faire armer chevaliers , sans être oblige d^en obtenir la permission du prince, et de porter les insignes de la chevalerie , dont ils exerçaient aussi les privilèges (s). Les boui^eois de Paris méritaient bien une pareille distinction; aussi ne leur fut-elle point refusée. Ils avaient été des premiers déclarés nobles par un titre commtm. Charles y ,^ en leur conûrmant les droits attribués à la noblesse , tels que le bail ou la garde noble des enfàns , et la faculté d*acquérir des fiefs , les autorisa à faire usage àe freins dorés et des autres ornemens militaires qui étaient propres à la condition de chevalier (3).

épousa la fille d'un drapier ; ce qui ne remp^cha pas de devenir chevalier de Salnt-Jean-de-Jërusalem. Ce neveu d'an marchand de vin, mari d'une marchande de draps, est re« présenté sar son tombeau, armé de toutes pièces, avec Fépée et Pécu de ses armoiries. [Traité de îa Noblesse de liège, par Hémerîcourt; et Menestrier, ubisup. )

(i) Ne serait-ce pas une maladie du climat? On sait qu'en Ëspagiie, il n'est pas Jusqu'aux mendians qui ne se prétendent gentilshommes ; et que les comtes et les marqius italiens ne sont guère moins nombreux que les don de toutes les Espagnes.

( 2) D, Vaîssette, HisU diiLaag>, t« 3, p. 607. (3) Ord. de 1372-

A Liège , on voyait jusqu''à des marchaïKls de vin et de fromage dëcorës de ce titre (i). Presque tous les députés des villes qui se trouvèrent au concile de Constaoace étaient chevaliers (3).

De la chevalerie aux tournois, il n*y avait qu*un pas ; la bourgeoisie eut donc ses joutes et ses tournois. Une nation naturellement amie du plaisir et passionnée pour la gloire , devait en chérir jusqu^à Fimage ; elle ne pouvait résister à Tattrait des divertissemensi et des fêtes. Les bourgjeois copièrent les nobles de race ; le peuple aingea les bourgeois; ses confréries religieuses devinrent des espèces de chevaleries. Il se forma des associations bizarres , dont les statuts et les exercices n'étaient que des parodies plus ou moins libres des institutions de la haute bowgeoisie, comme cellcrci n'offrait j dans ses divertissemens guerriers , que Tombre de ce qui se pratiquait aux cours plénières, dans ces lices renommées où Télite de la noblesse française venait faire assaut de magnificence, de galanterie et de valeur. De là les toupineiz et les behourds de Lyon ; les exercices des arbalétriers de Châlons, de Dijon, et d'autres lieux, qui prenaient aussi le titre de chevaliers ; les joyeuses associations connues sous les noms A^ empire j de principauté j de royauté^ dont le plaisir, la bonne chère et la vanité de la représentation faisaient le principe et la fin. Si les titres étaient plus ambitionnés dans le midi de la France, les provinces du nord avaient

(1) Hémcricourt, de ht Nob, du. pays de IJé§e.

(2) En i4i4'

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plus d'inclination pour les spectacles et les divertissemens publics. Il n*y avait pas de ville en Flandre qui n'eût ses confréries, ses joutes, ses tournois. Le )9mic^ de rEstrillCj digne compatriote du prince de Plaisance j avait établi sa cour àValenciennes; le roi des Ribauds à Cambrai ; le préwt des Etourdis à Bouchain ; le prince d'Amour à Tournai. N'oublions pas le prince de la Plume ^ \e capitaine de joyeuse Entente ^ et la compagnie de la JiUe dame Oiseuse , puisque l'histoire n'a pas dédaigné de s'en occuper (i), Dans les fêtes chevaleresques que dcmnaient ces hauts et puissans seigneurs, on voyait figurer en grande pompe les Comuyaux de Douai, les chevaliers du Plat d^ argent du Quesnoi, les Paupourvus d'Ath, avec leur abbé , et toutes les chevaleries pc^ulaires qui affluaient de cinquante lieues à la ronde (2"). La plus célèbre de ces fêtes était celle de VEpinette^ à laquelle les arbalétriers de Paris voulurent priendre

part en i349«

Quelques années auparavant , le^ habitans de Yalenciennes s'y étaient montrés, précédés par un héraut vêtu de sa cotte d'armes aux armoiries de la ville. Tous les chevaliers avaient aussi des cottes, d'armes armoiriées en broderie; et chacun d'eux s'élait fait suivre de deux arbalétriers et de trois archers de serment. Au milieu de cette troupe, quatre bourgeois,

(i) Henri d'Outreman, Hist de Valenc, a' part., c. 16. (2) Manuscrit de la Cour amoureuse et des mis de VEplnettCf cxt. dans VHisU de VAçad. des beîL-ktL

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velus de rouge, portaient trois cygnes Yifs(i) soutenant la figure d^une ville flanquée de tours avec des banderolles blasonnëes, quUls présentèrent au roi de VEpinette. Les femmes de ces chevaliers plébéiens parurent à leur suite sur des chariots drapés d^écarlate. Ce fut le bourgeois Grebert qui gagna le prix du tournoi, et qui, suivai^trusage;, fut mené en triomphe dans la ville par quatre demoiselles (2). Le chef de cette fête prenait, comme on voit, le titre de wi. Les bourgeois l'élisaient chaque année, le mardi gras, avec deux jouteurs en titre pour Taccompagner. Ce n'était d'abord que danses , jeux et festins ; les exercices militaires étaient réservés pour le carême. Le dimanche des Brandons, le Hoi se rendait en grand cortège au lieu fixé pour le combat. Les champions y joutaient à la lance, et le vainqueur y recevait pour prix tm épervier d'or avec une couronne. Les quatre jours suivans, sa majesté de TEpinette, soutenue par ses deux chevaliers jouteurs et celui qui avait gagné lé prix, était obligée d'entrer en lice et de rompre des lances avec tous ceux qui se présentaient^ Celte fête, malgré les élections du mardi gras, eut assez d'importance pour attirer l'attention et amuser les loisirs des têtes couronnées. Jean , duc de Botu*gogne , l'honora de sa présence en i4t6. Louis XI s'y mon-

(i) AJlasîon au dicton : Valendinnes est le Val-aux-Cygnes.

(a) De la Çheoalene ancienne et moderne, par le P. Menestrier^ p. 167 de notre édition in-8^

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ira^ près de Philippe-le-Bon, en 1464; ^^ parmi les prouesses dont ils furent témoins, on cite des faits d*armes dont se seraient enorgueillis des chevaliers autres que ceux de TEpinette. Il est vrai que les gens du métier s*en mêlaient quelquefois. Ce fut dans un de ces tournois qu*un jeune gentilhomme, fils de Jean, seigneur de Renty, à peine âgé de quinse ans, désarçonna et tua d*un coup de lance un autre gentilhomme français de la suite du Roi, qui était, dit le chroniqueur (i), le champion le plus vigoureux de son temps, et Teffroi des plus hraves : une force prodigieuse et sa taille gigantesque Tavaient fait surnommer le Grand-Diable (s). Le MS. dont Thistoire de r Académie des helles-lettres renferme un extrait, donne les noms des rois de TEpinette de Lille , depuis 1283 jusqu^en i483 ; le nôtre ne finit qu*en l4^-

Les chevaliers de la Table Ronde j si fameux dans le moyen âge , tirent leur origine des anciens tournois. Après Faction des joutes, qui se passait rarement sans effusion de sang, les combattans soupaient à ime même table, qui était de forme ronde, pour prévenir toute dispute sur la préséance (3). Les

(i) Jacqpes Moyen

(a) AUàs, le Grand-PouiaUerk C'est ainsi que ce gentilhomme est qualifié dans un manuscrit que je possède, et dans lequel sont décrits et peints tous les tableaux, les costumes, les devises et les blasons de ces fêtes.

(3) La Colombière, De la Science héraiàique. — DeCaylus, Dissert, sur les anciens Romans; cl duCangc , Dissert ci -dessus.

chevaliers bourgeois avaient aussi leur table-ronde, comme ils avaient leurs carrousels et leurs tournois, fc Quoique ceux de Yalenciennes exerçassent la mar* (( chandise, si n*estoient-ils pas pourtant fourclos des « lices , tournois et autres exercices de la noblesse ( i )• » Les riches bourgeois de cette ville étaient si passionna pour ces fêtes , qu'indépendamment de celles qu^ils donnaient chez eux y ils manquaient rarement de se trouYer aux exercices des autres villes. D^Outreman rapporte qu*en 1 33a, Jacques Gouchez, prévôt de Yalenciennes , et Jean Bernier, se rendirent à la fête de la Table -Ronde qui se célébrait à Paris, avec une suite nombreuse de chevaliers, et que Gouchez y conduisit une bande de trente-six chevaux (a). C'est ce qui a fait dire au P. Menestrier qu'il ne fallait voir, dans les prétendues tables-rondes de cet âge , que les tournois de la bourgeoisie et les autres fêtes militaires qu'acné donnait, comme celles de Tarbalète et, plus tard, de Tarquebuse (3). Ce n'était, en effet, qu'une^imi-

(i) H. d'Ootreman, HîsU de VaknCf 2* part, c. x5.

(a) jB., c i6.

(3) Bans une de ces fêtes de f arquebuse donnée à Ncu- TÎlle, près de Lyon, on compta vingt-une compagnies de chevaliers de Parcpiebose, venues d'autant de villes de Bourgl^e, de Dauphiné et de Savoie ; deux cent - soixante tireurs, et près de six mille hommes sous les armes, qui faisaiont de fréquentes décharges. U y eut feu d'artifice, illuminations, danses pendant trois nuits, table ouverte, fanfares et musique continuelles. Les prix étaient de huit mille cent quatre-vingt livres !

laiion de pratiques nobles plus anciennes. On affeotait de représenter dans ces fêtes, les anciens preux, et d'en prendre les noms , d'après les romanciers qui en avaient invente ou embelli les prouesses. Afi mois de juillet 1334} le même J. Bemier de Valenciennes destina un paon à la compagnie des chevaliers bourgeois qui serait jugée la plus vaillante et la mieux équipée. Ceux de la rue de Saveh représentèrent vingtdeux preux chevaliers d'Alexandre-le-Grand, accompagnant un pareil nombre de demoiselles, tous vêtus d'écarlate fourrée d'hermine : ils. eurent le paon (i). Voilà bien l'image de la Table^Ronde. Mais on ne se borna pas à prendre le masque des Arthus et des Lancelot; la bourgeoisie voulut les faire revivre, et de

(i) Dd la Cheoaleiie artdenne et moderne, par le P* Meneslrier, p. 167 de notre édition in-8^ {Voy., au même liea, la description de la fêle de trente-un rois, donnée paries bourgeois de Toumay, en i33i, et les divértissemens de la principauté de Pinûsance, à Valenciennes, où figuraient le prMt des Coquins, le 710/ des Porteurs au sac, la compagnie de VEstrille, les Tost tournez de Hasnon, tous vêtus de rouge bandé de noir, etc., etc.) Les princes de Plaisance deTonrnay et de Valenciennes soupalent publiquement à PHAtelde- Ville. C'était en ces festins qu^on instituait les chevaleries populaires, dont on distribuait les marques. Le prince de Plaisance de Valenciennes donna une fois à chaque troupe, un cygne d'argent, qui était la devise de la ville ; et, dans une aulre circonstance, un lion d'argent, qui en était le blason. De \k les chevaliers bourgeois du cygne et du lion.

pacifiques marchands s^ërigèrent en chevaliers de la Table-Ronde. Il y avait à Bourges une association de boui^eois qui se qualifiaient ainsi. Elle se composa , dans le principe , de quatre chevaliers , dont le nombre fut ensuite porté à vingt-quatre. Ils s^assemblaient dans relise des Carmes de Bourges et dans celle de Notre-Dame de Salles (i). Leurs faits et gestes ne sont pas venus jusqu^à nous ; on ignore le nom des géans qu'ils ont pourfendus ; mais on sait que le premier de ces preux s'appelait Jean Çucharmois.

Ces chevaleries et les exercices de ceux qui s'y faisaient agréger devinrent, ou ridicules par la vanité des distinctions qu'on y recherchait , ou méprisables par la nature des diverlissemens qui se mêlaient à leurs solenmités. Aux tournois avaient succédé les toupineures oxktupineiZjàdLn& l'ancien langage, sortes de joutes qui étaient fort en vogue à Lyon, et qui ont donné leur nom à la rue de cette ville appelée Tupin. Le chevalier Bayard courut les loupineures ; ce fut là qu'il commença à se faire connaître ; mais c'est peut-être aussi la seule circonstance qu'on puisse citer en faveur de ces jeux chevaleresques, qui dégénéraient en farces et en débauches. On y courait au faquin j au pot cassé j au baril plein d'eau^ au sac mouillé; et ces beaux exploits étaient suivis des réceptions de chevaliers (2). A Châlons , à Dijon et

(1) La Roque, Traité de la Noblesse^ c. 3g.— Mcnesirîer, Iks diverses espèces de Noblesse, p. 7.

(2) Mcncslrier, De la Cheoalerie anc. et moderne, p. i6g.

dans les autres villes de chevalerie arquebusière, les preux de nouvelle race s^exerçaient à la course Je foie, au passe-temps du chat, à la joute de VanguiUcj ou rompaient des lances avec des agneaux et des poulets ( I )• A Dax, citaient des chevaliers armés de toutes pièces qui luttaient contre des pots de terre, et qui faisaient la tortue pour soutenir Teflort de ce foudre grotesque. Uancienne noblesse, confondue avec la nouvelle par le lien des bourgeoisies , prenait part à ces farces, qui Favilissaient bien plus que ces tournois parodiés n'avaient honoré les bourgeois anoblis.

(i) Uoie était attachée par les pieds k une corde suspendae, et la gloire des chevaliers consistait h lui arracher la tête, en courant à toutes jambes. On courait le cJutt, le bras nu jusqu^au coude, et on visait k le frapper du poing fermé; mais il fallait beaucoup d'habitude et d'adresse pour y réussir. Le chat, qui n'était retenu que par les pattes de derrière, ayant la tête et les griffes libres, égratignait on mordait cruellement ceux qui manquaient leur coup. C'était là la partie plaisante du jeu. Uangtdlie, qui se courait sur Peau, était attachée à une corde t'îndue d'un c6té de la rivière k l'autre. Quand on l'avait saisie, on éiait gCHudé et suspendu à une certaine hauteur par ceux qui tiraient la corde; Biais comme l'anguille était frottée d'huile, il était fort diflkile de la retenir; et si elle échappait, on faisait la culbute dans l'eau. U agneau était enfermé dans une cage tournante de bois, garnie de nerfs de bœufs ; celui qui parvenait h en tirer l'agneau, après avoir rompu ces barres mobiles avec une niasse , remportait Je prix. ( Foy. le Traité des Tournois et Carrousels, par le P. Mencstrîer. )

Tel n*ëtait pas le but politique qu^on s^était proposé en £ivorisant le rapprochement de ces deux classes. 11 n^élait jamais entre dans Tintention du monarque de dégrader la noblesse, qui faisait son illustration et sa force. IN^os rois n^avaient tendu qu^à en rabattre Forgueil, et à resserrer sa puissance usurpée dans de justes bornes, ils ne pouvaient soufi&ir que Taffaiblissement de son autorité nuisible entraînât la perte de sa considération propre, parce que la noblesse n^est rien sans les privilèges et la considération qui s'attache à la caste* Uintérét du trône , toujours dominant , était donc alors d'arrêter le mouvement qu'il avait protégé, de séparer les hommes qu'il n'avait voulu que réconcilier, et qui , en se mêlant, avaient fini par s'oublier ou se méconnaître.

C'est dans cette vue que Philippe -le-Bel , par une ordonnance du 5 octobre 1 3 1 4 9 défendit à ses sujets de toutes conditions, sous des peiues très - sévères , d'aller à aucun tournois ni joute en France ni dans les pays voisins (i). Quoique cette défense soit motivée par la nécessité de prévenir « la grant destruction « et mortalité de chevaux j et aucunes fois de per«» (( sonnes, qui par les toumojmens et les joustes sont a avenuz souvent en le roy aulme , » ime ordonnance précédente du même roi ne permet pas de douter que la mortalité des chevaux ne fat ici que le prétexte , et que la véritable raison de la défense n'ait été d'em-

(i) Rec. du Lowre^ t. i , p. 493.

(lia)

pécher la noblesse de prendre part «aux fêtes populaires. Cette ordonnance , celle que rapporte da Gange , et qui en rappelle de plus anciennes sur le même sujet (i), est datëe de i3i2, et adressée au gardien de la ville de Lyon. Elle parut à Tépoque que Philippe IV avait choisie pour faire son fils aîné chevalier ; et le but du monarque était évidemment d'éviter le concours de cette auguste cérémonie avec les farces où elle aurait été parodiée sous le même nom et en présence des mêmes témoins. « Ja pieça par plusieurs (f fois nous eussions fait défendre généralement par « tout nostre royaulme , toutes manières d* armes et <( de toumoiemensj et que nuls sur quanques ils se (cpooient meffaire envers nous^ n^allast à tournoien mens en nostre royaulme ne hors, ou feist ne alalast k tupineiZj ou feist autres faits ou portemens <( d^armes, pource que plusieurs nobles et grans perce sonnes de nostre garde se sont fait faire y et se sont <( accoustumez de eux faire faire chevaliers es dit ce toumoiemens.... et aller à joustes et à toupineiz:.*.» « nous vous mandons et commandons si estroitement *c comme nous poons plus.... que tous ceulx que vous ce saurez de nostre garde qui ont esté puis nostre dite (c défense à tournoiemens, joustes et tupineizj.... que ce ce ait esté en nostre royaulme ou hors, que tous, ce sans delay , les faciez preiuire et mettre en prison

(i) Une ordonnance du 3o septembre i3ii avait défendu les tournois dans un sens plus général ; il n'y est pas question de tupineiz.

« par devers vous , en meUant en nostre main tous H leurs biens , etc.... »

La dëfense d^aller aux lupineiz s^applique principalement aux personnes de nostre garde j dit le monarque.

Il ne s*agit point ici^ comme on pourrait le croire , de gentilshommes ou de gens d'armes composant la garde militaire de Philippe , mais de tous les sujets immédiats, nobles, du roi de France. Lyon n*ëtait pas enccxre réuni à la couronne; et nos rois, qui avaient cette ville dans leur mouvance , y entretenaient des gardiens pour la conservation de leurs anciens droits. Ceulœ de nostre garde signifie donc les sujets du trône, soumis à Tautorité ou à Tinspection des gardiens royaux. C'est ce que de Laurière a omis d'expliquer, en donnant l'ordonnance dont il est question, t. I, p. 5o9 du Recueil du Louvre^ On peut regretter aussi que le savant ëditfeur n'ait pas bien compris le sens de cet acte. L'ordonnance a exclusivement pour objet la défense des joutes, des tupineiz et autres exercices semblables. De Laurière n'avait pas trouvé l'explication des lupineiz dans la psreniière édition de du Cange, qui n'avait rien à en dire, et il confesse qu'il n'en sait pas plus que l'auteur du Glossaire. Cependant, le P. Menestrier, dans son Traité de la chevalerie , qui parut en 1 683 , avait déjà rappelé que les tupineiz se composaient de divarses joutes et courses, parmi lesquelles il signale celles

Aïi Faquin et Au Pot cassé. D'un autre côté on savait, d'après une nple de le Duchat sur les deux Bussars

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