‹ Collection des meilleurs dissertations: notices et traités particuliersChapitre 27 sur 30 · COPIE DU BILLET · texte numérisé non relu

COPIE DU BILLET

IMPRIMÉ A 8ÀINCT-GBaMÀIN-EN-LAYE f

PAR LE CHEVALIER DE LA VALETTE

Pauvre peuple de Paris, que je plains ta simplicité et ton aveuglement ! Dy-moy les sujets de plainte que tu as de l'administration de la Reyne : a-t-on diminué le payement des rentes depuis la régence ? t'a-t-on chargé de nouveaux imposts? Il me semble plustost que tu as eu des décharges de millions à la fois, et des grâces et des soulagemens au-delà de ce que la nécessité de soustenir deux puissantes guerres pouvoit permettre. Cependant , quelle rage te possède de prendre les $rmes contre ton Roy ? un Roy mineur , un Roy innocent ,

408 copia d'un billet

donné de Dieu, un Roy tousjours triomphant de ses ennemis , à qui ta rébellion» si elle duroit, va ravir des mains l'avantage de conclure la paix la plus glorieuse que la France ait faite depuis l'origine de la monarchie. On veut luy ravir le plus beau fleuron de sa couronne; on attaque directement son authorité, qui est ce qui le distingue du reste de ses subjects. Le parlement, emporté par les factieux, veut bastir une puissance nouvelle, et jusqu'à présent inconnue dans ce royaume, sur les ruines de la royauté ; il veut, de l'Estat du monde le plus monarchique, en composer un gouvernement monstrueux de deux cens testes. Et tu n'adhères pas seulement à ce détestable projet, tu le sotistiens au péril de ton repos, au hazard de tes biens, de l'honneur de ta famille, de leur subsistance et de ta propre vie ! Quelle fin peut avoir celte affaire, situ t'opiniastres à la soustenir, qu'un gouffre de misère et de calamitez, que l'horreur des guerres civiles, que l'effusion de beaucoup de sang françois et l'avantage des ennemis de l'Estat? Car, enfin, quelle raison peut donner la souveraine puissance à des gens ordinaires, qui n'ont rien par-dessus les autres que la fortune d'avoir peu acheter des charges bien chèrement? Et crois-tu, quand Dieu ne prendroit pas en main la cause d'un Roy mineur qu'on veut opprimer, quand le Roy n'auroit pas pour te ranger en ton devoir toutes ces braves troupes qui ont mis si bas nostre ennemy auparavant si formidable , crois-tu, dis-je, que le duc d'Orléans, le prince de Gondé, tant de princes et grands du royaume, tout l'ordre ecclésiastique et tant de généreuse noblesse, puissent jamais souffrir la domination illégitime de gens qui leur sont en toutes façons si fort inférieurs ? Ouvre les yeux, pauvre peuple, vois dans quel précipice on t'engage. Ce n'est point contre

SflMÉ DAlfS PARIS. 669

toy que le Souverain est irrité ; il sçait que tu as esté abusé sous l'apparence d'un faux bien; il ne sçauroit te faire du mal qu'il n'en ressente le contre-coup plus vivement que toy ; il n'est donc pas à croire qu'il en ait l'intention si tu ne l'y forces; il veut seulement oster des mains aux factieux du parlement les armes dont ils luy ont fait tant de mal. Faut-il que tu sacrifies tant pour l'intérest d'un petit nombre de séditieux ? Que t'importe que les présidens de Novion et Blanc-Mesnil n'ayent pu avoir la coadjutorerie de l'évesché de Beauvais pour un de leurs proches, et pourquoy t'intéresser à la vengence qu'ils veulent prendre de l'éloignement de leur oncle ? T'imagines-tu que Broussel eust fait si fort son tribun s'il eust peu obtenir pour son fils la compagnie aux gardes qu'il poursuivoit ? Que te soucies-tu si le président Viole n'a pu estre admis en la charge de chancelier .de la Reyne? Et prendrois-tu Goulon pour un grand législateur, luy. qui fait vanité publique d'estre un dissolu en toutes débauches, et qu'on a souvent délibéré de chasser du parlement pour l'infamie de sa vie et pour la prostitution qu'il faisoit luy-mesme de sa famille? T'a-t-on offensé quand on n'a pu satisfaire Givry sur la charge qu'il vouloit d'introducteur des ambassadeurs ? Et crois-tu que les barbes vénérables de Vialar et deBachaumont, et d'autres jeunes fols de cette portée qui se nomment eux-mesmes par raillerie les petits pères du peuple et les tuteurs des Roy s, soient fort propres à réformer l'Estat? Enfin rien ne se meut dans cette grande machine que par des ressorts intéressez. Cependant tu y prestes ton bras comme si elle ne travailloit que pour ton avantage, quoyque ce ne soit qu'à ta destruction. Crois-tu que le party en soit devenu beaucoup plus juste ou plus fort pour y voir quelques pria-

470 copie d'un billet

ces à la teste ? Ils donnent leur assistance pour prolonger tes misères et non pas pour les finir ; ils te sacrifieront pour avoir plus avantageusement leur compte et ne se soucieront pas fort des ostages qu'ils ont donnez. N'as-tu pas l'exemple du prince Thomas» qui reprit toutes les places du Piedmont sur les Espagnols quoyque sa femme et ses enfans fussent entre leur? mains ? Le prince de Gonty est un jeune prince qui a de bonnes intentions» mais que son beau-frère a débauché sous prétexte de luy faire acquérir de la gloire. Le duc de Longueville n'est avec toy que parce qu'on luy a refusé le Havre» après qu'on luy avoit desjà donné Caen et le comté de Jous. Attends-tu des conseils fidèles et de durée d'un homme qui a manqué à son maistre qui luy avoit fait tant de grâces et qui a tourné casaque aussi souvent que l'occasion s'en est offerte ? La rhétorique naturelle du duc d'Elbeuf pourra-t-elle te persuader qu'il prenne autre intérest en cette affaire que d'avoir le gouvernement de Monstreuil, qu'on a refusé avec raison à une personne de sa condition et qui a porté si longtemps l'écharpe rouge ? Le duc de Bouillon veut Sedan, et serois-tu si enragé que de contribuer à don* ner une entrée seure aux ennemis pour ravager la Champagne par leurs courses, et venir jusques à tes portes quand l'envie leur en prendroit? Le coadjuteur veut se venger de ce qu'on a rabattu le vol trop hautain qu'il prenoit, voulant joindre le commandement temporel au spirituel, c'est-à-dire le gouvernement de Paris à l'archiépiscopat Ce sont là les arbou tans qui appuyent ta désobéissance ; le motif de leur mécontentement est parce qu'ils veulent des places. Cependant, si je ne me trompe, il me semble que ce cardinal , qu'ils déchirent et noircissent tant, n'en a aucun, et qu'il s'en est dé-

fendu toujours aussi vivement que les autres les ont recherchées. Je vois qu'il a bien sceu contribuer à accroistre le royaume de places et de provinces entières ; mais il n'a sceu encore donner les mains à prendre aucun établissement pour luy, et il fait voir un exemple de modération à présent inconnu dans cet Estât, qu'un premier ministre» après six ans d'heureuse administra* tion, ne se trouve avoir ny charge de la couronne, ny gouvernement de province, ny place, ny autre bien que quelques abbayes pour soustenir sa dignité. Cependant je remarque que ceux qui sont si emportez contre luy et qui travaillent tant à animer les peuples n'en ont autre sujet que la fermeté qu'il a eue à ne pas conseiller au Roy qu'il se laissast dépouiller de son authorité et de ses places» Je considère aussi qu'il n'a jamais fait mal à personne qu'aux ennemis de la France ; et sans cette douceur qui luy est naturelle, tu ne verrois pas aujourd'huy ny le duc de Beaufort, ny le mareschal de La Hotte à la teste de tes troupes rebelles. Enfin, peuple abusé, dessille tes yeux; ceux qui ont le principal intérest au bien de l'Estat te monstrent assez ce que tu dois faire ; tu ne sçaurois faillir de marcher dans le chemin où tu vois le duc d'Orléans si avant engagé, si constant et si zélé, où tu vois le prince de Gondé le seconder de tout son pouvoir» Il faut bien que les conseils du Cardinal soient bons puisque ces deux personnes-là les approuvent. Crois-tu, quand le Cardinal seroit éloigné, que le duc d'Orléans et le prince de Condé, qui ont exposé si gayement leur vie pour relever l'authorité royale et la gloire de nos armes, voulussent jamais donner les mains à la ruine de l'Estat et recevoir la loy de quatre hommes du parlement qui, pour se rendre les maistres, prétendent de renverser tous les fondemens de la monarchie ?

472 copie d'un billet semé dans paris.

Considère' combien Testât où tu te trouves est différent de cette opulence qui t'a rendue la ville du monde la plus heureuse. Prens garde à ce qu'est devenu ton commerce» que tu es à la veille de crier à la faim , qu'il ny aura plus de rentes payées , que tu vas tomber en une entière désolation, que ta grandeur est ta foiblesse, # que tu es desjà exposé à la mercy et au pillage de la canaille et des vagabonds , qu'on te saignera de tous costez jusqu'à l'agonie 9 que tu entretiendras les deux partis à tes dépens , que les troupes dont tu prétends tirer ta défense te rongeront elles-mesmes jusques aux entrailles; mais considère plus que tout cela que, pour plaire aux factieux du parlement, tu te jettes dans la rébellion, que tu prends les armes contre le Souverain que Dieu t'a donné, et que tu cours risque de perdre son amour et peut-estre pour jamais sa présence , qui a toujours fait la meilleure partie de ton bonheur.

mm^*?*i*

Page 1