‹ Collection des meilleurs dissertations: notices et traités particuliersChapitre 29 sur 30 · U76 SECOND BILLET · texte numérisé non relu

U76 SECOND BILLET

Pauvre peuple» désille tes yeux. Permettras-tu d'estre sacrifié pour des intérests particuliers de nulle considération, et de plus pour des gens qui se moquent de toy dans le temps mesme que tu sers à leurs fins ? Ne sçais-tu pas que ces braves princes, passementez et brodez à tes despens , boivent tous les jours l'un à l'autre à la santé des badauts de Paris ? L'un d'eux disoit, ir y a quelques jours , qu'il falloit prier Dieu qu'ils fussent longtemps dupez ; l'autre , que c'est faire une guerre bien commode d'avoir beaucoup d'argent, coucher dans de bons draps et ne se battre poinct Où sont ces deux cens mil hommes qui doivent partir pour engloutir d'un morceau les troupes qui t'affament ? Pour toutes les taxes qu'on a faites sur toy, dont le Roy auroit pu lever cent mil hommes, qu'as-tu encore que deux mil méchans fantassins et huit cens chevaux de mesme , qui n'osent monstrer le naiz hors la ville sans se recongner aussitost dans tes portes, témoins la belle équipée de Gorbeil ? Si tu ne m'en crois pas pour le nombre , donne-toi la peine de les compter aux reveues , et ne t'estonne pas après cela si tous leurs exploits ne vont qu'à faire cuire quelque pain aux fauxbourgs et l'escorter à la halle , pour persuader aux niais qu'ils l'ont conquis à la pointe de l'espée en rase campagne.

Tes généraux et autres chefs n'ont pas laissé de toucher quatre à cinq cens mil escus ; il est vrai que la pluspart d'en tr 'eux , clinquants comme ils sont, valent bien pour le moins les troupes qu'ils s'estoient chargez de lever.

On contrôle les actions du Roy quand il donne mil escus à des officiers qui vorit répandre leur sang à la campagne. contre les ennemis de l'Estat; c'est un prodigue, un dissipateur ; les finances sont mal administrées

SEMÉ DAMS PARIS. l\ll

quand on donne deux mil escus pour lever une compagnie de chevaux-légers, qui va en des pays éloignez pour le service de sa patrie ; et c'est estre fort modéré, grand économe et bon mesnager des deniers publics , quand on donne icy des cinquante mil francs en pure gratification à des particuliers qui ont pris party contre leur Souverain , quand on paye des quinze mil francs pour lever une compagnie seule ! Tu peux facilement t'éclaircir de ces véritez , et si tu en doutes tant soit peu , la seconde touche qu'on se prépare de donner à ta bourse ne t'en rendra que trop certain , comme la troisième et la quatrième , qui suivront bientost les autres , achèveront de te mettre aux abois , si tu ne prends avant cela quelque résolution généreuse pour rompre les fers de la tyrannie qu'on t'impose. Pourquoy souffrir si longtemps un joug si rude qu'il ne nous soit pas seulement permis de parler? parce que ceux que nous faisions volontairement nos maistres ne trouvent pas bon que nous le puissions faire que comme ils nous sifflent. Ils en veulent au Cardinal ; cependant, qui ne sçaitque, s'il eust voulu satisfaire les chefs du party du parlement que je t'ai nommez , et conseiller qu'on donnast Sedan » le Havre , Montreuil et autres choses de pareille nature , le bien public se fust bien porté? Il n'en seroit pas le perturbateur, il auroit esté le meilleur ministre qui fust jamais , il faudroit le canoniser.

Est-il possible, après cela, que tu sois encore dupe et que tu laisses si longtemps abuser de ta bonté? Vange plustost ton Roy désobéy, maltraité, offensé, attaqué; vange-toy toy-mesme des maux que tu souffres et de ceux où l'on ne se soucie guère de te plonger à l'advenir. Quand tu n'aurois autre chose à craindre que de perdre pour tousjours la présence de ton Roy, ce qui t'est in-

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faillible si tu t'opiniastres en ta rébellion , ne considèrestu point quelle seroit pour toy la grandeur de cette perte, et que cette présence est ce qui t'enrichit et te donne la splendeur et l'opulence par-dessus les autres villes ? Où irois-tu chercher le payement de tant d'argent que la cour te doit? Ne t'apperçois-tu point que , si elle faisoit son séjour en quelqu 'autre ville, tous tes artisans seroient à la faim , et qu'il se dépenserait à Paris moins de douze millions de livres par an qu'on ne fait? Déclare-toy seulement , et tu seras le maistre de ces factieux criminels qui t'ont armé contre ta patrie; tu auras les bénédictions du Ciel» les grâces de ton Roy et l'applaudissement de tous les bons François. Oblige le parlement à sortir de Paris, et tu obligeras ton Roy à y retourner, et avec luy le bonheur, l'abondance, le commerce, la tranquillité, la seureté, et enfin toute sorte d'opulence , de félicité et de contentement.

Le Désintéressé , à Paris.

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