LES PIRATES ENGLAND, TAYLOR ET LABUZE A MADAGASCAR
I" Relation de Ch. Johnson. — Edouard Engiand était un
1. Autre version d'après une note manuscrite d*Eug. de Froberville : Coudent, après le partage du butin fait sur la côte orientale d'Afrique,
s'établit royalement à Sainte-Marie et profita avec quelques autres pirates de la venue d'un navire de Bristol, le Cookcr, commandé par Baker, qui s'était jeté étourdiment entre leurs griffes, pour faire passer à Bourbon, moyennant la promesse d'une forte rémunération, une demande d'amnistie que le Conseil provincial leur a accordée par ordonnance du 2)i novembre 1720, mais à la condition de détruire un de leurs navires qui avait coulé bas dans le port de Sainte-Marie et d'amener leurs deux autres à Bourbon. Ils acceptèrent et, après avoir satisfait aux conditions imposées, ils arrivèrent à Bourbon à la fin de janvier 1721. Là, Coudent épousa la belle-sœur du gouverneur et peu après rentra en France où il s'établit comme négociant à Saint-Malo, à la tête d'un grand commerce. Du reste, par délibération du 10 octobre 1721, le Conseil provincial, sous prétexte do disette de vivres, mais en réalité à cause de leur turbulence et de leur dépravation, décida de renvoyer en France un certain nombre de ces amnistiés. L'exemple de Coudent fut suivi. Le 25 janvier 1724, un de ses lieutenants, John Cleyton, mouilla en rade de Saint-Paul avec une barque charirée de 40 esclaves malgaches et demanda pour lui et ses 8 hommes d'équipage, ainsi que pour d'autres qui étaient encore à Madagascar, le pardon, qui leur fut accordé. On sait par lettres patentes émanées du Conseil provincial, en date du 4 novembre 1724 et scellées du pelit sceau de Sa Majesté, que 23 forbans, la plupart anglais, ayant abandonné de bonne foi la piraterie et s'élant volontairement retirés à Bourbon, y reçurent au nom du Hoi de France pleine et entière amnistie et furent autorisés à s'embarquer sur le lioxjal Philippe, vaisseau de la Compagnie des Indes, en route pour l'Europe.
2. Rochon [Voijaf/fs à Mudagascnr^ à Maroc et aux Indes Orientales, 1801- 1802, p. 1.">2-10S: atlribue aux pirates qui ont fréquenté Madagascar vers 1722 rintroduction de la traite des esclaves dans le nord-est de l'île; or il y avait longtemps que les Européens, notamment les Hollandais de Maurice et du Cap, y venaient en chercher; mais il est exact que, lorsqu'ils furent obligés de renoncer à leurs courses maritimes, ils devinrent les agents les plus actifs du commerce des esclaves à Madagascar, qui y a pris au xvii* siècle une grande extension par suite du développement des colonies.
52 OUVRAGES AXOEXS
d*individus avaient accepté celte offre, quoiqu'ils sussent que le roi et les grands du pays me protégeaient, je fis courir le bruit que j'étais mort de mes blessures, ce qui calma leur fureur. Une dizaine de jours après, étant assez bien remis, je réfléchis à la triste situation dans laquelle je me trouvais, étant dans une île où je n'avais nul espoir de trouver le moyen de regagner mon pays et n'ayant pour ainsi dire pas de vêtements.
« Espérant que mes ennemis n'avaient plus les mômes mauvais sentiments à mon égard, je résolus d'aller à bord du navire pirate et demandai dans ce but un sauf-conduit. Plusieurs des chefs me connaissaient et quelques-uns même des gens du bord avaient navigué avec moi, ce qui me sembla avantageux, parce que, malgré le sauf-conduit, il y en a qui m'eussent coupé en morceaux, si je n'eusse eu pour me protéger leur capitaine Edouard England et quelques autres de leurs compagnons. Comme ils parlaient de mettre le feu à l'un de leurs navires, le Fancy, de 300 tonneaux, que nous avions grandement endommagé et qui ne pouvait plus leur être d'aucune utilité, et de le remplacer par la Cassandra, jo fus assez habile pour obtenir qu'ils me fissent cadeau de ce Faury qui était de construction hollandaise et avait à bord 129 balles d'étofle de la Compagnie; ils ne voulurent pas toutefois me rendre un seul de mes vêtements.
« Ils mirent à la voile le 3 septembre, et moi, ayant établi une mûlure de fortune, j'en fis autant le 8, emmenant quarante-trois hommes de mon équipage, au nombre desquels il y avait deux passagers et douze soldats, et n'ayant en tout que cinq barriques d'eau. Après une longue traversée de quarante-huit jours, je suis arrivé ici [l\ Bombay^ à peu près nu et mourant de faim et de soif, notre ration journalière d'eau n'ayant guère dépassé un demilitre, après avoir presque désespéré do jamais revoir la terre
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Français, qui avaient déjà une forteresse dans Tile voisine de Mascarine [île Bourbon], s'y sont établis en 1722. Les navires français, en allant aux Indes ou en en revenant, y touchent pour y faire de Teau, du bois et des vivres, comme font les Anglais à Sainte-Hélène et les Hollandais au Cap de Bonne- Espérance. England et ses compagnons y construisirent une petite embarcation à Taide d'épaves de sapin et de douves et s'en allèrent à Madagascar, où ils vivent de la charité que leur font quelques pirates plus fortunés qu'eux.
Les autres pirates, sous la conduite de Taylor, firent voile pour la côte de l'Inde où ils se livrèrent à leurs courses habituelles; ils célébrèrent pendant trois jours la fètc de Noël 1720 d'une façon si folle et si inconsidérée qu'ils épuisèrent sottement leurs provisions et que, lorsqu'ils se décidèrent à retourner à Maurice, ils n'avaient plus par jour et par homme qu'une bouteille d'eau et, par dix hommes, deux livres de bœuf et une poignée de riz. Ils y arrivèrent vers le milieu de février 1721 et, après y avoir doublé et ré()aré la Viclonj, ils en partirent le 5 avril, laissant sur l'un des murs, dans le cas où l'on viendrait leur rendre visite, cette terrible inscrii)tion : Lcfl this place the 5^^ of April lo go lo Madagascar for Limes.
Ils n'allèrent pas cependant de suite à Madagascar; ils touchèrent d'abord, le 8, à Tîle Mascareigne [île Bourbon], où ils eurent la chance de trouver mouillé sur la rade un grand vaisseau portugais, qui avait perdu tous ses mâts et dont la plupart des canons avaient été jetés par-dessus bord pendant un cyclone qui l'avait surpris par 13" de latitude. Ce vaisseau, tout
1. Les Hollandais ont défmitivement abandonné Maurice on 1710. La France en a pris possession en 1712, mais ce n*est qu'en 1734, sous le gonvernement de Mahé de la Bourdonnais, que cette colonie commença à prendre du développement.
resta plus alors assez d^hommes pour armer les deux liavires; aussi mirent-ils le feu à la Viclory [rancien navire d'Ëngland], qui faisait eau de toutes parts, et ils s'embarquèrent à bord de la Cassandra sous le commandement de Taylor qui projetait, soit d*aller vendre ses diamants à ses amis les Hollandais, soit d'aller faire une croisière dans les mers de Chine ou dans la mer Rouge, où il n'avait pas à craindre de rencontrer de navires de guerre.
En juin 1721, le commodore de l'escadre anglaise, Matthews, trouva au Cap de Bonne-Espérance une lettre du gouverneur de Hadras le prévenant que, au moment même où il l'écrivait, les pirates étaient en force dans l'Océan Indien qu'ils écumaient avec onze navires et quinze cents hommes, mais qu'ils se disposaient à se disperser, les uns projetant d'aller au Brésil ou en Guinée, les autres allant s'établir et se fortifier à Madagascar, à Maurice, à Anjouan ou à Mohély, notamment Conden [Coudent] et ses compagnons qui, après avoir pris avec le Dragon un grand vaisseau arabe de Djeddah portant la somme de treize lacks de roupies [soit environ 3 300 000 francs], étaient allés vivre à Madagascar où, après avoir partagé leur énorme butin, ils avaient mis le feu à leur prise.
Ayant ces renseignements, le commodore Matthews fit de suite voile pour ces îles dans l'espérance de surprendre les pirates. A l'île Sainte-Marie [en avril 1722], il demanda à England de le piloter et de le renseigner sur la Cassandra et sur ses anciens compagnons, lui faisant les plus belles promesses, mais celui-ci était prudent et ne jugea pas bon de se rendre ainsi à discrétion*, de sorte que les navires de guerre,
1. Un mois après [en mai ou juin 1722], England mourut, regrettant les erreurs de sa vie passée et exhortant ses compagnons à quitter leur triste carrière (Cl. Downing, A Compendious History of the îndian Wars,
de quantités de choses nécessaires à la vie, ils n'ont ni vin, ni eau-de-vie, ni souliers, ni chapeaux, et ils ont besoin de beaucoup d'autres choses. Ils promettent de payer largement ce qu'on leur apporterait, et c'est certain, car ils n'ont pas plus de conscience à dépenser leur argent qu'ils n'en ont à le gagner.
L'île de Sainte-Marie, qui est située par la latitude méridionale de 16° et quelques minutes dans l'Est de Madagascar, à la distance d'une lieue environ, a sur sa côte ouest un petit port, capable de contenir bien à l'abri quatre ou cinq grands vaisseaux, qui a été de tout temps la retraite la plus assurée et la plus fréquentée des forbans. Ceux qui enlevèrent en 1721 dans les rades de l'ile Bourbon un gros vaisseau portugais qui y avait relâché après avoir été démâté et dans lequel étaient M. le Comte de Riceira [d'Ericeira], qui venait de la vice-royauté de Goa, et l'archevêque de cette ville qui retournait à Lisbonne, y enlevèrent encore dans le même jour un navire ostendais de 30 pièces de canon revenant des Indes bien chaîné. Ces misérables forbans ont mené leur capture à ce port de l'île de Sainte-Marie et y sont restés environ dix mois à raccommoder le gros vaisseau portugais; les travaux qu'ils furent obligés de faire pendant leur séjour en ce lieu et les vivres qu'ils durent acheter leur causèrent une grosse dépense, ayant payé tout ce dont ils avaient besoin en argent et en diamants vingt fois plus cher que la valeur. Lorsqu'ils y arrivèrent, ils y firent tous chacun une case à terre pour se loger en particulier et, sur toutes ces cases, ils arborèrent une banderolle de soie de couleur et en outre leur marque particulière pour les connaître. Ils prirent tous chacun une négresse [malgache] pour leur servir de femme et y menèrent pendant le long séjour qu'ils y firent uhe vie de bandits et de scélérats ; plusieurs de ces espèces de
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inutilement de repasser par la pointe Nord de Madaj^ascar pour relourner à Tîle de Sainte-Marie, mais les courants et les vents contraires les en ayant toujours empêchés, chagrins de ne pouvoir exécuter leur dessein, la discorde se mit entre eux tout à fait. Ils firent exprès échouer le gros vaisseau à la côte dans un endroit nullement fréquenté, en retirèrent ce qu'ils purent et firent partage de leur butin. Ensuite, la plupart de ces malheureux passèrent sur le second vaisseau et se remirent en mer sous le commandement du capitaine Telert [Taylor]; le capitaine Labuse ayant été déposé, ils firent route pour la côte de Safolla [Sofala]. Les autres, en plus petit nombre, presque tous Anglais et peu de Français, se trouvant assez riches, surtout en diamants, résolurent de quitter leur société et de ne plus courir les hasards qu'un aussi infâme métier traîne partout avec soi, et ils restèrent dans cet endroit sous la protection du roi de cette contrée pour y espérer [attendre] des amnisties de la part de notre roi Sa Majesté très chrétienne sur la parole que l'auteur [Robert] leur avait donné d'en apporter [)ar toute l'île, mais, par la suite, ces forbans accoutumés au libertinage, sans considération des bontés que les Insulaires avaient pour eux, eurent l'effronterie de vouloir prendre par force leurs femmes et de maltraiter celles qui ne voulaient pus consentir à leur infâme inclination; le roi de cette province, piqué d'un si mauvais procédé, sur les plaintes qui lui en furent faites par ses sujets, en fit égorger par punition le nombre de quarante, tous Anglais, sans avoir fait aucun mal aux Français (»arce que ces derniers étaient dans un autre canton séparé, où ils vivaient peut-être plus sagement que les Anglais *. Tous les elTels de ceux
1. a Le capitaine du Compfon, qui vient d'arriver de Bombay, rapporte que les forbans établis à Madagascar ont si cruellement maltraité les indigènes que ces derniers se sont soulevés et en ont fait un vrai car-
CONCERNANT MADAGASCAH 'î>
liberté de manger ce qui lui plaît. Le quartier-maître, qui est charge de la direction intérieure, traite tout le monde de la môme manière; les matelots et les mousses mangent les uns comme les autres, et le capitaine et les officiers ne sont pas mieux traités que les simples marins; le capitaine n*a môme pas une cabine à lui, car il n'y a pas de cloisons et chacun circule librement dans tout le navire, couchant et mangeant où il se trouve et où il veut.
Le Prospérons était en route pour la Jamaïque et était commandé par un certain James qui, ainsi que la plupart de ceux qui refusèrent de rester avec les pirates, fut transporté sur les deux autres navires qu'on laissa repartir. Il y avait à son bord un nombre considérable de balles d'étoffes des Indes Orientales, qu'on monta sur le pont et dont le quartier-maître distribua le contenu entre les pirates.
Peu après, ils arrivèrent en vue de la cùte de Guinée où ils empêchèrent tous les navires de commerce de s'approcher de Gambo j^Je Fembouchure de la Gambie] et des autres ports de la côte. Ils y rencontrèrent VOns/oïc avec lequel ils eurent un lonpr combat; avant réussi à monter à Tabordaire, ils v firent un terrible carnage, forçant les survivants à demander quartier, ce qui du reste n'améliora pas leur situation. Ils y mirent comme capitaine un des leurs, un nommé England, qui avait été second sur plusieurs navires.
Plantain et ses compajrnons accroissaient ainsi leurs richesses de jour en jour; peu de temps a[)rès la capture de VOnsloic\ ils s'emparèrent d'un navire contrebandier hollandais avec liMjuel ils eurent à soutenir un rude combat et qui leur eut échappé, si le sloop n'était venu à leur secours et n'eut jeté à son boni un grand nombre d'hommes qui purent s'en rendre maîtres. Ayant constaté que ce navire était de tout point excellent, ils le con-
à-(lire à Tenlrée de la mer Rouge, où il captura un navire arabe qui venait de Tlnde avec une riche cargaison. Gagnant alors en toute hâte Madagascar, il aborda à Tîle de Sainte- Marie, où, depuis nombre d'années, personne de leur « confrérie » n'avait paru et dont le roi les reçut à bras ouverts.
Cette île est toute proche de Madagascar et est le lieu de relâche ordinaire des pirates. Ils y massacrèrent sans pitié les pauvres Arabes qu'ils avaient pris avec le navire que nous avons mentionné plus haut et ils abusèrent de leurs femmes d'une façon ignoble; quelques-unes d'entre elles étaient des femmes de distinction dont les pères occupaient de grandes charges à la cour du Grand-Mogol. On dit même que le capitaine England en garda une ou deux pour son usage personnel.
Les pirates prirent leurs quartiers d'hiver en ce lieu. Ils commencèrent par mettre en vente la cargaison du navire arabe, cédant à vil prix tout ce que les indigènes voulurent bien acheter et jetant en tas sur la plage, à la merci de la pluie et du vent, une partie de ce qui restait. Quant au navire lui-même, trouvant qu'il ne répondait pas à leurs besoins, ils le traînèrent auprès du rivage et le coulèrent avec la partie de la cargaison qui était restée à bord, parce que les indigènes, qui ignoraient la valeur et l'usage de ces riches marchandises, ne voulurent pas les emporter. Toutefois avant de le couler, ils s'en servirent comme d'un ponton pour abattre en carène leurs autres navires, la Fancii et le Snoiv, qu'ils appelaient Expédifion\ et les nettoyer : ceci se passa en l'an 1719.
Après s'être ravitaillés, les pirates partirent pour Johanna [Anjouan], où ils trouvèrent la Cassandra, capitaine Mackray, et le Greenwich, capitaine Kirby. Le capitaine Mackray soutint
i. Plus liiiut, il est (lit que c'est un brigantin qui perlait le nom iVUnity qui a été appelé par eux Exitcdition,
COXCEHNANT MADAGASCAR «'
et de leur infliger le jour où ils tomberaient entre ses mains la mort la plus cruelle possible.
Quelques-uns des Européens, <iui étaient dispersés dans File, ayant eu vent de cette guerre, formèrent le projet de s'emparer du château fort de Plantain, mais ils y renoncèrent [Kirce que la place, qui était située sur le bord d'une rivière, était iléfendue par des canons.
Le jour où le Salisbury arriva en rade de Tile de Sainte-Mario, j'ai remarqué plusieurs centaines de pirogues qui quittaient celte île et se dirigeaient vers Ranter-Bay [Rantabé;; nous ne pûmes savoir qui était à leur bord. Les uns ont supposé qu'elles étaient pleines d'Européens, mais, d'après les renseiirneinoiils que nous donnèrent les Hollandais et les Anglais (jui étaient restés dans l'île, le nombre d'hommes qui élaient à leur bord dépassait de beaucoup celui des blancs existant dans ces parages; il est plus vraisemblable qu'elles emportaient, de peur que nous nous en emparions, les trésors qu'y avaient cachés Plantain, Adair et le Danois, qui se trouvaient précisément à ce moment dans Tile «le Sainte-Marie qu'ils fré(|uentaient pour leur plaisir, car elle n'est qu'à dix ou douze milles [12 milles' de Ranter-Bay [Rantabé].
La nuit que nous avons passée sur la rade de l'île de Sainte- Marie, nous avons fait bonne garde et avons tenu nos gens sur le pont, faisant à chacjue instant dos appels dans la crainte que les indigènes conduits par les pirates ne tentassent de nous surprendre. Mais notre présence les avait mis dans de plus grandes appréhensions que nous ne le pensions, comme nous l'avons appris plus tard.
A la baie de Saint- Augustin, un certain Thomas Lloyd ' , ancien
i. Ce Thomas I.loyd vivait auparavant dans les « Minorios >» [Petites Antilles';.
CONCERNANT MADAGASCAR 8l>
prêter ce serment sacré de fldélité à tous ses alliés, même au roi Kellv.
Les guerres entre Plantain et ces petits principes durèrent prè s de deux ans, jusqu^à ce que Plantain, ayant eu le dessus, mit plusieurs de ses ennemis à mort de la manière la plus barbare. Le roi Kelly, qui était audacieux et plein de courage, lui ayant échappé encore, s'enfuit à Port Dauphin [Fort Dauphin] dont le roi était son frère; mais Plantain envoya à celui-ci un messajre lui défendant d'accorder Thospitalité à Kelly et le menaçant, s*il passait outre à son ordre, de détruire ses villes, comme il Tavaitfaità Massaleage [Boinaj et k Mannagore [ManingoryJ . Le roi de Fort Dauphin releva hardiment le défi et lui fit dire qu'il prenait fait et cause pour son frère.
Plantain, s'élant emparé du roi Dick et de tout ce qu'il possédait et ayant constaté que la dame, cause première de toutes ces guerres, était enceinte des œuvres d'un des Anglais qu'il avait tués, entra dans une fureur telle qu'il fit périr ce roi par le même supplice qu'avaient subi les Anglais et les Hollandais. Il décida ensuite de marcher sur Port Dauphin [Fort Dauphin autant pour renouveler ses provisions que pour se venger de Kelly qui, avec l'aide du Danois, y avait caché, dans un bois peu fréquenté, une masse de bijoux et d'arfjenl, ce dont Plantain avait été informé par un de leurs amis qui était dans le secret et qui, ayant déserté, était venu chez Plantain.
Après avoir mis à mort le roi Dick ainsi que les Hollandais et les Anglais qui avaient combattu contre lui. Plantain alla à Massaleage [Boina], où il s'empara du trésor du roi Dick; il y trouva aussi un grand stock des céréales que produit l'île. Il fit tout emballer et donna l'ordre de porter le tout à Ranter-Bay
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tait ses prières, ce qui faisait dire à Plantain qu'il avait maintenant une femme pieuse; il prenait néanmoins en bonne part ce qu'elle disait. Il la para des plus riches joyaux et des plus beaux diamants qu*il possédait et attacha à sa personne vingt esclaves. M. Christopher Lisle a cherché à obtenir les faveurs de cette femme, tentative qui lui coûta la vie; car Plantain, le prenant sur le fait, le tua net d'un coup de pistolet.
Ce Lisle était le quatrième lieutenant du capitaine Benson, qui commandait le Dawson, navire des Indes Orientales. Au laiçe de Mount Dilley, il avait eu une grave querelle avec son capitaine qui l'avait fait mettre aux fers sous l'accusation de mutinerie complotée avec un sous-lieutenant des Gardes qui était embarqué pour Bombay; c'est moi qui fus chargé de l'enquête. Le capitaine Cokburn, que je mis au courant des allégations du capitaine Benson contre ces deux ofliciers, me chargea de les amener à notre bord, et le commodore, saisi de l'aflaire, ordonna que M. Christopher Lisle fut employé sur le gaillard d'arrière à bord du Salishurj/, le navire auquel j'appartenais, pour y remplir les fonctions d'aspirant, mais il déserta lorsque nous fûmes arrivés à Charnock Point [la Pointe à Larrée].
Dès qu'il fut à notre bord, le ca[)itaine Cockburn, tenant compte de la situation qu'il avait auparavant, lui accorda sur sa demande de manger à ma table, ce à quoi je consentis; mais je ne tardai pas à m'aperccvoir qu'il était non seulement fort irascible, mais méchant et paresseux. Il [)rétendait être le neveu du capitaine Lisle de Stepney, le commandant du navire de guerre \e Berwic/x. Je lui ai fourni divers objets pour lesquels il m'a signé un billet de JL 3.10.00, car, tout officier qu'il était, il avait brocanté presque tous ses effets à bord du Dairson et était dans le plus complet «lénûment. Son capitaine l'accusait
de sa mère, mais il se rappelait que sa nourrice était une Malgache, noire, qu^il avait, pendant de nombreuses années, prise pour sa mère, jusqu^à ce qu'on lui eût dit que sa vraie mère était morte, lorsqu'il était encore en bas âge.
Quand Plantain était dans son château, il passait le temps joyeusement, en fêtes et en banquets auxquels prenaient part les Anglais qui s'étaient mis sous sa protection. On y chantait des chants composés pour célébrer ses victoires, chants dont la plupart des vers se terminaient par les mots : « Plantain est le roi de Ranter-Bay [Rantabé]! », ce qui semblait lui faire un immense plaisir, et des bandes d'indigènes exécutaient des danses de caractère.
A la place du roi Dick et du roi Kelly qu'il avait anéantis, il installa deux de ses créatures auxquelles il remit le soin <le rebâtir et de réparer ce qu'il avait détruit. Les deux nouveaux rois étaient ses tributaires, et, tous les mois, lui envoyaient une certaine quantité des diverses espèces de bétail (lu'on élevait dans ces régions, ainsi que toutes sortes de grains, des cannes a sucre, etc.
Lorsque nous étions à Mannagore [Maningory;, nous avons eu l'occasion d'assister aux jeux des femm<^s malgaches, (|ni venaient à la côte offrir leurs faveurs et services à tous ceux <iui étaient disposés à les accepter. Le soir, elles s'assemblaient au nombre d'une centaine et plus et formaient un carré au milieu duquel chacune venait à son tour chantier et danser à la manière du pays. Au milieu de cette foule de femmes, il n'y avait jamais plus de deux ou trois hommes dansant avec ellfs et faisant de la musique.
Il n'existe à Madagascar aucune espèce de bute fauve qui soit dangereuse, et les voyageurs y sont en |)leine sécurité.
Revenons à Sa Majesté le roi des Pirates. Parti pour Port
plièrent instamment leur roi de faire la paix et de livrer Kelly. Le roi refusa et se mit en mesure de se défendre le mieux qu'il put. Plantain mit le siège devant la ville; il avait amené de la baie de Saint-Augustin deux pièces de canon qu*il avait trouvées abandonnées sur la plage et qu^il avait fait monter sur des afTûts, que traînèrent plusieurs paires de bœufs. Avec ces canons, il dirigea sur la garnison de Port Dauphin un feu continu, de sorte que les assiégés perdirent rapidement courage et, dix jours après le premier coup de canon, se rendirent à merci. Plantain traita les habitants avec la plus grande cruauté. Ce n'est qu'au bout d*une semaine qu'il réussit à découvrir le roi et son frère Kelly; il les fit mettre à mort peu après d'une manière barbare.
Ayant enfin conquis Port Dauphin [Fort Dauphin], il y installa le prince William comme vice-roi, et il octroya d'autres districts aux petits princes qui l'avaient aidé dans ses guerres et qui devinrent ses tributaires. Il fut dès lors roi absolu de toute l'île [!], et les habitants, ses sujets, lui apportaient avec la plus grande déférence toutes sortes de provisions.
Quand je vins à Madagascar avec le Salisburyy les indigènes semblaient lui être très soumis; je pense toutefois que nous aurions pu, si nous l'avions voulu, nous emparer de lui et l'emmener, ce qui eût coupé court à tous les méfaits qu'il a commis
par la suite.
De retour à son château, Plantain organisa plusieurs fêtes raagnili(iues, auxquelles il invita tous les Hollandais, tous les Français et tous les Anglais présents dans l'île. Parmi ces derniers, se trouvait le capitaine England, qui était déjà très souffrant et qui mourut, du reste, le mois suivant. Sa mort fut due, dit-on, aux remords que lui causait sa vie si longtemps criminelle et au souvenir des mauvaises actions et des
CONCERNANT MADAGASCAU 105
peine ua navire est-il mouillé qu'un ou deux indigènes viennent
à bord voir d'où il vient et à quelle nationalité il appartient.
Trois ou quatre marins descendent ensuite à terre avec eux,
portant les cadeaux destinés au roi, auprès duquel ils se rendent
pour lui demander au nom de tout Téquipage la permission de
débarquer et d'acheter des vivres dans son pays; sans cette
permission, nul ne peut mettre le pied môme sur le rivage et
aucun indigène n'a le droit de s'approcher des étrangers ni de
rien leur vendre. Le roi, après avoir accordé la permission
demandée, envoie son général en chef avec une troupe d'hommes
porter un cadeau de vivres aux gens du navire qui descendent
alors à (erre par groupes, dressent des tentes, et chacun prend
femme; c'est une vraie kermesse où chacun mène joyeuse vie.
Personne, néanmoins, ne doit agir hrutalement à l'égard des
indigènes, sinon le général fait appréhender et conduire à bord
les coupables.
Le troisième jour après notre arrivée, le roi vint à Ka côte avec 2 000 hommes armés, et fit c()m[)araîlre devant lui le capitaine, ses gens et les prisonniers holhuKhiis (pii étaient au nombre de vingt-deux. Nous y alhlines tous, et chacun, ayant mis un genou en terre, baisa le bout de ses deux premiers doigts noirs, en disant Sallnnianke [^Salamanr/a], jtcrr! Le roi demanda alors qui nous étions et où on nous avait pris; les pirates lui dirent la vérité. Il s'informa de ce <iue nous désirions; nous le priâmes de nous penneltre de nous établir sur le rivage afin d'y construire un bateau sur lequel nous pussions regagner notre pays et de nous accorder sîi protection « paternelle » (c'est le terme dont il faut se servir en lui parlant), afin que, pendant notre séjour, nous puissions nous procurer des provisions, du sel, des ustensiles, etc. Il promit de nous donner satisfaction à condition que nous vivions en paix et ne fassions
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avant deux ans et qu'il poursuivrait Taylor jusqu'au bout dli monde*. C'est en effet ce qui arriva. Quand le capitaine <le la Cassandra fut de retour en Angleterre, la Compagnie obtint du Roi une escadre, composée d'un vaisseau de guerre de 00 canons et de trois autres de 50, destinés à donner la cbasse aux pirates sur toutes les côtes de l'Océan Indien et à détruire sans pitié celle vermine.
€ Nous eûmes la chance de leur échapper, continuait Taylor. Nous arrivâmes à Madagascar, dans la rivière Mada [baie d*Assada? (Ampasindava)], deux jours après le départ de l'escadre qui nous cherchait, ce que nous sûmes d'un matelot anglais qui avait déserté et qui nous montra l'endroit où elle avait réparé ses bâtiments. Si nous avions eu le malheur de la rencontrer, nous nous serions défendus à outrances puis nous aurions jeté nos grapins sur un des vaisseaux ennemis cl, de ma propre main, j'aurais mis le feu aux poudres, faisant sauter à la fois les deux vaisseaux, certain ainsi de n'être pas pondu comme pirate et de ne pas voir mon nom cloué à la potence. »
Taylor prit le commandement de la Cassinidm et donna son vaisseau à La Bouze; après avoir déposé h terre le capitaine anglais avec son équipage, ils mirent h la voile...
En passant au nord de l'île Mascarin [Bourbon], ils aperçurent un gros vaisseau démAté; s'en étant a[)procliés, ils constatèrent que c'était un bâtiment porlug^ais armé (bî 70 canons, monté par près de 300 hommes d'équipage. Plus ils avanc^aient et plus grande devint leur envie do loiitor do s'en emparer. On tint conseil et on résolut do l'attaquer; c'est Taylor qui ouvrit
i. Tout ce récit, où est travesti ce qui s'est en Kîiilité passe'* à Anjoiian, prouve que cet homme cynique faisait aussi peu de ras de la vérité que des autres vertus et (lu'ii avait la prt^'tention de jiasser pour un homme courtois et gén»''reux. Il s'attribue le mérite qui appartient à England seul.
de Galderland et qui avait été vendu au roi de Portugal; le capitaine Elk continua à commander la hourque.
Lorsque tous les bâtiments furent remis en état de tenir la mer, ils mirent à la voile, après avoir tiré une salve de coups de canon, et ils se dirigèrent vers les côtes de l'Arabie et le golfe Persique.
Pendant qu'ils étaient encore à Madagascar, il s'éleva entre eux une querelle des plus violentes; je me trouvais alors à bord et la scène se passa devant moi. Les deux capitaines et un maître pilote qui avait été destitué étaient dans la cabine de La Douze pour se faire leurs adieux; ils se disputèrent en buvant et y mirent une telle animosité que La Bouze en arriva à provoquer Taylor et à liii proposer un combat entre leurs vaisseaux. Celui-ci, qui se mettait facilement en colère, lui dit que sa proposition était absurde et honteuse et il lui demanda si, par hasard, il la faisait par rancune de ce qu'il l'avait jadis condamné, lui et ses complices, à faire le service de matelots pour le punir d'avoir voulu se sauver furtivement. « C'est moi, dit-il, qui vous ai puni; ce n'est donc pas à mon équipage de payer pour moi. Est-ce parce que votre vaisseau est maintenant plus gros que le mien et que vous pensez m'écraser? Vous n'êtes qu'un lùche qui n'osez pas vous fier à votre courage personnel. » A mesure qu'il parlait, la fureur l'aveuglait de plus en plus et il interpella, avec ses assaisonnements ordinaires de jurons et de blasphèmes, trois ou quatre personnes qui écoutaient sans prendre part à Taltercation : « Si vous êtes comme lui, me voici prêt, avancez et je vous donnerai satisfaction au pistolet ou au sabre, comme il vous plaira î » Personne ne souffla mot, car on le connaissait assez pour ne pas oser se hasarder à un combat singulier avec lui.
Se levant alors, hors de lui, il sortit de la cabine et se rendit
chef digne de ce nom doit faire preuve de virilité et maintenir son autorité au péril même de sa vie, et il doit plutôt être généreux envers ses subordonnés pour gagner leur affeclion que faire montre de sa supériorité aux yeux de tous et les dépouiller par des manœuvres frauduleuses. Celui qui <létient l'autorité doit certainement se faire craindre, mais il doit aussi chercher à se faire aimer.
A tous ces malheurs s'ajoutait la pénurie de vivres; notre nourriture était maigre, le peu de provisions que nous avions était épuisé et, faute d'une alimentation suffisante, nos gens 8*afTaiblissaient de jour on jour; ils tomberont malades Tun après l'autre. Beaucou]» avaient la syphilis au plus haut degré et nous n'avions ni méderin ni médicaments pour h*s guérir; il nous fallait nous en rapporter à Dieu et à la naturo. Au bout de peu de jours, nous fûmes tous alités, h(»rs d'état de nous secourir les uns les autrrs. Celait une situation réellement pitoyable! beaucou[) moururent subitement, si subitement (|uo plusieurs fois nous trouvâmes dans les huttes des cadavres (jui étaient déjà en pleine putréfîiction.
Peu de temps avant ou ;iprès la mort du capitaine, un
dimanche que je célébrais, <*oninie d'habitu<le, l'oflire divin,
en lisant un sermon tiré «h» la u (Ihristelvke Zeevaart » (Navi-
gation chrétienne), il se produisit tout à coup un urainl brouhaha
parmi les assistants, (|ui souclain se? levèn^nl et sortirent de la
cabane, me laissant <'ontinuer ma b^cture «bavant les murs. Je
ne savais à quoi attribuer cet <'\<Mle subit lorsque je les vis
revenir avec un homnx» (|u'ils lMiusculai(Mil et |MMissaient vers
notre lieu de réunion. Tous juraient, criant que Jilles avait
commis un crime d^Ktat, et, si je ne b»s avais arrêtés, je crois
que mes stupides eornpairnoiis lui euss(Mit rompu les os, tant la
haine, la colère et l'esprit de vengeance rendent l'homme vio-
CONCERNANT MADAGASCAR iil
malheur vient rarement seul, ce désastre arrivait en pleine mauvaise saison; car il n'y avait pas de jour où il ne tonibdt de fortes pluies, où Ton n'entendît pronder le tonnerre, où le vent ne déracinât des arbres et ne les emportât au loin. Notre situation était pitoyable! Nous n'avions, pour nous nourrir, que des herbes et des racines que nous allions chercher dans la forêt, et, pour tout dire, nous estimions plus heureux que nous, non sans raison, ceux qui étaient morts et qui n'avaient plus à
souffrir des intempéries d'ici-bas*
Nous étions déjà depuis huit mois à Madagascar et ne voyions
manls el l'argent que les piralt^s lui avaient donn«''s, «mi m<^me temps que quelques pi^'^ces de mousseline, lui demandant de lui promoltr»? sous serment de le faire parvenir h sa femme à Amsterdam. Sur l(? s«*uil de rélernité, cet avare se préoccupait encore avec amour de ses biens! I.e mousse lui expliqua qu'il ne pouvait faire unt' semblable promesse, d'abord parce que nous étions à la merci des indii;<''nes, et, qu'aucun de nous du reste n'était sûr de sortir de Madagascar et qu'il était possible (jue lui et ses compagnons fussent enlevés par la maladie, mais que néanmoins il lâcherait d'exécuter sa volonté dernière. Comme \v capitaine insistait, je lui exprimai alors mon élonnenKînt qu'un homme qui, selon toute apparence, était sur le point de mourir s'occupât de semblables bagatelles et exigeât sous serment d'un j<*uno homme une promesse qu'il n*'était pas en son pouvoir de tenir et je lui dis que, dans la détresse où nous étions, nous devions nous aider les uns les autres, qu'il n'avait pas le droit de léser ainsi Tintérél général, qu'il avait eu suflisamment l'orcasion de connaître la vanité des choses d'ici-bas pour s'en détacber et laisser son bien à ceux qui lui survivaient, (pi'il devait désormais reiionrer à toutes ces bagatelles qui l'avaient trop absorbé jus(|u'iri (ît (lu'il était temps pour lui de se tourner vers Dieu : « Le ciel, lui dis-je, n'est pas un lieu de plaisir pour les sens ni pour l'espril; on y contemple, ilans un contentement perpétuel. Dieu à (jui on donne tout son amour. Ce sont ces joies éternelles et immuables dont l(;s pieux et vrais chrétiens jouissent au sortir de la vie >. Je lui exposai d'autres ariruments du même genre qui parurent lui faire impression, car il lue ré[K)ndit en soupirant : « Oui, Père Bucquoi, l'esprit est docile, mais la chair est faible ». Moins de huit à dix heures après, il était mort, ses biens volés, sa maison brûlée, et toutes ses folles précautions inutiles. Ainsi vont souvent les choses : on accumule des biens sans savoir qui les aura aiaès soi.
1. L'auteur émet ici des considérations sur les hasards de la vie, qui ne présentent aucun intérêt et «|ue nous passons.
CONCERNANT MADAOASC^VR 131
nous forçait à ne pas nous laisser arrêter par le danger et à faire rimpossible pour nous sauver. Toutefois, avant de faire nos adieux à cette île, qui est si belle et si fertile, il convient de dire un mot de sa situation et de la nature du pays, ainsi que des mœurs de ses habitants.
Situation du pays. — L'île de Madagascar est située dans la mer d'Ethiopie, à TEst de la cote Sangubaar [du Zanguebar], entre 11^30' [en réalité, ll°oT17"] et 26" L-io^SS'So"! de latitude Sud et entre 63*" et "3'' de longitude à TEst de l'île de Fer, soit à 43° [40-52' 42'] et 03*» [i8'^ 8'j à l'Est de Paris. Dans les régions du Sud-Sud-Esl et du Nord-Nord-Ouest, il y a beaucoup de belles rades, de baies et de caps; elle est coupée par une longue chaîne de montagnes reliées les unes aux autres, qui sont dirigées du Nord au Sud et dont quelques-unes contiennent du marbre et divers minéraux, tels que fer, or et autres métaux. En quelques endroits, on trouve des pierres précieuses.
Dans les vallées, la végétation est luxuriante et il y pousse toutes sortes de fruits, de plantes et d'arbres semblables a ceux de l'Inde, tels que citrons, limons, goyaves, < kookcs » [noix de coco], « Drieœn » [1\\ etc., en un mot tout ce qui est nécessaire a la vie des hommes. Dans certains pâturages, les herbes ont près d*un mètre de hauteur, et les bœufs pèsent jusqu'à 1 et 800 livres; tous ont sur le dos une bosse pesant de 30 à 40 livres, dont hi chair est grasse et tendre, mais qui se réduit beaucoup lorsqu'on la met dans la saumure. 11 y a des boucs et des moulons en quantité et beaucoup de volailles, . Les forêts produisent de l'ébène et d'excellents bois de charpente, ainsi qu'un bon nombre d'herbes médicinales. Le gibier y abonde, notamment une certaine espèce de loups, des cerco-
i. Les « Drieœn » sont (l»s fruits «'i [n'-pins, excitants et forlilianls, mais d'un goût peu agrrable.
loi naturelle, se conforment en ceci pins strictement à Tordre divin, c*est-à-dire i la raison, que certains peuples civilisés.
Je pourrais citer beaucoup de cas semblables que j*ai observés chez les habitants de Madagascar; mais, comme Mandeisloo, Dapper et d*autres auteurs en citent beaucoup de semblables, j'y renvoie le lecteur, et, disant adieu à cette île, je reviens à notre petit bateau mal équipé avec lequel nous avons été obligés de quitter Madagascar.
Voyage de Madagascar a la cote de Sangubaar [du Zangcebar]; ARRIVÉE A Mozambique : ce qui >ols advint; description du pays ET des habitants. — Forcés par les pirates de prendre la mer, nous longeâmes la côte, cherchant à découvrir une baie où nous pussions nous procurer du bois, des vivres et de Teau pour la traversée. Nous entrâmes dans plusieurs criques sans y trouver d'autres gens que des bandits nomades auxquels nous achetâmes par troc quelques régimes de pisang verts [bananes]; nous y remplîmes d'eau nos deux tonnelets et nous nous procurâmes un peu de bois à brûler. Bon gré, mal gré, avec ces maigres provisions, il nous fallut entreprendra la traversée du canal de Mozamhique; nous étions vingt-deux, dont treize Portuîrais, un noir et nous huit Hollandais... Sortant donc de la baie, nous prîmes la mer, dans Tespoir que Dieu, ayant pitié de notre misère, nous conduirait sains et saufs au port...
Nous sommes arrivés à Mozambique vingt jours après et nous y avons trouvé des Portugais (jui avaient été pris par les piral(»s environ doux années auparavant sur la rade de l'île Don Mascarin [île Bourbon] et (|ui nous recommandèrent aux autorilés (|ui nous firent le meilleur accueil (Zesfioi Jaartge Hiize uaa de Indien (jedan door Jacob de Bncquoi/, vol Aanmerlieluke ontniœtinf/en... [V^oj/af/e de seize ans dans /es fndes accompli pai* Jacoh de Uncquoiiy plein d'aventures remarquables : notamment ce
COXCKRXANT MADAGASCAR 139
qui lui arriva pendant sa mission au Rio de la Goa [baie Delàgoa']^ où, les pirates ayant attaqué et pris le Comptoir hollandais, il fut, avec quelques-uns de ses compatriotes, contraint de les suivre en pleine mer et de faire le voyage avec eux; ce qui leur advint ensuite sur leurs navires et comment ils abordèrent à Madagascar; comment ils ont vécu dans cette île, et leurs aventures ultérieures sur les côtes de l'Afrique et de Malabar jusquau jour où lui et deux seulement de ses compagnons, après des misères sans nombre, abordèrent à Batavia; son séjour dans cette ville et ses voyages ultérieurs. Avec, çà et là, les notes nécessaires sur la position des lieux, la nature des peuples, etc. — A Haaricm, chez Jan Bosch, marchand de livres et de papier, MDCCLVii, seconde édition, augmentée d'un tiers environ avec le récit détaillé d'un des compagnons de Tauteur, les relations verbales émanées d'autres personnes et les souvenirs de Tauleur hii-môme, chapitre II, pp. 45-98, avec gravures et le portrait du voyageur ']).