À LA FIN DR
Le 8 octobre 1666, est parti de Batavia à destination des Iles de Majotse [Mayotte, Tune des tles ComoresJ le petit yacht Goede Hoop, qui appartenait à un négociant liore, Vincent van Moock, et emportait une cargaison de vêlements valant 1272 rixdalers [6675 fr.], de porcelaine valant 100 rixdalers [525 fr.], de soufre valant 5 rixdalers [26 fr. 25] et de laine valant aussi 5 rixdalers [26 fr. 25].
Le 12 mai 1668, est arrivé i Batavia Jacob van Dyck qui était à bord du Goede Hoop et qui, au lieu de venir de l'ile Mayotte, arrivait de Hollande. Il a raconté que ce yacht avait été brûlé à Madagascar et qu'il n'avait pu par conséquent aller aux Corn ores. Ayant trouvé à Madagascar un navire français en partance pour la France, il s'y était embarqué et avait gagné la Hollande après avoir beaucoup souffert en route (Dagh-Begister gehouden int Casteel Batavia, 1666, p. 159, et 1668-1669, p. 75).
DESCRIPTION DE LA BAIE DE SAINT-AUGUSTIN PAR LE COMMISSAIRE HOLLANDAIS JACOB GRANAET (1666)».
La flûte Hoogh Caspel, envoyée à Madagascar pour y acheter du riz et des esclaves, a séjourné dans la baie de Saint* Augustin du 26 septembre au 17 octobre 1666. Au retour, le corn* missaire Jacob Granaet a remis le rapport suivant à Cornelis van Quaelbergh, gouverneur du Cap de Bonne-Espérance :
1. Communiqué et traduit par M. Henri Dehérain, auquel nous adressons tous nos remerciements pour cette intéressante contribution.
« Nous jetâmes l'ancre dans la baie de Saint-Augustin [le 26 septembre 1666]. Les habitants sont très cupides, menteurs et voleurs. Ils cherchèrent d'abord à nous tromper, en nous promettant des quantités de riz, de haricots et de bétail dont ils se prétendaient abondamment pourvus, cherchant ainsi à nous soutirer des cadeaux. Mais leurs estomacs affamés nous prouvèrent bientôt que nous n'en pourrions presque rien obtenir, d'autant que les trois principaux chefs, avec lesquels M. Blanck* avait traité en 1663 (et sans lesquels il n'aurait rien obtenu), avaient été tués par les Lapahoutis [les gens de Lahifotsy?].
En outre, par suite des guerres continuelles dans lesquelles ils sont quotidiennement engagés, ils s'incendient réciproquement leurs maisons, se volent leur bétail et se détruisent leurs récoltes, de sorte qu'ils en sont contraints à se nourrir de vivres de rencontre : morceaux de cannes à sucre, petits poissons, et, comme pain, ils mangent des fruits secs. Leur nourriture ressemble beaucoup à celle des Hottentots d'ici [du Cap], mais ils sont moins sales de corps. Ils tressent leurs cheveux d'une manière très curieuse et, comme toutes les autres peuplades noires, ils les oignent d'huile. Ils sont presque nus, couvrant seulement leurs parties sexuelles avec de petits tabliers qu'ils font eux-mêmes. Leurs maisons sont construites en feuilles de palmiers sauvages et en branches d'arbres tressées; les portes sont si basses, qu'ils sont obligés de ramper pour y pénétrer. On peut avoir dans ce pays une assez grande quantité de poissons, mais les seuls bestiaux que nous y ayons vus sont ceux que nous avons achetés : un bœuf à bosse et dix-neuf chèvres ou moutons, qu'ils craignaient de se voir enlever par leurs ennemis. Nous avons payé les moutons et les chèvres de 5 à
i. Jocheui Blanck, h bord du Waterhoen, avait séjourné dans la baie de Saint-Augustin du 23 juin au 4 août 1003. Voir plus haut, p. 306-315.
6 barrettes de cuivre ou de 12 à 1 4 colliers de perles blanches ou rouges chaque, selon la taille, et le bœuf 2 livres et demie de fil de cuivre. Nous y avons acheté 7 « kufjes », soit 170 à 180 livres de haricots indigènes. Nous avons aussi obtenu un peu de vilain miel impur, que nous avons payé au-dessus de sa valeur pour les inciter à en apporter davantage, ce qu'ils auraient fait si les circonstances eussent été favorables; nous avons fait à tous de petits présents qui les ont satisfaits. Les marchandises qu'ils aiment sont les perles rouges, blanches et bleues, pourvu qu'elles soient grosses, car ils dédaignent les petites. Quant aux étoffes, ils les acceptent comme cadeaux, mais non comme monnaie. La partie du pays que nous avons parcourue nous a paru sèche et pauvre ; il y a beaucoup de hautes montagnes et des forêts; le bois qui pousse près de la côte n'est bon qu'à brûler. Il y a des tamarins à cueillir. Nous vîmes aussi de petits arbres, dont le fruit ressemble à celui du Sacelodam ; il y en a probablement de plus grands dans les montagnes.
Dans le voisinage de Zalaer [Salara], où les Anglais avaient naguère leur forteresse, il y a une jolie rivière où ils allaient chercher l'eau, comme nous le fîmes nous-mêmes; mais le mouillage en cet endroit est dangereux. Il y a beaucoup de jolis oiseaux, dont les noms nous sont inconnus; les bécassines [de mer] et les flamants abondent sur le rivage. L'tle [de Madagascar] est pleine d'animaux sauvages, crocodiles, serpents, salamandres1, lézards; nous en avons pris quelques-uns. Les mouches et les moustiques y sont innombrables; c'est un vrai fléau.
Les indigènes sont peu soumis à leurs chefs, qui se mettent en avant en toute circonstance. Ils sont presque tous agiles et forts ; dans leurs combats, qui se font à coups de sagaies, ils luttent jusqu'à ce qu'un des partis prenne la fuite. Nous avons