Voir t. II, p. 285 (note), le récit analogue de Cauche
3. c Cette description n'a pas une grande valeur pour notre connaissance du Dronte; nous y apprenons néanmoins que cet oiseau pouvait courir avec vitesse et s'approchait en entendant les cris d'un de ses congénères captif, fait qui s'observe également chez d'autres oiseaux, par exemple chez la Pie de mer (Hœmatopus ostrolegus L.). Lorsque Hoffmann dit que les Drontes se réunissent en troupes et lorsqu'il décrit la manière de les capturer, manière qu'il déclare ridicule, on peut prendre ces affirmations pour ce qu'elles valent, car jusqu'ici ces deux traits de mœurs n'ont été confirmés par aucun autre voyageur, et le dernier a plutôt les apparences d'une fable. Néanmoins la description erronée d'Hoffmann, en ce qui concerne la couleur et la taille du Dronte, comparée notamment avec la description d'animaux qu'il a vus, par exemple du Dugong (voir tome II, pp. 420- 421 (note), et p. 422 [la figure] prouve), incontestablement que cet écrivain n'a pas vu lui-même le Dronte et que, déjà en 1673, cet oiseau était devenu si rare qu'on pouvait vivre deux ans à Maurice sans l'apercevoir; les descriptions qu'on en faisait commençaient déjà à tenir de la fable. Au reste, le récit d'Hoffmann contient maintes données intéressantes sur la situation d'alors de l'île Maurice, notamment sur l'incroyable multiplication des quadrupèdes introduits dans l'ile » (L'Ostéologie du Dronte par le prof. R. Owen, Leopoldina, mars 1868, p. 69, post-scriptum). Owen commet ici une erreur en rapportant au Dronte ou Didus ineptus une description qui est celle d'un tout autre oiseau, Y Aphanapteryx Broeckei, et,
Dans les forêts de Maurice, on trouve toutes sortes d arbres fruitiers, tels que citronniers, orangers, palmiers, cocotiers, figuiers, etc., et d'autres arbres utiles, tels qu'ébéniers, qui fournissent de l'ébène rouge et noire et qu'on exporte chaque année en quantité en Hollande, et diverses espèces qui me sont inconnues, notamment l'arbre qui donne la gomme bien connue sous le nom d'Elemi, mais il n'y a aucun de nos arbres, si ce n'est ceux qu'on a apportés de Hollande et qu'on y a plantés, qui, du reste, ne s'y développent pas et n'y produisent pas de fruits comme en Europe, ne semblant pas pouvoir s'accommoder de ce sol étranger.
De même, nos céréales d'Europe, telles que le seigle, le blé, l'avoine, l'orge, y viennent très mal; j'ai souvent vu le blé, déjà haut comme la main, ne pas avoir de tige. Mais le pays est très favorable i la culture du riz, du maïs, des fèves, de la canne à sucre, du tabac et de tous les légumes de nos pays.
La mer y fournit, pour la nourriture de l'homme, une toute aussi grande variété d'animaux que la terre. En effet, en outre de toutes les innombrables espèces de poissons qu'elle renferme en quantité incroyable, on y trouve encore des tortues de mer, des vaches marines [dugongs]1, des huîtres et toutes sortes de coquillages. On y recueille aussi de l'ambre, qu'on emploie en médecine, mais qui toutefois est moins pur que celui de Prusse, etc. En somme, on nage ici dans l'abondance et les productions, soit de la terre, soit de la mer, suffiraient largement à elles seules à satisfaire les besoins des hommes.
Après avoir enduré tant de souffrances, nous avons été heureux de séjourner un long temps dans ces lieux bénis, que beau-
de ce fait, sa critique tombe; en réalité, Hoffmann ne parle pas du tout du Dronte qui était déjà éteint ù cette époque.
1. Voir, t. II, la description et la figure du dugong, pp. 420-422 et note.
coup de personnes désignent avec raison comme un paradis terrestre, et nous avons vite oublié les dangers et les ennuis de notre dernière traversée qui avait été si souvent pénible. La plupart d'entre nous allaient tous les jours à la chasse, et, grâce à la quantité incroyable de gibier qu'il y a dans l'île, ne revenaient jamais bredouille; chaque mois, on abattait plus de deux cents cerfs ou biches, sans compter toutes sortes de poissons de mer et d'eau douce.
Les cerfs sont généralement excellents à manger; ils sont si gras, notamment avant le mois de mai qui est l'époque du rut, qu'ils ont souvent sur les côtes une couche de graisse de plus d'un pouce et demi d'épaisseur; leur chair est la plus délicate qu'on puisse souhaiter. Ils sont en si grand nombre et d'ordinaire si peu sauvages qu'on ne les tire pas au fusil, mais qu'on les chasse avec des chiens et qu'on les prend à la course. Quand ils se sentent poursuivis, ils entrent souvent en hardes dans la mer, pensant échapper ainsi auxchfbns agiles qui sont sur leur piste, mais ils se fourrent au contraire dans la gueule du loup, car on les pourchasse avec des barques et on les égorge facilement.
Quant aux boucs et aux chèvres, qui courent beaucoup moins vite et moins longtemps que les cerfs, on les prend à la main. Leurs peaux, comme celles des cerfs, après avoir subi ici une certaine préparation, servent dans l'Inde à faire soit du cuir de Cordoue, soit du cuir gris, bien meilleur que partout ailleurs.
Tous les jours, on fait la chasse aux porcs avec des chiens, car on a résolu de les détruire tous, vu qu'ils avalent l'ambre que leur odorat leur fait découvrir sur le rivage de la mer et dont ils sont friands.
Les tortues de mer sont de taille plus grande que les tortues de terre. Elles ont l'habitude par temps calme et chaud de se tenir à la surface de l'eau exposées au soleil. Lorsqu'elles se
trouvent dans des endroits peu profonds, on peut les saisir sans peine avec la main, comme je l'ai fait moi-même, mais elles sont si fortes qu'elles entraînent facilement un homme en nageant. Quand on en a pris une, il n'est pas nécessaire de l'attacher, il n'y a qu'à la mettre sur le dos, car elle ne peut plus alors se retourner, ni par conséquent se sauver; elles vivent très longtemps ainsi sur le dos, j'en ai vu rester vivantes dans cette position pendant plus de douze jours. Elles ont d'ordinaire 2 pieds et demi de largeur; leur chair, une fois préparée, est blanche et a le goût de veau. Les femelles pondent jusqu'à deux et même trois cents œufs à la fois sur le rivage pendant la nuit et elles les enterrent dans le sable à un pied de profondeur, de façon qu'ils soient à l'abri des accidents; ils éclosent sous l'action de la chaleur du soleil ; ils sont plus petits et plus ronds que les œufs de poules et ont une coquille blanche et moile ; ils sont bons à manger. Avec la carapace de ces tortues de mer, qui est très brillante, on fabrique, comme Ton sait, des peignes, des coffrets et beaucoup de jolis objets.
Les vaches marines [Dugongs]1, qu'on appelle aussi c moines marins » et que beaucoup de personnes considèrent comme les véritables sirènes, sont plus nombreuses dans les parages de Maurice que partout ailleurs. Elles sont d'une espèce particulière et diffèrent de celles qu'on trouve au Cap. Elles ont sept pieds et plus de longueur, et leur corps a une forme cylindrique; leur peau est lisse et sans poils; à l'arrière de la tête, elles portent comme une sorte de capuchon de moine; leurs yeux sont tout petits; elles n'ont pas de jambes, et, au lieu de bras, elles ont deux moignons membraneux, que je ne puis mieux comparer qu'à des ailes d'oie dont on aurait arraché les plumes;
4. Voir, t. II, pp. 420-422 et note, la description et la figure du Dugong.
leur queue ressemble à celle de tous les poissons [!], avec cette différence qu'elle est horizontale au lieu d'être verticale; elles ont des mamelles, avec lesquelles elles allaitent leurs petits, tout comme les femmes; leur peau ressemble tout à fait à celle de l'homme, sauf qu'elle est un peu plus brune; elles ont une couche de lard épaisse d'une main, lard qui est bien meilleur que celui du porc et, lorsqu'il est bien préparé, il est peut-être préférable à beaucoup de mets très recherchés ; chaque animal en fournit de 700 à 900 livres et quelquefois davantage. C'est certainement une béte des plus curieuses, dont je ferais volontiers, par curiosité, empailler un des petits pour l'emporter en Europe, si je ne craignais qu'il se corrompit à cause de la graisse dont leur peau est enduite.
Les vaches marines [Dugongs] paissent les herbes qui poussent dans les eaux peu profondes; quand on veut en prendre une, on doit choisir un jour calme et clair et se procurer une fouine ou trident qu'on attache avec une forte corde à sa barque et qu'on lance à l'animal après s'en être approché; dès que celui-ci se sent blessé, il va de côté et d'autre, entraînant le bateau dans tous les sens, jusqu'à ce que la perte abondante de sang qu'occasionne sa blessure l'ait tellement affaibli que le pécheur n'a plus qu'à tirer sur la corde pour le haler sur le rivage.
Cette lie africaine n'est pas seulement un grenier d'abondance, bien pourvu de toutes sortes de provisions, elle jouit d'un climat tempéré et excellent et est le pays le plus sain du monde. On n'y a jamais constaté de maladies pestilentielles, et, quoiqu'il y ait eu quelques cas de fièvre, c'est à peine si l'on se rappelle que, depuis des années, quelqu'un y soit mort de maladie.
On ne trouve à Maurice ni crocodiles, ni tigres, ni lions, ni loups, ni renards, ni aucun fauve, et on y rencontre beaucoup moins d'insectes venimeux que dans les autres pays orientaux;
seuls y abondent des lézards de toutes les couleurs et des scorpions, mais ceux-ci n'ont qu'un venin très faible et leur piqûre est à peine plus douloureuse que celle des abeilles.
Les saisons sont à peu près les mêmes à Maurice qu'au Cap ; il y fait cependant un peu plus chaud et, pendant la saison des pluies, il y fait plus de vent. Mais il est affligé d'un terrible fléau : tous les trois ans, quelquefois aussi tous les sept ans, il s'abat sur cette île, ordinairement en février, un ouragan ou cyclone qui dévaste tout et cause de nombreux naufrages.
Un de ces ouragans nous a surpris le 11 février 1674. Un vent impétueux a soufflé tout à coup avec rage des quatre coins de l'horizon ; il venait de haut en bas, semblant descendre du ciel; sa violence était telle que plusieurs édifices ont été renversés, entre autres l'église qui venait d'être construite. Il a duré environ six heures. Les forêts ont aussi beaucoup souffert; elles ont perdu toutes leurs feuilles et, quelques mois après, la végétation n'avait pas encore repris.
Quoique ce soit le meilleur pays où l'on puisse désirer passer sa vie, ma passion des voyages m'entraîna à le quitter, car j'étais très désireux de visiter l'Inde et surtout la capitale de l'Inde Néerlandaise, la célèbre ville de Batavia.
[Après deux années de service à Maurice, Hoffmann donna en effet sa démission de pasteur et s'embarqua le 17 mars 1675 pour Batavia] (Johann Christian Hoffmann, ancien D. G. W. à l'île Maurice, actuellement pasteur à Heckershausen {Voyage aux Indes Orientales ou Journal personnel dans lequel sont décrits brièvement, mais avec précision, les événements remarquables survenus au cours d'un voyage dans les mers de l'Inde, dans Vlnde même et dans divers autres pays, ainsi que les habitants, les animaux rares et les belles plantes des lieux visités, Cassel, 1680, chez l'auteur, imprimé par Friederich Hertzog).
ESCLAVES MALGACHES EN AMÉRIQUE, en 1676 et 1679.
Dès la prise de possession de la Barbacje [l'une des petites Antilles] par les Anglais, on y a apporté des esclaves de Madagascar. En 1676, on y comptait 32 473 esclaves (10 525 hommes faits, 5 827 enfants mâles, 46121 femmes et filles), tant de la Guinée et de Cormantin (ville de Guinée) que de Madagascar.
Dans la Nouvelle-Angleterre, à Boston, il n'y avait pas en 1676 plus de 200 esclaves, tant africains que malgaches.
A Boston, il y a en ce moment [en 1679] un navire arrivant de Madagascar, qui a déposé à la Jamaïque une cargaison d'esclaves (CcUendar of State Paper s , Colonial Séries, America and West-Indies, 1675-1676, pp. 349 et 465, et 1677-1 680, p. 373).
VOYAGES DES HOLLANDAIS DU CAP À MADAGASCAR POUR Y ACHETER DE8 ESCLAVES, de 1676 A 17 15».
Le Voorhout est parti du Cap de Bonne-Espérance le 22 mai 1 676 et y est rentré le 29 novembre. Dans les deux baies de Magelage [Boina] et de Marangaan [Mananara (Bombétoke)], qui sont situées à 9 milles Tune de l'autre, il a acheté 254 esclaves, dont il a perdu 22 pendant la traversée. Les officiers rapportent qu'on peut chaque année obtenir en ces lieux un bon nombre d'esclaves, mais que les indigènes sont très regardants sur le bon aloi de la monnaie ; ils n'acceptent que des dollars mexicains, les pesant lorsqu'on les leur donne et les refusant si le poids ne leur agrée pas. Au retour, le navire s'est arrêté à l'île Ansuany [Anjouan] afin de prendre des vivres pour les esclaves.
Au commencement de novembre 1696, le Soldaat, commandé par le capitaine Holm, est parti du Cap de Bonne-Espérance et
;l) Nous devons la traduction des passages relatifs à ces voyages à M. Henri Dehérain auquel nous adressons nos meilleurs remerciments.
a acheté dans la baie de Maningare [Mananara (Bombétoke)- 119 esclaves dont 2 sont morts pendant la traversée ; ils ont été payés 9958 florins [environ 21000 francs]. Le roi Simanata [Tsimanatona] préfère de beaucoup à l'argent et aux marchandises les bons mousquets, qui lui servent k détruire ses ennemis. Le Soldaat est rentré au Cap le 25 février 1697.
Le Peter en Paul est parti du Cap pour Madagascar le 24 septembre 1699 et est arrivé à la baie de Maningare [Mananara (Bombétoke)] le 16 octobre; il y a acheté au roi Simanata [Tsimanatona] 198 esclaves, dont 14 sont morts en route. Il a été de retour du Cap le 2 janvier 1700.
Le Noordgouw a jeté l'ancre dans la baie de Maningare [Mananara (Bombétoke)] le 28 septembre 1701 et a mouillé sur la rade de Morondava le 2 décembre. Les chefs de ces deux endroits sont Andian Sumanata [Andriatsimanatona] et Andian Tingaling Arivo [Andriantsingadinarivo]. Il s'est procuré en tout 127 esclaves, dont 39 sont morts en route.
Le même navire Noordgouw est reparti du Cap pour Maningare [Mananara (Bombétoke)] le 25 juin 1702 et il y est revenu le 10 décembre, ayant acheté 48 esclaves au chef Andian Mandefandangits [Andriamandefandangitsa], fils de Sumanata [Tsimanatona]. Comme deux navires pirates étaient venus dans cette baie, ce chef ne permettait pas qu'on amenât des esclaves à la côte.
Le Ter Aa est parti du Cap pour Madagascar le 23 juin 1705; il a touché à Mattatan [Matitanana, sur la côte Sud-Est], port où la Compagnie néerlandaise des Indes Orientales n'avait pas encore fait de commerce, et il y a acheté 96 esclaves au chef Resoedja[Rasoja], homme rusé et habile, mais égoïste et colère, qui est en bons rapports avec les Anglais et avec les pirates; puis il s'est rendu dans la rivière Maninzare [Mananara (Bom-
bétoke)] où le chef Defandangits [MandefandangitsaJ lui a fourni 106 esclaves. 11 est rentré au Cap le 9 janvier 1706. Pendant la traversée, 37 esclaves sont morts.
Le même navire Ter Aa est parti du Cap pour l'île Maurice en juillet 1706; en revenant, il a touché à Marantaga [Matitanana, sur la côte Sud-Est] le 10 novembre et il y a séjourné jusqu'au 8 décembre ; il y a pris quelques esclaves que lui a vendus le chef Rasoedja [Rasoja]. Le 9 décembre, il a jeté l'ancre sur la rade de Fort-Dauphin, dont le fort est en ruines; le pays est gouverné par plusieurs chefs indépendants les uns des autres, dont le plus puissant est un certain Samuel, fils de Dimararrive [Andriamananarivo], qui lui vendit des esclaves. Il revint au Cap le 31 janvier 1707 avec 70 esclaves1.
Le Leidsman est parti du Cap pour Madagascar le 27 juin 1715 et y est revenu le 21 novembre avec 200 esclaves environ.