À PARTIR DU CAP DE BONNE-ESPÉRANCE
PAR THORNTON, en 1703*.
1° Instructions pour aller du Cap de Bonne-Espérance À la baie de Saint-Augustin. — En partant du Cap, il faut être très attentif à la route qu'on fait, car dans ces parages le courant est
1. Le chapire VI traite de l'Ile Bourbon; comme le précédent, il n'apprend rien de neuf et nous nous dispenserons de le traduire, jugeant que le chapitre V suffit à montrer comment, à la Un du xvu' siècle, on faisait la propagande de colonisation. Il est encore moins utile de reproduire le chapitre VII ; on y dit en effet qu'en avril 1589 quelques négociants anglais ont envoyé quatre navires aux Indes qui, après avoir relâché au Cap de Bonne-Espérance, firent voile pour Madagascar, mais qui, avant d'arriver à cette grande et puissante lie, furent assaillis par un cyclone. L'un d'eux, YIndian Mer chant, jeté sur une Terra australis incognita, y périt corps et biens à l'exception d'un homme et de quatre femmes. L'auteur s'est amusé à écrire un roman dont le sommaire du dit chapitre suffira à faire connaître les péripéties : Haufrage du navire « The Indian Marchant ». Quatre femmes, dont la fille du capitaine et une négresse, et un homme d'une trentaine d'années, Jovis Pines, qui se trouvaient à son bord, sont jetés dans une ile inconnue et inhabitée, qu'ils nomment file Pines, du nom de l'homme ; faisant de nécessité vertu, ils se tirent d'affaire comme ils peuvent, et, ne voulant pas mourir sans laisser de postérité, ils procréent à force; la négresse elle aussi devient enceinte et tous ces enfants se marient entre eux. Jovis Hnes, ayant atteint le grand âge de quatre-vingt-dix ans, installe son fils aine roi de Vile et meurt peu après, entouré de tous ses enfants et petits-enfants au nombre de 4789. L'auteur termine en disant qu'en 1676 un navire hollandais ayant découvert par hasard cette tle perdue dans les mers du sud y trouva une population civilisée qui parlait anglais et dont le chef lui remit le récit qu'il reproduit.
2. Le troisième livre de I'Engush Pilot contient les instructions nautiques à l'usage des marins naviguant dans l'Océan Indien. Nous ne donnerons ici que les parties ayant un intérêt géographique, laissant de côté la plus grande partie des détails sur les courants, les vents et les meilleures routes à suivre, dont la traduction intégrale présenterait peu d'intérêt.
3° Baie Tullea [de Tulear]. — Tullea [Tulear] est situé à 5 lieues environ [24 kilomètres] au Nord de la baie de Saint-Augustin. Les indigènes ont leur village i un demi-mille de la mer et le commerce y est assez important, mais le lieu n'est bon ni pour y faire du bois, ni pour y faire de l'eau, car la rivière [le Fiherenana] y est si peu profonde que même une petite barque n'y peut pas entrer; la rade est bonne, protégée qu'elle est par une ceinture de brisants qui s'étendent depuis la baie de Saint- Augustin jusque-là et qui sont à une lieue de terre. Tout le fond dans ces rades est de vase. Il y a au Nord un passage, large d'un mille, i travers lequel on peut faire voile en gardant la montagne de Westminster-Hall au Sud-Est. Ce passage est sain et facile à reconnaître; on y a de 16 i 12 brasses d'eau.
4° Description de la côte orientale de Madagascar depuis i 5°30' jusqu'à 24°58' de latitude Sud. — Antongal Bay [la baie d'Antongil], dont le Cap méridional [occidental]1 (Cap Belao ou Bellone) est par 16° 15' [16°14'] de lat. S., est une grande et belle baie. On doit longer le bord septentrional [oriental], car la côte méridionale [occidentale] est pleine de roches jusqu'à plus de deux milles de terre. A son entrée, de cap à cap, cette baie a 7 lieues [20 kilomètres] de large, et sa profondeur n'est pas moindre que 20 lieues [60 kilomètres]. Au fond, se trouve une lie qui a une dizaine de milles de tour, qui est haute et boisée et qui a un port superbe et de bonne eau; on y peut caréner et réparer les navires, mais il faut s'y tenir sur ses gardes à cause des indigènes qui sont toujours en guerre les uns avec les autres et auxquels on ne peut pas se fier.
L'île Sainte-Marie * est à 12 lieues au Sud-Est du Cap Sud
1. Thornton, comme beaucoup d'autres hydrographes et cartographes, oriente cette baie Est-Ouest, au Heu de Sud-Nord. Voir la carte ci-jointe.
2. La pointe Nord de File Sainte-Marie est par 16°41' lat. S. et sa pointe Sud par 17*7'. L'Ilot Madame est par 17°0\
de la baie d'Antongil; elle est par 16° 4 8' de lat. S., et à 6 ou 7 milles environ de la terre ferme; il y a sur sa côte Ouest un port où Ton peut amarrer le long de terre un navire de 1 000 tonnes. Ses habitants, qui vivent tantôt sur cette tle, tantôt sur la terre ferme, sont hospitaliers et civilisés. On y peut caréner les navires et s'y procurer des mâts et des vergues ; à un demi-mille, il y a de la bonne eau. Les indigènes de la terre ferme viennent vendre aux navires qui y relâchent du riz, du lait, des poules, des bœufs et d'autres vivres.
5° Renseignements au sujet des mois pendant lesquels on peut naviguer le long de la côte orientale de madagascar, de sainte- Marie a Matthewtan [Matitanana]. — Dans ces parages, la variation est de 17°l/2 Ouest. De juillet i février, les vents soufflent d'ordinaire Est-Nord-Est et Sud-Ouest, quelquefois Nord ; il y a souvent des vents de terre le long de la côte entre Sainte- Marie et Matthewtan [Matitanana], qui est par 20°15' [en vérité, par 22024'45"] de lat. S. et qu'on reconnaît à une grande montagne conique en forme de bonnet [Ivohilongy] ; à l'embouchure de la rivière, la côte est plate et couverte de cocotiers. Le mouillage est à l'Est-Sud-Est de cette montagne; le fond y est excellent. Aussitôt l'ancre jetée, on doit tirer un coup de canon et hisser son pavillon afin d'appeler les indigènes qui viendront de suite i bord. Le roi est très accueillant et on y achète des esclaves en échange de fusils et de poudre. C'est une côte houleuse; on ne peut y descendre à terre dans nos embarcations.
6° De Matthewtan [Matitanana] À Port Dauphin [Fort Dauphin], qui est par 24°58' [25°2] de latitude Sud et qui est un lieu favorable pour y traiter des esclaves. — La côte est dirigée du Nord 1/4 Est au Sud 1/4 Ouest. De juillet à février, il faut la suivre de près en se tenant environ à une lieue, la route étant sûre; elle est d'un joli aspect jusqu'à la baie du Port-
Dauphin [Fort-Dauphin] où elle devient montagneuse. Par 24*40' [en réalité, par 25*], il y a un promontoire bas, rocheux, que prolonge en mer pendant 1 mille 1/2 une pointe de récifs; c'est la Pointe Peer [Pointe d'Itaperina] ; elle forme le bord Nord de la baie de Port-Dauphin [Fort-Dauphin]. A l'autre extrémité, s'élève un grand cap à falaises rougeàtres, escarpées, sur lequel est bâti le Fort des Français, facile à reconnaître à sa couleur blanche. On jette l'ancre par 6 ou 7 brasses à une ou deux encablures du rivage. Ce lieu est excellent pour y faire la traite des esclaves qu'on troque contre des fusils et de la poudre. Le roi parle bien l'anglais et le français. C'est réellement pitié que ce pays ne soit pas habité par des Européens !
En allant plus au Sud, on trouve une fausse baie [Fausse baie des Galions], à l'Est du Cap Ramas [Cap Ranovalona], baie qui est pleine de roches et de dangers.
7° Instructions pour éviter les hauts-fonds qui sont au Sud de Madagascar. — Ici, la variation est de 22° Ouest. On peut aussi bien passer en dedans qu'en dehors de ces hauts-fonds, suivant le vent qui règne; toutefois, si l'on passe en dedans, il ne faut pas serrer la terre de trop près, car il n'y a pas de passage, mais en gouvernant au Nord-Ouest, on trouve un chenal large de 7 milles où il y a de 10 à 15 brasses d'eau. Si l'on passe en dehors, il faut pousser jusque par 27°30' de lat. où il n'y a plus aucun danger. Ces hauts-fonds sont aussi redoutables que n'importe lequel des autres brisants qui existent autour de Madagascar.
Entre Madagascar et la côte de Mozambique, il y a constamment un courant très fort portant au Nord-Ouest.
8° Youngoule [Ony olana] ou Màndeota [Mandrota1], dénommés par d'autres Morondava. — Morondava [Lovobé] est un port
1. Peut-être Maoandrotra (litt. : qui est bordé d'arbres « rotra »).
excellent pour y faire du commerce. Les canots y peuvent atterrir à tout moment de la marée, car il y a sur la barre un chenal où, à mer basse, il n'y a jamais moins de deux à trois pieds d'eau. La mer y est haute vers les cinq heures et la marée, qui y est régulière, y a une direction de l'Est-Nord-Està l'Ouest- Sud-Ouest. En dedans de la barre, il y a toujours plus de douze pieds d'eau et, dans l'endroit le plus profond, qui est à l'entrée même, il y a quatre brasses. Le delta a trois milles, mais est plein de hauts-fonds; les deux ou trois bras de rivières qui y débouchent n'ont que de l'eau salée, et on ne peut s'y procurer d'eau douce qu'en creusant des puits, peu importe où, par exemple, sans qu'il soit besoin d'aller au delà de trois à quatre pieds de profondeur. On n'y trouve pas non plus de bois de charpente; le seul bois qu'on y obtient ne peut servir que comme combustible. La pèche n'y est pas non plus bonne, si ce n'est en dehors de la barre.
On jette l'ancre à deux milles environ du rivage par 9 brasses d'eau, sur un fond de vase; la profondeur va diminuant graduellement jusqu'à la côte qui est très basse et couverte de broussailles et qui ne présente aucun point de repère remarquable; elle est orientée Nord-Est-Sud-Ouest.
Plus au Nord sur la côte occidentale, il y a un lieu excellent pour y faire la traite des esclaves, par 18° lat. S. [Ampandahy par 47°59'45"] *. On peut naviguer en dedans des hauts-fonds, en ayant soin de se faire précéder d'une chaloupe afin de sonder. On mouille dans l'Est d'un tlot à 1 mille de terre. Dix lieues plus au Nord, il y en a une autre ville [Tamboharano] également fort bonne pour y trafiquer et dont le roi, ainsi que son peuple du reste, accueille avec plaisir les Européens.
9° Description de la cote Nord-Ouest de Madagascar. — La