‹ Collection des ouvrages anciens concernant Madagascar (volume 4)Chapitre 79 sur 102 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

Comme, toutes les fois qu'on peut craindre que la véracité d'un récit soit mise en doute, il est nécessaire de le faire précéder (Tune préface, \l me semble à propos dans le cas présent d'en mettre une sous les yeux des lecteurs, qui ont été si souvent induits en erreur par des récits analogues à celui-ci que beaucoup d'entre eux sont en doute dès qu'une personne, qui en somme leur est inconnue, leur raconte des choses qui se sont passées au loin. « Quel est cet individu qui s'est sauvé de Madagascar?» dit l'un, m Comment a-t-il pu avoir connaissance des grands secrets du capitaine Avery? • dit un autre; et, comme le remarque fort justement le D' Sherlock* chacun s'arroge le droit de trouver des défauts au livre qu'il a acheté* ce dont on ne peut Vempécher puisqu'il l'a payé de ses deniers et qu'en somme il lui appartient, et d'adresser au pauvre auteur maintes critiques, se plaisant à profiter de l'occasion pour faire valoir sa soi-disant érudition.

Afin de mettre un terme à cette curiosité et de prévenir toute objection sérieuse du public, nous faisons savoir que l'auteur de ce petit écrit est Adrien van Broeck *, Hollandais de distinction qui, après avoir reçu une bonne éducation à Leyde, s'est livré au commerce, comme ont coutume de le faire tous les Hollandais instruits. Son savoir, que ne cessaient de vanter toutes les personnes qui le connaissaient,

1. Voir le résuma do ce roman plus loin, pp. 5*29-531 (notulo).

2. Cotte Vie (C Avery par Adrian van IJroke est un pur roman. La description dp Madagascar, de tes productions et do ses habitants est tiréo des divers livres du xvu" siècle où Ton a parll do cette île, notamment do l'Histoire de Flacourt de 165*.

3. Dans la traduction allemande do 1748, co nom est orthographié tantôt Adrian van Broko ot tantôt Adrian van Broeck.

rique du Sud dans le Pacifique, Avery, qui avait réussi à débaucher la plus grande partie de l'équipage, profita de l'ivresse

appela sur lui l'attention du gouverneur de la Compagnie hollandaise de» Inde» orientales gui, désireux de mettre à profit ses grands mérites, le nomma subrécargue d'un des navires de celte compagnie, « la Zélande * ■, gui était sur le point de mettre à la voile avec une riche cargaison. On lui donna des lettres de recommandation pour que, dès son arrivée à Batavia, il fût pourvu d'un emploi lucratif.

La fortune, qui ne favorise pas toujours ceux qui le méritent, voulut que son navire, ayant une voie d'eau, sombrât non loin die Vile Sainte-Hélène; heureusement les marins et les passagers purent se sauver dans les canots.

Adrien van Broeck perdit dans ce naufrage la plus grande partie de son bien. Arrivé à terre, il se rendit chei le gouverneur [de Vile Sainte-Hélène] et obtint pour le compte de la Compagnie un autre navire, avec lequel il fit voile comme il put pour Batavia. Mais, quoi qu'il eût couru un réel danger et que la mer, image de V inconstance, eût englouti sa fortune, un malheur encore plus grand, l'attendait, car, pendant la traversée, il fut capturé par quelques-uns des pirates du capitaine Avery qui le dépouillèrent de ce qui lui restait d'argent, quelques milliers de piastres, et l'emmenèrent, lui, son navire et ses compagnons, à Madagascar. On le conduisit devant le capitaine qui t'interrogea sur une foule de sujets et notamment sur l'état des affaires en Europe, et qui conçut tant d'estime pour lui que non seulement il lui offrit de demeurer en toute sécurité et liberté avec lui, mais encore de lui donner dans le Gouvernement qu'il venait d'établir tel emploi qui lui conviendrait.

Van Broeck eut peur, s'il refusait cette offre, de s'attirer l'inimitié du capitaine; il l'accepta donc et fut initié à ses plus secrets desseins; c'est ainsi qu'il eut connaissance des faits relatés dans ce rapport, faits dont, grâce à celle circonstance, il fut le témoin oculaire. Mais un homme au cœur généreux et honnête ne saurait rester longtemps dans une situation déshonorante, et Van Broeck ne séjourna dans ce nid de voleurs que le temps strictement nécessaire; dès qu'il le put, il partit à bord d'un navire anglais pour les Indes, que, comme nous le dira le récit qui va suivre, le capitaine Avery relâcha, lui remettant une lettre pour le gouverneur du Fort Saint-Georges [à Madras], Van Broeck emportait une forte somme d'argent qu' Avery lui avait furtivement glissée dans la poche pendant la nuit.

Après un court séjour dans l'établissement anglais [de Madras], il arriva sain et sauf à Batavia oit il occupe actuellement la charge honorable et lucrative pour laquelle il avait été recommandé.

Il nous reste encore à répondre à l'objection qu'on pourrait élever contre la véracité de ce récit, parce qu'Adrien van Broeck n'y parle jamais de lui. Sous ne pouvons mieux faire que de renvoyer le lecteur aux meilleurs historiens de ce genre, par exemple, à Jules César, dans ses Commentaires, et à d'autres, qui, tous, ne mentionnent jamais leur propre personne, sauf dans les cas d'extrême nécessité.

L'auteur qui naturellement tient à sa bonne réputation aurait, du reste, fait preuve de peu de jugement et de peu de bon sens s'il avait mêlé le récit de sa vie à celui de la vie de pirates où l'on ne parle que d'actes de violence et de faits illicites injustifiables.

Mais ne retenons pas plus longtemps le lecteur à la porte, qu'il entre et qu'il lise ce récit. Il y prendra certainement plaisir; il n'y trouvera pas un style pompeux et des phrases élégantes, mais des événements assez intéressants pour satisfaire sa curiosité et tenir son espi*it en éveil.

Dans un récit historique, il est plus nécessaire d'être véridique que d'avoir un beau style, car la simplicité convient mieux à la vérité que ces phrases recherchées qu'on compose péniblement pour raconter des événements faux et

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