À GOTTORP, LB 6 JUIN
Le soussigné représente très humblement i Votre Majesté qu'il est informé, de bonne part, qu'il y a à Madagascar nombre de pirates qui naviguent sous divers pavillons et qui depuis une longue suite d'années ont fait des prises très considérables sur les Maures, tant à l'entrée de la mer Rouge et dans le golfe Persique que dans l'Océan Indien ;
coup de visiteurs et, par conséquent, les mœurs de ses habitants ne sont pas aussi bien connues.
La religion professée dans ces îles est le maliométisme ; mais on y rencontre bien peu d'individus qui soient réellement attachés à leur foi. Je quitte maintenant ces Iles pour gagner le cap Guardafuy et aller dans la mer Rouge.
La navigation dans les mers éthiopiennes est très dangereuse; on ne possède pour ces parages que des cartes très incomplètes. J'ai vu à Moka un capitaine de navire hollandais qui avait reçu au mois de janvier à Batavia Tordre d'aller visiter l'extrémité nord de Madagascar, puis de se rendre dans la mer Rouge; il m'a affirmé avoir vu dans ces mers plusieurs grandes lies et de nombreux rochers et hauts-fonds qui ne figuraient point sur les cartes; aussi étail-il obligé de jeter l'ancre durant la nuit, lorsqu'il pouvait trouver un ancrage. Il m'a en outre expliqué que, au milieu de ces bancs et rochers, les courants sont très violents et ont une direction sud (Extrait de : Alexander H ara il ton, A new Account of the East lndies from 4688 to 4123, t. I, 1727, chap. II, p. 16-22; 2« édit. 1744; reproduit dans YAntananarivo Annual, 1892, p. 497-500).
Que lesdits pirates depuis environ vingt à trente ans ont fait paraître en diverses occasions un désir sincère de quitter ce genre de vie, pour s'établir et vivre sous la protection de quelque souverain en Europe ;
Que le feu Roi d'Angleterre Guillaume III de glorieuse mémoire, étant touché des remontrances qui lui avaient été faites à ce sujet, et peut-être sensible aux grands avantages qui en pouvaient résulter, leur avoit envoyé des pardons ;
Qu'effectivement le capitaine Kitt [Kid] * et son équipage s'étaient transportés en Angleterre pour y jouir des promesses qui leur avaient été données de bouche et par écrit.
Son exemple aurait été infailliblement suivi par tous ceux de sa profession, mais le malheur du capitaine Kitt [Kid] voulut que, la femme d'un officier anglais ayant prouvé que son mari avoit été tué par ledit capitaine Kitt [Kid] dans une certaine action, elle en demanda justice suivant la rigueur des lois, qui ne permettent pas, même au souverain, d'absoudre un homicide perpétré sur la personne d'un de ses sujets, à moins que les plus proches parensdu décédé n'y soient consentants. De manière que, pour satisfaire à la loi, on fut obligé, au mépris de la parole donnée et de la foi publique, de faire exécuter ledit Kitt [Kid] avec ses compagnons d'infortune.
Cette mauvaise manœuvre, qui a été suivie de plusieurs autres de la part des Anglais à l'égard desdits pirates, les a jetés dans le désespoir et dans une juste méfiance envers la nation anglaise.
Il y a ici une personne qui fut envoyée à ladite ile de Madagascar, il y a quelques années, par la Compagnie Hollandaise des Indes Orientales, non pas afin de commercer avec lesdits