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A savoir l'Angleterre et la Hollande

de Pultava en Ukraine (1709) et qui rentra dans ses États en 1715, désireux de prendre sa revanche de ses revers et de

Indes à cause des vents qui sont presque toujours favorables, et que le danger de la mer du Nord n'est effectivement que pour les navires hollandais qui sont obligés de prendre cette route en temps de guerre avec la France, et qui sortent du Tessel pendant les mois de novembre, décembre, janvier et février, à eau s* des vents du Nord qui régnent communément l'hiver avec une grande impétuosité et qui leur sont tout à fait contraires. De manière que, dans un sens, on pourrait dire que Gtbg [ Go ttem bourg] est moins éloigné des Indes, que la Hollande qui en possède presque tout le commerce.

A l'égard de la difficulté du débit des marchandises des Indes, je réponds que [la Suède] est plus à porlée de fournir tous les ports de la mer Baltique, et généralement toutes les parties de l'Europe les plus septentrionales, que la Hollande, et que le trajet de Gtbg [GollembourgJ en Ecosse et en Irlande en est infiniment moins dangereux et plus court, que d'aucun port des Provinces- Unies. J'estime généralement les pays septentrionaux de l'Europe fort propres pour la navigation et pour le commerce, parce que la plupart ont chez eux ce qu'il faut que les autres nations aillent chercher avec beaucoup de frais et de risques, aussi bien que les sujets les plus robustes et les plus capables de supporter les fatigues et le travail de la mer, comme nous l'expérimentons tous les jours en Angleterre et en Hollande, où nous faisons beaucoup de cas des matelots du Nord et de la mer Baltique, surtout quand ils ont acquis quelque expérience.

D'ailleurs un voyage de huit ou quinze jours par mer, de plus ou de moins, ne décide de rien sur une cargaison de marchandises Unes. Il y aurait plusieurs choses très remarquables à dire sur le sujet des révolutions du commerce depuis environ deux siècles, pourquoi et comment il a plusieurs fois changé de centre et, finalement, sur les moyens de l'attirer et de le faire fleurir, mais, comme cela m'engagerait dans une trop longue discussion, je reviens aux pirates.

Si Sa Majesté était d'avis de les prendre sous sa protection et de s'en servir à l'établissement d'une colonie au delà de la Ligne, comme je l'ai dit ci-devant, on trouverait assez d'endroits propres pour une telle entreprise, et les pirates qui connaissent bien la carte en proposeraient eux-mêmes. Je crois que Pile de Saint-Maurice [Ile Maurice] pourrait entrer en considération; elle est située vers les 22 degrés de latitude méridionale, elle a 60 lieues de tour, quand on en retranche les pointes ou angles qui avancent dans la mer, et 93 quand on les compte, elle est arrosée de 72 rivières ou ruisseaux qui se jettent dans la mer; outre cela, elle est abondante en bois et en gibier, qui s'y est multiplié à l'infini depuis que les Portugais y en ont fait transporter et qui consiste principalement en trois espèces, savoir cerfs, sangliers et chèvres; il s'y trouve aussi quantité de chevaux et de vaches qui sont devenus sauvages; Pair y est très sain, le climat et le terroir y sont fort propres à la culture du sucre, du tabac, de l'indigo et d'autres denrées qui sont d'un fort grand débit en Europe et dans les Indes; je crois même que le café et la plupart des fruits de l'Orient y viendraient très bien, comme je l'ai remarqué à l'égard du coco et du pisan [bananes]; la côte est la plus poissonneuse que j'aie trouvée au monde, on y pêche des veaux marins [dugongs] et des tortues de terre et de mer, aussi bien que toutes sortes de coquillages; mais ce qui me semble le plus remarquable, c'est que, nonobstant la chaleur du climat, il n'y a point de bêtes venimeuses. C'est dans celte île que l'on trouve le meilleur ambre gris, ainsi que le meilleur bois d'ébène noir et rouge qui soit au monde.

11 y a environ cent quinze ans que les Hollandais ont pris possession de cette ile, à peu près dans le même temps qu'ils ont dépouillé les Portugais de leur conquête des iles Moluques.

Le Hollandais qui a fait le projet de M. Huguetan m'a dit avoir été envoyé

remettre à la fois Stanislas sur le trône de Pologne, de replacer le fils de Jacques II sur celui d'Angleterre et de rétablir

deux fois à ladite Ile de Saint-Maurice [ile Maurice], et qu'il avait eu en 1703 une commission particulière du gouverneur du Cap de Bonne-Espérance pour examiner les propriétés de l'Ile et lui en remettre une relation particularisée, mais qu'à son retour de Batavia, il avait doublé le Cap de Bonne-Espérance sans y mouiller, qu'ainsi son rapport n'avait jamais été présenté et que cet incident était en partie cause que le gouverneur dudit Cap n'y avait pas fait travailler à l'augmentation des plantations comme c'était son dessein.

Depuis ce temps-là, la régence de Batavia qui haïssait le gouverneur dudit Cap a pris l'occasion de luy ôter un fleuron de son Gouvernement, en faisant abandonner ladite isle de Saint-Maurice [lie Maurice], sous prétexte qu'elle coûtait plus d'entretien à la Compagnie qu'elle ne rendait de profit.

Cependant les directeurs de la Compagnie en Hollande ont été d'un sentiment tout contraire, si ce qu'on m'en a dit est vrai, qu'ils en avaient fait reprendre possession par un bas officier et cinq ou six hommes, uniquement pour empêcher qu'elle tombât entre les mains de quelque autre puissance européenne.

Dans cet intervalle, un officier allemand qui a quitté le service des Hollandais Ta proposée au Danemark comme une très bonne acquisition, mais on lui a répondu que, tant que la guerre continuerait avec la Suède, on ne pouvait pas entrer dans son projet.

11 est étonnant que les Anglais, qui ont toujours conservé avec soin Pile de Sainte-Hélène (que les Hollandais ont abandonnée) et dont ils ne peuvent tirer aucun profit, parce que ce n'est qu'un rocher de six lieues de circuit, et où à peine trouve-t-on un pied de terre, n'aient pas témoigné plus d'empressement pour l'acquisition d'une ile qui leur conviendrait fort bien, et au bord de laquelle plusieurs de leurs vaisseaux viennent mouiller au retour du Bengale et de Surate.

Nous avons eu des avis certains que le conseil du Cap de Bonne-Bspérance, aussi bien que celui de l'Ile Saint-Maurice [Ile Maurice], ont toujours jugé la conservation de ladite ile très nécessaire à leur Compagnie, principalement à cause des flottes de retour qui passent à sa hauteur en revenant de Batavia, et ils ont toujours posé en fait qu'on les pourrait considérablement incommoder, si elle venait à tomber sous la puissance de quelque souverain avec lequel la Hollande fût en guerre, d'autant plus que leurs navires de retour ne sont guère en état de se défendre. Ils ont même appréhendé qu'il ne vint envie aux pirates de s'en rendre les maîtres, pendant que la Compagnie hollandaise n'y avait encore qu'une petite garnison de 40 à 50 hommes; le conseil de l'île de Saint-Maurice s'en exprime ainsi au gouverneur du Cap, dans une de ses lettres écrites vers l'an 1700 et dont nous avons eu des copies entre les mains :

• Cette île ferait pour les pirates de Madagascar V asile de toutes tes Indes le plus convenable et pour eux le plus à souhaiter, et nous sommes du sentiment que, s'ils y étaient une fois bien établis, toutes les forces étrangères ne seraient pas capables de les en déloger -.

Ce qui est d'autant plus vraisemblable, qu'elle est d'un abord très difficile et naturellement si bien fortifiée qu'il n'y aurait qu'à poser des batteries dans les endroits nécessaires.

Je n'ai pas négligé de sonder les pirates sur cette matière lorsque j'étais avec eux, mais les réponses qu'ils m'ont faites en diverses occasions m'ont assez donné à connaître que, n'ayant point de protection au monde, ils jugeaient mieux de leur convenance d'être toujours ambulans, plutôt que d'avoir un asile ou retraite assurés, où tôt ou tard on ne manquerait pas de les venir attaquer.

11 y a dans l'ile de Saint-Maurice [ile Maurice] deux ports et une méchante rade qui est à l'embouchure de la Rivière Noire, où j'ai aussi mouillé l'ancre avec

le duc de Holstein dans ses États, fit chercher jusque dans les mers de l'Asie un secours qui, tout odieux qu'il paraissait, n'eût

une chaloupe; le port des Hollandais, où était la loge de mon temps, est au Sud-Est de l'Ile; j'estime que le meilleur est celui où j'ai mouillé avec le chevalier Baronnet Norris en 1702 au retour de sa fâcheuse ambassade auprès du grand Mogol et qui est situé au Nord -Ouest; nos pilotes nous ont assuré qu'on y était en sûreté dans les plus grandes tempêtes, même sans ancres et sans corde».

Outre l'île de Saint-Maurice file Maurice], il y en a encore d'autres, comme Diego-Rodriguez f Rodrigues], où le marquis du Quesne voulait autrefois établir une colonie, et dont M. Léguât a donné une description au public; elle n'est éloignée de Saint-Maurice que de 80 lieues, je l'ai vue plusieurs fois de la mer, mais, comme je n'y ai jamais mis pied à terre, je renvoie ceux qui sont curieux d'en savoir l'histoire naturelle au voyage dudit M. Léguât.

Je passe à la côte orientale de l'Afrique, que je juge très propre à l'établissement d'une colonie, à environ cent lieues du Cap de Bonne-Espérance en tirant vers Mozambique; ce serait un fort bon moyen pour entrer en commerce avec les Abyssins, entreprise dans laquelle les Hollandais n'ont jamais pu réussir. Suivant le rapport qui nous a été fait il y a quelques années au Gap de Bonne- Espérance, les partis Hollandais ont découvert le long de cette cote une belle rivière très poissonneuse, capable de porter navires, avec force bois et le plus» beau pâturage du monde; j'ai été informé, par l'extrait de quelques résolutions qui m'ont été communiquées au Cap de Bonne-Espérance, qu'on avoit fort balancé de faire quelque établissement environ à la distance que je viens de marquer, de même qu'au Nord dudit Cap, aux environs de la baye de Sainte-Hélène, ou au delà en tirant vers le Cap Vert, mais que la négative l'a voit emporté pour une raison de politique, à savoir que, comme les Hollandais ont toujours fait consister la force du Cap dans son grand éloignement de l'Europe, ils ont posé en fait que les ennemis qu'ils pourraient avoir tôt ou tard, ne manqueraient pas de tomber sur leurs colonies le long de la mer pour se rafraîchir et ensuite venir attaquer le Cap de Bonne-Espérance, c'est ce qui a obligé le Conseil dudit Cap à préférer l'avancement de l'agriculture dans le cœur de l'Afrique, afin d'en laisser les côtes incultes et désertes, quoiqu'à cause du charriage du vin et du grain dans les magasins de la Compagnie cela soit fort incommode pour leurs habitants.

Je crois qu'un établissement, tel que j'en viens de donner une petite idée, serait parfaitement du goût et de l'inclination des pirates, surtout si on leur faisait espérer de leur faire avoir des femmes blanches (pour me servir de leur manière de parler), ce qui serait assez facile; au reste, chaque pirate pourrait se servir de son talent ou suivre son inclination dans le genre de vie qu'il voudrait choisir ou que le service du Roi requérerait, les uns à la navigation et les autres à l'agriculture et aux mines, se servant d'esclaves pour travailler et remuer la terre qu'on leur donnerait, comme cela se pratique dans tout l'Orient.

Si la couronne [de Suède] avait une fois une colonie de ces pirates dans quelque endroit des Indes, soutenue par des troupes nationales ou allemandes, par des navires et munitions de guerre, par des gens de métier, par des outils et autres choses nécessaires, je crois que rien ne serait impossible au bonheur de ses armes, à la sagesse et à la fermeté de son Gouvernement, soit paix, soit guerre, soit traités d'alliance ou de commerce. Si cette couronne venait dans la suite du temps à se rendre considérable dans cette partie du monde, les rois du pays brigueraient son appui et ouvriraient eux-mêmes le chemin à de plus grandes conquêtes pour secouer le joug des Hollandais dans l'espérance de rendre leur condition meilleure.

D'ailleurs Sa Majesté le Roi de f Suède] aurait tous les jours occasion de se venger de ceux qui ont favorisé et qui favorisent encore actuellement ses

pas moins été utile pour une descente en Ecosse, et qui du moins eût apporté en Suède de I argent, des hommes et des vaisseaux.

ennemis; avec nie Maurice et quelques forces navales, on les pourrait harceler comme on voudrait. Je suis sûr qu'ils le prendraient d'un ton moics haut si on en venait avec eux à une guerre ouverte, ce ne pourrait être pour la [Suède] qu'une véritable bénédiction, car leur commerce est trop étendu et les mers de l'Asie trop spacieuses, pour qu'ils puissent pourvoir à leur sûreté; il y a beaucoup de choses à dire sur ce sujet, mais le tems n'en est pas encore venu.

Si dans la suite du temps, Sa Majesté trouvait a propos d'ériger une Compagnie orientale a [1] ou dans quelque autre port de ses royaumes, je ne doute pas que les principaux marchands des villes hanséatiques n'y prissent volontiers part, mais avec celte différence (sauf correction) qu'il ne faudrait lui céder aucune supériorité territoriale, comme a fait la République de la Hollande.

Je finis cet article en disant que puisqu'un Hollandais a bien trouvé le moyen d'ériger une Compagnie orientale à Copenhague sans avoir aucune base, à plus forte raison la [Suède], ayant une colonie redoutable, serait d'autant mieux en état d'entreprendre quelque chose de considérable dans l'Orient. Si on allègue que la Compagnie danoise n'a pas eu grand succès, il faut premièrement remarquer qu'elle n'a eu qu'un fonds d'environ cent mille écus et, nonobstant la petitesse de ce capital, celui qui en était alors le principal ressort avait si bien économisé toutes choses qu'elle n'a pas délaissé de faire dans le commencement de très beaux progrès, dont les Danois se sont enorgueillis mal à propos, car, se croyant assez habiles pour conduire leur barque tous seuls, ils ont traité indignement celui qui, après Dieu, était l'auteur de leur Compagnie et de sa prospérité; le temps a découvert la vanité de leurs pensées, puisque, depuis l'époque de leur ingratitude, leurs affaires ont pris un mauvais train et qu'actuellement leurs actions sont à 30 pour 100 au-dessous de l'inscription.

On a donné deux livres au public qui parlent des pirates de la mer du Sud et de l'Amérique en général, l'un intitulé Histoire des flibustier» de la mer du Sud, et l'autre Histoire des Aventuriers et des Boucaniers, où l'on voit la relation de l'action intrépide par laquelle ils se rendirent maîtres de Panama et à laquelle prit part le fameux voyageur Dampier, mais, comme je ne sache pas que le public ait vu quelque chose des pirates de Madagascar, je dirai ce que j'en ai remarqué ou appris de leur propre bouche, lorsque je me suis trouvé avec eux.

Les marins anglais se plaignent généralement de l'avarice et de l'inhumanité de leurs capitaines, qui contractent ordinairement pour la nourriture de tout l'équipage à raison de tant par jour ou pour tout le voyage et qui, au lieu de leur donner la nourriture dont ils ont besoin pour leur sustentation, ne leur en font pas souvent distribuer le quart, ce qui réduit toujours un équipage au dernier désespoir, d'autant plus qu'on ne trouve rien à bord pour de l'argent; dans le commencement, on a bien recours aux remontrances, mais, quand les prières ne font qu'irriter un inhumain, comme on en a des exemples, et qu'il ne leur en revient que des coups de corde, alors ils consultent tout de bon entre eux pour leur commune conservation; quelquefois, il y a des bas officiers qui entrent dans le complot, ou même qui en sont les chefs. Le résultat de pareilles conférences est ordinairement de se défaire de ceux qu'ils croient les auteurs de leurs souffrances; alors il ne s'agit plus que d'en trouver l'occasion favorable; il arrive aussi qu'ils attendent quelquefois jusqu'à leur arrivée près de quelque côte et qu'ils prennent leur temps quand les principaux officiers sont à terre pour vaquer aux affaires ou pour se rafraîchir; alors ils coupent de nuit les cordes ou câbles de leurs ancres et se sauvent à Madagascar, où il n'y a point de comptoir d'Européens, depuis que les Français se sont laissés égorger dans leur port Dauphin [Fort-Dauphin] .

Cela arrive aussi quelquefois aux navires de la Compagnie hollandaise, mais

. Il y avait longtemps que des pirates de toutes nations, et particulièrement des Anglais, ayant fait entre eux une association, infestaient les mers de l'Europe et de l'Amérique. Pourplus rarement, parce qu'il y a plus d'ordre et de justice à bord de leurs navire.

Enfin, soit que la révolte se fasse en pleine mer ou près de terre, le premier acte des conjurés est de faire main basse sur tous ceux qui sont en eut <i leur résister ou qui ne veulent pas adhérer à leurs desseins; ils ont ordioairment soin de se conserver ceux dont ils ont quelque opinion ou nëce»usurtout les chirurgiens, les charpentiers et les voiliers, le canonier et quelque uns de ceux qui sont entendus dans la navigation. Après quoi ils procéder.! : l'élection d'un capitaine et d'un gouvernement qui a quelque rapport à ctl : de notre patrie; les principaux officiers, après le capitaine, sont deux quartir maîtres, dont l'un se nomme le « quartier-mai tre du peuple • et l'autre 1- « quartier-mai tre du capitaine » ; ce sont deux espèces d'orateurs qui prop"* * les matières dont il s'agit et qui vont aux opinions. Si le peuple croit a\>.' quelque sujet de mécontentement du capitaine, il s'adresse à son quart** maître, et pareillement celui du capitaine parle pour la défense de son principal, sans que le capitaine paraisse y prendre part; cela se fait par bieo^ii^ pour ne pas commettre la personne du capitaine avec le premier venu. • Quand il s'agit de changer de route, d'attaquer ou d'autres choses d'ion»: tance, tout est réglé à la pluralité des voix, le capitaine, les pilotes quarwmaîtres, le premier chirurgien et autres qui sont de l' État-Major ont «iiuikc votes, aussi bien que double part au butin; pendant les courses, le capitaine rse mêle de rien et ce sont les pilotes qui ont soin de suivre la route dont on ~ convenu; quant à lui, il passe son temps à jouer et à se divertir avec ceux ^ invite dans sa chambre, mais, quand il s'agit de se battre, alors personne ne or mande que lui seul, c'est lui qui fait la disposition de l'attaque et de l'alx»nh: qui est ordinairement commandé par un des plus intrépides. Ils se font ^ • espèce de statuts dont ils jurent l'observation sur l'Évangile; d'ailleurs. il>assez fidèles entre eux et capables d'une amitié sincère.

S'il survient entre eux quelque dispute sur le point d'honneur, elle ne y* être vidée à bord; le moindre coup y est puni d'une amende de 500 pi"de huit, soit mille florins d'Allemagne; mais, à la première terre, ils peuvent vi leur différend en présence de témoins, ce qui se fait ordinairement avec le fiK

Voilà, en abrégé, ce que je puis dire des pirates de Madagascar, dont je n'' treprends pas l'apologie, mais, comme nous devons souvent un certain convie, aussi bien que quelques-unes de nos passions, à la nécessité que ie «If nous a imposée ou aux aventures de notre première jeunesse et que le> w^ et les vices s'acquièrent par la conversation et par l'exemple, je ne >uiï ^ fort éloigné de croire que ces gens-là deviendraient de fort bons et lui "sujets à l'égard d'une puissance qui leur voudrait offrir sa protection et > par un effet de clémence et de générosité, les voudrait bien retirer du mau> •* pas où ils se trouvent actuellement; il est du moins certain qu'on en pourfaire une pépinière de bons pilotes et de bons matelots, et je puis dire ru ' jamais vu faire de manœuvre avec plus d'adresse qu'à bord de leurs navire

Une puissance absolue ne manquerait pas de moyens pour les engager^ manière de vivre plus disciplinée et plus moral isée, ce qui est d'autant plu*." bable que ce sentiment s'accorde avec l'expérience de tous les siècles icn '• ces fondations de royaumes et de républiques en Grèce et en Italie qui » • le commencement n'étaient qu'un ramas de coureurs et de gens qui ne >'eui' distingués que par leurs dérèglements, mais qui, à l'aide des lois et du tec** sont devenus les nations du monde les plus braves et les plus polies, et et mot les plus capables de toutes sortes de vertus (Archives d'Élat de Stùckh' Handel och Sjôfart. Koloniër. Africa).

suivis partout sans quartier, ils venaient de se retirer sur les côtes de Madagascar, grande île à l'Orient de l'Afrique. C'étaient des hommes désespérés, presque tous connus par des actions auxquelles il ne manquait que de la justice pour être héroïques. Ils cherchaient un prince qui voulût les recevoir sous sa protection; mais les lois des nations leur fermaient tous les ports du monde.

Dès qu'ils surent que Charles XII était retourné en Suède, ils espérèrent que ce prince, passionné pour la guerre, obligé de la faire et manquant de flotte et de soldats, leur ferait une bonne composition; ils lui envoyèrent (en 1716) un député qui vint en Europe sur un vaisseau hollandais, et qui alla proposer à son ministre le baron de Goërtz de les recevoir dans le port de Gottembourg, où ils s'offraient de se rendre avec soixante vaisseaux chargés de richesses.

Le baron fit agréer au roi la proposition; on envoya même l'année suivante deux gentilshommes suédois, l'un nommé Cromstrom et l'autre Mendal, pour consommer la négociation avec ces corsaires de Madagascar.

On trouva depuis un secours plus noble et plus important dans le cardinal Albéroni, puissant génie qui a si bien gouverné

i. Dans les livres écrits sur les pirates, on ne trouve nulle part trace de ce fait. Le baron de Goërtz, qui avait été chargé par Charles XII de restaurer les finances, s'est évidemment laissé leurrer par les racontars mensongers répandus à cette époque par deux aventuriers bien connus dans les cours du Nord : le prétendu comte ou landgrave de Linange, qui se prétendait roi de Madagascar élu par 100 000 flibustiers, et le marquis de Langalerie.

Linange, qui s'intitulait prince de l'Empire et de Chabanais, duc de l'Angelpont, de Madagascar, d'Ophir et autres lieux, s'appelait en réalité Joseph Joumard; il appartenait du reste à une bonne famille. S'étant fait protestant, il fut mis à la Bastille en 1709 comme renégat; il en sortit le 16 novembre 1714 et se mit avec quelques gens sans foi ni loi en quête d'aventures. Le hasard le mit en face du marquis de Langalerie auquel il persuada qu'ils étaient apparentés. Ce marquis de Langalerie, qui était

l'Espagne et qui entra avec ardeur dans le projet de mettre le fils de Jacques II sur le trône d'Angleterre ' (Voltaire, //isIot de Charles XII f livre VIII, édit. de Pourrat, 1838, p. 390-3?

né dans le Limousin le 24 décembre 4661 et qui était ruiné par le j-c et le luxe, n'en avait pas moins fait bravement son métier de brigadier i cavalerie au siège de Charleroy en 4693 et, après plusieurs autres gu*rr~. avait été élevé au grade de maréchal de camp à l'armée de Catinat .. Piémont; mais, poussé à bout, comme beaucoup d'autres officiers Ruraux, par le ministre Charoillart, il quitta l'armée française et prit •!. service en Allemagne; il fut condamné par coulumace avec le pnii< Eugène et de Bonneval, comme coupables de lèse-majesté et def^m-. à avoir la tête tranchée par effigie. En 1711, il abjura le catholicisme •* grande cérémonie, plus peut-être par intérêt que par conviction. Ces d*iii aventuriers, tous deux renégats, s'associèrent dans le but de renvrw. le Pape.

Linange, qui, comme tout le monde, avait entendu parler des hard^ prouesses des pirates de Madagascar, n'hésita pas, pour accroître crédit et obtenir une alliance, à raconter à Langalerie, qu'il perswij facilement, et à tous ceux qui voulurent l'entendre que cent mille flibu>tiers le reconnaissaient comme leur chef suprême : « Les peuples ;l'Angelpont, de Madagascar et d'Ophir ainsi qu'un grand nombre d> mateurs européens établis depuis longtemps dans ces iles et dans [A sieurs autres de l'Amérique, de l'Asie et de l'Afrique, dit-il dansuned»'- . ration publique, se sont mis sous mon obéissance et m'ont conféré le ti.; de Roi avec la suprême autorité; seul, j'ai le droit et le pouvoir de Uir transporter où bon me semblera la prodigieuse quantité de richesses d>' ces peuples et armateurs sont en possession » (a), et il ajoutait que. ; amitié pour les Hollandais, il était disposé à céder ce merveilleux m »npole à telle Compagnie qu'il leur plairait de former.

Ne réussissant pas de ce côté, Linange et son associé Langalerie v retournèrent du côté du Grand Seigneur dans le but d'organiser a\r> • • une croisade contre le Pape et les catholiques et ils firent un accord <iv son ambassadeur Osman-Aga : « Nous nous proposions, écrit Laniralerde faire sentir au Grand Seigneur la nécessité de nous donner une d'- Iles de son Archipel où il y eût un bon port, afin d'y recevoir les lîil^ tiers dont fourmillait alors l'Ile de Madagascar. Nous avions parole i' ces gens-là qu'aussitôt qu'ils auraient reçu leur passeport de la Port ils s'y rendraient en toute diligence avec une flotte de 60 vais?"; -1 armés en guerre et chargés de la- meilleure partie de leurs imm»n^ trésors. Ils en devaient laisser le reste à Madagascar ainsi qu'une \*'{ de leurs camarades, afin d'établir et de soutenir le commerce enirv * pays et notre nouvel État. Nous comptions sur plus de 20000 bra>-

(a) Recueil Lamberty, t. IX, p. 566-568.

ADDENDA AU TOME I RELÂCHE À MOHELY DE R. COCKS ET D'E. CAMDEN, en 1611.

1° Richard Cocks, capitaine de la Compagnie anglaise des Indes orientales, est parti d'Angleterre le 18 août 161 1 et a doublé le Cap de Bonne-Espérance le 9 août; il a vu Madagascar le 3 septembre et, le 3 octobre, il a jeté l'ancre sur la côte d'Afrique auprès des îles d'Angoxa, où il s'est approvisionné d'eau et de vivres.... Le 26, il a jeté l'ancre en rade de Malhelia ou Muelia [Mohély], qui est le meilleur point de relâche entre l'Europe et les Indes. Les habitants de cette lie sont sociables et vendent volontiers aux navires toutes sortes de provisions. Le sultan, qui a fait le pèlerinage de la Mekke, connaît parfaitement la

gens que ces corsaires de toutes nations devaient nous amener. Ceux qui savent combien sont riches et nombreux ces corsaires comprendront aisément que leur union nous aurait rendus de tout point formidables » (a). En attendant qu'Osman-Aga obtint du Grand Seigneur la cession de Plie où pourraient s'établir les pirates de Madagascar, Linange et Langalerie tentèrent d'installer dans les environs d'Altona au printemps de 1716 un camp où ils se proposaient de réunir la petite armée avec laquelle ils espéraient mener à bien leur croisade contre le Pape. Le roi de Danemark, Frédéric IV, qui était engagé avec la Prusse dans une lutte suprême contre Charles XII de Suède, ne fit pas un bon accueil à leur demande. Ainsi se termina celte vaste friponnerie. Langalerie a été emprisonné à Vienne et est mort en 1717 (6).

(a) Mémoires [apocryphes] du marquis de Langalerie, lieutenant-général du Roi, géncral-feld-maréchal-licutenant au service de l'empereur Charles VII, histoire intéressante où se trouve un grand nombre d'anecdotes concernant Mme de Maintenon, MM. de Catinat, de Vendôme, de Savoie, etc., écrite dans ma prison à Vienne, La Haye, J743, p. 431-433.

(b) De Boislile, Les Aventures du marquis de Langalerie, Revue historique, janv.-avril 1898, p. 273-280. — On peut aussi consulter : Der Marquis von Langallerie und der Konig von Madagascar, 1716, in : Aus vier Jahrhunderten, neue Folge, t. II, p. 1 62-1 64; Oscar Se h we bel : Ein Kaiser von Madagaskar in der Mark, in : New-York lllustrirte Zeitung du 23 juin 1883; et Notice (non mise dans le commerce) sur Philippe de Gentils, marquis de Langalerie, franzosischer Gêner al-lieutenant t Ôsterreischer General der Cavalerie angeblich Kaiser von Madagaskar, polnischer General der Cavalerie, etc. (1664-1747), imprimée pour la famille en 1895, à Munich.

valeur de l'argent; autrement, on eût pu acheter tout ce qu'on aurait voulu pour des couteaux, des cuillers d'étain, des perles de verre, etc.

L'île de Jean de Nova n'existe pas, ou bien elle est mal placée sur la carte et est tout près de Madagascar.

R. Cocks est arrivé le 18 février 1612 à l'île de Socotora, où il a trouvé des lettres d'Henri Middleton.

2° Edmond Camden, capitaine de la Compagnie anglaise des Indes orientales, a doublé le Cap de Bonne-Espérance le 9 août 1611 (comme son compagnon Richard Cocks), a vu Madagascar le 30 de ce mois, a mouillé le 26 septembre en rade de Mohély, où il s'est approvisionné d'eau et de vivres, et il a atterri à Socotora le 17 février 1612 (Calendar of State Papers, Colonial Séries : East Indies 1513-1616, p. 246 et p. 247).

Nota. — Ce paragraphe aurait dû être inséré dans le tome I, p. 476.

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