ROUTIER RÉDIGÉ PAR LE PÈRE JÉSUITE LUIS MAR1ANO
Les différents routiers de l'île de Saint-Laurent que nous possédions jusqu'ici ont été établis, pour la plupart, d'après les récits des Maures qui naviguent dans ces parages ou d'après des observations faites en passant; ils sont, par suite, confus et obscurs. Je me suis donc décidé à composer le présent Routier, avec l'aide de Dieu, et je me suis efforcé d'être aussi bref, aussi clair et aussi exact que possible en décrivant ce que j'ai vu et trouvé dans ma navigation à bord de la caravelle « Nossa- Senhora da Esperança ». Je dois, tout d'abord, prévenir les navigateurs que je n'ai pas la prétention de tracer des règles ni d'indiquer les meilleures routes générales ou particulières, car, pour cela, il faudrait avoir une expérience que je n'ai pas et avoir fait sur mer de plus grands et de plus nombreux voyages. Je me propose donc simplement d'indiquer ici la route qu'a suivie notre caravelle, d'exposer les péripéties de notre voyage et de décrire les pays que nous avons visités.
Dans ce but, je commencerai par m'occuper de la côte Nord- Ouest, celle qui regarde le pays de Mozambique, qui est la plus connue de toutes et avec laquelle nous avons les rapports les plus fréquents.
642 orVIUfiES ANCIENS
CHAP. I. — Du CAP NORD AU [PAYS DU ROl] T1NGU1MARO [iTONGin
maro]. — La pointe Nord ou de Saint-Ignace est formée par une côte longue de 45 à 46 lieues1, que limitent deux caps : celui de l'Est, qui est par 12° de latitude Sud environ, porte sur les cartes le nom de cap Natal [Noël] , et nous avons appelé celui de l'Ouest. qui est par 42°30', Cap de Saint-Alexis [de Saint-Sébastien \ Le Cap Natal est une langue de terre plate, très étroite, ayant au Nord-Ouest un peu moins de deux lieues de large. La côte qui lui fait suite du côté de l'Est a, sur un assez long parcours, une direction presque Nord-Sud ; dans les cinq premières lieues, il y a deux grandes baies [baies de Mahajeby et de Diejro? \ qui, vues de loin, nous ont semblé très profondes et avoir des eaux très claires, pouvant par suite fournir un excellent abri. Sur cette même côte, par 43° environ, se trouve le port de « Bimàrô » [Vohémar].
Quant à la côte du côté de l'Ouest, elle a d'abord une direction Sud-Sud-Ouest, pendant à peu près deux lieues [!], puis elle forme une grande rade où il y a des fonds de quatre bras*e> [baies d'Antsantsa, d'Amponkarana?], très bonne pour les petits navires; elle est orientée 0. 4/4 S. S. 0. pendant sept ou huit lieues [!] et est très large. A une lieue de cette rade, on en rencontre une autre plus petite [baie du Courrier ou peut-être d'Ambararata?], qui est à l'abri de presque tous les vents et a un fond de vase, par cinq brasses; on l'appelle la « Rade du Pilote ». Au delà, il y a une troisième rade [baie de Befofaka . plus vaste que les deux précédentes, dont la direction est Sud et
1. La lieue marine valant 5 557 mètres et la distance entre les caps d'Ambre et de Saint-Sébastien étant d'environ 82 kilomètres, il y a en effet entre eux à peu près 15 lieues marines.
2. En réalité, le Cap Natal ou Cap d'Ambre est par H°57'17* et le Cap de Saint-Alexis ou de Saint-Sébastien (Orontany) est par 12°26'40*,soiteQ latitude uue distance de 2D'23* au lieu de 30'00" qu'indique le P. Mariano.
qui entre dans les terres sur une longueur de deux grandes lieues; son entrée a aussi deux lieues et est semée d'écueils très dangereux. Sur le bord Est, on voit un récif qui s avance dans la mer pendant une demi-lieue et qui a, à son centre, un banc de sable ; sur le bord Ouest, il y en a un autre à près d'une lieue de la plage, qui est très dangereux, parce que la mer n'y brise qu'à certains moments. Dans l'intérieur de cette rade, sur le bord Est, il y a un Ilot [Nosy Mahanotsa?] entouré du côté du Nord comme du côté du Sud d'écueils dangereux, dont il faut se méfier. Du reste, le fond de la rade est excellent ; on y trouve 10, 48, 20 brasses d'eau et même plus, et il y a deux bons chenaux, l'un à l'Est et l'autre à l'Ouest du banc de sable. Toute la rade est environnée de coteaux verdoyants d'où coulent en grand nombre des ruisseaux et des sources d'eau douce. Il y a aussi de nombreux villages. Cette rade n'est exposée qu'aux vents du Nord-Est, du Nord et du Nord-Ouest. La côte, longue de trois lieues, qui la sépare du Cap de Saint-Alexis [Saint- Sébastien] est orientée du Nord-Ouest au Sud-Est [O.N.O.- E.S.E.]. Le pays est couvert de montagnes élevées qui s'abais* sent tout près du cap, où il y a une dépression située vis-à-vis d'une petite rade [baie d'Andranonaomby?J au fond de laquelle se trouve, tout près de la plage, une aiguade excellente et abondante.
Tout le long de cette côte, à une distance d'une lieue et demie, le fond est de vase et il v a de 10 à 20 et même 25 brasses d'eau, mais à une plus grande distance de la terre, à cinq ou six lieues, il est au contraire dangereux à cause des récifs et écueils qui s'étendent, pour ainsi dire, d'un cap à l'autre. A partir du Cap Natal [Cap d'Ambre], pendant les quatre premières lieues, on rencontre alternativement des bancs de sable et des rochers ou des Ilots à fleur d'eau et des hauts-fonds;
viennent ensuite un grand nombre de petites îles et même d'Ilots peu élevés, mais très accidentés et taillés à pic, ressemblant de loin à des forteresses bien construites. La plus grande de ces lies [Nosy H ara], qui est la plus proche de Ja côte dont elle est distante tout au plus de deux lieues, est située en face de la « Rade du Pilote » [baie du Courrier]; les autres sont Ouest- Nord-Ouest. Un peu plus loin, j'ai vu un écueil plus dangereux encore, formé par six ou sept pointes de rochers, sur lesquelles il n'y a pas plus d'une brasse ou d'une demi-brasse d'eau ; l'un d'eux, parles temps calmes, est presque à fleur d'eau; ils sont situés à peu près dans le Nord de la grande rade. Tout autour de ces écueils, il y a, sur une étendue de trois lieues au moins, un fond rocheux que recouvrent de 3 à 6 brasses d'eau et qui s'élargit de tous les côtés, surtout du côté de l'Est où s'élèvent des lies escarpées. Cependant, on trouve la trace de l'existence d'un chenal entre ces tles et d'autres que nous n'avons pas visitées. Ces mêmes écueils se prolongent vers le Nord-Ouest. Dans la direction que nous avons suivie, à une distance de trois à quatre lieues, il y a un autre écueil contre lequel la mer brise violemment et qui a une bonne lieue de longueur; il esta cinq lieues à l'Est du Cap de Saint-Alexis [Saint-Sébastien], dans la même direction Sud-Sud-Ouest. Trois lieues plus loin, à l'Ouest de ce cap, il y a une petite lie peu élevée, entourée d'une plage de sable et pleine de moninjas (?), qui est presque dans le Sud-Sud-Est du cap de Saint-Alexis [Saint-Sébastien1; entre elle et le cap, il y a des écueils; à une lieue au Nord, on trouve plus de dix brasses d'eau. L'eau y semble libre et profonde, mais on n'y peut pas jeter la sonde. Entre tous ces écueils, il doit certainement y avoir de nombreux chenaux suffisamment profonds et larges; mais, comme ils sont plutôt d'un aspect effrayant et qu'on n'y a pas jeté la sonde, je ne crois
pas devoir les mentionner. A ce propos, il me semble bon de remarquer qu'il serait téméraire de se risquer, entre la côte et ces écueils avec un navire plus grand qu'une caravelle ou une galiote. Quoique le fond y puisse sembler suffisant, il faut noter qu'il est partout composé de vase liquide et que la grande quantité des écueils y constitue un grand danger.
Les signes qui permettent de reconnaître cette presqu'île [de Saint-Sébastien] sont : du côté de l'Est, un pic très élevé; au milieu, une montagne très haute [Ambohipotsy, ait. 519 m.]; du côté de l'Ouest, une quantité de petites îles [Nosy Valiha, Nosy Tanga, Nosy Fisaka, Nosy Mananono, Nosy Antolo, etc.], très proches les unes des autres, et, enfin, le cap de Saint-Alexis [Saint-Sébastien].
Les vents ordinaires, pendant la mousson du Sud-Ouest, d'avril à octobre, sont Sud-Sud-Est, Sud-Est et Est-Sud-Est; ils soufflent avec une grande violence ; il arrive quelquefois cependant qu'ils tombent et qu'il survient des coups de vent du Nord, du Nord-Ouest ou de l'Ouest, si variables et si inconstants que souvent un navire, au moment même où il marche vent en poupe, reçoit tout à coup une poussée contraire. Souvent aussi un navire est retenu en rade au mouillage, tandis que, à une petite distance, on voit la mer agitée par un vent contraire. De novembre à mars souffle la mousson du Nord-Est, qui donne, sur cette côte Nord-Ouest de Madagascar, des vents Nord-Nord- Ouest et Nord-Est, accompagnés de pluies d'après le dire des indigènes. En outre de l'abondance d'eau douce que l'on rencontre partout dans cette presqu'île et que les indigènes indiquent volontiers, on y trouve beaucoup de bœufs, de chèvres, de bananes, d'ignames, de riz et un peu de mil, qu'on se procure en échange de draps, surtout de draps ayant des couleurs vives, de chaînes d'argent, de bracelets en étain fin, de verroterie
grosse et fine, surtout de perles de verre bleues. Les indigènes ne possèdent que de petites pirogues qui ne portent guènchacune plus de deux paniers. Tous les habitants, dont !< nombre est assez considérable, sont les sujets du Roi de Sa.]! [d'Ampasindava et d'Anorontsanga], Tinguimaro [Itongomaro Ils n'ont pour toutes armes de guerre que des sagaies et «In boucliers.
Après le Cap de Saint-Alexis [Saint-Sébastien] , qui est entourt d'un récif s'étendant en mer jusqu'à une bonne demi-lieue, U côte a une direction Sud-Est pendant environ deux lieues, pui* elle s'infléchit pendant deux autres lieues vers le Sud-Sud-E< direction qu'elle conserve à peu près jusqu'à la baie de Tio guimaro [Itongomaro]. Sur cette côte, jusqu'au 13* degré »! latitude environ, on rencontre onze ou douze îles, grandes k petites, divisées en deux groupes. Le premier en comprend *n toutes petites et inhabitées, qui sont disposées comme il suit la première [Nosy Valiha] se trouve à la distance d'une bonn* lieue à l'Ouest du Cap de Saint-Alexis [Saint-Sébastien\ W\y sant entre elle et le cap un bon chenal; les deux suivant" [Nosy Fisaka et Nosy Mananono] sont vis-à-vis de la cùu dans le Sud-Ouest, et les trois dernières, situées au Nori- Ouest et au Sud-Est [Nosy Tanga, Nosy Tsiankazo et N««-) Mandazona], sont près de la côte et décrivent une sorte d'ar qui forme un port d'une lieue et demie de diamètre av* 15 brasses ou plus d'eau et un fond de sable dur et uni; il \ entre elles des chenaux très larges, aux eaux limpides. L autr* groupe, qui est à une distance de quatre [de six] lieues du premier, se compose de deux grandes îles [Nosy Mitsio], de tiv.* petites et de plusieurs rochers arides [Nosy lava, Nosy Ma&giho, Nosy Tsarabajina, Nosy Antaly, Nosy Tsitampery, No>y Toloho, etc.], situés au Sud de la plus grande de ces îles, q*-.
est par 430i. Tout le long de cet archipel, il y a de 25 à 30 brasses d'eau sur fond de sable. Quant à la côte elle-même, je n'en saurais rien dire, car nous ne lavons vue que de très loin.
ClIAP. IL — DE LA BAIE DE TINGUIMARO [DU ROI 1TONGOMARO
(baie d'ampasindava actuelle)2]. — Cette grande baie a deux entrées, qu'on reconnaît à un grand rocher, haut comme le mât d'un vaisseau de guerre, qui ressemble à une tour ou à une très grande meule, et qui est par 14° 1/4 de latitude Sud. Comme il est en dedans de la baie, à 2 lieues du bord Est et à une demilieue du bord Ouest de l'entrée, on le voit très bien du dehors et de loin. A une demi-lieue au Nord-Est de ce rocher, il y a un îlot plus bas, boisé, et, dans la même direction, une lie plus grande [Nosy-bé], orientée du Nord-Nord-Ouest au Sud-Sud-Est et pouvant mesurer trois lieues de long, à la pointe Sud de laquelle il y a une montagne rocheuse haute et couverte d'arbres [Mont Lokobé]. Entre ces deux Ilots, le grand et le petit, il y a une passe de 5 à 6 lieues ; la baie a une direction d'abord Sud-Est, puis Sud-Sud-Est et Sud pendant 9 ou 10 lieues, toujours avec
1. Nosy Mitsio, qui est de beaucoup la plus grande de ces Iles, a sa pointe Sud par i2°:>6'.
2. La description de cette baie de Tinguimaro [Itongomaro n'est guère compréhensible. Que peut bien être ce rocher, haut comme le mat d'un navire, qui est séparé d'une grande île [Nosy bé?] par un chenal de 5 à 6 lieues et qui est par 14° 1/4 de latitude, tandis que dans le chapitre suivant la baie de Sada, qui est, dit Mariano, a 6 ou 7 lieues plus au Sud, est par 14°? Après avoir étudié et retourné de toutes les manières possibles le texte de ce chapitre h, nous ne voyons la possibilité de l'expliquer qu'en admettant une confusion de notes, car le P. Mariano est généralement très exact dans ses écrits. S'il n'y avait pas au chapitre m la description de la rade et des îles de Sada qui sont incontestablement notre baie actuelle de Radama ou Anorontsanga, nous aurions certainement plutôt identifié la baie de Tinguimaro avec cette baie de Radama qu'avec celle d'Ampasindava, ce que nous avons du reste fait à maintes reprises, à tort, dans le tome II.
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de grands fonds de 10 à 20 et même 25 brasses jusqu'au mouillage. On parviendra plus facilement à ce mouillage par la seconde passe, qui est entre le rocher et Mot boisé au long même dudit rocher, en suivant un chenal d'une demi-lieue où les moindres fonds mesurent sept brasses et sont de roche. L'Ilot et le rocher sont à peu de distance l'un de l'autre.
Allant de lavant, la côte que nous avons suivie à une demilieue ou deux tiers de lieue, est haute et très boisée et elle s'incurve peu à peu, ayant successivement une direction Est, Est- Sud-Est, Sud-Est et Sud. En pénétrant dans l'intérieur de la baie, on ne tarde pas à apercevoir du côté de l'Est, dans le Sud de la grande lie, une autre Ile toute ronde, très haute, ressemblant à une énorme meule de paille [Nosy Komba?]. Si l'on va plus avant, de manière à bien découvrir tout le fond de la baie, cette 21e ronde reste à l'Est-Nord-Est; la côte qu'on longe est très élevée, abrupte et couverte d'arbres, et elle forme une sorte de rade si abrupte qu'à une portée de fusil de terre il y a de 16 à 17 brasses d'eau.
De là, gouvernant au S.-E. 1/4 E., on traverse la baie par de grands fonds, bien nets, sans aucuns dangers. En outre des nombreuses montagnes rocheuses qu'il y a dans l'intérieur des terres, lorsqu'on est auprès de la côte opposée, on voit, sur le bord de la mer, beaucoup de collines très boisées et, un peu plus loin en mer, une montagne à pic qui ressemble à un beau et grand Calvaire et qui est une lie [NosyMamoko?], où les Maures de la côte de Malindi viennent trafiquer chaque année avec cinq ou six boutres et où il y a une petite ville nommée Tafia-Saba1, nom qui est également celui de la rade. A une portée de mousquet de cette montagne, il y a i à 5 brasses, sol de vase; un peu plus
i. Tafta-Saba, litt. : le port au cuivre.
loin en mer, on trouve 8 et 10 brasses; il faut gouverner bien en face de la montagne de manière à l'avoir à l'Est pour apercevoir le chenal qui la sépare de la terre ferme et en fait une lie. Ailleurs, le long de cette côte [Ouest], du côté du Sud comme du côté du Nord, il y a des récifs et de nombreux bancs de sable. A l'époque de la mousson Sud-Ouest, cette baie, qui en est bien abritée, est très tranquille, mais à la mousson Nord-Est, la mer y est, dit-on, souvent houleuse et agitée; à cette époque, il est préférable de mouiller le long du bord Ouest.
Au Sud de ce mouillage, à une bonne lieue, débouche dans cette baie, par deux bras formant une île très fertile, une rivière nommée Cu&la [Hoala] ! ; c'est sur le premier de ces bras, à trois ou quatre lieues en amont, que se trouve la capitale du roi Tinguimaro [Itongomaro], appelée aussi Cuâla [Hoala], qui est très grande et très populeuse. Cette rivière, qui a la largeur d'une portée d'escopette, est navigable à toute époque pour des bateaux ne calant pas plus de deux palmes [environ 0 m. 40 à 0 m. 50]; le courant y est modéré, et, non loin de son embouchure, l'eau est douce. Les habitants de cette contrée sont des Bouques [Malgaches noirs] païens. Le pays est riche en riz, viande de bœuf, de chèvre et de tortue et en esclaves; il y a beaucoup d'ignames, de bananes, d'oranges et de cannes à sucre, des sangliers, des volailles et même des chapons. On y fait des étoffes de paille [de rafïa (rabanes)] fort belles, et on peut s'y procurer des planches, du bois de construction, de beaux mâts, le tout en échange d'étoffes, surtout d'étoffes de couleurs vives, et de grosses chaînes d'argent, de manilles d'étain, de verroteries, principalement bleues, et de bassins et de cuvettes. Le trafic doit se faire sur la plage et non dans la ville même de
1. Hoala en malgache signifie « baie », « golfe », et Ankoala, [la côte] où il y des baies; c'est le nom qu'on donne à la côte N.-O. de Madagascar.
Cuàla [Hoala], où 1 on serait exposé à des vexations et où l'on n'aurait pas toute sa liberté d'action.
Chap. III. — De la rade et des îles de sada [baies d'Asorontsanga et de Radama actuelles]. — Au sortir de la baie de Tinguimaro [Itongomaro (baie d'Ampasindava)], lorsqu'on veut aller dans le Sud, on suit d'abord la côte qui est orientée Est-Ouest, puis qui tourne vers le Sud-Sud-Ouest; après avoir navigué pendant six à sept lieues, on arrive au 14e degré de latitude; les terres sont élevées tout le long de cette côte et on aperçoit deux montagnes très élevées [Andranomiserana (ait. 686 m.) et Ambohimirahavavy (ait. 753 m.)]. Tout près de terre, on ne trouve pas de fond et il n'y a pas d'écueils. Entre 14° et 14° 30' de latitude Sud, il y a une grande baie qui décrit dans sa partie Sud une courbe en forme d'arc, ou plutôt de sac dirigé vers l'Est et ayant une longueur de plus de quatre lieues, en avant de laquelle il y a deux lies à côté Tune de l'autre, disposées O.N.O.-E.S.E. [Nosy Antanimora et Nosy Valiha"; un peu plus en dehors, il y en a une troisième placée vis-à-vis l'endroit où la côte forme un coude [Pointe Sangajira, à côté et à l'Est de Sada ! ou Anorontsanga] ; elle est reconnaissable à la bosse que forme sa montagne [Nosy Kalakajoro (ait. 166 m.)]; elle est à quatre ou cinq lieues dans le Nord-Nord- Est de la seconde2; la première est d'une lieue et demie plus dans l'intérieur de la baie. Ces trois lies, qui ont toutes environ deux bonnes lieues de tour, se ressemblent beaucoup, tant au point de vue de la grandeur que de l'abondance d'eau et du
i. Sada est le nom de la colline sur laquelle était bâti le fort hova et au pied de laquelle est, sur le bord nrfme de la mer, la ville d' Anorontsanga.
2. Il y a dans le texte « troisième », mais comme il est parlé ici de la troisième ile, il n'est pas douteux qu'il y a là une erreur de transcription.
nombre d'arbres et de leur grande hauteur; elles sont toutes trois inhabitées. La quatrième [Nosy Ovy ou Berofia] est beaucoup plus grande que les précédentes qui, pour ainsi dire, l'environnent de toutes parts ; elle a à peu près deux lieues de long sur une demi-lieue de large et est habitée; dans sa petite ville réside une des femmes de Tinguimaro [Itongomaro], le roi de cette région. Cette grande Ile est séparée des deux premières [Nosy Antanimora et Nosy Valiha] par un chenal large de plus d'une lieue, où Ton trouve les fonds que Ton peut désirer, mais tout autour il y a une chaîne de récifs, au-dessus desquels il n'y a pas plus de 4 brasses d'eau et qui sont à une lieue environ dans la mer et s'étendent & trois ou quatre lieues dans la direction N.N.E.- S.S.O. Au bout de ce chenal, il y a un grand fleuve [le Manongarivo] dont l'embouchure mesure plus d'une lieue, et où les fonds sont de 6 & 7 brasses et excellents. Ce fleuve a une direction Sud, pendant cinq lieues, puis il se divise en deux bras, dont l'un vient du Sud-Ouest et l'autre du Sud-Sud-Est. On peut, de ce côté, faire quelque commerce, comme celui dont j'ai parlé ci-dessus. Les points de repère sont, outre les différentes montagnes situées au bord même de la mer ou dans l'intérieur des terres, les Iles mêmes, en particulier celle de la Bossé [Nosy Kalakajoro (ait. 466 m.)]. Je ne parlerai pas ici des autres chenaux, quoiqu'ils nous aient paru excellents, parce que nous
n'y avons pu jeter la sonde.
Chap. IV — Du fleuve Duna [Loza (baie de Narendry)]; de Mazalagem le vieux [baie de Mahajamba] ; de Manangara [Mana-
NARA (BAIE DE BoMBÉTOKE)], ET DE BeM [BoiNA] OU LE NOUVEAU
Mazalagem. — De 14°20' jusqu'à 15° [de la pointe Sud de la baie actuelle de Ramanetaka (cap Ankabamby) à la pointe Nord de la baie de Mahajamba], la côte se dirige du Nord-Est
d'une demi-lieue. Il faut être très prudent en cet endroit; ra qui viennent de l'Est doivent serrer ce côté le plus possible, rW à-dire autant que le tirant d'eau le leur permettra ; quant à m\ qui viennent de l'Ouest, ils doivent atterrir au moins à une W à l'Est de l'île Macàmbe [Makamby], puis se diriger vers le Su! Est et le Sud-Sud-Est en appuyant du côté Est autant que le k permettra le brassiage. En longeant la côte Est, on n'a p* > craindre le bas-fond, qui est fort étendu et que recouvrer deux brasses d'eau environ à marée basse, et trois ou quatre? marée haute.
Pour savoir si l'on a atteint le bas-fond, il suffit de regard dans l'Ouest, et, si l'on aperçoit une colline assez longue, for mant promontoire, qu'on appelle Tanzo [Tanjona] et qui e>t » six ou sept lieues [cinq lieues en réalité] de l'île Macàrol' [Makamby], c'est qu'on est par le travers de son extrémi> Nord ; si cette colline est cachée, c'est qu'on est par le travt^ du milieu du banc, et alors on voit nettement l'entrée de ia baie et en même temps la petite lie habitée, ainsi quelesgrao^ arbres qui la couvrent et qui se trouvent au Sud-Sud-Ou* Dès lors, on peut suivre le milieu de l'entrée, où il y a Ja brasses d'eau, ou bien longer l'îlot aux grands arbres, tout I' long duquel il y a un chenal avec six brasses d'eau et fond * sable; ce dernier passage est le meilleur à suivre, car on é*i> ainsi un rocher qui se trouve près du côté Est et que l*recouvre toujours. Dès qu'on arrive à ces îlots, on voit un k* de palétuviers, et de là on découvre toute la baie qui a u« forme ovale. On peut mouiller en cet endroit, où, en allant u: peu vers le Sud-Ouest, on trouve des fonds de quatre brasse*.* une bonne portée de mousquet de ce bois de palétuviers dort je viens de parler; les eaux y sont peu limpides et on ny1 pas une grande sécurité. C'est derrière le récif, qui s'étend *
l'Est de l'îlot habité, qu'on trouve un excellent mouillage, très sûr; il est au S. ou au S. 1/4 S.E.; en mettant le cap sur ce mouillage, on suit un chenal profond de dix brasses, tout le long d'un récif escarpé. Après avoir doublé ce danger, on entre dans un autre chenal qui sépare ce récif de la côte et qui n'a que des fonds de 4 et de 3 brasses, avec sol de vase, mais où Ton est complètement à l'abri des vents; du côté de l'Est, le chenal en question a toujours des eaux claires avec des fonds de 5 à 6 brasses; dans le reste de la baie, il n'y a pas de grands fonds. Dans ce port, les marées, trois jours avant et trois jours après la nouvelle et la pleine lune, se comportent de la manière suivante : le flux commence à midi et le reflux à la chute du jour avec une telle régularité que l'on ne constate pas entre leur établissement de variations de plus d'un quart d'heure. Les vents ordinaires sont, pendant toute Tannée, du Sud, du Sud-Est ou du Sud-Ouest, en passant parfois du Nord à l'Ouest. Les habitants sont des Maures; ils parlent les deux langues de l'île, la langue bouque [le malgache] et la langue de la côte de Malindi [lesoahili], avec laquelle ils entretiennent des relations commerciales, ainsi du reste qu'avec l'Arabie. On y fait surtout un grand commerce d'esclaves des deux sexes, surtout d'enfants que les Maures et principalement les Arabes achètent en grand nombre pour les faire servir à des usages infâmes; on peut s'y procurer beaucoup de bœufs, du riz en abondance, un peu de maïs et beaucoup de farine faite avec une racine appelée Tindy [Tindry ou Voa iindry, litt. : écrasé en poudre fine (problement du tavolo qui est une sorte d'arrow-root malgache)], des bananes vertes et sèches, beaucoup de santal blanc, beaucoup de tortues, de grandes quantités de bois d'ébène avec peu de nœuds, des tissus de paille de palmier [de rafia (rabanes)] très blancs et fort jolis, du miel, de la cire, des chèvres, des
moutons, de la volaille, le tout en échange de piastres, lorsqu'il s'agit d'objets de valeur, ou de petites chaînes d'argent à mailles fines pour les objets de valeur moindre. Les indigènes acceptent aussi en paiment des étoffes fines et grossières, des perles d? verre de la grosseur des grains de chapelets, des barres d'étaio et des manilles ou bracelets en laiton. Ces indigènes sont laborieux, mais sans foi; dans les marchés qu'ils font, qu'il s'agit* d'une vente ou d'un achat, ils regardent comme une chose toute naturelle, les prix étant fixés et même les marchandises étant livrées, de manquera leur parole; il est vrai qu'ils admettent par contre, que nous agissions de même lorsque bon nous semble.
Ciiap. V. — Des fleuves [baies] Sarangaçô, [Maroambitsy . Bâlue [Baly], Muto-Moqunto [Manombo] jusqu'au cap St-A>ml — A partir de Mazalagem [Boina] jusqu'au cap Saint-André qui est par 16° 40' [en réalité par 46° 11' 47"], la côte est orientée^ Nord-Est au Sud-Ouest et de l'Est à l'Ouest pendant un j*q moins de quarante lieues [en réalité pendant une trentaine «I? lieues]. Quand, sortant de la baie de Boina, on arrive au XorJ de l'île de Macâmbe, [Makamby], on aperçoit de suite le raf Tanzo [Tanjona] qui est Est-Ouest avec cette île ; entre cedeux points, il y a une grande anse [où débouche la Mahavavy] et, au delà du Tanzo [Tanjona] qui la limite à l'Oued, débouche un fleuve appelé Sarangâço [Maroambitsy], où 1«k est douce, mais peu abondante; sur les rives de ce petit fleuries bananiers sont en quantité extraordinaire et, tout aujm-v s'élève une ville où réside un roi qui est, comme la plupart J ses sujets, Cafre [Malgache] par la langue et par les mœur*.
Par 46° 20', à onze ou douze lieues [à environ douze \w,s marines et demie] de Mazalagem [Boina], débouche le flern- Bâlue [Baie de Bali],beau cours d'eau [baie] très importait
qui a une direction Sud pendant plus de six lieues [quatre lieues]; il a, à son embouchure, plus d'une lieue de large [environ deux] et, en amont, sa largeur est de trois lieues. Au milieu de l'embouchure, sa profondeur minimum est, à marée basse, de six brasses d'après les sondages que nous avons effectués en trois ou quatre endroits, mais, presque partout, on rencontre des fonds de huit, de dix et de douze brasses, avec un sol en partie de vase et en partie de sable. On peut y pénétrer sans craindre d'autres dangers que ceux qui sont visibles à l'œil. On assure qu'au fond de cette baie il débouche une rivière [l'Andranomavo] , sur les bords de laquelle est bâtie une ville nommée Fombony. Le point de repère est la falaise du côté Ouest qui est plus élevée et qui, coupée à pic, avance davantage dans la mer que celle du côté opposé, qu'on n'aperçoit qu'en allant à l'Est, lorsqu'on se trouve au Nord même de l'entrée de la baie. Sur la côte Ouest, il y a, le long du rivage, des falaises, les unes rouges, les autres blanches. A peu près dix lieues au delà de ce fleuve [baie], où les plus gros vaisseaux de guerre semblent pouvoir pénétrer, on en trouve un autre [le Manombo] qu'une galiote pourrait remonter, et qui est par 16° 30' [16° 13' environ], au bout des falaises; on l'appelle Muto- Mocûlo1 [Manombo]; il vient du Sud. A son embouchure, devant laquelle sont semés quelques bancs de sable, il y a un village habité par des Cafres [Malgaches]. Les autres fleuves qui débouchent entre celui-ci et le cap Saint-André [Bekarana, Vilain a tsana, etc.] sont à sec et de peu d'importance; dans tous, cependant, on trouve un peu d'eau douce. Dans ces parages, les indigènes sont d'un bon caractère; ils ressemblent aux Cafres.
1. D'Anville, en 1749, le nomme Motarioculo et D'Après de Mannevillette, en 1775, Montamacul!
Chap. VI. — Du cap de Saint-André. Do graxd récif. De-
FLEUVES CAÇANE [KaSANY (SaMBAO)] ET UNALA [OjîABa]. — Le Cij
de Saint-André est situé par 16° 40' [en réalité 16Mflr.* 80 lieues environ de Mozambique. La côte est basse et entière ment couverte d'arbres jusqu'au bord même de la mer; i. milieu de toute cette brousse, se détache un arbre beauci plus haut et plus gros que tous les autres. C'est à ce cap-p commence le grand récif de Saint-Laurent [banc de Prafi qui s'étend, d'une part, à 15 ou 20 lieues [15 lieues raarir.o dans l'Ouest et l'Ouest-Nord-Ouest et, d'autre part, dan*! Sud jusqu'auprès du 19e degré. A deux lieues autour du >i il n'y a que 4 à 5 brasses d'eau, mais, au delà, cette prof-'. deur va en augmentant jusqu'à 10, 20 et 30 brasses et pli* le brassiage est du reste très variable sur tout cet imimiy banc, ainsi que le fond qui est un mélange de vase, de saMde galets, quoique, près de terre, ce soit la vase qui prêtions et, un peu plus loin, le sable et les galets. Je ne puis dire >1 utmanière certaine quel est le nombre exact de brasses qu'il ^ dans ces parages, mais on peut mouiller partout où Ion vf. A partir du 17e degré, là où le banc est le plus éloigné ^ terre, assez loin pour qu'on ne la voie point, on trouve sur* bords de 25 à 30 brasses d'eau, avec fond de galets. Adixli^ [en réalité, à onze lieues marines] dans l'Ouest du cap «le^i André, par 16° 30', il y a un grand banc de sable [l'Ile Che>t' field], qui mesure une lieue de l'Est à l'Ouest et au milieu dup il y a un rocher; tout autour les fonds sont de 20 à 30 bra^
1. « L'île Chesterfleld, dont le centre est à 34 milles envin-n ■ l'O. q. S. O du cap Saint- André, a, dit-on, un mille d'étendue Mfr TOuest et une hauteur de 4 à 6 mètres au-dessus du niveau de la nr* y a sur ce banc une roche. Sur une distance de 40 à 42 mill^ TOuest de cette île, on a trouvé de 40 à 33 mètres d'eau et le mèw siage jusqu'à 22 railles dans le N. N. E. » (Instructions nautiques sur %' gascar, Paris, 1885, p. 163;.
Au Sud du cap Saint-André, la côte a, jusqu'au 48e degré [en réalité jusqu'au 17* degré et demi], une direction N.E.-S.O., différente de celle qu'indiquent les cartes hydrographiques. En longeant cette côte, on aperçoit à une grande distance dans Tintérieur des terres une haute montagne, toute ronde [en pain de sucre], à laquelle nous avons donné le nom de Monte-Formono (la Belle Montagne) [Ambohitsosy (790 m.)]. On commence à la voir à partir de MutoMocûlo [Manombo] et, étant à une distance de huit lieues en mer, on en a encore la vue par 17° 30' de latitude; quand on est devant la bouche du Muto-Mocûlo 'Manombo], elle est au Sud; mais, quand on est à l'Est quart Sud-Est, à une lieue et demie de la côte, on n'en voit plus que le sommet, la base se trouvant cachée par des collines.
Il faut être très vigilant le long de cette côte où le premier point de repère est l'embouchure du fleuve Caçâne [Kasany (Sambao)], qui est située un peu au-delà du 17* degré [en réalité par 46° 36' 30" [Nosy Voalavo)] ', le deuxième une colline au bord de la mer avec des falaises rougeàtres, à deux lieues environ au Nord du fleuve, et le troisième la nature du fond qui, vis-à-vis de la bouche du fleuve, est mélangé de vase, de sable et de galets. Pour bien s'orienter, il faut viser quelques arbres assez élevés qui se trouvent près de l'endroit où la plage présente une solution de continuité, en face d'un bouquet de palétuviers qui sont en partie desséchés. L'entrée de ce fleuve est difficile, car, à marée basse on ne trouve que six palmes d'eau sur la barre de sable et, à marée haute, deux brasses ou deux brasses
4. Il y a lieu de remarquer que les latitudes de Mariano sont de 30' trop fortes. Voir plus haut, p. 657, la latitude du Cap Saint-André qu'il indique par 16° 40' au lieu de 16° 11' 47"; et, plus loin, p. 661. celle de la bosse que forme la côte par 18° au lieu de 17° 30'; p. 660, l'embouchure de TOnara par 17° 40' au lieu de 17° 9' 30* ; p. 661, Nosy Vao par 18° au lieu de 17° 29'; la bouche du Mania fRafinenta' par 20° au lieu de 19» 33', etc.
et demie tout au plus. Des deux côtés, il y a de grands réd Comme il n'y a pas de repères sûrs, il est convenable et pre><[ nécessaire, pour éviter les dangers, de faire précéder le nan' par une barque ou d'installer des balises sur le banc de sab! On pourra encore, à marée basse, relever au moyen de la wi la pointe où il y a le plus d'eau et ensuite entrer dans la ri^ en gouvernant d'abord au Sud-Ouest pendant environ un tir de lieue, puis au Sud. On peut jeter l'ancre en face delà Im.t et à peu de distance d'un bouquet de palétuviers, sur un f< r de sable dur recouvert à marée basse par 3 brasses d'eau D là, on peut reconnaître et sonder le fleuve entier, qui s? jr dans la mer par différents bras. La ville est située au Sud*> Ouest, à une bonne lieue de la barre; ses habitants, qui * au nombre d'une centaine, sont presque des Cafres, et leur: n'a pas une grande autorité sur eux. On y trouve des ban*:. des moutons, de belles chèvres, des bœufs, du manioc, dV\lents citrons et de l'eau de puits. Les indigènes vendent !> articles de commerce très cher; ils acceptent en payement piastres, des réaux, des chaînes d'argent, des bracelets J; de grosses perles de verre, des étoffes de diverses qualités L embarcations y sont nombreuses.
A trois lieues de Caçâne [Kasany (Sambao)] vers leM-; y a un autre fleuve, appelé Mûto-Ambûzi [Àtsa] ', que p^ remonter de petites galiotes, et dans l'Ouest duquel, à <|J* lieues en mer, il y a un récif très dangereux [Kiakala ot i* Porpoise] qui a une bonne lieue de tour; à marée haute, |^
1. Entre le Kasany ou Sambao etl'Onara ou Andranobé, il valeur -" suivantes : Marotondro, Ampandra, Bemarivo (qui est la plus «rar ' * plus importante et le Sarabisay. C'est cette dernière qui est à l'fcî ' 1 de Kiakala, mais elle est à 9 lieues environ de Kasany (et non ■» j bouche du Marotondro en est à 4 lieues, mais il n'y a pas de rèu' d'eau dans l'Ouest.
temps calmes, on le voit à peine à fleur d'eau. Le chenal, entre ce récif et la côte, est bon et très sur; il y a de 10 à 12 brasses d'eau et, au centre, le fond est en partie de vase, en partie de sable; plus loin, du côté de la mer, il est formé de galets.
Le fleuve Unala [Onara ou Andranobé (Beravina)] débouche dans la mer, par 17° 40' [en réalité par 47° 9' 30"] entre deux récifs qui sont dans le Sud-Est; il y a en somme peu d'eau, une brasse et demie seulement; les galiotes seules y peuvent entrer. À son embouchure, il y a un village de 50 habitants. Les conditions sont les mêmes qu'au Caçâne [Kasany (Sambao)].
Chap. VII. — Description de la côte et des fleuves, des
BANCS DE SABLE, DES RÉCIFS, DU BANC DE PrACEL, ETC., DEPUIS LE 18e JUSQU'AU 20° DEGRÉ, AVEC UNE DESCRIPTION SPÉCIALE DU FLEUVE
de sadia [Manambolo]. — Jusqu'au 18e degré, la côte a une direction du Nord-Nord-Est au Sud-Sud-Ouest et, à partir de là, Nord-Sud jusqu'au 20e. Elle est basse presque partout, mais dans l'intérieur des terres on aperçoit une grande chaine de montagnes qui se prolonge pour ainsi dire sans interruption. Les fleuves y sont nombreux, mais si peu profonds qu'une c flûte » y peut tout au plus pénétrer. D'ailleurs c'est le cas ordinaire pour les fleuves qui ont un banc de sable devant leur embouchure et dont les eaux n'ont pas un courant assez fort pour y creuser un chenal d'une certaine profondeur. Les plus importants de ces fleuves [ou bras de mer] sont l'Iqualàne [Kingala], le Quàrecle, [Tamboharano?] le Manambao et le Sàtengoa [Kanatsy ou Ampandahy?], ces deux derniers ayant des villes importantes sur leurs bords. Ensuite on trouve le Quivinjane, [Kivinja, à la bouche Nord du Demoka], le Mûto- Àziôna [bouche Sud du Demoka?], le Gamalila [Àmpandikoharana], le Tondolône [Tondrolo], le Xaôane [Sahoany], le
Mûto Açambe [Namakia ou Manombo?] et le Sadia ^Manambolo].
Un peu avant d'atteindre le 18e degré [en réalité par 1T29.. on trouve une petite lie [Nosy Vao] qui est à quatre lieues a réalité à un peu plus de trois lieues] de la côte et dont les boU de palétuviers, qui sont touffus, se voient de loin; elle <■>: entourée d'une plage de sable fin et, à son extrémité Nord, il; a un grand récif qui se prolonge vers le Sud. À quatre lieu* plus loin, dans le Nord-Ouest, se trouve un grand banc de sait [Banc Vulla ou banc Philomel], au Sud duquel s'étend un va>l" récif. Cependant, entre le banc de sable et la petite île [Si*; Vao] comme entre cette île et la côte, il y a des chenaux grau-; et sûrs, où, à environ une lieue de l'île, on trouve de 10 i 14 brasses d'eau.
Vers le i&* degré et demi [par 18°], et même un peu avant, commencent les dangereux hauts-fonds de la Trindnde [àe la Tr nité], qui sont au moins au nombre de cinq et qui sont <%<'-• du Nord-Ouest au Sud-Est : celui qui est le plus loin de la eût' dont il est éloigné de huit à neuf lieues environ [banc du Flyio. Fish (par 17° 57')], a des roches pointues [pointes de corail) «r lesquelles la mer brise à certains moments; le deuxième • banc du Nord (par 18° 3')], qui est grand, est toujours battu ft' les vagues; le troisième [Filet de sable (par 18° 8')], est un bande sable qu'entoure au Nord, à l'Ouest et au Sud un grand récit le quatrième fie banc du Vaudreuil (par 48° 12')] est égalent un grand récif, mesurant environ deux lieues et orienté comro la côte, quoiqu'il en soit très éloigné. Plus au Sud, à une lie* environ, il y en a un autre [le banc Bayfield], qui est plusp^ de terre. Il nous a semblé, de loin, qu'il y a entre ces dh^ hauts-fonds des chenaux assez profonds, mais nous n'avons j: les explorer tous. Je me rappelle cependant qu'on a trouvé &'
tout ce banc [de Pracel] un brassiage très suffisant, quoique très variable, avec sol de roches, et, d'autre part, qu'il y a entre le banc de sable [ou banc de Bayfield] et le grand récif Je banc du VaudreuilJ un chenal excellent, dirigé vers le Sud- Ouest, où le fond est de sable, avec 9 à 14 brasses d'eau, mais il importe de bien se tenir au milieu, car il y a, à trois ou quatre lieues dans le Sud-Ouest, deux ou trois bancs de sable [banc Àmarella, etc.]. En tout cas, il est prudent de se tenir au moins à deux lieues de la côte, où les fonds sont de 10 à 14 brasses avec sol en partie de vase et en partie de sable.
On ne tarde pas à apercevoir les deux premières des sept Iles de l'archipel du Corpo-de-Deos [les îles Stériles]. Ces sept îles1 sont toutes dénuées d'eau et inhabitées, mais on y trouve, ce qui n'est pas sans intérêt, un grand nombre de tortues que Ton peut y pêcher aux mois de janvier, de février, de mars et d'avril.
Les deux premières [Nosy Mavony et Nosy Maroantaly] sont situées un peu avant le 19* parallèle [en réalité, respectivement par 18° 18' et 18°24'], et les cinq autres [Nosy Androtra, Nosy Andrano, Nosy Mangily, Nosy Dondosy et Nosy Lava] exactement par 19° [en réalité, respectivement par 18°28', 18° 32' 15", 18° 32' 5", 18° 32' 45" et 18° 34']. Il est prudent de passer entre les deux premières, dont l'une [Nosy Maroantaly] est couverte de beaux arbres et est à environ trois lieues de la côte et dont l'autre, qui est plus au large, est au Nord-Ouest. En continuant vers le Sud, on ne tarde pas à voir les cinq autres, qui sont tout près les unes des autres, dirigées du Nord-Ouest au Sud-Est et entourées de grands récifs du côté du Sud. Ces sept îles, grâce à
1. Ces sept îles sont, du Nord au Sud : Nosy Mavony (Smyth's Island des Anglais), Nosy Maroantaly (Flinders Island), Nosy Androtra (Beaufort Island), Nosy Andrano (Dalrymple Island;, Nosy Mangily (Horsburgh Island), Nosy Dondosy (Hewett Island) et Nosy lava (Heywood Island).
leur disposition, forment une sorte d'amphithéâtre maritime, où les navires trouvent un excellent abri, avec un bon fond de sable, très égal, et 12 à 14 brasses d eau. Pour en sortir, on dispose de deux chenaux qui sont bien connus et excellents et dont l'un, qui est entre la côte et les cinq dernières lies, est large de trois grandes lieues et a 14 brasses d'eau et un fond de sable blanc, très dur. En quittant cet archipel, on trouve un grand haut-fond qui s'étend du Nord au Sud pendant trois ou quatre lieues à partir de la dernière tle [bancs Simpson, Purdy ou du Sud (par 18°42/)]; entre ce haut-fond et l'île [Nosy Lava], d'une part, et la côte de Madagascar, d'autre part, le passage est magnifique et sûr, avec des fonds de 10 brasses et une eau claire. Le second chenal est entre les deux Iles les plus avancées dans la mer [les plus occidentales] des cinq dernières [Nosy Androtra et Nosy Mangily], qui n'offrent pas de points de repère particuliers; l'une d'elles est très petite et toute couverte de végétation; elle a un bon port, qui est bien abrité du côté de l'Ouest. Quand on est au milieu de cet archipel, on aperçoit ce passage dans l'Ouest-Sud-Ouest, et, en suivant cette direction ou même en gouvernant droit vers l'Ouest, on le franchit facilement avec des fonds de 12 brasses et sol de roche. Au sortir du chenal, l'eau est très profonde; parfois même on ne trouve pas de fond, car le récif est interrompu en cet endroit pendant six à huit lieues. On voit d'après cette description que les cartes marines ne sont pas exactes pour ces parages, pas plus du reste que pour les hauts-fonds de la Trindade (de la Trinité) [bancs du Flying Fish, du Nord, de Sable, du Vaudreuil, Bayfield]; l'énorme gouffre qui y est indiqué sur la côte en face des lies de Corpo de Deos [îles Stériles] n'existe pas. Passons maintenant à Sadia.
L'embouchure du fleuve de Sadia [Manambolo] est située un
peu au-delà de 19°20' [en réalité, entre 48*55' et 19°7 ']; il n'y a pas de points de repère saillants. Quand on vient de la pleine mer, les sept îles dont nous venons de parler servent à reconnaître ces parages, ainsi qu'une sorte de falaise rougeàtre, blanche par endroits, qui est un peu au Nord du fleuve de Sadia [Manambolo], et une autre falaise située à trois lieues environ au Sud, qui forme comme un petit plateau au bord de la mer; on aperçoit dans l'intérieur des terres, à l'Est quart Nord>Est, une haute montagne toute boisée. L'embouchure du Sadia [Manambolo] est rétrécie par les hauts-fonds qui l'enserrent des deux côtés; il y a sur la barre plus d'une brasse d'eau à marée basse et, à marée haute, plus de deux brasses. Le lit du fleuve va droit à l'Est jusqu'à une distance de deux portées de berço (ancien canon court); il est bon de longer la rive Nord et de virer ensuite vers le Sud, pour jeter l'ancre tout près d'un bois de palétuviers très épais, où la rive est fort escarpée et où l'on trouve un fond de plus de trois brasses; on y est à l'abri de tous les vents. Le lit du fleuve continue vers le Sud pendant encore plus d'une demi-lieue, mais il y a moins d'eau, puis il tourne à l'EsUSud-Est et à l'Est, formant un S, jusqu'à sa jonction avec un autre cours d'eau douce sur le bord duquel est située la ville de Sadia, ville très grande, qui est à une bonne lieue de la barre. Sur la langue de terre comprise entre le fleuve et la mer, il y a un village de cinquante habitants, où l'on trouve des puits de bonne eau.
Les habitants sont des Cafres [Malgaches] sauvages, mais d'un bon naturel. Ils s'habillent avec des étoffes d'herbe [de
1. Le Manambolo se jette dans le canal de Mozambique par de nombreuses bouches, et il est impossible de fixer d'une manière sûre à laquelle Mariano a appliqué le nom de Sadia, qui n'est plus aujourd'hui connu dans le pays.
rafia (rabanes)] ou de coton ou d'écorce i'aliconde. Ils ont des troupeaux de bœufs, de chèvres et de moutons, des volailles, des bananes et des tortues, du santal blanc, des bois aromatiques, du goudron, de l'ébène et enfin quelques esclaves. On peut leur acheter ces divers objets en échange de tissus de toutes qualités, de bracelets d'étain, de cuivre et de laiton, de grosses perles de verre, surtout de perles jaunes. Ces diverses marchandises ont cours sur toute la côte comprise entre les 18e et 20e degrés de latitude, qui est sous l'autorité du même roi. Le fleuve Muni [Mania ou Tsiribihina1] a son embouchure un peu au Nord du 20* parallèle [en réalité, par 19°33'] *. Ses eaux sont douces. Tout près de la plage, de même du reste qu'en amont, il a un courant très fort, avec plus de trois brasses d'eau; toutefois il y a, à son embouchure, tant de bancs de sable que de petites « fustes » [de petits bâtiments] y peuvent seuls pénétrer; on nous a assuré qu'il y avait une autre bouche, mais nous n'avons pu le vérifier, faute de temps. Le point de repère consiste en un groupe d'arbres très élancés, que l'on voit du large. On peut remonter très facilement le fleuve avec un bateau quelconque, et même avec une fuste, sur un long parcours; il v a de nombreux habitants en amont.
Chap. VIII. — Route \ suivre, fleuves, bécifs ct îles, jusqu'au 22e degré de latitude. — Aussitôt après avoir dépassé
1. Le Mania ne porte plus aujourd'hui ce nom que dans son cours supérieur (depuis sa source au N.-E d'Ambositra jusqu'à sa sortie du massif central, à sa jonction avec le Sakahany); son cours inférieur, qui s'appelait aussi Mania au xviii' siècle, s'appelle maintenant Tsiribihina.
2. Le Mania ou Tsiribihina se jette dans le canal de Mozambique par plusieurs bras dont le plus Nord est Raflnenta (par 19° 33' 30*) et le plus Sud Namangoa (par 19° 50' 30*). Mariano parle certainement du premier, comme le montre la description qu'il donne de l'orientation de la côte au sortir du Mania (voir au commencement du chap. VIII}.
COXCKRXANT MADAGASCAR 667
le Màni [bras Nord du Mania (Tsiribihina) qui débouche à Rafinenta], la côte décrit une forte courbe en se dirigeant vers l'Ouest-Sud-Ouest pendant plus d'une lieue, puis, jusqu'à 22° et demi, elle a une direction Sud-Ouest quart Sud. Il y a dans ces parages quelques fleuves, mais sans grande importance; il suffira donc d'eu parler sommairement. Le Saûme [Mandelikia ou Namangoa (bras Sud du Mania ou Tsiribihina)], qui est par 20° 15' [en réalité, par 19*49' ou 19°50'30"], a à son embouchure de grands bancs de sable qui, à marée basse, sont recouverts d'une brasse et demie d'eau; plus en amont, la profondeur est de deux brasses; son lit a d'abord une direction Est quart Sud- Est, puis Sud. Le village qui est situé à son embouchure est habité par une cinquantaine de Bouques [Malgaches].
Le Mandaûto [Àmbato (par 20°117), bras Nord du Morondava] est à environ quatre bonnes lieues plus loin ; il y a aussi à son entrée des bancs de sable et il a à peu près le même débit que le Saûme [bras Sud du Mania]; il n'y a pas de villages.
L'embouchure du Manapûta [Morondava (baie de Lovobé)] est par 20°30' [en réalité, par 20°20']; c'est un fleuve d'eau douce, dont le débit est si faible qu'une barque peut tout au plus le remonter, mais il y a sur ses bords une ville importante.
L'Isango [baie de Belo], qui est par 21° [en réalité par 20o44'3(T], a deux passes, l'une Est-Sud-Est et l'autre Sud-Est; il n'y a qu'une brasse sur la barre à marée basse; le mouillage est par trois brasses ; il y a un village d'une cinquantaine d'habitants, qui sont très pauvres comme tous ceux dont nous avons déjà parlé. On ne peut entrer dans aucun de ces cours d'eau sans avoir au préalable disposé des balises sur la barre.
Tout le long de cette côte jusque par 21°30', il y a beaucoup de grandes falaises, tantôt blanches, tantôt foncées, et aussi beaucoup de bancs de sable et toute une série d'tles qui sont
6~0 Ol'VRAGKS ANCIENS
vaut mieux s'éloigner du centre et se rapprocher de l'île Monani [Nosy And ramona], où l'eau est plus limpide, quoique un peu moins profonde. Dans le Sud-Est de cette île Monani, il y a, sur la côte qui est en face, à l'extrémité d'un grand bois de palétuviers et de tamariniers une aiguade excellente, formée par trois ou quatre sources qui jaillissent sur la plage même, mais que l'on ne voit qu'à marée basse, lorsque la mer s'est déjà retirée d'un tiers environ. Cette eau est très abondante et potable, quoique saumàtre, mais, pour la recueillir, il faut que la plage soit à sec, parce que les eaux de ces sources s'étendent en nappe. En résumé, ce port peut, en cas de besoin, donner asile à une caravelle ou même à un galion. L'île Monani [Nosy Andramona], ainsi que deux ou trois autres de celles dont j'ai parlé plus haut, est habitée par de pauvres et misérables pécheurs qui vivent des produits de la mer. Les indigènes de la côte, qu'on peut considérer comme la terre ferme par rapport aux petites îles, sont également pauvres et misérables. Tout près du rivage, on trouve d'excellent bois de construction. En outre, le poisson y abonde.
Jusqu'au delà du 22e degré et demi, la côte a une direction Sud-Sud-Ouest, puis, jusqu'au 24e, elle fléchit vers le Sud et parfois vers le Sud quart Sud-Ouest. Elle est entièrement bordée par un récif très dangereux, qui s'étend en mer jusqu'à une lieue et plus de la terre et qui, comme on le verra plus loin, présente en certains endroits une solution de continuité. Il ne faut pas songer à mouiller le long de cette côte, car on n'y trouve le fond que très près de terre, fond qui n'est formé que de roches ou d'un mélange de terre et de roches. Toutefois elle a l'avantage de ne point avoir d'écueils en pleine mer, et qu'on peut y naviguer sans crainte. Jusqu'au delà du 22e degré et demi, on voit, à l'intérieur des terres, de grandes montagnes;
plus au Sud, elles se rapprochent du bord de la mer, qu'elles longent jusqu'à la baie de Jésus [baie de Saint-Augustin].
Par le 22e degré et un quart, on voit une petite île du nom de Saint-Félix [Nosy Hao (lie du Meurtre)], qui est éloignée d'une grande lieue de la côte; elle est peu élevée et a une plage de sable; un récif l'entoure. Au Nord, à la distance d'un tiers de lieue, il y a un banc de sable [Nosy Fasy], entre lequel et la petite lie existe un chenal avec des fonds de 8 à 12 brasses, chenal assez large pour qu'un grand vaisseau de guerre puisse y passer; il faut gouverner droit vers l'Est, et, dès qu'on y a pénétré, on peut tourner au Sud-Est cm au Sud et jeter l'ancre par un fond de 10 à 14 brasses, dans un secteur limité par la côte [baie d'Antseranambé] et la petite Ile [Nosy Hao]. Si ce port, qui n'offre pas d'ailleurs un excellent abri, était pourvu d'eau potable, il aurait de l'importance; malheureusement, on ne trouve d'eau ni dans l'ile, ni sur la côte voisine, autant du moins que nous sachions. Les nègres [Malgaches] nous ont montré une grande lagune pleine d'eau à une demi-lieue dans les terres, vis-à-vis d'une autre petite île qui est au Nord-Est de la première et qui est plus rapprochée de la côte [Nosy Andamotibé], là où il y a une plage de sable, la première qu'on trouve au delà d'un rocher taillé à pic contre lequel la mer se brise avec fracas. A partir de cette plage, on peut naviguer sans crainte droit vers le Sud et le Sud-Sud-Ouest. Le meilleur point de repère de ce port est une petite île qui est à trois lieues environ au Nord-Nord-Est et où il y a deux bois épais de palmiers; en outre, en allant vers le Sud, tout le long de la côte, on distingue un autre bois de palmiers-dattiers, très grand et très touffu. On voit très nettement le banc de sable. On peut aussi entrer dans ce port en se dirigeant du Sud vers le Nord et suivant le milieu du chenal entre la côte et la petite île,
avec (les fonds de plus de 9 brasses, mais il faut faire grande attention au récif qui s'étend au loin dans la mer au Sud de la petite île.
Par 22°30' [en réalité par 22°12' ou 22°17']f se trouve la baie de Saint-Bonaventure [baie de Fanemotsa ou plutôt de Fandivotsa], qui n'est pas importante et où le fond, qui est de roche, est mauvais et est tout au plus de quatre brasses; on y entre du côté de l'Est; du côté Sud, on trouve un fond plufavorable et de nombreuses sources ou aiguades. A l'intérieur de cette baie, il y a deux bras de mer, mais qui n'ont pas une grande importance; il y a plusieurs villages habités par de pauvres gens. On la reconnaît à quatre belles falaises qui, de loin, ressemblent à quatre villes qui seraient bâties au bord dla mer. Sur la côte au Sud de cette baie, à une lieue de distance, il y a un rocher très dangereux qui s'élève à une lieut environ de la terre et que la mer recouvre de temps à autre; il faut s'en garder avec soin.
Par 23% débouche un fleuve d'eau douce nommé Macimanui [Manombo], qui ne peut être remonté que par de petites barques ; on y trouve à acheter des bœufs, des volailles, des haricob Le roi de ce pays est notre ami; il s'appelle Diamaçuto [Andriamazoto] et c'est un bouque [un Malgache]. En cet endroit, dan* les hautes montagnes qui sont voisines du rivage, il y a uor large coupée qui mérite de fixer l'attention; quand on est l'Est quart Nord-Est de cette coupée, on est à peu près en fade l'embouchure du fleuve qu'on aperçoit de très loin, à cau> de l'abondante et fraîche végétation qui l'entoure.
Quatre ou cinq lieues environ plus, au Sud, le récif présent une autre grande ouverture [passe de Fanandomotsa] par laquelV on peut facilement pénétrer en gouvernant vers l'Est-Nonl-E* et où les fonds sont de 6 brasses. Après avoir traversé tout
l'épaisseur du récif, on tourne au Sud-Est et on mouille par un fond qui est de 4 brasses à marée basse et qui est formé de sable; l'eau y est très limpide [baie de Banobé (par 23°3')]. En dedans du récif, le port est vaste, mais peu abrité et il n'y faut chercher un refuge qu'en cas de nécessité. Au Nord de ce port, le long de la côte, le fond est insuffisant, pour ainsi dire à sec. A une grande lieue au-delà du port, on aperçoit, à une petite distance de la plage, un rocher isolé, au Nord et à une portée de canon duquel il y a sur la plage une source d'eau excellente, quoique toujours d'une couleur laiteuse, source qu'on ne voit que lorsque la mer s'est retirée d'environ un quart. Cet endroit appartient à Diamaçuto [Andriamazotoj; on y trouve les mêmes vivres et les mêmes articles qu'à Macimanga [ManomboJ. A six ou sept lieues plus loin, on remarque une autre ouverture semblable à la précédente [embouchure du Fiherenana (par 23° 19')], en face d'une autre grande coupée entre deux montagnes qui sont situées un peu dans l'intérieur des terres.
Il est enfin temps d'arriver à la baie de Jésus, que les cartes indiquent sous le nom de fleuve de Santiago et qui est située un peu avant le 24e degré de latitude [baie de Saint-Augustin]; on la reconnaît, du côté du Nord, aux montagnes qui sont au bord de la mer et au milieu desquelles s'élève une sorte de table carrée [Montagne de la Table ou Mahinia]; ces montagnes entourent toute la baie et, vues de loin, mais bien en face, semblent plonger dans la mer. Le troisième point de repère et le plus important est un Ilot [Nosy Vé] qui est à une bonne lieue de la côte et est enveloppé, du côté Nord-Ouest, par un banc de sable et, du côté du Sud, par un grand récif; le mouillage y est excellent, par 16 ou 18 brasses, avec fond de sable; il se trouve à une demi-lieue au Nord et à trois bonnes lieues de la baie. On entre dans cette baie en gouvernant vers l'Est, par un
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chenal où Ton trouve 60 et 70 brasses d'eau; il ny a aucun obstacle à redouter, sauf ceux qu'on voit à l'œil nu. Elle est presque circulaire, ayant deux tiers de lieue de large et autant de long. Au Nord, on y trouve un excellent mouillage pour les galions, par 4 et 5 brasses, dans un endroit où le fond est tellement en pente que les ancres plongent parfois dans 25 et 30 brasses d'eau. Pour les grands navires, un mouillage convenable se trouve un peu plus au Sud, en face d'une plage de sable, par un fond de 15 brasses à ce que nous affirme le pilote qui y a jeté la sonde. Cette baie n'est exposée que du côté de l'Ouest et du Nord-Ouest, d'où les vents du reste ne soufflent que rarement.
Le principal avantage de ce lieu est un beau fleuve d'eau douce, que l'on appelle l'Onguelay [Onilahy ou rivière de Saint- Augustin] et qui débouche au pied d'une montagne; c'est là, et tout à proximité de la plage, que l'on peut faire de l'eau. Ce fleuve est assez profond pour qu'une embarcation quelconque puisse le remonter. Par suite, le port en question est précieux pour les navires de guerre qui, sans avoir à se détourner de leur route, sans avoir à craindre de s'échouer, peuvent toujours y venir chercher un abri, y faire très facilement de l'eau et, en même temps, se ravitailler à bon compte en y achetant des bœufs, des chèvres, des moutons et des volailles. Enfin, ce qui prouve l'importance de ce point de relâche, c'est que les Anglais, qui depuis quelques années visitent l'Inde contre toute justice, s'y arrêtent très souvent. Il nous serait très facile de les en éloigner; on dirait en effet que Dieu a élevé tout exprès à l'entrée de la baie un rocher énorme, très haut, taillé à pic du côté de la mer, qui forme un rempart formidable qu'on pourrait fortifier au sommet et d'où l'on mitraillerait facilement toute la baie.
Le roi est de race bouque [malgache] ; il a conclu avec nous un traité de paix, en vertu duquel il s'engage à ne plus permettre aux Anglais de relâcher dans cette baie.
Chap. X. — De la pointe de Saint-Romain [côte méridionale de Madagascar] où il est en particulier question de la rade oc baie de Saint-Augustin [baie d'Androka ou des Masikoro]. Des bancs de sable [banc de l'Étoile] et du cap de Sainte- Marie. De la baie de Saint-Luc [baie d'Andranofotsy] et de celle de Sainte-Luce [baie de Manafiaft]. — La pointe de Saint-Romain n'est pas, à proprement parler, un cap; elle comprend toute la côte Sud de l'île, qui a une étendue de plus de cinquante lieues. Si l'on part de la baie de Jésus [baie de Saint- Augustin] dans la direction de cette pointe, la côte a d'abord, pendant deux ou trois lieues, une direction Sud-Est, puis Sud quart Sud-Ouest et enfin Sud-Sud-Ouest jusqu'au delà de 24°30 . La terre est partout basse au bord de la mer et la plage est très blanche ; on trouve tout près de la côte, en certains endroits, un fond excellent; il n'y a du reste dans toute cette partie de lile ni rivières, ni bancs de sable, ni récifs. Un peu à l'intérieur des terres, on aperçoit quelques petites montagnes. Par 24°30/ se dresse une haute falaise blanche [falaise de Lanivato], à partir de laquelle, jusqu'au 25e degré, la côte est dirigée vers le Sud quart Sud-Est, avec de hautes montagnes venant jusqu'au bord de la mer et, çà et là, quelques ravins, mais sans plage ni coupée ou baie quelconque et sans fond, si ce n'est tout près de terre.
Par 25° 10', se trouve la rade de Saint- Augustin [baie d'Androka ou des Masikoro], qui est fermée au Sud et au Nord par de grands récifs. Les points de repère sont : en premier lieu deux hautes montagnes, couvertes de végétation, qui dominent
la rade et dont la plus élevée est la plus septentrionale; en second lieu, les récifs eux-mêmes et un ilôt à fleur d'eau, sur lequel il n'y a aucun arbre et qu'entoure dans le Sud-Ouest uq banc de sable. On fera bien, en entrant, de laisser l'îlot à gauche et de chercher le chenal que l'on voit entre les deux récifs a l'Est-Nord-Est. La plus faible profondeur qu'il y a en cet endroit est 7 brasses, en face du récif; un peu plus à l'intérieur, on eo trouve bientôt dix avec fond de sable. Ce port n'offre pas un grand abri, surtout à marée haute, car alors la mer, eo brisant contre les récifs, soulève des vagues énormes. La plajre r>t également dangereuse et le débarquement y est difficile, par suite de la houle. 11 y a d'excellents puits d'eau potable, situedroit à l'Est de la pointe Sud du récif, au pied de grandes dune* de sable, à une portée de canon de la plage. Il ne faut pas écouter les nègres [Malgaches], qui montreront d'autres puit< dont l'eau est de mauvaise qualité et qui sont un peu plus ao Sud dans un endroit où les Anglais ou les Hollandais, qui t>r<t été trompés par eux, ont fait de l'eau. Les habitants de rettr région sont des Bouques [Malgaches] idolâtres. Le Royaume port' le nom de Vavalinta [Vavan'Ilinta1]; le roi, qui s'appelle Dia|* nulia [Andriampanolihana], possède des bœufs, des moutons, Jchèvres, des haricots, du coton qu'il vend pour de l'argent «•:. barres et pour de grosses perles de verre de toutes les couleur mais surtout pour des perles rouges. Les indigènes sont pauvre ils ont pour tous vêtements des toiles de coton fabriquées dao> l'île même; leurs armes consistent en sagaies et en rondach^ ils connaissent l'autre côte de l'île.
En partant de ce port, pour doubler le Cap de Sainte-Mari' on peut passer entre l'îlot [Nosimborona] et le récif Sud où !■
1. Vavan' llinta, litt. : bouche de l'Uinta. I/llinta est la rivière qui *■ jette dans la baie d'Androka ou des Masikoro.
chenal a des fonds de 20 à 25 brasses. Jusqu'à ce cap, la côte a une direction Sud-Est; les montagnes baignent leurs pieds dans la mer pendant 24 lieues environ. En suivant de près la terre comme nous l'avons fait, au bout de 3 à 4 lieues, on découvre tout à coup les hauts-fonds de Sainte-Marie [banc de l'Étoile] qui sont au nombre d'au moins quatre, dont trois se succèdent à peu près du Nord au Sud, ainsi qu'une petite île [No s y Manitsa] qui est à une bonne lieue de la côte. De ces écueils, le plus éloigné de terre est un peu avant le 26° degré; c'est une sorte de banc de sable, qui est le plus souvent recouvert d'eau et qui se prolonge dans le Sud-Ouest par un grand récif [récif de l'Étoile]. Je n'ai pas vu en cet endroit tous les autres nombreux récifs qu'indiquent les cartes. Au contraire, entre celui dont je viens de parler et le deuxième qui est formé de pointes de rochers contre lesquelles la mer se brise seulement de temps à autre, il y a un excellent chenal qui est large d'une lieue et a plus de 12 brasses d'eau. Le troisième compte un plus grand nombre de rochers, contre lesquels se brise d'ordinaire la mer, après quoi se trouve un autre chenal large de plus de deux lieues et profond de 20 à 25 brasses, avec des eaux très limpides. Il est bon d'y entrer par le Sud-Est» Puis vient l'Ilot, à l'Ouest-Sud-Ouest duquel, i une lieue et demie environ, est le quatrième haut-fond qui est le premier que l'on découvre sur cette route et contre lequel la mer brise d'ordinaire.
Après avoir dépassé ces écueils et fait de six à sept lieues, on aperçoit, dans la côte, une coupée dirigée vers l'Est et entourée de grandes dunes [embouchure du Menarandra]. Après ces dunes, la côte est taillée à pic jusqu'au Cap de Sainte-Marie, et, tout le long de ces montagnes, s'étend un récif de rochers que recouvrent de 30 à 40 brasses d'eau ; la sonde y révèle un fond de graviers ou de galets, sans vase. Ce récif s'étend en mer jusqu'à
huit à dix lieues de la côte et dépasse vers l'Est le susdit caj qui est situé un peu avant le 26e degré et est la partie la plus élevée de toute l'île; il est facile à reconnaître, car il est plus élevé que les montagnes environnantes et est taillé à pic; de plus, il présente de nombreuses taches blanches.
Au-delà du cap, la côte est formée par des montagnes qui plongent directement dans la mer, mais qui sont moins élevée* que lui ; elles sont d'une hauteur presque partout uniforme et sans végétation. Elles se prolongent dans la direction de l'Ouest à l'Est pendant douze à quatorze lieues. Au-delà, od remarque une petite coupée, reconnaissable à deux tache* blanches, qui sont situées Tune à l'Est et l'autre à l'Ouest. La. la côte semble former une bonne rade, mais c'cM une simple apparence. Pendant douze à quatorze autres lieues, la côte a une direction Est quart Nord-Est, toujours avec les mêmes montagnes ; on ne trouve le fond que tout près de terre et on n'y aperçoit aucune rade, ni aucune île. On peut se rendre compte par là combien la carte est erronée, car elle indique dans ces parage* deux ou même trois îles.
La côte s'infléchit ensuite vers l'Est-Nord-Est jusqu'à 25*20 . Sur tout cet espace, les montagnes sont si nombreuses, si élevées et si enchevêtrées les unes dans les autres, que le voyageur qui les voit, même de loin, en est effrayé. On peut dire sans exagération que ces montagnes s'aperçoivent au moins de ia lieues en mer. Tout le long de cette côte, qui est partout trf> escarpée, il n'y a pas la moindre trace de bancs de sable et on \ trouve en plusieurs endroits un fond excellent, même à une ou deux lieues de la côte.
Au milieu de toutes ces montagnes, il y en a une qui mérite d'être mentionnée ; c'est un pic fort haut qui s'élève presque au bord de la mer [Andrahomanana] et qu'on aperçoit de loin dan-
le Nord-Est ; c'est un point de repère pour les navigateurs auquel s'en joint un second au Nord, qui consiste en une rade située à deux lieues à l'Est de ce pic par 25°20/. Cette rade [crique d'Andrahomanana], où des galions et autres petits bateaux peuvent mouiller, a un tiers de lieue de large à son entrée et s'élargit à l'intérieur où elle mesure deux tiers de lieue sur autant de long; le fond y est partout de sable fin, recouvert d'une hauteur d'eau à peu près invariable de six brasses. On y est parfaitement à l'abri des vents du Sud-Ouest, du Sud-Sud-Ouest, du Sud et du Sud-Sud-Est, à la condition de prendre quelques précautions ; car ces vents passant par-dessus la terre soulèvent des vagues énormes au milieu; aussi, afin d'être bien & l'abri, les navires doivent mouiller sur l'un des côtés ; le mouillage le meilleur, le plus commode et le plus sûr est dans une anse du côté Est, où Ton peut jeter l'ancre par un peu plus de quatre brasses en s'amarrant avec des câbles à terre même, dont on peut beaucoup s'approcher, car le rivage y est très escarpé. Les rats abondent en cet endroit, mais en avant soin d'attacher les amarres à quelques barriques, ou avec quelque autre précaution, on peut facilement remédier à cet inconvénient.
Il est difficile de s'y procurer de l'eau douce, qu'il faut aller chercher dans une lagune située à l'Est, à une demi-lieue de la plage, dans un vallon facile à reconnaître, mais on ne peut en prendre sans le consentement des indigènes ; si cette rade était fréquentée par les Européens, on pourrait creuser des puits tout près de la mer. Le pays s'appelle Enferoê [Amberio], et le roi est Rundamana [Roandriamanana]. Les habitants sont des Bouques [Malgaches], d'un bon naturel; ils nous ont témoigné de l'amitié. Le sol y est excellent et l'air sain. Le bétail, gros et menu, y abonde, ainsi que les volailles, les porcs sauvages [sangliers], les haricots, les ignames; on y trouve un peu de
riz, et des citrons en grande quantité. 11 y a des palmiers et, tout près de la plage, beaucoup d'arbres propres à faire d'excellent bois de construction. On peut acheter tous ces objets à des prix modérés, en échange de piastres, dé perles de verre, grosses et petites et de toutes les couleurs, surtout de perles rouges, de corail et d'autres menus articles, de chaînes d'argent, d'or et même d'alliage. Les indigènes n'ont pas de grandes embarcations, mais de simples pirogues; leurs armés ne consistent qu'en sagaies et en rondaches.
Nous terminerons ce voyage en décrivant le pays où ont vécu et où sont morts les Portugais naufragés suivant toute probabilité en l'an 1505 [1527] *. La côte a pendant environ six bonnes lieues une direction Est quart Nord-Est jusqu'à une colline qui forme une sorte de promontoire, à une bonne demi-lieue à l'Ouest de laquelle se voit une petite bouche qui peut donner tout au plus passage à un petit bateau et qui communique avec une grande lagune [lagune de Fanjahira], peu profonde puisqu'il n'y a pas plus de trois brasses d'eau au maximum. Dans cette lagune se jette un fleuve qui, en amont, arrose une belle et vaste plaine. A un peu plus d'une lieue de la mer, ce fleuve forme deux petites iles, qu'ont habitées jadis les Portugais dont nous parlons plus haut; l'une d'elles est appelée l'île de Santa Crui (de la Sainte-Croix8) par les indigènes, car on y voit encore une croix de pierre, ainsi qu'un « padron », sur lequel sont fort bien gravées les armes du Portugal et la croix de chevalier du Christ, et une maison en pierre, qui est à présent abandonnée. Les Portugais qui ont habité ce lieu ont été massacrés par les nègres [Malgaches] de ce royaume qui porte le nom de Matacasi
1 . Voir, dans le tome I de cette collection, le récit de ce naufrage, p. 58-60, et t. II, p. 41-43 et 46 (note).