Langoro, c'est un héron
constituent un attrait suffisant pour que les personnes riches et pieuses, qui désirent la gloire de Dieu et de leur Roi et qui veulent travailler pour la prospérité de leur patrie, pour leur fortune et celle de leurs enfants, ainsi que pour le bien des pauvres, ces élus de Dieu sur la terre, songent sérieusement à en entreprendre la colonisation.
En effet, Madagascar est un pays sain et plaisant, qui fournit sans culture les principaux objets nécessaires à l'existence, tels que bœufs, moulons, chèvres, volailles, poissons, oiseaux sauvages, etc., et les bœufs qu'on y trouve en grand nombre peuvent être utilisés pour le labourage, opération indispensable dans tous les pays; c'est précisément ce qui manque dans toutes les autres colonies. Il est au moins aussi près que nos autres établissements d'outre-mer de l'Inde où l'on peut se procurer, au quart des prix qu'on paie en Angleterre, toutes les choses nécessaires à la vie et même les choses superflues, telles que le riz et les aliments succulents dont on se nourrit en Orient et que mangent chaque jour avec plaisir et sans jamais s'en lasser les rois et les grands personnages, le blé, l'orge et diverses autres sortes de grains, l'arack ou rhum qui y est d'excellente qualité et une liqueur forte, tirée du riz, qu'on boit, soit pure, soit mélangée avec de l'eau, du sucre et du citron, ou bien assaisonnée avec toutes sortes d'épices, et qui constitue une boisson agréable et saine, meilleure que tous les vins que l'on peut se procurer à Londres. Quoiqu'il soit préférable de ne boire que de l'eau, qui y est aussi bonne et même meilleure qu'en Angleterre, on peut recommander l'usage de cette dernière boisson jusqu'à ce que l'on y fabrique de la bière d'orge, ce qui du reste pourra se faire de suite, comme je l'indiquerai plus loin.
On peut faire venir de l'Inde des vêtements pour hommes comme pour femmes, très convenables et même élégants et
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appropriés aux pays chauds, à raison de vingt shillings [2o fr. | et même de dix shillings [12 fr. 50] par an, de la literie en coton ou en soie végétale, à très bon marché et excellente, bien meilleure que nos lits de plume et nos édredons, et, quoiqu'on en fasse peu usage dans ces pays chauds, des couvertures de tous prix et de tous genres, ainsi que d'élégants couvre-pieds, à raison de cinq shillings [6 fr. 2o] la pièce, et toutes sortes de draps à si bon marché et si beaux qu'aucune autre partie du monde n'en fournit de pareils. On peut aussi s'y procurer, à l'usage des pauvres, de bonnes chemises, blanches et fines, à raison de dix à douze pence [1 fr. à 1 fr. 25] l'une; en Angleterre, on n'en peut trouver d'aussi fines et d'aussi blanches qu'en payant trois ou quatre fois plus cher; voilà seize ans que je n'en porte pas d'autres; une demi-douzaine, que j'ai payée trois shillings [3 fr. 75] l'une et dont les pareilles valent en Angleterre douze shillings [15 fr.], m'a duré, malgré un usage constant, trois années entières. Les souliers faits à la mode anglaise y valent six pence [0 fr. 60] la paire et les bottes deux shillings [2 fr. 50]. On peut encore y acheter des bonnets légers et commodes, bien meilleurs que les chapeaux de satin et de tafîetas qui sont si lourds et si roides; ces coiffures, en belle étoffe peinte ou brodée, sont d'un prix très inférieur à celui des chapeaux anglais.
Les personnes qui aiment à se vêtir richement et élégamment trouveront dans l'Inde du satin, du taffetas, du damas noir ou de couleur et de magnifiques étoffes tissées d'or et d'argent, à des prix moindres que ceux qu'on paie en Angleterre pour nos étoffes communes. En outre, les perles, les diamants et les pierres précieuses de toutes sortes y abondent, et on y fabrique une foule de bijoux curieux, des bracelets, des bagues et des boucles d'oreilles pour dames en agate, en jaspe, en cornaline, en pierres d'Ethiopie rouges et blanches, etc., le tout à si bon
lOG OUVRAGES ANCIENS
marché que, en ce qui me concerne, j'ai vendu en Angleterre, au prix de cinq à dix shillings [6 fr. 25 à, 12 fr. 50] la pièce, à des commerçants et à des bijoutiers qui me les ont achetés pour les revendre, des anneaux et des pendants d'oreille qui, dans l'Inde, ne m'avaient pas coûté plus d'un penny ou deux pence [de 0 fr. 10 à 0 fr. 25]. Il convient de noter aussi qu'on peut s'y procurer des plumes d'autruche, avec lesquelles on fait les éventails de dames et dont se servent les gentilshommes et les officiers, etc., de curieux éventails en papier ou en cuir dorés et peints, de beaux coffrets en ivoire, en ébène, en bois de santal, artistement incrustés de nacre, d'agates, de pierres diverses et d'ivoire, le tout à un bon marché incroyable; il en est de même des parfums agréables, tels que civette, musc, ambre gris et eau de rose qu'on y trouve en grande quantité et à des prix extraordinairement bas.
J'espère que la facilité de se procurer ces produits si précieux engagera îles lords, des baronnets, des gentilshommes et leurs femmes, ainsi que des industriels et des artisans à venir s'établir à Madagascar. La traversée, qui est de trois à quatre mois, est agréable et facile; les Portugais, les Hollandais, les Danois, etc., s'aventurent dans des régions bien plus lointaines où ils trafiquent, non sans courir de grands risques et des dangers continuels, et ils n'y trouvent pas toutes les satisfactions et tous les avantages que l'on aura à Madagascar. Je prie Dieu que le Roi et son gouvernement prennent de suite en considération les renseignements que je viens de consigner dans ce factum, afin qu'ils ne soient point devancés à Madagascar par d'autres nations qui ne sont pas sans savoir ce qu'il en est et qui ont aussi l'intention d'y fonder des établissements et qu'il ne leur advienne point ce qui est récemment arrivé au très honorable comte de Southampton et à M. John Cravon, le frère du très honorable
Lord Craven. Ces gentilshommes avaient formé le projet d'envoyer des navires et des colons dans l'île Maurice, qui est à l'Est de l'île de Saint-Laurent, et ils avaient déjà dépensé plusieurs milliers de livres sterling en préparatifs, mais les Hollandais, instruits de leur projet, firent plus grande diligence qu'eux et les devancèrent, de sorte qu'aujourd'hui ce sont eux qui sont installés dans cette île pour leur plus grande gloire et leur plus grand bénéfice et au grand détriment des honorables personnes que je viens de nommer et de notre nation.
Toutes les plantes, les fleurs et les fruits, qu'on recherche tant en Orient, peuvent être transportés de n'importe quel pays à Madagascar, où le sol est si riche et si fertile qu'ils y pousseront certainement fort bien et même plus vite que partout ailleurs. Si les plantes importées d'x-Vngleterre ou d'Europe n'y réussissent pas au débuta cause de l'ignorance dans laquelle nous sommes des meilleurs moyens de conserver les graines pendant un voyage aussi long, il sera toujours possible de tirer de l'Inde, qui est cà une distance de Madagascar quatre fois moindre que l'Europe, des graines de légumes, tels que radis, laitues, carottes, navets, oignons, moutarde et bien d'autres plantes qui ont une valeur plus grande que celles d'Angleterre. Je ne puis non plus mettre en doute que cette île possède et, en tout cas, qu'on puisse y transporter les arbres précieux qui, comme le Palmier Toddy et les Palmistes, distillent de grandes quantités d'une liqueur salutaire et agréable qui ne le cède en rien, si toutefois elle ne lui est pas supérieure, au vin blanc sucré. C'est surtout le cas pour le vin du Palmier Toddy; quant à l'arack, excepté quand il est de qualité supérieure, il a un goût désagréable, comme s'il avait été conservé dans des cornes. Il y aura lieu, si le cocotier n'existe pas encore à Madagascar, de l'y introduire; c'est un palmier qui donne une noix
aussi grosse qu'une tête d'enfant et dont l'amande constitue un aliment excellent et fournit de l'huile, du vinaigre et d'autres friandises, tandis que l'arbre lui-même donne des fibres ou fils, les uns fins, les autres grossiers, avec lesquels on fait des cordes et des câbles pour navires et pour des usages divers.
On jiourra aussi s'y procurer beaucoup d'excellents fruits, tels que les myrobolans et les bananes. Les bananes, que nos compatriotes appellent « pommes de paradis » et avec lesquelles le serpent a séduit Eve, ont, ainsi que les myrobolans, un goût beaucoup plus délicat que nos abricots, et les médecins et les confiseurs savent parfaitement combien elles sont appréciées sous forme de conserves par les malades aussi bien que par les gourmets; elles poussent par régimes de cent environ et sont grosses comme une énorme cosse de haricot; elles sont très agréables au goût; on les coupe comme les panais, par petites tranches, et on les assaisonne au beurre; on en mange à tous les repas, arrangées de toutes les manières possibles; on les trempe même dans du vinaigre ou on les saupoudre de poivre et de sel pour atténuer leur goût douceâtre. Quant à la plante elle-même, elle est de la grosseur d'un pommier et elle ne porte pas de branches, mais de grandes feuilles longues d'une aune [1 m. 20] et plus; ces feuilles aussi bien que le tronc sont un aliment excellent pour les bœufs, car le tronc n'est pas plus dur qu'un gros chou et on peut le trancher d'un seul coup de sabre; deux ou trois hommes ont coupé avec moi à Moalala ' [Mahalala] un grand nombre de bananiers que nous avons emportés à bord et qui nous ont servis à nourrir le bétail que nous avons embarqué à Saint-Augustin.
Il existe cinq sortes de myrobolans ^ L'une ressemble à des
2. Dans la version publiée par Churchill (t. VIII, p. 638), il y a Malalo.
3. « Les Myrobolans [littéralement en grec : glands à parfum] sont de
abricots ou à de grosses prunes et a un noyau octogonal; on fait avec elle une confiture excellente qui est fort recherchée et qui se vend très cher en Perse et ailleurs. Les quatre autres sortes sont utilisées en médecine; ce sont les docteurs et les apothicaires qui peuvent dire leurs noms et leurs propriétés sur les quatre éléments du corps humain. Il suffit qu'un malade tienne à la main un de ces fruits pour être immédiatement guéri, soit qu'il souffre d'une hémorragie, soit qu'il ait la fièvre ou deux autres affections dont j'ai oublié le nom; aussi, dans l'Inde, certains de ces myrobolans se vendent-ils de cinquante à cent livres sterling [de 1 250 à 2 500 fr.] la pièce. Voici l'explication de cette très curieuse propriété : à l'époque de l'année où l'on taille les arbres, on coupe toutes leurs branches, ne laissant qu'une seule tige; or cet élaguage à toute outrance rend ces arbres malades, de telle sorte que, si la plupart végètent plus ou moins bien, il n'y en a guère qu'un sur cent qui fructifie et encore ne produit-il qu'un ou deux myrobolans au plus, mais toute la force de l'arbre passe dans ce fruit unique ou dans ces deux fruits qui deviennent de la grosseur d'une pomme et qui guérissent, comme je l'ai dit plus haut, diverses maladies quand le patient en a un dans la main. La chose est absolument vraie et certaine; elle m'a été assurée par plusieurs docteurs banians
petits fruits purgatifs, qui sont en usage en médecine et dont les épiciersdroguistes et les apothicaires font un grand commerce. Il y en a cinq sortes, qui toutes proviennent des Indes Orientales : 1° Myrobolans citrins (Arares), de Goa; 2° Myrobolans indiens ou noirs; 3° Chebiiles ou Qiiibiis, du Dekkan et du Bengale; 4° Beltcrics; o" Emblics [a). Les Myrobolans sont assez semblables aux prunes de mirabelles desséchées, mais ils sont un peu plus longs et partagés en petites côtes. Leur noyau renferme une amande » [Dictionnaire universel du commerce de Savary, 17231.
(a) Les quatre premières sortes sont produites par des Terminulia T. citrina, T. chebula, T. bellerica, etc.) et la dernière par le Phyllanthus emhlica. Aujourd'hui ces drupes, qui sont en elTet astrin^rents et un peu laxatifs, n'entrent plus que dans quelques préparations officinales anciennes.
et brahmanes. Ces gros myrobolans sont rares et très chers; les grands personnages de l'Inde les achètent à tout prix, et, si quelqu'un de nos docteurs anglais en connaissait les extraordinaires vertus, ils vaudraient en Europe mille livres sterling [25 000 fr.] la pièce et seraient un cadeau digne des Rois.
Quant aux petites espèces de myrobolans, on les trouve partout dans l'Inde en grande quantité et à très bon compte : j'en ai acheté trois mille livres à raison d'un farthing [2 centimes 1/2] la livre, que j'ai revendue en gros en Angleterre trois shillings quatre pence [4 fr. 20], tandis que les droguistes les débitent au prix de six shillings huit pence [8 fr. 30] la livre. Je crois bien qu'à Madagascar il y a diverses espèces d'arbres de myrobolans, mais, en tout cas, il sera facile d'y en planter, car le climat est le même que dans l'Inde, et beaucoup d'arbres et de plantes qui y croissent se trouvent également dans l'Inde, donnant des fruits qui ont la même saveur et les mêmes qualités.
Il est vrai qu'il n'y a ni chameaux, ni chevaux, ni ânes, ni mulets, ni éléphants, ni buffles, ni moutons de Perse qui sont si estimés dans l'Inde, mais rien ne s'oppose à ce qu'on importe ces animaux de Perse et qu'on en fasse l'élevage à Madagascar, dont le sol si riche et si fertile permettra d'obtenir des animaux qu'on vendra dans l'Inde à un bon prix. Les transports se feront facilement et à bas prix, soit par navires anglais, soit par navires indiens. Un cheval que l'on achète en Perse de 5 à 8 livres sterling [de 125 à 200 fr.], vaut dans l'Inde de 20 cà GO livres sterling [de 500 à 1 500 fr.] ou plus suivant ses qualités.
Chap. VTI. — Le bétail et les vivres sont à bon mabché À Madagascar. — Les dindons [pintades] dont parle M. Lloyd et QUE LES Anglais nomment ainsi parce qu'ils sont noirs avec des taches blanches, ne sont pas aussi gros ni aussi bons que les nôtres; ce sont plutôt des faisans ou des oiseaux d'espèce voi-
CONCERNANT MADAGASCAR iH
SINE. — L'installation a Madagascar de laiteries, où l'on fabriquera DU BEURRE ET DU FROMAGE, ET d'uSINES POUR SALER LA VIANDE DE BŒUF ET BRASSER DE LA BONNE BIÈRE PROCURERA DE BEAUX BÉNÉFICES.
— Les moutons de Perse se vendent fort cher dans l'Inde; leur laine, qui est grisâtre mélangée de noir et de blanc, est douce comme la soie et curieusement frisée. Ils sont aussi fort estimés dans nos pays. Ayant vu, en hiver, le Palsgrave ou Prince Electeur dîner avec Sa Majesté le Roi Charles et ayant remarqué que son manteau était doublé d'une de ces peaux, j'ai écrit à un ami en Perse de m'en envoyer quelques-unes. J'en ai reçu sept qui m'ont coûté là-bas environ seize shillings [20 fr.J l'une; M. Granthorn, le fourreur du Roi, les ayant vues, a absolument voulu me les acheter et il m'en a donné trente-trois shillings [42 fr.]; j'aurais pu même en avoir davantage si j'avais tenu bon. Cette race de moutons, une fois importée et élevée dans un pays aussi fertile que Madagascar, ce qui n'exigerait aucun frais, donnera des bénéfices considérables aux colons, sans parler de leur viande qui est très bonne, bien meilleure que celle des autres moutons d'Orient, et d'une qualité égale, sinon supérieure, à celle de nos moutons anglais. Les moutons de Perse ont de grandes et lourdes queues qui pèsent deux ou trois stones [de 13 à 19 kilogr.] et quelquefois plus, à ce qu'on m'a dit.
Quant aux bœufs de Madagascar, qu'on y paie environ douze pence [1 fr. 25] l'un, ceux de belle taille, surtout les blancs, se vendraient dans l'Inde à raison de vingt livres sterling [SOO fr.]. J'ai eu dans l'Inde, pour traîner ma voiture, une paire de bœufs blancs dont j'ai refusé 45 livres sterling [1 125 fr.]. Les peaux et le suif de ces bœufs, qui ne coûtent rien dans le pays et que l'on pourra envoyer en Angleterre, procureront aux colons de grands bénéfices. Leur viande est plus
succulente et plus agréable que celle de nos propres bœufs et elle est aussi blanche que celle du veau. Ces animaux ont, comme ceux de l'Inde, des bosses entre les épaules, bosses qui rappellent celles des chameaux et renferment une chair exquise, semblable et même supérieure à celle de la poitrine des jeunes veaux; elles pèsent, suivant la grosseur de l'animal, de quatre à cinq stones [de 25 à 32 kilogr.]. Si l'on introduit à Madagascar une race bovine anglaise, ce qu'on peut faire facilement en y important de jeunes veaux d'Angleterre, ces animaux y prospéreront et dépasseront de beaucoup, surtout au point de vue des cornes, leurs congénères orientaux; notre race blanche, surtout si l'on choisit des animaux du Lancashire et des comtés voisins, surpassera certainement la race indienne.
Les porcs pourront être apportés de l'Inde à très peu de frais, si l'on n'en trouve pas dans le pays où ils sont considérés comme impurs.
Les dindons d'Angleterre, élevés à Madagascar dans le but de les vendre dans l'Inde, seront sans nul doute fort recherchés; on a déjà souvent essayé d'en importer en Orient, mais sans succès, soit parce que l'espace qu'on leur accordait à bord ne fût pas suffisant, soit parce qu'on n'a pas su leur donner les soins nécessaires, soit enfin parce qu'on les a tués pour les donner à manger à des malades ou à des personnes délicates. Cependant, à bord d'une flotte anglaise que nous avons rencontrée à Madagascar en revenant de l'Inde, j'ai vu trois ou quatre de ces oiseaux vivants. Il sera utile aussi d'importer des lapins et des pigeons; ces derniers pourront être amenés de l'Inde.
11 faudra apporter des pois, des haricots, des graines de diverses sortes de légumes, de l'avoine et de la vesce, tous articles qui trouveront leur placement dans l'Inde. Le beurre et le fromage quon fabriquera à Madagascar, où Ton aura facile-
ment autant de vaches qu'il sera nécessaire, aurait un bon débit dans tout l'Orient, ainsi que dans la colonie elle-même. On alléguera peut-être que l'île de Madagascar est trop chaude pour que l'on y obtienne de bons produits et pour que l'on y brasse de la bière et que l'on y sale du bœuf; mais je ne doute pas que l'art et l'industrie de l'homme vaincront les obstacles que présente le climat. Je me permettrai à ce sujet de formuler mon humble avis, demandant que l'on me pardonne si je me trompe. Certainement, si par méchanceté on ne m'avait pas empêché de faire un autre voyage dans l'Inde, j'aurais fait des essais touchant tout ce dont je parle dans cette note.
A mon avis, il faut construire une maison dans l'endroit le plus frais et, autant que possible, à l'ombre, puis on installera la laiterie au Nord sous terre ou sous une voûte en pierres, de sorte que l'air y soit toujours frais; si l'on emploie dans cette construction des pierres venant d'Ormouz en Perse, qui, réduites en poudre, donnent un sel excellent, on aura probablement une maison très fraîche et très convenable. Au centre de l'établissement, on creusera une petite citerne ou réservoir; si l'on est dans le voisinage d'une rivière et qu'on puisse y amener un petit filet d'eau sans cesse renouvelé et frais, ce n'en sera que mieux, sinon il faudra imiter ce qui se fait dans l'Inde, c'est-à-dire charrier de l'eau à dos de bœufs dans des sacs en cuir ou dans des tonneaux et la déverser dans la citerne, puis, à l'aide de tuyaux, la faire couler en petits filets dans le réservoir qui doit être en contre-bas de la citerne. Il sera nécessaire de ménager dans le toit de la laiterie une ouverture surmontée d'une tourelle ou d'un gros tuyau en planches, disposé pour capter le vent et Famener dans l'intérieur de la laiterie afin d'y rafraîchir l'air; il faut en somme installer quelque chose de pareil aux manches à air que j'ai vues employées à Ormuz pour m. 8
rafraîchir les principales pièces des maisons; il y en a d'analogues en Espagne, en Portugal et dans d'autres pays chauds, et les nombreux Anglais qui les ont vues pourront donner des conseils en vue d'un aménagement semblable.
Chap. YIII. — Installation de laiteries, de brasseries et d'usines pour saler la viande a l'usage des marins. — Moyen d'obtenir du salpêtre a meilleur compte que dans l'Inde et ailleurs. — Madagascar peut fournir toutes sortes d'excellents
MATÉRIAUX DE CONSTRUCTION. LeS ARTISANS PAUVRES PEUVENT Y
GAGNER FACILEMENT LEUR VIE EN FABRIQUANT TOUTES SORTES d'oBJETS ET DÉFIER LES OUVRIERS DU MONDE ENTIER POUR LE PRIX DE LEUR MAINd'œUVRE. Le COMMERCE d'importations et d'exportations DON- NERA A Madagascar des bénéfices supérieurs à ceux qu'on peut AVOIR dans tous les AUTRES PAYS. — Entre la muraille de la laiterie (ou de la brasserie destinée à rafraîchir le moût) et le réservoir, il faudra laisser un passage suffisant pour qu'on y puisse circuler, et on y disposera des planches solides sur lesquelles on rangera des récipients hauts d'un demi-pied à un pied [de 0 m. 15 à 0 m. 30], plus ou moins suivant ce qui semblera le mieux, récipients qu'on inclinera légèrement et au bas desquels on pratiquera un trou qui pourra se fermer et s'ouvrir à volonté, afin de laisser échapper l'eau qu'ils contiendront. A cette eau, on ajoutera une quantité suffisante de salpêtre, proportionnellement à son volume. Ces récipients, dans lesquels la laitière devra placer ses pots au lait, qui seront faits soit en terre, soit en bois, soit en un métal quelconque, selon les possibilités, tiendront le lait et la crème aussi frais ou même plus frais que dans nos laiteries anglaises. J'ai vu expérimenter ce procédé dans l'Inde pour rafraîchir l'eau à boire. Si, en effet, on met pendant quelques instants une bouteille d'un liquide quelconque dans un vase plein d'eau mêlée à
(lu salpêtre, le liquide contenu dans la bouteille devient si frais qu'on peut à peine le boire et qu'il fait presque claquer les dents.
Je crois aussi que, si l'on dépose de la viande de bœuf avec du sel dans des vases en terre ou en métal et qu'on entoure ces vases de salpêtre, la fraîcheur ainsi obtenue sera suffisante pour que la viande se sale convenablement.
Des réfrigérants analogues peuvent être utilisés pour brasser la bière et permettront de faire de bonne boisson pour les colons qui, je l'espère, en tireront avantage et bénéfice. Cette bière faite à Madagascar servira en effet non seulement aux besoins de lîle, mais pourra être exportée, en même temps que du beurre, du fromage et du bœuf salé, dans l'Inde où ces produits ne sont ni bons, ni abondants, et où, à cause du petit nombre de vaches qu'il y a dans ce pays, ils sont aussi chers et même plus chers qu'en Angleterre. L'exportation de viande de bœuf destinée à approvisionner les navires donnera surtout des bénéfices incalculables.
Ainsi donc je suis persuadé qu'on peut installer à Madagascar d'excellentes laiteries où l'on pourra faire de bon beurre et de bon fromage, qu'on écoulera facilement dans l'Inde, en Perse, en Arabie et dans une centaine de ports des mers du Sud, et qui serviront aussi au ravitaillement des navires anglais, hollandais, danois et portugais qui naviguent dans l'Océan Indien. Aujourd'hui le fromage que nous apportons d'Europe dans l'Inde, est payé par les Banians douze pence [1 fr. 2o] la livre. A Macho [Moka?] sur la Mer Rouge, on fait un fromage excellent qui ressemble à notre fromage anglais, et cependant il y fait bien plus chaud qu'à Madagascar.
Le bœuf salé qu'on fera à Madagascar pourra se conserver pendant trois ou quatre mois, ainsi que nous en avons fait l'ex-
périence, mais, au bout de ce temps, il se dessèche et devient dur, ce qui tient à ce que nous comprimons la viande sous des poids pour en faire sortir tout le sang", sans quoi elle ne se garderait pas . Le meilleur moyen de conserver la viande de bœuf ou de mouton consiste à la couper en lanières, à l'instar des Indiens qui, pour leurs provisions de bord, coupent la viande en tout petits morceaux, la salent un peu, puis la sèchent au soleil jusqu'à ce qu'elle soit devenue dure comme de la colle forte; on peut alors l'emballer et l'emporter au loin. On n'a qu'à la faire tremper dans l'eau pendant environ une heure, pour qu'elle devienne aussi fraîche que si l'animal venait d'être tué, puis on la fait bouillir; la viande ainsi préparée se conserve au moins pendant douze mois et fournit une nourriture très saine. Voilà ce que j'ai appris et expérimenté moi-même à ce sujet.
On m'objectera peut-être que le salpêtre coûte cher et que son emploi entraînera des frais hors de proportion avec le prix qu'on pourra obtenir des produits. Je répondrai que dans l'Inde le salpêtre est à bas prix et que le fret pour Madagascar sera tout au plus le quart, peut-être même le huitième de celui qu'on paie pour le transport en Angleterre. Le sel est également à bon marché dans l'Inde. Toutefois, afin. de réduire les frais au minimum, on pourra les fabriquer, à très bon compte à Madagascar même. En efîet, j'ai vu de mes yeux du sel dans les cavités des rochers de la baie de Saint-Augustin, cavités qui, à marée haute, s'emplissent d'eau salée et où, à marée basse, quand le soleil a fait évaporer cette eau, il reste du sel. En outre j'ai été témoin, pendant notre séjour dans ce pays, d'un fait qui m'a paru étrange : les Anglais, en jouant aux quilles pour se divertir, avaient, à force d'y courir et de le piétiner, rendu un assez vaste espace de terrain nu comme les emplacements de
jeux de boules en Angleterre ou comme une route très fréquentée. Un jour où il plut, l'eau forma çà et là de petites flaques, qui, le lendemain, sous l'action de la chaleur du soleil, se transformèrent en dépôts de sel gris semblable à notre sel de cuisine; il est certain que cet endroit, qui n'est pas à plus d'une portée d'arc de la plage, est à certaines époques de l'année inondé par la mer; du reste, j'ai constaté que, tout autour, l'herbe est imprégnée de sel.
Or, si l'on peut tirer le salpêtre du sel gemme, comme je crois qu'on le fait en Angleterre oîi j'ai vu les fabricants de salpêtre goûter le sel gemme pour s'assurer s'il avait les qualités convenables pour cet objet, on pourra certainement y fabriquer du salpêtre à un prix de revient insignifiant; car, en l'endroit dont je viens de parler, il y a un beau ruisseau d'eau douce qui jaillit d'un rocher et se jette dans la baie, débitant une masse d'eau suffisante pour faire tourner un moulin; quand même l'eau douce ne serait pas nécessaire pour traiter le salpêtre, il sera néanmoins utile pour l'opération dont il est question ici et sera en tous cas très précieux pour d'autres usages. En effet, il sort du rocher à une hauteur d'au moins huit ou dix pieds et, à marée basse, l'eau peut être facilement et à peu de frais portée dans des barriques au bord de la mer qui n'est qu'à la distance d'un jet de pierre. Le salpêtre qu'on fabriquera à Madagascar pourra être expédié en Angleterre à bien meilleur compte que celui qu'on est obligé d'amener à dos de chameau jusqu'aux ports d'embarquement qui se trouvent à un millier de milles du lieu d'origine, sans compter que Madagascar n'est qu'aux trois-quarts de la distance de l'Inde. De plus, le fret pour Londres sera beaucoup moins cher, puisqu'on pourra se servir des navires qui amèneront les colons et qui, même dès leur premier voyage, pourront prendre une cargaison de retour
118 OUVHAGES ANCIENS
composée de peaux de bœufs et de suif pour lesquels il n'y aura rien à débourser.
Dans la belle île de Madagascar, il y a de bon bois de construction et de la pierre en abondance, et, sans aucun doute, on y peut fabriquer de la brique aussi bien que dans l'Inde et en Perse où de nombreuses maisons sont construites avec des briques non cuites, séchées seulement au soleil. Je suis convaincu qu'avec le temps, lorsque la colonie se sera développée, des hommes actifs et intelligents y découvriront les mêmes richesses qu'on trouve dans d'autres pays lointains, telles que mines d'or, d'argent, de cuivre, de plomb, de fer, d'étain et d'autres minerais, aussi bien que drogues précieuses et utiles pour la médecine. Nous y avons recueilli de laloès qu'on a payé à Londres six schillings huit pence [8 fr. 30] la livre (voir plus haut, pp. 10-11 et p. 61), et je sais qu'il y a d'excellentes matières tinctoriales et une foule de produits naturels dont on ne peut, en ce moment, se rendre compte. Lorsqu'il y aura à Madagascar des artisans habiles et de bons fabricants, cette île surpassera tous les autres pays du monde par ses produits manufacturés.
Certes, je ne voudrais pas pousser nos industriels à employer outremer des gens qui enlèveraient aux pauvres de notre pays leur travail quotidien, mais comme il s'agit d'exploitations faites par nos compatriotes eux-mêmes ou par des esclaves au profit de ces compatriotes, je ne vois point qu'il puisse en résulter de dommages pour notre nation. Au contraire, une colonie fondée à Madagascar y attirerait une foule de pauvres gens et délivrerait notre pays de nombreux vagabonds, qui sont paresseux et par conséquent inutiles et qui se considèrent comme nés seulement pour manger et vivre du travail des autres; mais, comme cette question est au-dessus de ma portée et de mes capacités, je l'abandonne au jugement des hommes d'Etat, car
ne sutor ultra crepidam [ne te prononces pas sur ce que tu ne connais pasj.
Les renseignements que je viens de donner ci-dessus sont propres à décider les gens, qui sont tout à la fois charitables et pieux et en même temps intelligents et industrieux, à favoriser sans hésiter l'exécution de ce projet sans égal, et ce que je vais dire ne pourra que les y inciter davantage.
Je vais en effet indiquer quel profit énorme on pourra réaliser en faisant le commerce entre Madagascar et toutes les parties du monde, commerce qui sera très supérieur à tous les autres. En effet, une fois qu'elle sera colonisée et habitée par des Chrétiens, l'île de Saint-Laurent deviendra le centre du commerce de tous les pays d'Orient, tels que l'Inde, où il y a tant de vastes et opulents royaumes, la Perse, l'Arabie, la Chine, Atchin dans Sumatra, Moka, Bagdad et Babylone, tous pays riches et peuplés. Elle sera aussi l'entrepôt du commerce avec les Indes de tous les grands royaumes d'Europe, de l'Angleterre, de l'Espagne, du Portugal, de la France, de l'Allemagne, de l'Italie, du Danemark, des Pays-Bas, etc. En un mot, c'est certainement dans cette île que se concentrera tout le commerce d'importations et d'exportations entre l'Europe et l'Asie, ce qui l'enrichira et la fera prospérer plus que tout autre pays d'outre-mer.
Et puisque ma plume inexpérimentée a osé parler des avantages commerciaux qu'on peut retirer d'un pays comme Madagascar, je vais donner quelques détails, afin de satisfaire les personnes que ces questions intéressent. Cependant, avant d'entrer dans ce sujet, je veux répondre par avance aux accusations qui, je m'y attends, seront lancées contre moi par l'indigne gouverneur et les commissions non moins indignes de l'Honorable Corporation des Indes Orientales, qui vont certainement
m'accuser île parjure et de déloyauté envers leur Compagnie, dont je suis membre, sous le fallacieux prétexte qu'en donnant tous ces renseignements je nuis et porte préjudice à cette Compagnie, qui mérite le respect bien qu'elle ait un gouvernement indigne. Mais, quelques efforts qu'ils fassent» ils ne pourront jamais prouver leurs dires et, s'ils persistent, ils n'arriveront qu'à faire montre de leur méchanceté.
Je crois fermement que, lors même qu'elle serait préjudiciable à une Corporation dont je suis membre, la révélation de toutes choses dont la connaissance tendra à la gloire de Dieu, à l'honneur de mon Roi et à la prospérité de mon pays ne peut être considérée comme un crime envers Dieu ou les hommes. Sans doute, j'ai prêté serment de servir fidèlement cette Corporation et de ne point lui causer de préjudice, mais cette formule, telle est du moins mon opinion personnelle, ne peut empêcher que je doive sacrifier les intérêts particuliers aux intérêts primordiaux de Dieu, du Roi et de la Nation.
Je connais par expérience l'envie et la malignité des membres du Conseil des Indes Orientales, qui, incapables de bien gérer leurs biens propres et les biens de leurs actionnaires, s'opposent à ce que les particuliers fassent prospérer les leurs, semblables à ces chiens qui, quoique ne mangeant pas de foin, ne veulent pas que les bœufs en mangent, ou semblables à ces gens qui prennent le pain dans les mains des enfants pour le jeter aux animaux ; je suis en mesure de le prouver. Aussi ai-je cru préférable d'employer mes connaissances à faire du bien à tous mes compatriotes, plutôt que d'étouffer la vérité ou de la couvrir d'un voile à leur détriment. Je prie très humblement et modestement tous les hommes de bonne foi et de bonne volonté de me savoir gré de mes faibles efforts et d'accepter l'hommage de ce mémoire que j'offre à leurs réflexions par charité.
CONCERNANT MADAGASCAH i21
Chap. IX. — Les bénéfices considérables que phocure le commerce ACTUEL entre l'InDE ET l'AnGLETERRE REVIENDRONT AUX
COLONS DE Madagascar, si l'on accorde une entière liberté aux
COMMERÇANTS. AVANTAGES QUE l'oN PEUT OBTENIR PAR l'ÉCHANGE DE
CERTAINES MARCHANDISES ENTRE l'InDE ET LA PeRSE. Le PISCASH
[pICHKECh', cadeau] d'une CHAINE d'oR DONNÉE PAR PoDOMSEE, BIEN
qu'ayant une valeur de 500 livres STERLING [12 500 FR.], n'est
PAS COMPARABLE AU BÉNÉFICE QU'iL A RETIRÉ DE l'iMMENSE TRÉSOR DE PERLES qu'il a RAPPORTÉ. RiCHE COMMERCE DE PERLES ET DE DIA- MANTS ENTRE LA Perse ET l'Inde. — Au (lébut (le ce factum, j'ai dit qu'il n'y a dans aucun pays de commerce qu'on puisse comparer à celui qu'on fait avec l'Inde-, commerce dont les colons de Madagascar pourront, s'ils le veulent, s'assurer le monopole. En effet, le commerce des Indes, importations et exportations comprises, donne en général, en dix-huit mois et même moins, un bénéfice variant de 300 à 500 p. 100. Quant au commerce entre les divers royaumes de l'Orient, entre l'Inde et la Perse, la Mer Rouge, Atchin [dans l'île de Sumatra], la Chine, etc., il rapporte en six mois au moins de -30 à 60 p. 100. Je vais entrer dans quelques détails au sujet des diverses marchandises qui sont l'objet d'un trafic continuel entre l'Inde et la Perse et sur lesquelles j'ai recueilli des renseignements pendant mes voyages; quant aux autres articles, j'en parlerai