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PiiEMiEii VOYAGE. — J. van dcr Meersch, le troisième gouverneur de l'île Maurice, se conforma enlOiSaux intructionsde Van Diemen, mais dès 1646 il dut obéir aux ordres de son successeur Van der Lijn. Dans sa première lettre, le nouveau gouverneur général des Indes hollandaises, tout en annonçant que la plupart des esclaves venus de Madagascar étaient morts « parce que, suivant l'opinion générale, on les avait trop bien traités » ', recommandait vivement de continuer la traite des malgaches, parce qu'il n'était pas facile de s'en procurer à Arrakau [Arakan (Birmanie)] ; mais peu après il modifia ses instructions à cet
1. Van lier Lijn, croyant, à tort, que les Malgaches mangeaient peu et mal chez eux, attribuait à une trop bonne nourriture les décès qui étaient en réalité causés par la dysenterie.
CONCEHNAXT MADAGASCAR 19a
égard, autorisant à cesser ce genre de commerce et à supprimer le poste d'Antongil parce que les esclaves de Madagascar, disait-il, étaient lents, paresseux et stupides et que, (l'autre part, ils ne résistaient pas au climat de Java, car ceux que le Dolphin avait apportés, et qui avaient été vendus à des planteurs hollandais, étaient presque tous morts. Toutefois, au cas oii le climat de Maurice leur fût plus favorable, Van der Meersch était autorisé à en acheter pour travailler aux plantations de cette île.
Quoique ayant l'ordre d'enlever le poste d'Antongil, il ne devait pas néanmoins se désintéresser de Madagascar; il était chargé d'entretenir des relations d'amitié avec les chefs indigènes et surtout de surveiller les menées des Français et des Anglais. En effet, à la fin de 164S, Van der Lijn {Lettre aux XVII du n décembre 1643) avait appris que les Anglais avaient bâti un petit fort en palissades dans la baie de Saint- Augustin et qu'ils y avaient débarqué dix familles et un certain nombre d'hommes formant un total de cent personnes, qui se proposaient de tuer et de saler des bœufs et de planter de l'indigo, et qui voulaient aussi surveiller les Français établis dans la baie de Sainte-Luce [Manafiafy].
Dans cette baie de Sainte-Luce, les Français avaient en effet aussi construit un fort en palissades, où résidaient 130 hommes qui s'occupaient à couper de l'ébène et à abattre des bœufs, surtout pour en avoir les peaux. Le Royal était parti en décembre 1645 pour l'Europe, avec une cargaison d'ébène, de cire et de peaux de bœufs. Van der Lijn estimait que Sainte- Luce ne procurerait pas aux Français de bénéfices, parce que les frais étaient trop élevés. Les sept Hollandais qui étaient dans la baie d'Antongil faisaient triste figure auprès de ces deux établissements.
Le Welsing, que Van der S tel avait mené à Madagascar avec
le Dolphin et qui était revenu à Maurice le 6 septembre 1645, alla le 1" octobre se radouber dans le port du Sud-Est [le Grand- Port] et repartit le 13 pour la baie d'Antongil, où il arriva le 19. Les sept Hollandais qui y avaient été laissés le 9 août précédent étaient tous malades; ils avaient cependant acheté vingt-quatre esclaves dont deux s'étaient enfuis. Pendant que le Welsimi était sur rade, plusieurs personnes furent enlevées par une fièvre chaude [fièvre paludéenne], notamment le chef de traite Jacob Jacobsz; Hans Pietersz van Suringh, qu'on débarqua pour le remplacer, avait longtemps gardé les noirs [esclaves malgaches] à Maurice et connaissait un peu leur langue.
Van der Meersch, qui croyait trouver du riz à acheter à la baie d'Antongil, n'en avait emporté que peu de Maurice, de sorte que, n'ayant pu y renouveler sa provision, il dut renoncer à aller à la baie de Sainte-Luce [Manafiafy] '. Il constata aussi que Tétain et les grains de corail n'étaient plus de bons articles de troc, car le pays en regorgeait et ces objets ne s'usent pas, et que ce qu'il fallait, c'étaient des étoffes pour vêtements dont il indiqua à ses chefs les sortes les plus convenables. Van der Stel avait dit qu'on pouvait acheter un esclave pour une Ktistdeken [sorte de couverture faite spécialement pour la traite], mais si l'on en vend une ou deux à cause de la nouveauté de l'article, c'est tout et on ne peut réellement en tirer aucun parti.
A son dernier voyage à Madagascar [du 28 mai au 9 août 1645], Van der Stel avait fait un traité avec l'un des chefs de la baie d'Antongil. Van der Meersch attribuait peu de valeur
1. En arrivant à Maurice, il n'avait plus à bord que 50 livres de riz pour 140 personnes. Il reprocha à son prédécesseur Van der Stel d'avoir induit le gouverneur général des Indes hollandaises en erreur, en lui racontant à tort qu'on pouvait trouver des vivres à Madagascar, tandis qu'il savait pertinemment le centralise, puisque, en venant à Antongil avec le Dolphin, il avait emporté du riz de Maurice pour nourrir non seulement l'équipage, mais aussi les esclaves qu'il y venait acheter.
à cet acte, parce qu'en réalité ce chef l'avait signé sans comprendre ce qu'il faisait ; toutefois, il pouvait à l'occasion avoir son utilité à l'égard des nations européennes.
Les diverses tribus qui habitaient la baie d'Antongil étaient à cette époque en guerre ; les deux chefs Sirees [Tsirisa?] ' et Dinemange[Andriamanga?J ^ s'étaient unis contre File Bucos [le filohany (le chef) Bikana?] % et, comme tous craignaient les Hollandais, ils leur fournissaient volontiers des esclaves. Van der Meersch comprit que, dans ces conditions, avec un peu d'habileté il pourrait s'en procurer beaucoup.
Il séjourna en rade d'Antongil cinquante jours et y dépensa en cadeaux une soixantaine de florins [environ 125 francs]; il recruta quatre-vingt-six esclaves, ce qui, avec les vingt-deux qui avaient été achetés avant son arrivée, lui en fît cent huit. Il mit à la voile pour Maurice le 18 novembre 1645.
Deuxième voyagl;. — Le Jonghe Saijer, qui arriva de Batavia à Maurice le 11 avril 1646 en compagnie du IVitle Valk, amenait le chef de traite Jacobus Hensbroek, qui était envoyé pour continuer le commerce des esclaves à Madagascar et qui, malgré son titre supérieur, devait prendre les instructions de Van der Meersch, au cas où celui-ci ne l'accompagnerait pas à la baie d'Antongil. Le gouverneur général Van der Lijn recommandait d'avoir bien soin d'éviter de faire hausser les prix; « il faut, écrivait-il, conserver les gens simples dans leur simplicité », ce qui est facile lorsque des particuliers ne viennent pas, par une concurrence déraisonnable, gâter le commerce. Après avoir été remis en état, le Jonghe Saijer fît voile, le 22 juin 1646, en