Voir dans le tome II, p
2. Voir dans le tome II, les notes 1 et a, p. iiOT, et la note 2, p. 308.
Aussi, le 42 novembre d641, partit-il 3i\ec VEendracht et le Klein-Mauritius pour Madagascar. 11 s'arrêta devant lîle de Mascarenhas (Bourbon), mais, n'y trouvant pas d'ancrage sur, il continua jusqu'à la baie de Sainte-Luce [Manafiafy], où il arriva le 20 novembre. De là, il remonta le long de la côte orientale, sans trouver de traces du Maeslrichl^ et sans trouver non plus les grandes richesses que Van Diemen croyait y exister. Tout ce qu'il rapporta de cette expédition fut une grande quantité de cire achetée à Antepera [Itaperina] et cent cin(| esclaves, tant hommes que femmes, pris dans la baie d'Antongil, au prix moyen de 2 réaux 1/8 [11 fr. 25] l'un; il laissa dans cette baie deux Hollandais afin qu'ils y continuassent ce commerce.
Pendant cette expédition, Van der Stel avait rencontré trois navires français, dont l'un était le Saint-Alexis, commandé par Goverte [Alonse Goubert], et qui revenaient de la mer Rouge. L'équipage de Goverte [Goubert] était en pleine discorde, de sorte que dix-sept marins abandonnèrent le Sainl- Alexis, du consentement de leurs officiers, et passèrent au service de la Compagnie hollandaise des Indes-.
Les Français étaient en hostilités avec les indig-ènes, dont
1. Voir dans le tome II, p. oOT et notes, et la note 2, p. "JOS.
2. » Le lendemain [a], nous retournâmes au port de Sainte-Claire [ItaperinaJ, où était un vaisseau hollandais de 300 tonneaux, venant de la baie d'Antongil, où ils avaient acheté des nègres [Malgaches] pour s'en servir à Maurice. Ils nous vinrent visiter en notre habitation, savoir comment nous nous portions et ce que nous avions fait avec les Malgaches depuis que nous étions en ce pays. Notre barque n'étant capable que de vingt-cinq hommes, ils se chargèrent de vingt-cinq des nôtres, qui, étant à Maurice, prirent parti avec eux et s'en allèrent aux Moluques » (Relation du voyage de François Cauche, 1631, p. 22-23). Mais un peu plus loin, p. 24, il parle des dissensions qui existaient entre les équipages de son navire et d'un autre.
(a) D'après Cauche, cette rencoiilre, qui a eu lieu en réalité en 1642, aurait eu lieu en 1640 iloc. cit., p. 24).
ils avaient tué sept dans un comJjat (Lettre de Van der Stel au aouverneur général des Indes du 13 octobre 1642, Hyks Archief de la Haye, fonds Mauritius).
En s'en retournant à Maurice, les deux navires hollandais furent surpris le 29 avril par un cyclone et Van der Stel y arriva seul SL\ecVEe?îdraclit. Le Klein-Mauriiius resta en mer jusqu'au 21 juillet et, quand il mouilla en rade, VEendrachl n'y était plus, étant parti le 2 juin pour Batavia.
Ce premier voyage à Madagascar ne fut pas sans désappointer Van der Stel. A Batavia, ses chefs crurent qu'il s'était laissé jouer par les Français et que, malgré tout, l'île renfermait toutes sortes de richesses, que le commerce des esclaves surtout devait réussir; Van Diemen avait demandé par une lettre, qu'Abel Tasman, venu avec le Heemskerck et le Zee-Haen, apporta à Maurice le 5 septembre 1642', qu'on lui en envoyât par VEendracIit.
Deuxième voyage. — Avant de faire son second voyage à Madagascar, Van der Stel dut attendre le départ des navires hollandais et anglais qui étaient sur rade de Maurice. Quand le Berlàiout eut mis à la voile pour Batavia et que les Anglais
1. Voir plus loin, p. 41. — Ces deux navires, ainsi que VArent, qui arriva le lendemain (a), avaient besoin de se ravitailler et désiraient y prendre des charpentiers. Leurs équipages ne se gênèrent pas pour voler le bétail domestique {h) [Lettre de Van der Stel uu gouverneur général des Indes, du 11 juin 1644J. Les relations entre Van der Stel et Tasman ne furent pas des meilleures, car, malgré le concours dévoué que le gouverneur de Maurice lui donna, Tasman, de retour à lîatavia le 14 juin 1043, porta plainte contre lui, mais celui-ci [dans sa lettre du 11 Juin 1644] à son tour l'attaqua, le qualifiant d' « hypocrite qui aurait mieux fait de s'occuper de son navire que de passer les nuits à boire et à faire la fête à bord de VArent ». 11 est difficile de savoir lequel des deux avait raison. Van der Stel paraît avoir été un homme pieux et sévère. — Le Heemskerck et le Zec-llaen, après avoir débarqué quelques malades et les avoir remplacés par des gens bien portants, partirent de Maurice le 8 octobre. \.'Arent mit à lu voile cinq jours après.
(a) Voir dans le tome II, p. îJOU.
(/j) Ce qu'avaient tléjà fait les iiialelols du Ilaarlem.
furent partis pour Madagascar, d'où ils devaient aller à Surate, il s'embarqua le 18 avril 1644 à bord du ]]'elsinr)^ et se rendit dans la baie d'Antongil, avec la pensée qu'il pourrait s'y procurer facilement des esclaves et du riz, du moins si les deux Hollandais qu'il y avait laissés à son précédent voyage vivaient encore; toutefois, il était d'avis que le riz de Madagascar ne pouvait pas se garder longtemps et que les esclaves malgaches étaient insoumis et difficiles à dresser.
Le 21 avril 1644, le Welsing mouilla dans la baie d'Antongil, où il apprit qu'il y avait treize mois que le plus jeune des deux Hollandais était mort et que l'autre était mort bien auparavant. Les Malgaches lui racontèrent qu'un navire français était venu sur cette rade, il y avait à peu près un an-, et que son équipage avait ravagé le pays; aussi se montrèrent-ils cette fois moins prévenants envers les Hollandais que la fois précédente. Le roi du pays raconta qu'à la demande des deux traitants que Vander Stel avait laissés dans cette baie, il avait, par trois fois, rassemblé un lot d'esclaves pour eux, mais, comme leur navire ne venait pas, il avait fait conduire ces esclaves par son fils sur la côte Nord-Ouest, où il les avait vendus à des Portugais contre des vêtements et des bœufs. Yan der Stel ne put douter de l'exactitude de son récit en vovant entre ses mains des marchan-
1. Le Wehing, parti le 24 février 1644 de Batavia avec le Berkhout, était envoyé par le gouverneur général des Indes hollandaises pour aller trafiquer à Madagascar et y acheter des esclaves, du riz et généralement tout ce qu'on y peut trouver. Ce yacht avait un équipage de trente hommes et des articles pour Madagascar d'une valeur de 7 828 florins Me 16 MOO francs environ'^ [Dagh-Register gehouden int Casteel Batavia t643-l6ii, p. 31).
2. « Cocquet, capitaine du Saint-Louis, arriva en l'île de Madagascar] environ le mois de septembre ri642] et en passant alla aux îles de Mascareigne I^Bourbon] et Diego Rois [Rodrigues], desquelles îles le sieur Pronis [avec le sieur Foucquembourg] prit possession au nom de Sa Majesté Très-Chrétienne et passa en l'île Sainte-Marie et à la baie d'Antongil, oîi ils en firent le semblable » (Flacourt, Histoire de Madagascar, p. 194).
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dises portug-aises, et ce ne fut pas sans peine qu'il le décifla à envoyer ses gens à bord de pirogues courir sus à leurs ennemis. Pendant ce temps, arriva dans la baie d'Antongil, le 8 août 1644, un navire français qui y demeura jusqu'au 21 (Lettre de Van der Stel, du 25 novembre 1644 et Extrait de son Journal [Rijks Archief de la Haye, fonds Mauritius]). Dès qu'il avait aperçu une voile à l'horizon. Van der Stel avait fait préparer son navire poiu' le combat, car il craignait que ce fût un corsaire. C'était le Booijael (le Royal), un navire de Dieppe de 280 lasts [de 560 tonneaux], armé de 28 canons ' et ayant un équipage de 200 hommes, commandé par M. Lormel [L'Ormeil]. Dès qu'il eut mouillé auprès de l'îlot Poule Nossebeeck [Nosy Mangabé ou Marosy], oij était déjà à l'ancre le Welsing, le commissaire hollandais Reinier Por alla s'enquérir d'oii il venait et ce qu'il venait faire. Lormel [L'Ormeil] répondit qu'il y avait neuf mois et demi qu'il était parti de Dieppe - et qu'il venait chercher du riz et des bœufs, parce qu'il n'avait plus de vivres et qu'il s'en procurerait bon gré, mal gré. A son tour, il demanda à voir les lettres patentes d'Adrien van der Stel et le pria de lui
1. « Le 25 mars 1644, partit un navire du port de Dieppe, le Roi/al, appartenant aux Seigneurs de la Compagnie [française de l'Orient], du port de 400 tonneaux, qui portait quatre-vingt-dix Français passagers pour demeurer en l'île de Madagascar, et atterrit en la baie d'Antongil au mois de juillet, séjourna tant h ladite baie qu'à l'île de Sainte-Marie jusqu'au mois de septembre et arriva dans le même mois à Manghafia [Manalîafy] et de là au Port Dauphin, d'où ses deux barques firent jusqu'à sept voyages de riz, tant à Matilanana que chez les Antavaratra, à Analambolo [Fénérive], pendant les dix-sept mois qu'il demeura sur cette rade... Le capitaine de ce navii-e s'appelait L'Ormeil (a)... Le Royal séjourna dix-sept mois [à Madagascar] et partit au mois de janvier 1646, chargé d'ébène, de cuirs et de cire... Il emmena Foucquembourg en France, où il mouilla sur la rade de Saint-Martin de Rt- en mai, puis il alla à Saint-.Malo » (Flacourt, Ilist. de Madag., 1658, p. 199-201, et 1661, p. 209-211).
2. Dans son Journal, Van der Stel dit que la traversée avait seulement été de cint] mois et que, pendant celte traversée, il était mort deux hommes.
(a) Flacourl écrit L'Ormeil, p. 209 et 210, et Lormel, p. 214.
céder des vivres, dont il le croyait abondamment pourvu. Les Hollandais qui se sentaient les plus faibles se tinrent sur la défensive et prêts, s'il était nécessaire, à mettre à la voile.
Le lendemain, un canot du Roijal vint faire le tour du Welsùif), ce qui inspira de la méfiance aux Hollandais, puis le pilote français s'en fut voir le roi avec cinq hommes qui portaient chacun une carabine cachée sous son manteau. Le roi et les femmes du village se retirèrent aussitôt dans la forêt, emportant tous leurs biens; quant aux hommes, armés de leurs sagaies et de leurs boucliers, ils se massèrent auprès du magasin des Hollandais à qui ils demandèrent de leur venir en aide, déclarant qu'ils étaient décidés à résister aux Français, s'ils leur causaient des dommages comme les précédents. Le roi fit dire au pilote que son pays dépendait des puissants Etats-Unis des Pays-Bas dont le drapeau flottait auprès de la maison des Hollandais. Le chef de traite français, M. Morin, vint à terre le 10 août et passa toute la journée avec Van der Stel auquel il apprit qu'il y avait à bord du Royal tous les matériaux nécessaires pour construire un fort dans la baie de Sainte-Luce [Manafiafy], où il devait rester avec cent hommes qui étaient engagés pour six ans, et pour monter deux yachts de 120 et de 60 tonneaux; il lui dit aussi qu'ils avaient laissé dix hommes dans l'île Sainte-Marie, dont ils avaient pris possession au nom du Roi de France, et qu'ils se proposaient d'y mettre dix hommes de plus en s'en retournant; qu'ils apportaient un moulin à sucre ' et avaient avec eux plusieurs ouvriers sucriers venant des plantations de la Compagnie des Indes occidentales au Brésil ; qu'environ deux ans auparavant les Français s'étaient établis dans la
1. Dans son Journal, Van der Stel dit que, d"après le chef de traite Morin, les matériaux pour construire ce moulin avaient une valeur de 2 000 florins ^4 200 francs.
baie de Sainte-Luce, dont M. Pronis, de Dieppe, ayant M. Fockenbrouck [Foucquembourg] pour second, était le commandant. M. Pierre Morin, qui avait de la peine à tenir sa langue, l'avertit même que le capitaine du Royal avait des lettres qu'il ne devait ouvrir qu'une fois rendu dans la baie de Sainte-Luce [Manaflafy], oij deux autres navires ne devaient pas tarder à venir. Van der Stel, en reconnaissance des sentiments amicaux que lui témoignait M. Morin et pour donner satisfaction à ses demandes, lui fit cadeau de quelques bœufs ', en échange desquels les Français lui envovèrent six langues fumées, du fromage frais et du tabac. En outre, il les aida à en acheter d'autres et à se procurer des vivres. Quant à lui, il continua à acheter des esclaves, tant hommes que femmes, en échange de vêtements et d'étain.
Le 11, les Français allèrent avec leur chaloupe jusqu'au village du frère du roi pour y chercher, ont dit les Malgaches, du bois d'ébène. Le 14, ils se rendirent en canot à la pointe Nord de la baie, sans qu'on ait pu savoir ce qu'ils y ont été faire.
Le 15, Van der Stel eut une conversation avec le chef pilote français David du Menij [Dumesnil?], qui autrefois avait été au service de la Compagnie hollandaise des Indes à Ternate [une des Moluques], oii un sergent lui avait coupé la main gauche d'un coup de hache, et qui y avait connu le maître d'équipage du Welsing-. Ce pilote lui raconta que le cardinal Mazarin et quelques autres nobles seigneurs de Paris avaient formé une compagnie avec privilège octroyé par le Roi de France pour un certain nombre d'années, compagnie qui devait construire un grand fort dans la baie de Sainte-Luce [Manafiafy], où l'on projetait
1. ])ans son Journal, Van (1er Stel dit qu'il donna aux Français une première fois un ba-uf et une seconde fois deux bœufs.
2. Ce maître d'équipage, Pieter Jansz de Vries, avait eu en effet de bonnes relations avec David du Menij [Dumesnil?]; il était revenu en Europe avec lui à bord du A'iewio Enrhhuysen.
d'établir des moulins à sucre et où, sous peu, viendraient des navires autant pour faire le commerce avec les Indes, que pour y prendre de l'ébène. Le lendemain, il confirma que le Roi de France avait fait don de Madagascar à la susdite compagnie et que beaucoup de gens étaient partis, depuis longtemps déjà, sur deux navires à destination de la baie de Sainte-Luce [ManafiafyJ sous les ordres des capitaines Concquet [Cocquet] ' et Gille Resunont [Rezimont] - et il donna les mêmes informations que M. Morin, ajoutant que Lormel [LOrmeil] avait l'intention de prendre possession de la baie d'Antongil. Van der Stel répondit que les Pays-Bas en étaient depuis longtemps déjà en possession et que les Français ne feraient pas cela s'ils voulaient le maintien de la paix en Europe. Il leur parla aussi, mais sans succès, en faveur des indigènes de l'îlot [Nosy Mangabé] qui étaient venus se plaindre à lui des vexations auxquelles ils étaient en butte de leur part \
1. La Compagnie française de TOrient, que dirigeait le sieur Ricault auquel le Roi avait octroyé la concession, a envoyé en mars 1642 le Saint-Louis à Madagascar sous les ordres du capitaine Cocquet, avec Pronis et Foucquembourg qui étaient chargés de fonder un établissement à Sainte-Luce Manatîafy]. Ils y trouvèrent quelques seiit ou huit Français provenant de l'équipage d'un navire dieppois commandé par le capitaine Goubert, qui avait sombré dans l'anse d'Itapère [Itaperina], soit qu'il eût touché un récif, soit que les matelots l'eussent sabordé; Goubert avait construit un petit bateau d'une quarantaine de tonneaux et était retourné à Dieppe avec 25 de ses hommes. Cocquet alla en 1643 prendre une cargaison d'ébène à Matitanana, mais, surpris par une tempête, il perdit son navire sur un rocher et il en mourut de chagrin. Les matelots, étant allés atterrir à Ranofotsy, vendirent la cargaison aux Malgaches, au lieu de la remettre entre les mains de Pronis (voir Flacourt, Hist. Mad., p. 19:i-19o).
2. C'est le l^'' mai 1643 qu'est arrivé à Sainte-Luce le Saint-Laurent envoyé par les Seigneurs de la Compagnie française de l'Orient sous les ordres du capitaine Gilles Rezimont et amenant à Pronis soixante-dix Français. Plusieurs matelots sont allés jusqu'à Mananjary, mais quelquesuns ont été massacrés par les indigènes; d'autres sont morts de la lièvre à Sainte-Luce. Rezimont est parti du Fort-Dauphin le 17 janvier 1744 et est arrivé en France le 17 juin (voir Flacourt, Hist. Mad., p. 195-197).
3. Ils avaient, paraît-il, pris de force dans cet îlot, sans les payer, des cannes à sucre et du riz en paille ainsi que des bœufs.
Nonobstant tout, les Français prirent possession de la partie Sud-Ouest de la baie et dirent qu'ils auraient également planté les armes de France au fond de la baie s'ils y eussent trouvé des Anglais, des Portugais ou des Espagnols, mais que, comme ils avaient atTaire à des Hollandais qui étaient des alliés du Roi de France, ils ne le feraient pas.
Toutefois, la veille de leur départ, ils vinrent en armes sous la conduite de Morin à l'embouchure de la rivière [de l'Antanambalana] où se trouvait le magasin des Hollandais, et ils avertirent Van der Stel que, conformément aux ordres de leur Roi qui leur avait dit de prendre possession de toute l'île de Madagascar, ils allaient planter les armes de la France dans les hauts de la rivière, lui demandant s'il avait l'intention de les en empêcher. Celui-ci leur déclara, en présence de son maître d'équipage et de son commissaire, que, quelques années auparavant, il avait pris possession de ce pays au nom des Pays-Bas et de la Compagnie hollandaise des Indes orientales, mais qu'il n'avait pas l'ordre de s'opposer par la force à leur projet et que, d'ailleurs, il n'en avait pas les moyens, et il ajouta : « Faites comme il vous plaira, mais tenez-vous pour avertis que, si un jour ou l'autre il survient un conflit entre nos compagnies, nous déclarons et proclamons devant Dieu, qui connaît toutes les pensées, que c'est vous qui serez la cause des malheurs qui pourront arriver et du sang qui sera répandu, car, tout en repoussant votre demande, nous avons usé de courtoisie à votre égard ». Ils n'en plantèrent pas moins les armes du Roi de France sur le bord de la rivière [l'Antanambalana] et tirèrent quelques salves avec leurs mousquets; en s'en retournant à leur bord dans la chaloupe, ils en tirèrent encore quelques-unes, puis ils mirent à la voile pour la baie de Sainte-Luce [Manafiafy]. Pendant leur séjour dans la baie d'Antongil, les Français
avaient causé beaucoup de dommages aux indigènes, coupant surtout des pisangs [bananiers^ et d'autres arbres fruitiers. Le ca])itaine Lormel [L'Ormeil] confia à Yan der Stel deux lettres avec prière de les expédier en Europe.
Dès que le Royal fut parti, quelques-uns des indigènes qui s'étaient enfuis dans les bois revinrent trafiquer avec Van der Stel qui acheta quatre-vingt-dix-sept esclaves, tant hommes que femmes, en échange d'étain et d'étofTes d'une valeur de 475 florins [d'un millier de francs'; il en aurait eu davantage, s'il n'avait été obligé de retourner à Maurice, faute de riz, car le Welsing n'en avait pas chargé à Antongil plus de deux lasts et demi [cinq tonneaux^. Le roi du pays et plusieurs chefs lui demandèrent de laisser à terre cinq ou six Hollandais, auxquels ils s'engageaient à fournir tous les ans des esclaves et du riz.
Parti de Madagascar le 20 octobre 1644, Van der Stel rentra à Maurice le 22.
Troisième voyage. — Quand sur sa demande il eut été relevé en mai 1645 de son commandement et eut transmis ses pouvoirs au nouveau gouverneur Van der Meersch, Van der Stel fit, sur l'ordre du gouverneur général des Indes hollandaises, un troisième voyage à Madagascar avec les deux navires le Welsing et le Dolphijn. Il devait informer les chefs malgaches du changement survenu dans l'administration de Maurice et laisser à terre cinq ou six hollandais.
Van Diemen, dans la lettre qu'il lui avait écrite, approuvait la conduite qu'il avait tenue vis-à-vis des Français lors de son précédent voyage, tout en regrettant qu'il n'eut pas appuyé davantage sur les droits primordiaux de la Compagnie hollandaise; il lui prescrivait de continuer à entretenir des relations commerciales avec les Malgaches, même dans les lieux où les Français s'étaient établis sans y construire de fort, et, au cas
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où ceux-ci useraient de force pour les en empêcher, de se contenter de leur remettre une protestation écrite; il lui enjoignait aussi d'inspecter lui-même ou de faire inspecter par un airent intelligent, avec le Welsing, leur établissement de la baie de Sainte-Luce [Manafiafy]; enfin, il lui recommandait de recruter surtout des esclaves, bien plutôt que du riz. Le Welsing était destiné à rester à Maurice à la disposition du gouverneur pour faire le commerce avec Madagascar, tandis que le Dolphijn devait retourner directement d'Antongil à Batavia avec tous les esclaves qu'il pourrait se procurer.
C'est le 20 mai 1645 que le Welsing et le Dolphijn quittèrent Maurice; ils arrivèrent le 28 dans la baie d'Antongil. Van der Stel conclut avec le roi de cette baie un traité par lequel celuici s'engageait à fournir à la Compagnie hollandaise des Indes, et à elle seule, des esclaves; en deux mois, il en recruta quatrevingt-quinze. Le traitant Jacob Jacobsz resta à terre avec cinq matelots et un mousse; on leur donna 770 florins [1 630 francs] pour leur permettre d'acheter des esclaves et du riz.
Van der Stel avait demandé à Batavia du sel dans le but de saler de la viande à Madagascar. A un voyage précédent il avait fait un essai, mais il n'avait pas de bon sel; celui que lui avait apporté le Welsing lui permit cette fois de le renouveler avec succès.
Le 9 août 1645, les deux navires partirent de la baie d'Antongil. Le Welsi?ig se rendit à Maurice, oii il arriva le 6 septembre et où il resta, comme nous l'avons dit, à la disposition du gouverneur pour continuer à faire le commerce avec Madagascar ; il y transporta huit esclaves pour les travaux des champs^; il
i. Il paraît que ces huit esclaves comprenaient quatre individus malingres et quatre enfants âgés de trois à quatre ans. Trois moururent avant la fin de l'année et Van der Meersch, le successeur de Van der Stel, envoya les cinq autres à Batavia.
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