NAUFRAGE DANS LE PORT SUD-EST DE NOSY BÉ D'UN GRAND NAVIRE INDIEN
1" « Nous trouvâmes au fond du port de Yohimalaza, au Sud- Est de Nosy-Bé [Ambanoro actuel], les débris d'un vaisseau, suivant toute apparence construit dans l'Inde, car il était en bois de « tèke ». Les noirs [malgaches] tiennent par tradition iju'il y a environ cent ans, un grand navire est venu mouiller en ce lieu, ayant à bord beaucoup d'effets de traite et particulièrement
1. « Les Hollandais avaient, en 1700, trois petits navires qui faisaient la traite avec la côte d'Afrique et les îles voisines « {Lockyer''s Account of the trade oflndla, 1711, p. 289). — « Tous les ans, on envoie du Cap de Bonne- Espérance à Madagascar un navire pour y acheter des esclaves que les Hollandais emploient à cultiver la terre, car ils ne peuvent tirer aucun service des Hottentots, gens si lâches et si jaloux de leur liherté qu'ils aiment mieux mourir de faim que de s'occuper utilement » (Woodes Rogers, commandant de deux navires anglais en 1708, Voyages aux Indes Orientales, in : Histoire des Voyages de Prévost, t. XI, p. 80).
(le l'or et de l'argent; que les naturels, s'en étant emparés, l'ont coulé, après avoir assassiné l'équipage et mis à terre sa cargaison dans laquelle se trouvaient beaucoup de liqueurs de toute espèce et une centaine de barils de poudre; que, s'étant enivrés et fumant sans précaution au milieu de ces barils de poudre, ils y ont mis le feu et ont perdu cinq ou six cents hommes dans l'incendie. La carcasse n'existait plus, mais j'en ai vu quelques débris à moitié ensablés et, près de là, quatre pièces de canon de quatre toutes rongées par la rouille (Mayeur, Voyage dans le Nord de Madagascar en 1774-1775, Département des manuscrits du British Muséum, Fonds Farquhar, n° IV, t. I, 1" voyage; Copie de la Bibl. Grandidier, pp. 65-66).
2° Récit de ce même naufrage par Lamboina, roi du Nord de Madagascar. Quand Mayeur fut de retour chez Lamboina, il lui demanda s'il savait quelque chose au sujet du vaisseau perdu à Nosy Bé dont il avait vu les épaves et dont il est parlé cidessus. Lamboina lui dit : « Je ne puis te dire autre chose que ce que j'ai entendu dire moi-même. Autrefois régnait ici la famille des Entaisramênes [Antairamena?] ; le chef de cette tribu peu nombreuse, pour faire le commerce avec des blancs qui de temps à autre venaient trafiquer sur ces côtes, avait fixé sa résidence à Noussébée [Nosy Bé], parce que les vaisseaux y pouvaient aborder plus librement et avec moins de dangers qu'ailleurs. Tant qu'il vécut, les étrangers furent parfaitement accueillis, mais à sa mort tout changea. Son fils, d'un caractère farouche et soupçonneux, prit ombrage de leurs assiduités et des établissements en pierres qu'ils construisaient, les seuls cependant qu'on pût y faire, le bois étant rare dans cette partie de l'île [!], et il résolut de se défaire d'eux à la première occasion favorable. La trahison seule pouvait lui en faciliter les moyens. Les étrangers arrivèrent; le prince leur fit bon accueil.
et, comme les bâtiments n'étaient point encore en état de les recevoir, ni de recevoir leurs marchandises, il les engagea à loger chez lui et à déposer leurs effets dans l'une de ses cases, ce qu'ils acceptèrent. Pendant que, sans soupçonner la perfidie de ce prince, ils s'occupaient du débarquement des marchandises, celui-ci donnait des ordres sur la grande Terre et sur les îles voisines pour rassembler autour de lui tous les gens en état de porter les armes. Quand il en eut réuni un assez grand nombre, il donna une très grande fête à laquelle il invita tous les étrangers, c[ui vinrent à terre, ne laissant à bord que ce qu'il fallait de monde pour la garde du vaisseau. L'équipage n'était pas nombreux. Le roi n'épargna rien pour rendre la fête agréable; il fit distribuer de la viande de bœuf, du vin et de la boisson en abondance. La nuit surprit tout le monde dans lajoie et dans l'ivresse; il fallut cependant songer à se retirer, et le maître du vaisseau donna l'ordre à ceux qui n'étaient pas nécessaires à terre de retourner à bord, mais le roi redoubla d'instances pour qu'il n'en fût rien, alléguant que les danses des femmes allaient commencer et que leurs chants les divertiraient. Comme on ne soupçonnait point la trahison, on se laissa persuader. Au milieu de la nuit, le roi dépêcha une partie de ses gens au vaisseau pour s'en emparer; ils y mirent le feu après en avoir assassiné la garde et, au même instant, les autres firent main basse sur ceux qui étaient à terre : tous furent massacrés ; personne n'échappa. « Le vaisseau ne brûla pas en entier; il coula à fond. Le lendemain, le roi fit pêcher une partie des effets que le feu avait épargnés, les fit porter à terre et manda près de lui tous ceux de la grande Terre qui voudraient assister à la fête qu'il se proposait de donner en réjouissance du massacre des blancs et prendre part à leurs dépouilles. Comme les boissons du pays se font avec du jus de canne ou avec du miel et de l'eau,