‹ Collection des ouvrages anciens concernant Madagascar (volume 5)Chapitre 90 sur 108 · III · texte numérisé non relu

III

furent embarqués, ce qui lui forma un équipage de quatre-vingts personnes, Booth fit voile pour l'île Sainte-Marie où était mouillé entre cette île et la grande terre un navire dont le capitaine, nommé Mosson, et l'équipage avaient été massacrés à l'instigation d'un Hollandais de New-York, Ort Van Tyle, qui y était établi. Il y fit de l'eau et y prit quelques poissons, puis il se dirig-ea vers la rivière Methelag'e [baie de Bombétoke?] sur la côte Xord-Ouest de Madagascar, par 16" environ, dans l'intenlion d'y saler de la viande avant d'aller croiser dans l'océan Indien.

C'est en allant à Methelage [Bombétoke?] qu'il rencontra le navire pirate de White; les deux navires firent roule de conserve et mouillèrent dans cette baie où ils nettoyèrent leurs navires, salèrent de la viande et firent des provisions. Ils étaient prêts à prendre la mer quand parut [en 1701?] un grand navire qui s'arrêta dans cette baie. Les pirates ne savaient si c'était un navire de sruerre ou un navire marchand. En réalité, c'était un

le rejetèrent brutalement dans le canot, bien qu'ils eussent tous fait le serment sur la Bible de s'emparer du navire ou de mourir. Quoique Fouri^ette les fit tous fouiller, ils ri'ussirent cependant à entrer avec quatre pistolets; c'était peu, étant donné qu'il y avait sur ce navire vingt hommes dont les armes étaient toutes prêtes au râtelier. Booth et les autres préférèrent rester avec les officiers inférieurs, trois des pirates seulement, Johnson, Isaac et un autre, descendirent dans l'entrepont; le capitaine les invita à dîner dans sa cabine. Booth devait donner le mol d'ordre, qui i'-iiûlHurrah! A un moment, il s'en alla le long du plat-bord, comme pouiuriner, et, saisissant tout à coup les armes au râtelier, il donna le signal convenu et tira un coup de pistolet qui blessa un des hommes, (iràce aux armes dont ils s'étaient emparés, les sept pirates qui étaient restés sur le pont tinrent en respect l'équipage; le capitaine, entendant le coup de pistolet, se jeta sur les trois qui étaient en bas avec lui, d'abord sur .lohnson qu'il larda de coups de fourchette, sans lui faire grand mal, vu que cette fourchette était en argent; il ne réussit pas non plus à blesser Isaac; en lin de compte, voyant que toute résistance était inutile, il se soumit et fut mené à terre avec ceux de ses hommes qui voulurent le suivre; on lui laissa tout ce qui lui appartenait, notamment ses livres et ses papiers, et on lui donna ]ilusieurs barils de liqueur ainsi que des armes et de la poudre, atin qu'il put acheter des vivres dans le pays.

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navire de guerre français, autrefois armé de 50 canons, mais qui, ayant été }tris par les Anglais, était employé à la traite des noirs et s'appelait le Speaker; il venait chercher une cargaison d'esclaves pour la Jamaïque. Son capitaine était un tout jeune homme sans expérience*.

1. A'oici un autre récit de la prise de ce Speaker fait par des marchands français du comptoir de l'IIouyly i Calcutta), récit qui ditTère notablement de celui de Johnson : il a été fait à ces marchands par ceux des marins de ce navire qui n'ont pas voulu se joindre aux pirates : « Embarqu('s sur un vaisseau nommé le Speaker qui partit des Downs en août 1700 pour aller à Madagascar faire le commerce d'esclaves qu'ils devaient ensuite porter à la Jamaïque ou à la Barbade, ils arrivèrent à l'ile de Sainte- Marie où ils perdirent leur chaloupe avec neuf hommes; le capitaine qui était à terre pour y faire son négoce fut arrêté par des forbans de leur propre nation qui se retirent près de cette île; ils le forcèrent de leur dire le mot du guet qu'il avait laissé à ses officiers pour éviter d'être surpris; ces corsaires armèrent deux chaloupes qui abordèrent le soir le vaisseau sous prétexte qu'ils portaient des rafraîchissements par ordre de leur capitaine et, ayant menacé les équipages qui étaient affaiblis par les maladies de ne pas leur donner de quartier s'ils faisaient résistance, ils s'en rendirent maîtres sans tirer un seul coup. Plusieurs matelots prirent parti avec eux et on donna aux autres, au nombre de vingt-sept, le petit bâtiment de soixante tonneaux avec lequel ils sont arrivés au commencement de juin 1701 en rade de Calcutta. Ceux-ci rapportent que ces forbans ont de suite armé le Speaker qui n'avait que 36 pièces de canon et sur lequel ils en mirent 44, puis qu'ils partirent avant eux avec cent soixante hommes et qu'ils en devaient prendre cent quarante dans un autre quartier de l'île avec l'intention d'aller dans le golfe Persique, résolus de n'épargner aucune nation; ce que nous avons l'honneur de marquer ci-dessus nous a été confirmé par un religionnaire Tprotestant^ français, chirurgien sur ce vaisseau, qui nous a assuré que trois des quatre vaisseaux de guerre qui sont arrivés il y a deux ans avec Tambassadeur de la Nouvelle Compagnie avaient touché à Sainte-Marie, où ils ont brûlé le seul grand vaisseau qui restait aux pirates et deux petits, que pareil nombre s'était retiré dans une petite rivière qui est auprès de l'île, que le commandant de cette escadre avait pris trois ou quatre des plus considérables parmi ces voleurs, mais qu'il les avait relâchés moyennant une grosse somme et que les autres officiers en avaient fait des procès-verbaux. Nous racontons ces choses comme on nous les a rapportées >> {Archives Coloniales, Correspondance générale, Fonds Inde, C- 66, 1701-1702, copie des lettres écrites à la compagnie des Indes, par M. du Livier et les marchands du comptoir d'Ougly Tllougly, sur le <iange", lettre du 12 janvier 1702, fol. 2.32 verso et 233 rectoi.

Les pirates envoyèrent leurs canots pour prendre langue, mais, le navire ayant tiré sur eux, ils en conclurent que c'était un navire de guerre et ils s'empressèrent de mettre leurs deux bateaux à la côte; l'un d'eux s'échoua au milieu de palétuviers qui le défoncèrent, mais l'autre, le brigantin français, n'éprouva aucun dommage.

Ce succès enorgueillit le capitaine du Speaker, qui, avançant dans la baie, tira plusieurs coups de canon contre les deux bateaux pirates et quelques autres en plein pays. Les indigènes, effrayés, demandèrent au roi de ne pas lui permettre de commercer dans ses États; mais les pirates, qui avaient des visées sur ce navire, intercédèrent auprès de lui en faveur de leurs compatriotes qui avaient, dirent-ils, commis une méprise, car, ajoutèrent-ils, dans nos pays on tire toujours une salve de coups de canon en signe de bienvenue et c'est par erreur qu'il y avait des boulets.

Le commissaire du Speaker descendit à terre, portant comme cadeaux pour le roi du pays, dont la résidence est à 24 milles de la côte, une paire de petits fusils incrustés d'or, une paire d'espingoles et une paire de pistolets, afin d'avoir l'autorisation de faire la traite avec ses sujets. Dès qu'il eut mis le pied à terre, il fut appréhendé par un nommé Tom Collins qui avait jadis appartenu à la Charming Marij des Barbades, mais qui était ensuite devenu pirate et qui lui annonça qu'il était son prisonnier et avait à répondre pour tout le mal fait à deux navires marchands qui faisaient la traite des nègres. Le commissaire répondit qu'il n'était point le chef, que le capitaine était un jeune homme ardent qui ne comprenait rien aux affaires, mais qu'ils auraient satisfaction. Tom Collins le mena à bord du navire de Bootli, qui lui parla d'abord en termes sévères, puis qui le fit cependant traiter hoimêtement et, le lendemain, le fit conduire auprès du roi et lui fit obtenir sa requête.

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Le roi lui concéda donc le droit de faire le commerce dans son pays et il envoya au capitaine le cadeau d'usaize, c'est-à-dire un couple de bœufs, vingt à trente sacs de riz portés par autant d'hommes et un nombre égal de calebasses d'une liqueur du pays nommée toke \toaka (le rhum malgache)]. Le capitaine établit son magasin sur la plage et commença l'achat d'esclaves et de provisions. les pirates qui allaient et venaient incessamment au milieu des gens du Speaker s'efforcèrent d'obtenir des renseignements au sujet de ce navire. Ils apprirent d'un certain Hugh Man qu'il n'y avait pas plus de quarante hommes à bord et qu'ils avaient perdu sur la côte avant de venir dans cette baie leur grand canot avec le lieutenant et vingt matelots, mais qu'ils se tenaient bien sur leurs gardes et avaient toujours leurs armes toutes prêtes. Moyennant une somme de 100 livres sterling [2500 fr.], Hugh consentit à aider les pirates à s'en emparer et promit de mouiller les amorces des armes à feu.

Au bout de quelques jours, le capitaine du Speaker descendit à terre et fut reçu avec beaucoup de courtoisie par les chefs des pirates, car il avait consenti à leur donner pleine satisfaction, et, le lendemain, il accepta leur invitation de venu* manger un cochon rôti tout entier.

Après dîner, Bowen, qui avait été, comme nous l'avons dit, prisonnier avec White et Boreman à bord du corsaire français et qui était à présent de la confrérie des pirates, sortit un instant, puis revint braquant un pistolet de chaque main sur le capitaine du Speaker, lui criant qu'il était son prisonnier, qu'ayant besoin d'un navire ils avaient résolu de s'emparer du sien qui était en parfait état en dédommagement du mal qu'il leur avait causé. Pendant ce temps, ses gens qui étaient à terre, et qui buvaient du punch en compagnie de quelques pirates, furent également faits prisonniers. Il y avait un mot d'ordre sans lequel

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aucune embarcation ne pouvait aborder le Speaker, mais ce mot qui était « Coventry » était connu des pirates qui y envoyèrent la chaloupe à douze avirons qu'ils avaient amenée de Mayotte avec vingt-quatre hommes.

En arrivant auprès du navire, ceux-ci, étant hélés, répondirent « Coventry ». « Fort bien! », dit le second, mais, voyant un second canot, il demanda ce que c'était ; l'un ayant répondu : « c'est la provision d'eau », et un autre ayant dit : « c'est la provision de viande », il fut pris de soupçon et, criant : « Aux armes, mes g-ars! ce sont les pirates! »,il mit le feu à la mèche d'un canon; celte mèche, (|ui avait été mouillée par Hugh Man, ne brûla pas et les pirates montèrent facilement à l'abordage et se rendirent maîtres du navire sans perdre un seul homme '.

Le lendemain, ils mirent quelques provisions à bord du briganlin français qu'ils donnèrent au capitaine du Speaker et à ceux de ses gens qui voulurent le suivre, au nombre desquels fut Hugh Mail à qui les pirates avaient payé les 100 livres sterling promises, mais dont ils n'avaieut point trahi le secret. Arrivé à Anjouan, le pauvre capitaine, inconsolable de sa mésaventure, tomba malade et mourut.

Après s'être ravitaillés, les pirates se rendirent à la baie de Saint-Augustin, oii ils embarquèrent environ quatre-vingts hommes qui avaient appartenu au navire pirate V Alexander dontJames était le commandant; ils prirent aussi ses canons qui furent dès lors au nombre de 54 à bord du Speaker. L'équi[)age comprit dès lors deux cent quarante hommes et une vingtaine d'esclaves.

1. Il est à remarquer que, dans la note conservée aux Archivoa coloniales qui est citée p. 595 (note 1), il est dit que le Speaker a été capturé t'ii radi; de l'île Sainte-Marie [au lieu de Bombétoke, comme le dit ci-dessus .Inimsoi) .).

Ils partirent de là pour croiser dans l'Océan Indien. A Zanzibar, étant descendus en nombre à terre pour y faire des provisions fraîcbes, ils furent assaillis par les Arabes et ne se sauvèrent que difficilement, après avoir perdu une vingtaine d'hommes au nombre desquels était le capitaine Booth, que le gouverneur fit tuer dans son palais. Ils le remplacèrent par Bowen et nommèrent Nathaniel North quartier-maître chef, puis ils s'en allèrent à l'entrée de la mer Rouge et de là sur la côte de Malabar '.

L'équipage de Bowen s'étant dispersé, White s'en alla à Methelage [Bombétoke?], où il vécut à terre avec le roi, n'ayant pas l'occasion de quitter ce lieu jusqu'au jour oîi vint mouiller sur cette rade un navire pirate du nom de Prospérons, que commandait Thomas Howard; ce navire avait été pris dans la baie de Saint-Augustin par quelques forbans qui s'y trouvaient à ce moment et par l'équipage de son propre canot qui, envoyé à terre pour faire de l'eau, se joignit à eux à l'instigation du maître d'équipage, Ranten. Ils attendirent la nuit pour aborder le navire qu'ils surprirent et dont ils s'emparèrent non sans un combat pendant lequel le capitaine et le second furent tués et plusieurs matelots blessés. Les pirates qui étaient à terre avec Thomas White, résolus à s'embarquer sur ce navire, le décidèrent à y venir aussi plutôt que de rester seul avec les indigènes dans l'attente d\m navire qui put le ramener en Angleterre. White navigua sur ce navire, dont il fut fait le ([uartier-maître, jusqu'à sa rencontre avec celui de Bowen, à bord duquel il alla et où il resta même après la mort dudit Bowen (voir p. o67).

A Port-Dolphin [Fort-Dauphin]-, il alla à terre avec vingt-six

1. Les aventures des pirates sur cette côte ont déjà été racontées dans la vie de Bowen, pp. 557-oo8.

2. On sait que, pendant tout un siècle, de la fin de 1(372 à 1768, la France a complètement abandonné Fort-Dauphin.

de ses matelots; ils y furent abandonnés par le navire qui fut obligé de dérader pendant la nuit et ne put rentrer dans le port; le lendemain, ne voyant aucune voile à l'horizon, White supposa qu'il s'en était allé sur la côte Ouest de l'île comme il en avait été question et il se dirigea de ce côté avec son bateau et ses vingt-six matelots. Il relâcha dans la baie de Saint- Augustin; après une semaine d'attente, rien ne venant, il lui fallut partir, car le roi ne voulut pas lui permettre de séjourner sur sa rade plus longtemps, croyant qu'il mentait en disant qu'il attendait un navire; il lui donna toutefois des vivres. Ayant fait de l'eau, il se dirigea donc sur Methelage [Bomhétoke?], où le roi qui le connaissait lui fit bon accueil ; il y séjourna pendant une quinzaine de jours. Rien ne venant encore, il sala de la viande, embarqua des provisions que le roi lui donna, prit de l'eau et fit route pour le Nord de l'île qu'il avait l'intention de doubler, afin de gagner l'île de Sainte-Marie où il pensait trouver enfin son navire. A la pointe Nord de Madagascar, le courant qui va au Nord- Ouest pendant huit mois de l'année était si fort qu'il lui fut impossible de la contourner; il lui fallut relâcher dans une des nombreuses rades de cette côte où il séjourna environ un mois, après quoi une partie de l'équipage demanda qu'on brûlât le canot et qu'on s'en allât parterre à travers l'île jusqu'à Manangaromasigh [Mananaramasiaka ou Mananarabé (Antalaha) ?], par 15" de latitude Sud environ [14" 50'], où vit le roi Reberimbo [Raberambo] que les pirates avaient plusieurs fois aidé dans ses guerres contre ses voisins et qui était un de leurs bons amis. White sauva le bateau, non sans peine, mais il ne put empêcher la moitié de ses gens de mettre leur i)rojet à exécution; il leur fournit donc des vivres et les accompagna pendant leur première journée de marche, puis, revenant à la côte, il partit de suite avec le reste de ses compagnons pour Methelage [Bombétoke?], crai-

gnant que les autres revinssent sur leurs pas et brûlassent son bateau. Il y séjourna trois mois et le ponta.

Pendant qu'il était sur cette rade, il y arriva à bord d'un petit boutre trois pirates qui avaient été pris sur la côte orientale de Madagascar par les navires de guerre leSevei'n et XeScarborough envoyés pour faire la chasse aux corsaires et qui avaient réussi à s'échapper à Mohély; ils s'étaient rendus dans une pirogue à Anjouan, puis à Mayotte dont le sultan leur avait fait construire le boutre avec lequel ils avaient gagné Methélage [Bombétoke?].

L'époque des courants qui portent avec force au Xord-Ouest étant passée, ils brûlèrent le petit boutre de Mayotte et partirent tous ensemble sur le bateau de White pour le Cap d'Ambre; trouvant le courant encore trop violent pour le doubler, ils relâchèrent dans une baie voisine où ils demeurèrent un mois, se nourrissant de poissons et de sangliers, qui abondent dans cette région. A la fin, le temps s'étant embelli et le courant ayant diminué de violence, ils doublèrent le Nord de l'île et, après avoir longé la côte Est pondant une quarantaine de milles, ils entrèrent dans une baie [baie de Rodo] où ils trouvèrent un fragment de veste qu'ils reconnurent pour être celle du charpentier de leur navire, un de ceux qui étaient partis par terre; comme dans cette partie de Madagascar le sol est rocailleux, ils supposèrent qu'il s'était servi de ce lambeau d'étoffe pour s'envelopper les pieds. Ils continuèrent à suivre cette côte, mouillant chaque nuit dans de bonnes rades, jusqu'à Manangaromasigh [Mananaramasiaka ou Mananarabé (Antalaha)] ; le roi Reberimbo [Raberambo] ne put leur donner aucuns renseignements au sujet de leurs compagnons partis par terre, mais il leur fournit tous les vivres dont ils avaient besoin.

De là, ils allèrent à l'île de Sainte-Marie, où on leur remit une lettre à l'adresse de tous les Européens, qu'ils reconnurent

pour avoir été écrite par un de leurs anciens officiers et qui les avisait de bien se tenir sur leurs gardes et de ne pas trop se fier aux indigènes qui en diverses circonstances avaient agi traîtreusement. S'étant enquis de leur navire, ils apprirent que leurs compagnons l'avaient cédé à des Arabes, qui l'avaient emmené, et s'étaient établis à Ambonavoula [Ambanivolo (Fénérive)] qui est à une vingtaine de lieues [de milles] de l'île Sainte-Marie et oii ils vivaient au milieu des indigènes comme autant de petits princes souverains.

Un des Malgaches qui avaient apporté la lettre monta à bord du bateau de White et le pilota vers une pointe de terre formée d'un côté par une rivière et de l'autre par la mer, pointe nommée Olumbah [Analambolo? (Fénérive)j, oii douze pirates vivaient ensemble dans une grande maison qu'ils avaient construite et fortifiée avec 20 canons. Les autres étaient installés soit sur les bords de la rivière, soit sur la côte, par groupes de douze ou de quatorze d'une même nationalité. Anglais, Français, Hollandais, etc. Les nouveaux venus reçurent leurs parts de prise qui avaient été honnêtement mises de côté pour le cas où ils reviendraient, et on réserva celles des individus partis par terre.

Thomas White, qui avait le très vif désir de revoir l'Angleterre et nulle envie de s'établir à Madagascar, proposa à ses compagnons de poursuivre leur navigation; il y en eut qui approuvèrent sa motion, décidés comme lui à retourner en Europe, s'ils en trouvaient le moyen, et, s'ils ne le pouvaient pas, à continuer leur vie de piraterie ; mais d'autres s'opposèrent à ce qu'ils prissent ainsi le bateau pour eux seuls et ils demandèrent à ce qu'on le mît en vente au profit de la communauté. C'est ce qui fut fait. White l'acheta pour la somme de 400 piastres et, avec quelques-uns de ses anciens compagnons auxquels se joignirent d'autres j)irates, il reprit la route qu'il

CONCEHNAXT .MADAGASCAR 603

venait de suivre et retourna à Methelage [Bomhétoke?], où il trouva un petit navire français de 50 tonnes, armé de 6 canons, Y Hérault, dont s'étaient emparés à l'embouchure du Maratan [Matitanana^, sur la côte Sud-Est de Madagascar, des ])irates qui étaient là à terre et auxquels s'étaient joints plusieurs naufragés du navire de la Compagnie anglaise des Indes le Degrave ' ; ces naufragés avaient en vain demandé au capitaine de YHérmilt de les rapatrier, mais ce capitaine, qui avait jadis piraté, ayant servi comme quartier-maître à bord du Speaker sous les ordres de Bowen, craignit qu'une fois à bord ils ne s'emparassent de son navire, d'autant plus que, l'Angleterre et la France étant alors en guerre, ce n'eût pas été un acte de piraterie.

Une fois Y Hérault pris, les pirates s'en étaient allés dans l'intérieur de Madagascar, l'abandonnant aux naufragés du Degrave, qui le mirent en état dans le but d'aller aux Indes pour y trouver les moyens de retourner en Angleterre. Le capitaine Wliite proposa aux gens de Y Hérault de se joindre à lui et d'aller à Ambonavoula [Ambanivolo (Fénérive)] pour recruter un é([uipage, ce qu'ils acceptèrent à l'unanimité; ils le nommèrent leur chef.

Il mit donc à la voile et, après avoir doublé la pointe Sud de l'ile, il alla relâcher à Don Mascarena [ile Bourbon^ où il prit un chirurgien, puis, ayant mouillé à Ambonavoula [Ambanivolo (Fénérive)], il y recruta soixante hommes et s'en fut à Mayotte où il nettoya son navire en attendant la bonne saison pour aller croiser dans la mer Rouge.

L'époque favorable venue et ses provisions faites, il partit et

s'embusqua dans une rade auprès de Bab-el-Mandeb [Après

avoir pillé huit navires, quelques-uns fort grands et ayant une riche cargaison], Thomas White fit voile pour Madagascar, tou-

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