POUR RÉPRIMER LA PIRATERIE EN 1099, EN 1703 ET EX
1" Le Gouvernement anglais, alarmé de l'extension qu'avait prise la piraterie dans l'Océan Indien et des pertes énormes que
plus qu'une frégate et un sloop ; mais qu'à la conclusion de la paix, c'està-dire lorsque les troupes seraient congédiées, si l'on n'avait soin de nettoyer File et d'empèclier que leur nombre s'accroisse, ils recommenceraient leurs brigandages et feraient de nouveau parler d'eux (Prévost, Histoire des Vuyages, t. XI, p. 80). Le 18 janvier 1709, défense fut faite aux habitants de l'île Bourbon de trafiquer avec les pirates et une ordonnance de Louis XIV, en date du 15 juin 1711, interdit tout commerce avec eux. C'était l'île de Sainte-Marie qui était leur retraite ordinaire; ils y avaient construit à la pointe Xord de l'îlot de la cave ^de madrépores] (aujourd'iiui l'îlot Madame) une jetée ou digue pour pouvoir y caréner leurs navires {a); le sieur de la Merveille [b) dit en 1712 : « il peut y avoir dans Sainte-Marie [^où il a relâché] environ 600 habitants [indigènes] et 400 flibustiers de toutes les nations de l'Europe, qui ont choisi cette petite île comme l'asile le plus suret le plus vivant de l'Inde; c'est l'entrepôt de tout leur trafic et de leur piraterie, le Nord de cette île étant un bassin fait par la nature dans lequel vingt navires peuvent tenir au large et en sûreté, et il y a un banc où l'on peut échouer et un quai naturel contre lequel les navires peuvent accoster ». Ce sieur de la Merveille, qui « a fait grande liaison avec ces forbans », a appris d'eux qu'ils n'avaient plus d'autre désir que de jouir de leurs biens ; il a reçu beaucoup de renseignements sur la richesse de Sainte-Marie et il ajoute que « une colonie française dans cette île de Sainte-Marie réussirait bien et qu'elle ferait le plus gros commerce de l'Inde, les forbans qui y sont établis [et qui sont principalement des Anglais] m'ayant assuré que les Français y seraient très bien reçus, que des navires anglais avaient tenté à plusieurs reprises de s'y établir et qu'ils les avaient toujours refusés, que ces forbans donneraient les plus considérables d'entre eux comme otages à notre nation et qu'ils l'aideraient de tout leur cœur et de toutes leurs forces et lui
(a). Voir le plan-manuscrit du port de l'île Sainte-Marie par tîeynaud et Sornay, 1733, qui est conservé au Dépôt des cartes et -plans de la marine ainsi qu'au Dépôt des fortifications des colonies, et qui est reproduit dans l'Histoire de la Géographie d'Alfred Grandidier, pi. 32, carton 6.
(6). Le sieur de la Merveille est l'un des capitaines armateurs qui a fait en 1708-1710 le voyage de l'Arabie Heureuse dont Laroque a écrit le récit en 1715. Il a adressé en 1712 au ministre de Pontchartrain un Mémoire manuscrit qui est conservé dans les Arcinves Coloniales, Correspondance générale, Madagascar, carton I, pièce 31, dont sont extraits les deux passages cités ci-dessus.
subissait de ce fait le commerce de TExtrême-Orient, envoya à l'île de Madagascar, dans le Nord de laquelle beaucoup de pirates étaient établis et avaient leur base d'opérations, et aux Indes cinq vaisseaux de ligne sous les ordres du Commodore Warren. Il eut beau promettre le pardon à tous ceux qui abandonneraient la carrière de flibustiers, en exceptant toutefois Avery
fourniraient toutes les découvertes et les connaissances qu'ils ont ». Cette proposition n'eut pas de suite. — En 1716, un capitaine de la marine marchande, nommé Gaultier, signale l'existence de pirates à Madagascar (a). — Clément Downing dit qu'en 1716 et en 1717 les pirates infestaient la mer des Indes (6). Le mois de juillet 1719 est le dernier terme accordé aux pirates pour accepter l'amnistie olTerte par le roi d'Angleterre (c). — En mars 1720, le chef d'escadre portugaise, Borelly, a fait le rapport suivant, qui est peu intelligible et erroné : << Les pirates qui croisent dans les mers d'Occident et d'Orient font leur retraite à l'ile Sainte-Marie, située à l'Est de Madagascar deux lieues avant d'entrer dans la Rivière [baie] de Tellenare [Baie de Tintingue ou Baie d'Antongil?]; cette rivière est profonde et les plus gros vaisseaux y peuvent mouiller. 11 y a à son entrée une forteresse de 44 pièces de canons dont partie est en fonte et l'autre de fer, avec une garnison de 2aO hommes. Le chef de ces forbans est un mulâtre de la Jamaïque, marié à la fille du roi de Tellenare [?] ; comme il est fort absolu dans le pays, il y a, quand il lui plaît, tous les vivres nécessaires pour approvisionner les pirates dont le nombre dépasse i 200, parmi lesquels il y en a de tout métier. Ils le regardent comme leur roi et tous les habitants de Tellenare [?] sont ses sujets. Ces forbans croisent d'ordinaire dans les parages de Trinidad [Antille] et de Tristan da Cunha [dans l'Atlantique Sud] (?), et, lorsqu'ils ne peuvent pas tenir la mer, ils entrent dans la rivièi'e de Tellenare [?] (d). — Le gouverneur français de Pondichéry écrivait en 1720 au gouverneur de Madras que, dans la mer des Indes, les forces des pirates étaient considéi'ables, qu'ils y avaient onze vaisseaux montés par 1 500 hommes, que quelques-uns s'en étaient allés au Brésil et à la Guinée, mais que les autres s'étaient fortifiés à Madagascar et dans les îles voisines de Maurice, d'Anjouan et de Mohély. — Faverolles dit en 1720 que les forbans relâchent souvent dans le port de Fort-Dauphin (e).
(rt). Lettres de M. Darquislade, armateur à Nantes (1710), où ce Gaidtier expose un projet de commerce à Madagascar {Bihliolhèijite de la Chambre de commerce de Nantes, liasse 41, dossier 'J).
(6). A compendious Histori/ of the Indian \yars, 1737.
(c). Snelgrave, A neir Account of some parts of Guinea and t/te slace trade, 1734, p. 252.
((/). Archives coloniales. Correspondance générale, Madagascar, carton I, pièce 37.
(e). Archives du Itépôt des cartes et plans de la Marine, vol. 84^, pièce 3.
dont du reste on ignorait le sort, il ne reçut aucune soumission (Salmon, The Universal TraveUer, 1"34).
2° Le Commodore Littleton fut envoyé en 1703 avec trois navires de guerre, XAnglesea, le Hastings et le Lizard, pour mettre un terme à la piraterie qui avait pris un très grand développement. Il apportait le pardon aux pirates de l'île Sainte-Marie avec l'amnistie entière pour tous ceux qui promettraient d'abandonner leur vie d'aventures, mais avec l'ordre de sévir contre ceux qui ne feraient pas leur soumission ^ Un certain nombre de ceux qui étaient établis à Madagascar acceptèrent ce pardon ^ Alexander Hamilton dit que Littleton mouilla ses trois vaisseaux dans une baie de la côte vis-à-vis de l'île Sainte-Marie, baie à laquelle Thornton a donné son nom [Littleton's bay (baie de Tintingue)j ; que, après avoir fait venir à son bord une vingtaine de pirates, il les relâcha sous divers prétextes et qu'il leur prêta même les palans et outils nécessaires pour radouber leurs navires. Il ajoute qu'il ne cherchera pas à décider si ces faits étranges sont vrais ou faux, mais qu'ils lui ont été racontés et affirmés par un ancien pirate entré au service de la Compagnie française du Bengale (Alex. Hamilton, A new Account of the East Indies from 1688 to i7'23\ l. I, 1727).
1. Voir à ce sujet D"" Campht-U's Naval Histonj of Kimj M illiam lll.
2. Voii' dans la Vie de Burgess, p. 548, et dans celle de Howard, p. 610.
3. L'île de Mohilla [Mohelij est à une petite distance de Johanna ! Anjouan]; elle est assez peuplée, mais ses habitants ne sont pas aussi civilisés que ceux de Johanna [Anjouan]. Les rois des îles de cet archipel sont continuellement en guerre les uns avec les autres. Les habitants de Johanna [les AnjouanaisJ, appuyés par le comraodore Littleton, ont débarqué à Mohilla [Mohély] et s'y sont livrés à une foule de déprédations et à de grands massacres; à quels motifs politiques Littleton a-t-il obéi en renonçant à la neutralité que les Anglais ont toujours observée vis-à-vis de ces insulaires, je l'ignore.
L'île Mayotte est à environ 35 lieues de Johanna [Anjouan], c'est la plus grande des îles habitées; mais, comme elle est entourée de bancs de roches dangereux qui sont cachés sous l'eau, elle ne reçoit pas beau-